Faisons un peu d’histoire. En 2019, la campagne a été un peu en deçà des attentes des sciencespistes. Une seule liste s’est présentée : West Side Sciences Po. Elle était accompagnée d’une liste « prank » qui ne souhaitait pas lui faire concurrence, et la liste « sérieuse » a donc gagné d’office. Bien qu’elle ait fait beaucoup d’efforts pour convaincre les étudiants et acquérir sa légitimité, il n’en reste pas moins que l’absence de rivalité ne pouvait que diminuer l’intensité de la campagne.

Cette année, les choses changent. Ce n’est pas une, ni deux, mais trois listes qui s’affronteront lors de la première phase de la campagne, qui se déroulera du 26 au 29 janvier 2020. Cette première phase est inédite. Les réseaux sociaux seront le théâtre de l’affrontement de trois listes rivalisant d’ingéniosité afin de séduire les étudiants. Les listes pourront présenter leur programme et tenter de tirer leur épingle du jeu. A la fin de cette période, un scrutin en ligne sera organisé, avec là encore une nouveauté : chaque étudiant disposera de quatre voix qu’il pourra distribuer comme bon lui semble. Si vous êtes convaincu qu’une liste en particulier est la bonne, vous pourrez lui consacrer vos quatre voix ; si vous doutez, au contraire, alors vous pourrez opter pour une répartition de vos voix. Selon Jeanne-Louise Roellinger, « Le système de scrutin a ainsi été repensé afin d’être plus juste ».
A l’issue de ce premier tour, les deux listes ayant recueilli le plus de voix seront retenues pour le second round. Il aura lieu quelques mois plus tard ; cela souligne la division en deux parties de la campagne. Et pour cause : alors que le premier tour est une campagne numérique, le second correspond lui à la traditionnelle campagne « physique », et aura lieu du 19 au 22 avril 2020. (une rumeur court annonçant que la liste qui fournirait la plus grande quantité de nourriture gagnerait un avantage décisif sur son adversaire). Le déroulement de cette élection est donc inédit, avec la mise en place de deux scrutins, s’apparentant à un vrai parcours du combattant.
Une autre nouveauté apparaît cette année, et pas des moindres : comparée par sa présidente au Conseil Constitutionnel (on souhaite bonne chance aux 1A qui doivent rattraper leurs oraux d’IP samedi 25 janvier), la Commission électorale joue un rôle central. Techniquement, bien que branche du BDE, elle est dotée de ses propres statuts. Elle est composée de neuf membres : trois sont des membres du BDE, six sont des étudiants volontaires ayant été tirés au sort, paritairement. S’appuyant sur une promesse du BDE élu en 2019 de rendre la campagne plus juste et transparente, elle a vocation à contrôler de long en large l’élection, et dispose de nombreuses prérogatives. A commencer par le suivi du recrutement : auparavant il y avait une très faible transparence concernant le recrutement des membres. Cette année, la Commission leur a proposé le nom des personnes s’étant inscrites lors du recrutement public lancé au milieu du premier semestre. « Notre première action de contrôle a été le lancement du recrutement public : on a suivi les listes dans leur processus de recrutement des candidatures spontanées. », confirme Jeanne-Louise Roellinger.
La Commission aura une influence directe sur le vote par son action de contrôle : en effet, elle a soumis des épreuves de budget à chaque liste, et procède en ce moment aux évaluations de ces épreuves. La tâche consistait à établir un budget fictif prévisionnel pour le WEI. La Commission se charge de juger la faisabilité des projets, leur cohérence, etc. Elle rendra un avis par liste, accompagné de la présentation de son projet. Le but est double : premièrement que les étudiants puissent se constituer un avis concernant la compétence de chaque liste, deuxièmement qu’ils choisissent le WEI auquel ils voudraient participer.
Enfin, le respect du règlement est assuré par la Commission électorale qui encadre les listes dans cette optique. Et ce notamment pour la campagne numérique, nouveauté nécessitant l’établissement d’un règlement et la clarification de certaines situations.
