Elections BDE 2019 : A l’West, il y a du nouveau

Elections BDE 2019 : A l’West, il y a du nouveau

C’est l’événement de ce début de semestre de printemps 2019 à Sciences Po : pour la première fois depuis longtemps – du moins, de mémoire de sciencepiste -, la traditionnelle campagne d’élection de la liste BDE de l’année à venir ne compte qu’une seule candidature officielle, celle de la liste West Side Sciences Po. Face aux regrets exprimés par un certain nombre d’élèves, une liste alternative qui s’autoproclame « liste BDE prank », s’est déclarée à la surprise générale : Sciences Pop. Sciences Po a été formel : campagne il y aura, mais sans le scrutin traditionnel de fin de semaine, puisque les deux listes sont d’accord pour que West Side Sciences Po soit désignée victorieuse. Alors, en cette campagne assez unique en son genre, La Péniche est allée à la rencontre de membres des deux listes, pour leur poser quelques questions…

Liste West Side Sciences Po – Ismaël Amiar et Ysé VennemaniPourquoi vous êtes-vous présentés ?

À l’origine, il y avait quatre listes. Mais par un concours de circonstances, des désistements et une fusion, nous nous sommes retrouvés à une seule liste. Nous avons tout de même tenu à nous présenter car c’est important de montrer que même avec une liste unique, nous pouvons intégrer les étudiant.e.s et faire des partenariats, tout en respectant les valeurs que nous nous sommes fixées.

Pensez-vous pouvoir être à la hauteur ?

On tient à promouvoir l’inclusivité, nous voulons que chacun.e se sente heureux.se de nous avoir comme BDE. Nous tenons aussi à organiser des événements aussi variés que possible : cela peut aller du karaoké en soirée/afterwork à une visite culturelle de Notre Dame. Avec les membres, on souhaite vraiment faire un BDE qui convienne à tous.tes, étudiant.e.s francophones ou en échange. Enfin, nous souhaitions aussi poser un grand axe sur l’accessibilité, que nous considérons comme essentielle et au cœur de notre campagne.

Comment gagne-t-on une campagne BDE ?

Avec plusieurs choses : de la flexibilité, beaucoup de câlins, beaucoup de communication, beaucoup de travail en amont et beaucoup de nourriture (qui est aussi un travail en aval !) Nous avons également développé une application qui permet d’être au courant de tous les bons plans et de poursuivre la campagne avec plein d’activités dessus. Ce n’est pas tout : l’année prochaine, cette application se mettra à jour pour devenir celle du BDE !

Que pensez-vous de la concurrence ? La liste Sciences Pop ?

Nous en pensons du bien, ils ont réussi à être dans la dérision autant que dans « l’esprit campagne ». C’est une bonne chose pour la campagne. C’est aussi une collaboration car ils partagent notre before de soirée et nous collaborons sur les réseaux sociaux.

Ça fait quoi d’avoir gagné sans vote ?

Ce n’est pas par le vote que ça va se passer. Ça se passe sur la perception qu’on aura de nous. C’est la campagne qui va construire notre légitimité. Être là pour les étudiant.e.s, pour l’accessibilité et l’inclusivité. Le fait qu’il y ait la tenue d’une campagne avec une liste unique, c’est aussi montrer une certaine sincérité dans la démarche et le geste et montrer qu’on tient à perpétuer la campagne pour les étudiant.e.s. On veut se faire plaisir et faire plaisir à la communauté étudiante.

Niveau nourriture, beaucoup dénoncent déjà le manque : comment comptez-vous y remédier ?

On ne peut malheureusement rien contre l’appétit illimité des sciencepistes, mais on les invite tout de même à continuer de déguster tous nos produits parce qu’on arrive aussi à faire plus que les autres listes parfois. Mardi, on a distribué cinq cents glaces au Petit Hall !

Pourquoi une co-présidence ?

On pensait que c’était une bonne illustration de notre volonté de représentativité. Nous sommes une liste paritaire, et nous tenions à l’être aussi pour la direction du BDE. Cela étant, être dans un BDE est aussi très prenant. Pour être un meilleur BDE, il faut aussi savoir se partager le travail.

