Vie du campus

« La Cage et le Cocon »: les banlieues en France

37492_105149259538424_100001300524767_35910_8385182_n.jpeg« Les inégalités dans la ville », c’était donc le sujet de la deuxième « conférence-débat » organisée par Pares inter Pares. Ainsi, le mercredi 3 novembre dernier, un bon nombre de personnes (environ 70, étudiants de premier cycle, master, ou venus d’autres établissements) était présent en amphi Leroy-Beaulieu, malgré les quatre étages à escalader. Un bon nombre, mais pas assez pour remplir totalement la salle; la faute peut être à des invités pas assez connus ou à un sujet pas très sexy, en tout cas dans sa formulation.

Dans une volonté « de produire du débat transpartisan » comme l’avaient déjà rappelé les présidents de l’association lors de leur première conférence; Pares inter Pares avait invité pour discuter des inégalités dans la ville, quatre hommes (de manière générale, les invités des conférences organisées par les associations sciencepistes sont très souvent des hommes…) issus de milieux très différents : Djamel Klouche , urbaniste au Grand Paris, Daniel Goldberg, député PS de Seine-Saint-Denis, Edmond Prétéceille, chercheur au CRNS spécialisé dans l’étude des inégalités urbaines et des politiques urbaines, et enfin Paul Patin, porte-parole de l’ambassade des Etats-Unis, un invité par ailleurs étonnant qui se révéla très intéressant, quoiqu’assez avare de ses mots. Ces différences de « backgrounds » étaient plus que jamais visibles dans les différentes prises de paroles des intervenants: le député parlait trop, l’américain parlait court, le chercheur utilisait des mots compliqués et l’urbaniste n’y allait pas par quatre chemins. Au-delà de ces clichés honteux, il était intéressant de voir que l’absence d’intervenant issu de la majorité parlementaire permit paradoxalement que se tienne un véritable débat de fond, sans que la discussion ne vire en une dispute stérile entre droite et gauche (Daniel Goldberg ayant du coup parlé en tant que « député Seine Saint Denis » plutôt qu’en tant que « socialiste »).

800px-Clichy_sous_Bois_Chemin_des_postes.jpgY a-t-il un moyen de sauver nos banlieues ? Sous quelle forme existe véritablement la ségrégation urbaine ? Comment penser la ville pour éviter cette ségrégation : tout détruire et reconstruire, ou alors réaménager nos espaces urbains les plus délabrés? Enfin, doit-on vraiment voir tout en noir ? Autant de questions qui furent posées dès le départ et auxquelles tentèrent de répondre chacun des intervenants, chacun à leur manière. « La cage et le cocon ». C’est avec cette expression que Daniel Goldberg voulut résumer le problème de nos banlieues les plus touchées par la ségrégation: les gens rêvent d’en sortir sans y arriver, mais dans le même temps, beaucoup de ces mêmes gens se sentent bien dans les quartiers où ils ont leur vie. Et de rappeler que malgré un plan national de rénovation urbaine datant du début des années 2000 et prévoyant 12 milliards d’euros pour résoudre ces problèmes, la situation n’avait pas tant changé.

Aussi, tous les intervenants s’accordèrent évidemment pour dire qu’on ne pouvait nier que les ségrégations existaient dans les villes, mais ils en profitèrent aussi pour pointer du doigts des inégalités dont on ne parle pas souvent dans les médias, car pas assez « spectaculaires ». Ainsi, Edmond Prétéceille voulut rappeler que la question de la ségrégation en France s’était trop orientée ces dernières années vers ses aspects ethno-raciales alors que bien que ces aspects soient naturellement importants, il ne fallait pas occulter ses facteurs plus socio-économiques. Le chercheur au CRNS rappela donc que les « catégories de population » les plus ségrégées en France étaient, de loin, les catégories « supérieures », et que la ségrégation ne se résumait donc pas à une concentration des populations les plus pauvres, mais qu’il fallait plutôt la voir comme une structuration particulière de l’espace francilien. De son côté Daniel Goldberg insista sur l’idée qu’il existait non seulement des ségrégations entre certains quartiers d’une même ville, mais aussi entre les différentes villes françaises elles-mêmes. Pour Djamel Klouche, le problème des inégalités dans la ville remontait plus loin. Ainsi, il expliqua, se basant sur ses propres expériences en tant qu’urbaniste, que tout ce qui régit nos villes est basé sur une dualité de fait, et que la façon dont nos villes sont pensées repose, en amont, sur cette dualité.

MINOLTA DIGITAL CAMERA         Mais que fait la République ? La solution à nos problèmes ne viendrait il pas de l’Amérique ? En effet, depuis plusieurs années, l’ambassade des États-Unis organise des événements dans nos banlieues, soutient des associations ou organise des voyages… Par exemple, en avril dernier, l’acteur Samuel Jackson avait été invité par l’ambassade à rencontrer des jeunes de Bondy. Paul Patin s’empressa néanmoins, dès le début de la conférence, de rappeler que l’objectif des États-Unis n’était pas d’exercer son influence sur nos quartiers les plus défavorisés (le fameux « soft power ») mais d’aider un « vieil allié » comme la France. Mouais.

Au moment des questions, la conférence prit une autre tournure. Pares Inter Pares a en effet pour objectif de « créer du débat », en privilégiant un véritable dialogue entre les étudiants et les intervenants. Pari réussi donc puisque la séance de questions dura une bonne heure. Et furent ainsi abordées des questions dont on parle moins dans les médias telles que celle de la discrimination à l’adresse, de l’influence que pourrait avoir les États-Unis et leur politique de la ville sur la politique française, ou encore savoir à quoi le gouvernement doit-il donner sa priorité: au relogement des sans-abris ou à la création d’emplois ?

Une conférence fort intéressante donc, où, malgré les problèmes de son persistants qui donnèrent quelques maux de tête, un véritable débat put se tenir pour un sujet qui est évidemment d’actualité, en France mais aussi à Sciences Po même, puisque le ciné-club organise depuis plusieurs semaines un cycle sur les banlieues et le cinéma, auquel cette conférence a pu ainsi faire écho.

Photographies: Christophe Jacquet / Marianna

4 Comments

  • Mélonichou

    L’article est bon. La conférence, malgré les problèmes techniques liés au son était de super qualité et on sent qu’il y avait de la réflexion dans le choix des invités, ça c’est plutôt agréable quand on sait que notre école nous propose comme intervenant le premier ministre québécois ce mois ci..

  • Bill

    La dernière conférence de Terra Nova, avec Rocard sur le réchauffement climatique, était assez creuse, un peu inintéressante, et on a eu l’impression que c’était plus histoire de dire « Rocard à sciences po » que de faire une vraie conférence.

  • Félix de Monts

    Article très intéressant sur une des associations qui crée du débat à Sciences Po.
    Une très bonne initiative de la part de la Péniche. Il est en effet essentiel de faire connaître « les résultats » des actions de ces associations qui font la richesse de notre école. Cependant ça serait bien de mettre en avant les autres associations de réflexion politique comme par exemple Terra Nova ou les Jeunes Libéraux.

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