Si Jeanne-Louise Roellinger est consciente de la difficulté pour les listes d’entrer dans les clous imposés par la Commission, elle considère que derrière ce contrôle se trouvent « une réelle démarche, et une réelle volonté que la campagne soit plus morale. ».
Une question se pose, quant aux possibles conflits d’intérêts apportés par ce contrôle : si les membres sont en majorité proches d’une liste en particulier, cela peut poser problème. Pas d’inquiétude pour la Présidente : « Nous avons tous signé un papier attestant de notre probité et du fait que, même si nous avions des connaissances au sein des listes en lice, nous devions conserver notre droit de réserve sur tout ce qui concerne la campagne. »
Pour tout ce que cet article évoque, la campagne promet d’être passionnante, les rivalités exacerbées. La campagne numérique commence dès dimanche : bonne chance aux listes, et que les deux meilleures passent !
Note de la rédaction (27/01/2020) : à la suite du désistement d’une liste, l’article a été adapté pour correspondre au nouveau nombre de listes.
]]>C’est sans doute la première chose que tu as vu en mettant les pieds dans le hall de Sciences Po : à ta gauche, une longue rangée de tables pleines d’étudiant.e.s dynamiques qui, dans un joyeux vacarme, t’invitent à rejoindre leur asso avec éloquence et le regard brillant. Certain.e.s debout vont même à ta rencontre sans que tu n’aies rien demandé, fidèles à l’adage “si tu ne vas pas à l’asso, l’asso viendra à toi”. Il en fut ainsi pour moi : avant même d’avoir pu adresser la parole à un camarade étudiant, j’avais déjà quatre tracts en main.
Cette vie associative tonitruante est une opportunité exceptionnelle, car tout le monde s’y retrouve, et car elle crée une vie étudiante incroyablement diverse. Entre dégustations de maté, conférences de président.e.s, défilés de mode et régate en mer, peu importe tes centres d’intérêts, tu auras forcément de quoi rêver.
Pour t’orienter dans ce tourbillon d’activité, la Péniche, le journal des étudiant.e.s de Sciences Po, s’est associé avec le BDE pour réaliser ce guide des associations. En effet, tout au long de l’année, c’est dans la Péniche que tu pourras suivre en long et en large tous les événements de cette vie associative, et en règle générale toute l’actualité de la vie étudiante, décortiquée chaque jour par nos rédacteur.rice.s, dessinateur.rice.s et photographes. Pour le consulter, clique sur le bouton télécharger!
Au programme aujourd’hui, descriptifs, interviews, portraits, le tout écrit par des responsables de chacune des associations, car qui pourrait mieux qu’eux te présenter leur bébé ?
On te souhaite une très bonne lecture!
]]>Liste West Side Sciences Po – Ismaël Amiar et Ysé Vennemani
Pourquoi vous êtes-vous présentés ?
À l’origine, il y avait quatre listes. Mais par un concours de circonstances, des désistements et une fusion, nous nous sommes retrouvés à une seule liste. Nous avons tout de même tenu à nous présenter car c’est important de montrer que même avec une liste unique, nous pouvons intégrer les étudiant.e.s et faire des partenariats, tout en respectant les valeurs que nous nous sommes fixées.
Pensez-vous pouvoir être à la hauteur ?
On tient à promouvoir l’inclusivité, nous voulons que chacun.e se sente heureux.se de nous avoir comme BDE. Nous tenons aussi à organiser des événements aussi variés que possible : cela peut aller du karaoké en soirée/afterwork à une visite culturelle de Notre Dame. Avec les membres, on souhaite vraiment faire un BDE qui convienne à tous.tes, étudiant.e.s francophones ou en échange. Enfin, nous souhaitions aussi poser un grand axe sur l’accessibilité, que nous considérons comme essentielle et au cœur de notre campagne.
Comment gagne-t-on une campagne BDE ?
Avec plusieurs choses : de la flexibilité, beaucoup de câlins, beaucoup de communication, beaucoup de travail en amont et beaucoup de nourriture (qui est aussi un travail en aval !) Nous avons également développé une application qui permet d’être au courant de tous les bons plans et de poursuivre la campagne avec plein d’activités dessus. Ce n’est pas tout : l’année prochaine, cette application se mettra à jour pour devenir celle du BDE !