Pourquoi ce thème ? Vous êtes des grands rigolos, c’est ça ?

Parce que c’est un univers qui parle à tou.te.s, il mêle deux ambiances, le chant, la danse… C’est un monde auquel tout le monde peut s’identifier. De nombreux.ses élèves sont venu.e.s nous voir en disant que notre thème de campagne était très bon. West Side Sciences Po n’est pas une simple copie de West Side Story : notre univers comprend toutes les comédies musicales ! Chacun.e en connaît au moins une, et parvient à comprendre quelques références, c’est aussi pour que chacun.e puisse vraiment se sentir chez soi avec West Side Sciences Po.

Définissez-vous en une phrase, sans faire une référence quelconque au monde de la musique.

Sans notre thème, il reste notre travail de fond : les valeurs du programme qui a été pensé en collaboration avec les associations de Sciences Po. On a déjà prévu des évents l’an prochain avec certaines, qui sont datés et budgétés. Mais il y a aussi un travail sur les partenaires. Pour accompagner les étudiant.e.s, surtout à Sciences Po, il faut des partenariats (pour pouvoir enfin manger pas cher dans le quartier Saint Germain, ou encore simplement dépanner un chargeur au Bocal).

Si Frédéric Mion était un personnage de comédie musicale, de qui s’agirait-il ?

Dany Zucko dans Grease ! Ils ont absolument tout en commun : la veste en cuir, la mèche, le gel et le charme irrésistible.

Si l’Acte II était une comédie musicale, de laquelle s’agirait-il ?

Même si à première vue, il y a un côté très « Pipoland », on fait confiance à l’administration pour le mettre en musique !

Un petit mot de fin ?

On espère avoir réussi à séduire les étudiant.e.s. Si une campagne peut paraître superficielle, elle est en fait très travaillée en coulisses et on invite tout le monde à consulter notre programme. Et puis sinon, il y a quand même cookies illimités à notre soirée, et ça c’est cool.

Liste Prank « Sciences Pop » – Gaspard Maulion, Clément Paulet et Apolline RauchePourquoi avez-vous décidé de ne pas vous présenter cette année ?

Pour la simple raison que nous sommes en grande partie en deuxième année. D’ailleurs, l’administration de Sciences Po était aussi réticente à l’idée d’effectuer une présidence depuis notre pays de Troisième année. Le fait de ne pas nous présenter est aussi une marque de respect pour l’autre liste, d’où notre volonté de pas faire un vrai vote.

D’ailleurs, nous trouvons dommage le fait que cette année, il n’y ait de campagne comme les précédentes. L’esprit y est différent, même si l’autre liste fait une bonne campagne. Notre but est juste faire vivre un esprit de campagne traditionnel, sachant que c’est peut-être une des dernières campagnes BDE que nous verrons.

Est-ce que Sciences Pop est une liste avec des “losers” du coup ?

On ne peut pas perdre puisqu’il n’y a pas de vote. De plus, on peut se considérer comme des losers parce qu’on a de l’autodérision. Mais là encore, dire qu’on est des losers, c’est dire que toutes les personnes qui ne sont pas listées sont des losers. Sciences Pop est aussi un hommage à ceux.elles qui ne sont pas listé.es.

Que pensez-vous de la liste vainqueure ?

Très professionnelle, nous leur souhaitons plein de courage ! Nous les apprécions beaucoup et il y a une bonne ambiance. Ils.elles gèrent très bien, et on espère qu’ils et elles seront un super BDE l’année prochaine. C’est un bon groupe. Nous sommes toutefois déçu.e.s qu’il n’y ait qu’une liste présentée cette année. Et puis dans le pire des cas, les deuxièmes années n’ont pas trop de souci à se faire, ils.elles seront en troisième année ! (rires)

Que représente votre thème ?

L’origine de la liste est dans la défaite de “Sciences Power” face à “Good Morning Sciences Po !” l’année passée. À partir de là, tout un délire est né grâce à Jean-Bastien Payet, un ancien de Sciences Power, sur une liste prank qui s’intitulerait « Sciences Poppers ». Cependant, sachant que la liste allait être présentée à l’administration, nous avons décidé de raccourcir à l’appellation “Sciences Pop”. C’était une bonne opportunité, puisque justement le monde de la pop culture est extrêmement riche ! Mais attention : le côté « poppers » n’a pas non plus disparu, il reste l’identité historique de la liste.

