Anne Hidalgo: Spéciale dédicace aux « ringards »

Anne HidalgoQui dit 63ème Journée Dédicaces dit spéciale dédicace. Interviewée par LaPéniche.net, Anne Hidalgo, première adjointe (PS) à la Mairie de Paris pour l’urbanisme et l’architecture, n’a pas failli à cette (pseudo) règle, en parlant tant dans son parti que dans l’UMP de « ringards ». Avant d’attaquer cette nouvelle brûlante, découvrons sans plus attendre le personnage ainsi que ses attributions politiques.

Anne Hidalgo était présente à Sciences Po pour cette Journée Dédicaces pour présenter son livre Travail au bord de la crise de nerf, publié aux éditions Flammarion et co-écrit avec Jean-Bernard Senon, son chef de cabinet. Le sujet est d’actualité: le malaise au travail ainsi que des propositions pour renouveler la vie au travail, la façon de travailler, aujourd’hui marquée par des événements comme la vague de suicides à France Telecom.

D’inspiration philosophique (Simone Veil, Hannah Arendt) mais aussi avec des repères politiques, le livre se veut « à dimension humaine » et propose notamment un changement dans la formation des DRH, « qui doivent avoir une formation incluant le Droit du Travail, mais aussi la sociologie et la philosophie du travail » selon l’ex-inspectrice du Travail. Le livre est « un mélange de témoignages et d’analyses historiques, philosophiques et politiques » pour le chef de cabinet d’Anne Hidalgo.

Mais si elle était présente avant tout en tant qu’auteur, la responsable de la représentation de la région Ile-de-France à Bruxelles a aussi pu répondre aux questions plus politiques de LaPéniche.net, notamment concernant l’affaire secouant le président du conseil régional, Jean Paul Huchon. Anne Hidalgo a assuré sa « solidarité vis-à-vis de Jean Paul Huchon », au cœur d’un recours au Conseil d’Etat concernant la campagne menée par le Syndicat des Transports d’Ile-de-France (Stif) sur la nouvelle offre de transports durant la campagne des régionales en mars 2010. Celle-ci aurait avantagé le candidat socialiste, sortant de deux mandats consécutifs à la région. Le rapporteur public ayant demandé le 3 décembre dernier que le président de la région Ile-de-France soit déclaré inéligible, il appartient au Conseil d’État de suivre ou non cet avis. « J’espère qu’il n’y aura pas de sanction de cette élection, car la campagne incriminée faite par le Stif n’était pas du tout attachée à la personnalité de Jean-Paul Huchon mais informait sur les nouveaux dispositifs en matière de transports, à destination de tous les Franciliens. » a déclaré Anne Hidalgo. Dans le cas contraire, il serait probable qu’un nouveau président soit choisi par les militants PS, ou que l’ensemble de l’exécutif socialiste démissionne en bloc.

Concernant les primaires, autre sujet important du moment, la proche de Martine Aubry affirme qu’« on (les socialistes, ndlr) a fixé un calendrier, il faut s’y tenir. Il ne faut pas un calendrier qui soit organisé pour empêcher ou favoriser tel(le) ou tel(le), c’est très bien comme cela ». Anne Hidalgo se fait cependant plus sévère sur les multiples candidatures déposées récemment, en déclarant que « l’enjeu de l’élection présidentielle devrait amener chacun à relativiser son enjeu personnel ». Réfutant le mot de pacte, qui « n’a jamais été prononcé mais inventé par les journalistes », elle appelle à une « discussion préalable entre ceux qui sont présidentiables (Fabius, Hollande, Delanoë, Royal, DSK, Aubry…) » car « c’est une équipe qui gagne ». Le ton se fait plus dur lorsque la première adjointe déclare que « ce n’est pas obligatoire de se présenter aux primaires. On ne se présente pas aux présidentielles pour prendre date pour la suivante, c’est très ringard en termes de pratiques politiques ». Ça y est, le mot est lâché. Et les cibles sont identifiées : Manuel Valls, Arnaud Montebourg, « des gens de ma génération que j’apprécie beaucoup par ailleurs, des hommes modernes ». Anne Hidalgo veut également calmer le jeu : « ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages que les dés sont jetés, il conserve une capacité à remonter une pente, un vrai talent politique ». Elle rappelle qu’en 2001 ou six mois avant 2007, « les socialistes étaient surs de l’emporter. Il faut que cela nous serve de leçon. L’enjeu pour la France est extrêmement important d’avoir un changement fort de majorité car l’état du pays est désastreux, il faut s’arrêter là pour les Français. »

Si Anne Hidalgo pourrait être décrite comme une « franc-tireuse » au sein du Parti Socialiste, l’adjointe à la Mairie de Paris n’oublie pas de tacler le camp de la majorité présidentielle, notamment sur un sujet qui lui importe particulièrement: les voies sur berges. Le projet socialiste paraît ambitieux sur le papier: une rive gauche complètement fermée à la circulation et consacrée à des activités culturelles et sportives, une rive droite aménagée avec plusieurs feux pour en réguler le trafic, agrémentée elle aussi de plusieurs accès piétons. La rive gauche est tout spécifiquement sujette à de nombreux projets: des îles artificielles, des scènes de concert flottantes et des animations variées ainsi que des infrastructures sportives (terrains de basketball, skate parc…). Les trois thématiques de la nature, du sport et de la culture doivent être mises en avant, cette dernière étant la résultante d’une « demande forte des Parisiens ». L’idée derrière cette volonté de changement est de « reconquérir le fleuve » et d’utiliser au mieux ces quatre hectares en plein cœur de Paris. Et le contre projet de l’UMP, me direz vous ? « Il n’est ni fait ni à faire. » selon Anne Hidalgo, qui regrette que les conseillers UMP soient « dans une approche extrêmement ringarde de la ville, défendant la voiture comme seul moyen de transport ». Même si elle admet que la voiture ne peut pas disparaître complètement de la capitale, la responsable de l’urbanisme à la Mairie de Paris affirme qu’« avec Bertrand Delanoë nous sommes déterminés à faire baisser le niveau du trafic automobile dans Paris, ne serais-ce que pour des questions de santé publique ». Anne Hidalgo va même plus loin dans la critique de ses adversaires au conseil régional en déclarant qu’elle « trouve incroyable que les représentants UMP aillent pleurer à l’Élysée pour se faire câliner par le président de la République de leurs mauvais résultats électoraux. Ils n’ont rien compris à l’évolution de notre ville ».

Résumons donc pour les « ringards ». Chacun en a pris pour son grade, avec sa petite dédicace : PS 1, UMP 1, la balle au centre. Anne Hidalgo montre ainsi son indépendance vis-à-vis de son parti tout en le défendant avec passion.

Ce constat rejoint en quelque sorte l’avis de David Abiker, journaliste web d’Europe 1 et France Info lui aussi présent à cette Journée Dédicaces, qui résume: « la Journée Dédicaces est un bon refuge pour tous ceux qui, plutôt que dépenser de l’argent, veulent dédicacer », le sujet de ces dédicaces n’étant pas objectivement déterminé.

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