Que pensez-vous de la concurrence ? La liste Sciences Pop ?
Nous en pensons du bien, ils ont réussi à être dans la dérision autant que dans « l’esprit campagne ». C’est une bonne chose pour la campagne. C’est aussi une collaboration car ils partagent notre before de soirée et nous collaborons sur les réseaux sociaux.
Ça fait quoi d’avoir gagné sans vote ?
Ce n’est pas par le vote que ça va se passer. Ça se passe sur la perception qu’on aura de nous. C’est la campagne qui va construire notre légitimité. Être là pour les étudiant.e.s, pour l’accessibilité et l’inclusivité. Le fait qu’il y ait la tenue d’une campagne avec une liste unique, c’est aussi montrer une certaine sincérité dans la démarche et le geste et montrer qu’on tient à perpétuer la campagne pour les étudiant.e.s. On veut se faire plaisir et faire plaisir à la communauté étudiante.
Niveau nourriture, beaucoup dénoncent déjà le manque : comment comptez-vous y remédier ?
On ne peut malheureusement rien contre l’appétit illimité des sciencepistes, mais on les invite tout de même à continuer de déguster tous nos produits parce qu’on arrive aussi à faire plus que les autres listes parfois. Mardi, on a distribué cinq cents glaces au Petit Hall !
Pourquoi une co-présidence ?
On pensait que c’était une bonne illustration de notre volonté de représentativité. Nous sommes une liste paritaire, et nous tenions à l’être aussi pour la direction du BDE. Cela étant, être dans un BDE est aussi très prenant. Pour être un meilleur BDE, il faut aussi savoir se partager le travail.
Pourquoi ce thème ? Vous êtes des grands rigolos, c’est ça ?
Parce que c’est un univers qui parle à tou.te.s, il mêle deux ambiances, le chant, la danse… C’est un monde auquel tout le monde peut s’identifier. De nombreux.ses élèves sont venu.e.s nous voir en disant que notre thème de campagne était très bon. West Side Sciences Po n’est pas une simple copie de West Side Story : notre univers comprend toutes les comédies musicales ! Chacun.e en connaît au moins une, et parvient à comprendre quelques références, c’est aussi pour que chacun.e puisse vraiment se sentir chez soi avec West Side Sciences Po.
Définissez-vous en une phrase, sans faire une référence quelconque au monde de la musique.
Sans notre thème, il reste notre travail de fond : les valeurs du programme qui a été pensé en collaboration avec les associations de Sciences Po. On a déjà prévu des évents l’an prochain avec certaines, qui sont datés et budgétés. Mais il y a aussi un travail sur les partenaires. Pour accompagner les étudiant.e.s, surtout à Sciences Po, il faut des partenariats (pour pouvoir enfin manger pas cher dans le quartier Saint Germain, ou encore simplement dépanner un chargeur au Bocal).
Si Frédéric Mion était un personnage de comédie musicale, de qui s’agirait-il ?
Dany Zucko dans Grease ! Ils ont absolument tout en commun : la veste en cuir, la mèche, le gel et le charme irrésistible.
Si l’Acte II était une comédie musicale, de laquelle s’agirait-il ?
Même si à première vue, il y a un côté très « Pipoland », on fait confiance à l’administration pour le mettre en musique !
Un petit mot de fin ?
On espère avoir réussi à séduire les étudiant.e.s. Si une campagne peut paraître superficielle, elle est en fait très travaillée en coulisses et on invite tout le monde à consulter notre programme. Et puis sinon, il y a quand même cookies illimités à notre soirée, et ça c’est cool.
Liste Prank « Sciences Pop » – Gaspard Maulion, Clément Paulet et Apolline Rauche
Pourquoi avez-vous décidé de ne pas vous présenter cette année ?
Pour la simple raison que nous sommes en grande partie en deuxième année. D’ailleurs, l’administration de Sciences Po était aussi réticente à l’idée d’effectuer une présidence depuis notre pays de Troisième année. Le fait de ne pas nous présenter est aussi une marque de respect pour l’autre liste, d’où notre volonté de pas faire un vrai vote.
