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Eclairer l’avenir – Une série de webinaires pour « penser l’après Covid 19 »

Alors que la deuxième semaine de ce cycle de conférences se termine, La Péniche revient pour vous sur la genèse de ce projet ambitieux lancé par Stacy Algrain, étudiante à Sciences Po. L’occasion, aussi, de tirer le bilan des deux premières conférences, au cours desquelles sont intervenus le sociologue Jean Viard et le climatologue Jean Jouzel.

« On discute beaucoup de ce qui se passe en ce moment mais on ne sait pas ce qu’on va faire après », tel a été le constat tiré par Stacy Algrain, étudiante en première année du master Environmental Policy à PSIA. Elle décide alors de profiter de ce confinement de manière proactive en organisant une série de webinaires qu’elle intitule « Penser l’après Covid-19 ».

L’objectif ? « Imaginer, penser, anticiper le monde d’après ». En 45 minutes d’entretien et 30 minutes de questions, les invités partagent, en direct sur Zoom, leur savoir et leur analyse des événements présents mais aussi leurs préconisations pour le futur.

L’étudiante porte un soin particulier à inviter des intervenants « aux horizons divers », issus du monde universitaire ou de la société civile, travaillant dans le secteur public ou dans le secteur privé. « Je veux aussi donner la parole à des gens qu’on entend peu », explique Stacy Algrain. « Il n’y a pas besoin d’avoir de diplômes pour avoir une idée de ce que le futur devrait être », poursuit-elle. Ce soir, à 18h, c’est par exemple Thierry Bailliet, agriculteur, qui s’exprimera. « Nous accueillerons quelques grandes personnalités », prévient également Stacy Algrain. On notera d’ores et déjà que nous aurons l’opportunité d’entendre prochainement Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Commissariat à l’Energie Atomique et membre du GIEC, ou Laurence Tubiana, directrice de la Fondation Européenne pour le Climat.

Diversité d’horizons et de points de vue, donc, mais aussi diversité d’enjeux. L’étudiante souhaite aborder un panel de problématiques le plus large possible : des enjeux environnementaux, économiques mais aussi des questions sociétales, de genre, d’inégalités.

Un défi réussi

S’il rencontre un réel succès, ce projet fût un véritable défi. En trois semaines, l’étudiante imagine, seule, le projet, démarche les intervenants, les relance, les convainc, s’occupe de la communication aussi. Mais le travail paie. Les webinaires de la première semaine, de 100 places, ont affiché complets. Rassurez-vous, les conférences sont aussi diffusées en Live sur la page Facebook du projet et postées rapidement sur la chaîne YouTube correspondante. L’étudiante se réjouit aussi de l’accueil que reçoit son initiative auprès des intervenants. « Ils trouvent ça super de s’adresser à une audience majoritairement étudiante, de confronter leur point de vue avec les nouvelles générations » confie-t-elle. Ces réponses enthousiastes permettent à Stacy Algrain d’organiser ces conférences avec une belle fréquence : trois à quatre webinaires auront ainsi lieu chaque semaine. Initialement prévus jusqu’à fin avril, ils s’étendront probablement jusqu’à la fin du confinement. Une collaboration avec l’association Sciences Po Environnement s’est également mise en place pour certaines conférences, à l’instar de celle qui s’est déroulée hier sur le thème de l’ « élevage de demain ».

Jean Viard et Jean Jouzel : faire de cette crise une opportunité

Jean Viard, sociologue, et Jean Jouzel, climatologue et ancien vice-président du GIEC, sont les premiers à s’être prêtés à l’exercice, mardi 14 et jeudi 16 avril. Des conférences qui ont rendu compte de la nécessité d’une réflexion sur la situation actuelle et sur la trajectoire que nous souhaitons amorcer. Les deux invités se sont rejoints sur une idée : cette crise est une opportunité qu’il faut saisir. « Il ne faut pas avoir vécu ça pour rien » soutient Jean Viard, qui appelle à une réelle réflexion sur les modalités de la relance économique. « Si cet argent sert à construire un système de long terme, intégré dans la COP 21, alors c’est un investissement donc ça va s’amortir. Mais si c’est simplement pour remettre la machine en route […], alors c’est de l’argent perdu », continue-t-il. Même son de cloche chez Jean Jouzel, qui invite à prendre en considération les propositions de la Convention citoyenne pour le Climat – dont il est membre du comité de gouvernance. “Il va y avoir beaucoup d’argent injecté dans le système économique, c’est souhaitable. Mais ce qu’il faudrait, c’est que cet argent soit conditionné, ciblé” préconise-t-il par ailleurs. Il prévient en effet : « Si on repart comme avant, c’est clair que nous aurons à faire face à 3 ou 4 °C supplémentaires à la fin de ce siècle. » Un monde qui serait difficilement vivable. Il rappelle que vingt milliards d’euros supplémentaires par an sont nécessaires pour faire face aux défis du dérèglement climatique. Un chiffre « important mais pas inaccessible » au vu de l’argent qui est mis sur la table aujourd’hui.

Des propositions concrètes

De manière concrète, Jean Jouzel appelle à reconsidérer la croissance de certains secteurs d’activité. « On ne peut pas accepter que le transport aérien se développe comme il l’envisageait avant la crise » défend-il. Taxation du kérosène, suppression des subventions et des niches fiscales : les outils sont connus selon lui. Plus généralement, cette crise a révélé l’insuffisance de la prise en compte des avis scientifiques, soutient-il. Il préconise donc l’instauration d’une « structure scientifique assez forte au service du politique » en prenant exemple sur la présence d’un Conseiller scientifique en chef du gouvernement en Grande-Bretagne qui aiguille les décideurs politiques dans leurs décisions.

Dans un contexte de crise qui a mis en évidence le caractère indispensable de métiers pourtant peu rémunérés, Jean Viard appelle, lui, à donner « plus de respect et de fierté » à ceux qui exercent ces professions peu qualifiés en réalisant un geste fort : augmenter le SMIC de 20 à 30%. Concernant les hôpitaux, il se prononce pour une plus grande autogestion et la délégation des hôpitaux aux régions. La sortie de “cette énorme bureaucratie” est selon lui une priorité.

S’il y avait un autre enseignement à tirer de ces conférences, c’est que chacun a un rôle à jouer. Les politiques, bien sûr, mais aussi chacun d’entre nous, que ce soit à un niveau individuel, collectif ou au sein notre secteur d’activité, affirme Jean Jouzel. Pour cela, la formation aux enjeux du dérèglement climatique est primordiale. Tous les élus et tous les étudiants devraient “avoir une connaissance de base” de ces problèmes, selon le scientifique.

Un projet qui vise à être poursuivi

Ces deux premières conférences, très riches, présagent un cycle de conférence passionnant. A plus long terme, Stacy Algrain ne compte pas en rester là. « J’aimerais aussi faire un cycle pour penser l’ « après-patriarcat » ou l’ « après-capitalisme » », explique-t-elle. Des initiatives bienvenues tant il semble utile, aujourd’hui, de réfléchir collectivement pour trouver des réponses aux nombreux défis contemporains.

Pour plus d’informations :

La page Facebook du projet

La chaîne YouTube avec les vidéos des conférences

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