Vous êtes plutôt le Roi Lion ou Marcel Le Chat du 13U ?

Le roi Marcel ! Plus sérieusement, à Sciences Po, il n’y a pas de débat qui se pose, pas de roi Mion ou autre, Marcel est au-dessus de tout.

Finalement : vous êtes plutôt UNEF ou Sciences Polémiques ?

Numériquement, la liste est Sciences Polémiques, mais dans le cœur et dans l’investissement, nous restons UNEF. Ceci dit, le débat ne se pose pas non plus : on ne peut pas répondre à cette question, c’est un peu comme choisir entre papa et maman. En plus, on est un BDE inclusif et ouvert : on a des affilié.e.s Les Républicains chez nous !

En une phrase : l’esprit de votre campagne (oubliez le mot disruptif, #jadorerire, ou toute allusion à Karine le Marchand).

On ne pense pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise campagne… Tout est une question de rencontre, d’investissement personnel, d’amour des gens. D’ailleurs, ce n’est parce que ce n’est pas autorisé que c’est interdit. On aime jouer avec les limites.

C’est une bonne situation, ça, liste prank ?

Ca peut poser un petit problème : nombreux.ses pensent que nos événements ne sont pas réels, alors que nous avons vraiment fait des événements avec les moyens du bord. C’est pourtant à l’occasion de ces événements que l’on peut saluer le travail des 1A et des 2A qui se sont engagé.e.s pour la liste. C’est une chose dont on peut être fier.e.s : on a vraiment organisé une campagne sans manier des grandes sommes d’argent, avec ce qui est possible (nous tenions aussi à rester une bande de potes qui font un truc sympa qui leur tient à cœur). C’est un investissement à ne pas sous-estimer. Cela mis à part, être une liste second degré est super, les gens apprécient vraiment ! Nous n’avons jamais eu de soucis avec le fait qu’il n’y aura pas de vote, c’était la condition.

Cette liste, au fond, c’est un don. Le don de soi. Le don de soi au service de la dénonciation politique, des travers de notre école de « l’élite », comme le montre le nom de nos événements comme « La Prep’Ena » ! (rires).

Sciences Charo ? Sciences Dodo ? Délocaliser Marcel au 27 ? Vous savez que ces propositions sont populaires au sein de la communauté de Sciences Po ? Vous avez pensé à en parler au BDE actuel ?

On a inventé notre programme sur la base de véritables besoins. On dit tout haut ce qui est pensé tout bas, il y a un côté un peu populiste à notre liste (rires). Bon, après, certains projets ne peuvent pas être réalisés : délocaliser Marcel au 27 peut être de la maltraitance animale avec tout ce qu’il se passe en Péniche ! Et en même temps, il serait intéressant de faire porter des projets comme Sciences Polochons et de voir jusqu’où ça peut aller !

Un petit mot de fin ?

Nous souhaitons en profiter pour dire que ce serait dommage que cette tradition des campagnes BDE à Sciences Po se termine. Ce serait bien de revenir aux campagnes en semaine 11 ou 12 avec deux listes : c’est parfois dur, c’est parfois conflictuel, mais c’est une excellente expérience humaine à vivre. Notre liste porte un message qui est de ne pas céder certaines choses face à l’administration. Peut-être qu’à terme, une campagne BDE se résumera juste à remplir un formulaire administratif.
L’administration nous a toutefois donné son feu vert pour être une liste prank cette année, alors autant profiter de ces opportunités qui s’offrent à nous. Notre message global est donc de dire que la vie de l’école vient de nous et uniquement de nous. Si nous voulons la faire vivre, c’est à nous de le faire et de nous en donner les moyens.
Et puis, si M. Frédéric Mion lit cet article, nous voulons qu’il sache qu’on apprécierait beaucoup faire une photo avec lui !

Questions de Zacharie Kartener et Océane Lang ; propos recueillis par Zacharie Kartener

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