D’ailleurs, nous trouvons dommage le fait que cette année, il n’y ait de campagne comme les précédentes. L’esprit y est différent, même si l’autre liste fait une bonne campagne. Notre but est juste faire vivre un esprit de campagne traditionnel, sachant que c’est peut-être une des dernières campagnes BDE que nous verrons.
Est-ce que Sciences Pop est une liste avec des “losers” du coup ?
On ne peut pas perdre puisqu’il n’y a pas de vote. De plus, on peut se considérer comme des losers parce qu’on a de l’autodérision. Mais là encore, dire qu’on est des losers, c’est dire que toutes les personnes qui ne sont pas listées sont des losers. Sciences Pop est aussi un hommage à ceux.elles qui ne sont pas listé.es.
Que pensez-vous de la liste vainqueure ?
Très professionnelle, nous leur souhaitons plein de courage ! Nous les apprécions beaucoup et il y a une bonne ambiance. Ils.elles gèrent très bien, et on espère qu’ils et elles seront un super BDE l’année prochaine. C’est un bon groupe. Nous sommes toutefois déçu.e.s qu’il n’y ait qu’une liste présentée cette année. Et puis dans le pire des cas, les deuxièmes années n’ont pas trop de souci à se faire, ils.elles seront en troisième année ! (rires)
Que représente votre thème ?
L’origine de la liste est dans la défaite de “Sciences Power” face à “Good Morning Sciences Po !” l’année passée. À partir de là, tout un délire est né grâce à Jean-Bastien Payet, un ancien de Sciences Power, sur une liste prank qui s’intitulerait « Sciences Poppers ». Cependant, sachant que la liste allait être présentée à l’administration, nous avons décidé de raccourcir à l’appellation “Sciences Pop”. C’était une bonne opportunité, puisque justement le monde de la pop culture est extrêmement riche ! Mais attention : le côté « poppers » n’a pas non plus disparu, il reste l’identité historique de la liste.
Vous êtes plutôt le Roi Lion ou Marcel Le Chat du 13U ?
Le roi Marcel ! Plus sérieusement, à Sciences Po, il n’y a pas de débat qui se pose, pas de roi Mion ou autre, Marcel est au-dessus de tout.
Finalement : vous êtes plutôt UNEF ou Sciences Polémiques ?
Numériquement, la liste est Sciences Polémiques, mais dans le cœur et dans l’investissement, nous restons UNEF. Ceci dit, le débat ne se pose pas non plus : on ne peut pas répondre à cette question, c’est un peu comme choisir entre papa et maman. En plus, on est un BDE inclusif et ouvert : on a des affilié.e.s Les Républicains chez nous !
En une phrase : l’esprit de votre campagne (oubliez le mot disruptif, #jadorerire, ou toute allusion à Karine le Marchand).
On ne pense pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise campagne… Tout est une question de rencontre, d’investissement personnel, d’amour des gens. D’ailleurs, ce n’est parce que ce n’est pas autorisé que c’est interdit. On aime jouer avec les limites.
C’est une bonne situation, ça, liste prank ?
Ca peut poser un petit problème : nombreux.ses pensent que nos événements ne sont pas réels, alors que nous avons vraiment fait des événements avec les moyens du bord. C’est pourtant à l’occasion de ces événements que l’on peut saluer le travail des 1A et des 2A qui se sont engagé.e.s pour la liste. C’est une chose dont on peut être fier.e.s : on a vraiment organisé une campagne sans manier des grandes sommes d’argent, avec ce qui est possible (nous tenions aussi à rester une bande de potes qui font un truc sympa qui leur tient à cœur). C’est un investissement à ne pas sous-estimer. Cela mis à part, être une liste second degré est super, les gens apprécient vraiment ! Nous n’avons jamais eu de soucis avec le fait qu’il n’y aura pas de vote, c’était la condition.
Cette liste, au fond, c’est un don. Le don de soi. Le don de soi au service de la dénonciation politique, des travers de notre école de « l’élite », comme le montre le nom de nos événements comme « La Prep’Ena » ! (rires).
Sciences Charo ? Sciences Dodo ? Délocaliser Marcel au 27 ? Vous savez que ces propositions sont populaires au sein de la communauté de Sciences Po ? Vous avez pensé à en parler au BDE actuel ?
On a inventé notre programme sur la base de véritables besoins. On dit tout haut ce qui est pensé tout bas, il y a un côté un peu populiste à notre liste (rires). Bon, après, certains projets ne peuvent pas être réalisés : délocaliser Marcel au 27 peut être de la maltraitance animale avec tout ce qu’il se passe en Péniche ! Et en même temps, il serait intéressant de faire porter des projets comme Sciences Polochons et de voir jusqu’où ça peut aller !
Un petit mot de fin ?
Nous souhaitons en profiter pour dire que ce serait dommage que cette tradition des campagnes BDE à Sciences Po se termine. Ce serait bien de revenir aux campagnes en semaine 11 ou 12 avec deux listes : c’est parfois dur, c’est parfois conflictuel, mais c’est une excellente expérience humaine à vivre. Notre liste porte un message qui est de ne pas céder certaines choses face à l’administration. Peut-être qu’à terme, une campagne BDE se résumera juste à remplir un formulaire administratif.
L’administration nous a toutefois donné son feu vert pour être une liste prank cette année, alors autant profiter de ces opportunités qui s’offrent à nous. Notre message global est donc de dire que la vie de l’école vient de nous et uniquement de nous. Si nous voulons la faire vivre, c’est à nous de le faire et de nous en donner les moyens.
Et puis, si M. Frédéric Mion lit cet article, nous voulons qu’il sache qu’on apprécierait beaucoup faire une photo avec lui !
Questions de Zacharie Kartener et Océane Lang ; propos recueillis par Zacharie Kartener
]]>La Péniche : Edgar Morin disait que « l’homme est un être culturel par nature parce qu’il est un être naturel par culture » . L’ambition derrière ce festival est-elle de réconcilier la nature et la culture?
Christophe Zhang : Oui, on peut dire ça comme ça, que le but du festival est de réconcilier nature et culture… Mais on peut aussi prendre la chose à l’envers, on a envie de dépasser la distinction que l’on fait entre nature et culture et montrer qu’en réalité l’idée qu’ on a de la nature est nourrie par la culture. Si on veut utiliser des termes un peu la mode en ce moment, on peut dire que le but de ce festival est essayer de déconstruire le regard que l’on porte sur la nature. Peut-être qu’il y aurait un lien entre notre perception de la nature et ce qu’on en fait aujourd’hui, notre rapport aux écosystèmes ou à la condition animale par exemple : ce sont des questions à explorer.
La Péniche : Justement, à propos de cette perception de la nature, est-elle, historique, occidentale ou simplement propre à la nature humaine ?
Christopher Zhang : Tout le monde a une définition différente de la nature, qui renvoie à un certain imaginaire. Dans les sociétés occidentales, la nature s’est longtemps définie par opposition à la culture. Mais par exemple, des anthropologues comme Philippe Descola (NDLR : ses recherches portent sur les pratiques animistes des Jivaros Achuar, il sera absent au festival mais vous pourrez toujours aller l’écouter au Collège de France) montre que la distinction entre nature et culture est très obsolète pour étudier les sociétés indigènes, qu’il faut établir de nouvelles typologies pour comprendre la diversité des rapports à l’environnement. Finalement, on peut faire remonter l’origine cette distinction entre nature et culture à Rousseau et son idée d’état de nature. C’est une distinction qui relève de la philosophie occidentale, mais qui a aussi un parcours historique avec la révolution industrielle notamment.
La Péniche : Ce festival, au delà de chercher à déconstruire nos représentations, cherche aussi à enrichir les sciences humaines par ce que tu appelles « les humanités environnementales », qui sont d’ailleurs l’une des idées de réforme de l’ acte III du collège. Quels seront les différents intervenants, et en quoi vont-ils montrer l’intérêt de ces humanités environnementales ?
Christopher Zhang : L’idée était de pouvoir présenter aux étudiants une grande diversité de profils. Par exemple, on a un philosophe, Emmanuele Coccia, auteur La vie des plantes – Une métaphysique du mélange, et on a aussi un historien. Essayer d’étudier l’histoire d’un point de vue environnemental implique de replacer l’histoire de l’homme dans un contexte géologique. Cela change complètement notre point de vue : d’un seul coup l’homme n’est plus seulement acteur de son histoire, il est aussi passif face à des forces qui le dépassent comme les catastrophes naturelles, les changements climatiques….
La Péniche : L’homme serait donc passif face aux phénomènes naturels… et pourtant, de plus en plus de scientifiques s’accordent pour dire qu’il y a eu un renversement, que nous avons basculé dans une nouvelle ère anthropologique appelée l’anthropocène. Pourrais-tu définir cette notion pour nos lecteurs ?
Christophe Zhang : L’anthropocène est une nouvelle ère géologique que l’on a définie assez récemment et dont on peut essayer de dater le début soit à la révolution industrielle, soit en 1945, c’est-à-dire avec l’usage de la bombe atomique. L’anthropocène se caractérise par l’impact lourd, considérable, structurel que l’homme peut avoir sur la nature, sa capacité à la détruire. C’est le témoignage de la puissance de l’homme… mais aussi de sa fragilité.
La Péniche : Un autre terme appelle l’attention, celui de l’éco-féminisme. On voit de plus en plus de thèses politiques d’inspiration marxiste et holiste qui cherchent à inclure l’écologie dans leur doctrine. Mais finalement, quel est le lien entre le féminisme et l’écologie ?
Christophe Zhang : Il ne faut pas réduire l’éco-féminisme à une addition simple entre écologie et féminisme. C’est plus compliqué que ça et c’est pour ça que j’invite les gens à aller à la conférence. Je suis vraiment loin d’être expert sur la question, ni légitime pour m’exprimer là-dessus et j’espère ne pas me faire taper sur les doigts par les féministes de Sciences Po si je dis des bêtises (rires). C’est tout un courant de pensée incarné par des femmes du monde entier, notamment des philosophes. La plus grande figure du mouvement est indienne, Vandana Shiva. En fait, la domination des humains sur la nature et celle des hommes sur les femmes s’inscrivent dans un système global où patriarcat et capitalisme sont mêlés ensemble, et contre lequel lutte l’éco-féminisme. La série The Handmaid’s Tale est un bon exemple pour illustrer l’éco-féminisme. Elle est inspirée d’un roman écrit par une autrice très engagée sur la question de l’éco-féminisme, Margaret Atwood. C’est un exemple concret, dystopique, présent dans la culture populaire.
La Péniche : D’ailleurs, en parlant de culture populaire, il y a tout un business autour des scénarios de catastrophes écologiques ou de fin du monde. L’humanité adore mettre en scène sa propre fin, c’est quelque chose que l’on retrouve aussi bien dans la Bible que dans le dernier Michael Bay, aussi bien dans la théologie millénariste que dans les derniers bouquins de collapsologie. D’ où cette dernière question, à l’heure où il y a réellement urgence, n’est-il pas un peu superflu de vouloir passer par la philosophie ou l’art ?
Christophe Zhang : C’est justement le contre-pied qu’on décide de prendre avec ce festival. On part aussi du constat qu’il y a aussi une certaine lassitude, une certaine inaction. Souvent, on nous rabâche que c’est vraiment la fin et pourtant rien ne change. On se dit que la question du climat, c’est quelque chose qui appartient à la communauté scientifique alors qu’en réalité, cette question est présente en histoire, en art et tout le monde peut et devrait se l’approprier. C’est peut-être aussi par la culture qu’on peut faire bouger les lignes.
Gabriel Devos
L’entretien n’est pas exhaustif ; par souci de clarté, certains passages ont pu être modifiés.
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Durant sa deuxième année, il est plus que motivé et certain de son choix : il veut effectuer sa troisième année en Amérique du Nord. « Je n’étais pas en quête d’exotisme. À Paris, mon équilibre était parfait, je voulais retrouver en troisième année un environnement culturel similaire au cadre occidental. De plus je gardais de l’Amérique du Nord un très bon souvenir, j’avais participé au lycée à un sommet à Washington et le mode de vie m’avait beaucoup plu.» Alors il postule avec conviction à trois universités américaines (Seattle, San Francisco, Texas) ainsi qu’à trois établissements canadiens, et finit par obtenir l’université d’Ottawa, son 5ème choix.
La 3A, entre espoirs et désillusions
Hélas pour Thibaut, la troisième année s’avère très vite frustrante. Une fois arrivé au Canada, les choses se compliquent, il est insatisfait de sa collocation et se voit contraint de trouver un nouvel appartement en vitesse. Dans la capitale canadienne, il finit par tomber dans l’amertume, car tout le poussait à rester à Paris. Au cours de la campagne présidentielle, il a été très actif dans sa ville du Havre et a reçu de belles opportunités de stage auxquelles il a dû renoncer. À la fin de cette même deuxième année, il commençait à préparer la campagne de Sciences Power en tant que président de liste du BDE. Il ne parvient pas à se familiariser à son environnement, il n’en ressent pas l’envie. «Contrairement aux autres 3A, je n’ai pas connu les soirées entre amis car je ne me suis pas intégré les premières semaines. J’ai raté le coche, ce qui fait que je ne connaissais que très peu de monde en amphi. Sur le plan académique, je ne me suis pas du tout investi car le niveau académique était faible. J’étais la plupart du temps calé sur le fuseau horaire de Paris, connecté à Sciences Po, car c’est à cette période qu’il me fallait constituer la liste de campagne du BDE».
Sciences Po, administration ex machina ?
Le premier semestre s’achève et Thibaut décide de rentrer à Paris. Il obtient un stage parlementaire avec une député havraise. Avec une proposition de réorientation solide, il contacte l’administration en décembre et obtient un rendez-vous avec la conseillère pédagogique après les vacances de Noël. Il remarque que «l’administration s’est montrée très compréhensive et flexible. C’est grâce à elle que je n’ai pas eu à retourner au Canada. J’ai pu réaliser mon stage et obtenir les crédits qu’il me fallait pour valider mon second semestre».
Le « retour aux affaires »
Il faut le dire, rentrer au pays à fait un bien fou à notre francophile. Ce stage a été pour lui un véritable « retour aux affaires ». Entre rencontres et travail, Thibaut découvre les joies la vie parlementaire. Ce qu’il a surtout appris avec cette expérience, c’est avant tout le sens de la confiance et des responsabilités. Son retour lui a également permis d’être plus près de sa liste de BDE. Le jeune homme affirme avoir pu être bien plus proche de son équipe, et donc avoir été plus à même de lui déléguer des tâches en vue de la campagne. «Mon stage était très prenant, et même si cette fois j’étais sur le même fuseau que Sciences Power, j’ai confié beaucoup plus de responsabilités aux autres membres de Sciences Power avec qui j’ai passé des heures à préparer la campagne. Cette liste a surtout été une belle expérience humaine. Sciences Power a occupé une grande place dans ma 3A : j’ai fait de fabuleuses rencontres et nous avons vécu de très beaux moments ensemble. Ils ont tous fait une très belle campagne, et même si nous n’avons pas eu le bureau, nous avons construit quelque chose de bien plus fort. »
Thibaux Chaix est passé d’une année « frustrante » à une année « exaltante » pleine de rencontres. Comme quoi, la 3A est avant tout l’année des surprises improbables : le sciencepiste a effectué ses premiers mois à l’université d’Ottawa pour terminer dans le cabinet d’une députée à Paris. Notre petit parlementaire entame cette année un master à l’école des Affaires Publiques, pour son plus grand bonheur. La Péniche lui souhaite bon vent, si possible avec un parcours moins mouvementé – quoique, comme nous venons de le voir, l’imprévu est parfois une bonne chose…
Magalie Danican
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