Ondine

La troupe de théâtre de Sciences Po, Rhinocéros, se produisait samedi et dimanche dernier au Funambule. Le Funambule est de ce type de théâtre qui concentre l’atmosphère d’un quartier. Tout comme le théâtre de la Madeleine représente le très cossu 8ème arrondissement, le Funambule est une esquisse de l’ambiance intimiste de Montmartre, propice au théâtre amoureux. Car oui, Ondine est une pièce amoureuse, où passion, fatalité et absurde se mêlent aux mythes. Rhinocéros a choisi de relever le défi d’adapter, avec brio, la pièce de Jean Giraudoux.

Photo: Yann Schreiber
Photo: Yann Schreiber

 

Un conte tragique à la sauce moderne

Le rôle de l’ARJEL dans la protection des joueurs de machines à sous en France

Depuis la libéralisation partielle du marché des jeux d’argent en ligne en France, intervenue avec la loi du 12 mai 2010, la question de la protection des joueurs est devenue centrale dans les politiques publiques. Cette loi a créé un cadre juridique inédit, confiant à l’Autorité de Régulation des Jeux En Ligne — l’ARJEL — la mission de surveiller les opérateurs agréés et de garantir que les pratiques commerciales dans le secteur respectent des normes strictes de protection des consommateurs. Les machines à sous, ou « slots », représentent l’une des catégories les plus populaires dans les casinos en ligne, et leur régulation soulève des enjeux spécifiques liés à la vitesse de jeu, aux mécanismes d’addiction et à la transparence des algorithmes. Comprendre comment l’ARJEL exerce ses prérogatives dans ce domaine permet de mieux saisir les garanties dont bénéficient les joueurs français.

Les missions fondamentales de l’ARJEL et son cadre législatif

L’ARJEL a été instituée par la loi n° 2010-476 relative à l’ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne. Son périmètre d’action couvre initialement les paris sportifs, les paris hippiques et le poker en ligne. Il convient de préciser un point souvent mal compris : les machines à sous en ligne ne sont pas légalement autorisées sur les plateformes agréées par l’ARJEL pour le marché français ouvert. Cette catégorie de jeux reste, en droit français, réservée aux casinos physiques titulaires d’une licence délivrée par le ministère de l’Intérieur, conformément à la loi du 15 juin 1907 et ses décrets d’application.

Cela ne signifie pas pour autant que l’ARJEL est sans influence sur les pratiques liées aux machines à sous. D’une part, l’autorité publie régulièrement des rapports sur les comportements des joueurs français, y compris ceux qui fréquentent des sites non agréés proposant des slots. D’autre part, depuis la fusion de l’ARJEL avec d’autres entités au sein de l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) en 2020, créée par l’ordonnance du 2 octobre 2019, le périmètre de régulation s’est élargi pour inclure l’ensemble des jeux d’argent, qu’ils soient physiques ou en ligne. L’ANJ a ainsi hérité des missions de l’ARJEL tout en intégrant la supervision des casinos terrestres et de la Française des Jeux, offrant une vision plus cohérente et transversale de la protection des joueurs.

Les outils réglementaires à la disposition de l’ANJ incluent la délivrance et le retrait d’agréments, la certification des logiciels de jeu, l’imposition d’obligations d’information aux opérateurs, et la coopération avec les autorités judiciaires pour bloquer l’accès aux sites illégaux. Entre 2012 et 2022, plus de 600 sites non agréés ont fait l’objet de procédures de blocage initiées par l’ARJEL puis par l’ANJ, dont une grande majorité proposait des machines à sous sans aucune garantie de jeu équitable ni mécanisme de protection des joueurs vulnérables.

Les mécanismes concrets de protection appliqués aux jeux de type machine à sous

Dans les casinos physiques français, les machines à sous sont soumises à des exigences techniques précises. Le décret n° 2007-1321 du 7 septembre 2007 encadre notamment le taux de retour aux joueurs (TRJ), qui doit être compris entre 85 % et 97 % selon les établissements. Ce taux, également appelé RTP (Return to Player) dans la terminologie internationale, garantit qu’une proportion définie des mises est redistribuée aux joueurs sur le long terme. Les machines doivent être homologuées par des laboratoires accrédités et faire l’objet de vérifications périodiques par des organismes indépendants.

Sur les plateformes en ligne opérant dans des juridictions étrangères mais accessibles aux joueurs français — un phénomène massif que ni l’ARJEL ni l’ANJ ne peuvent totalement endiguer — les standards varient considérablement. Certains opérateurs sérieux soumettent leurs jeux à des audits réalisés par des organismes comme eCOGRA ou iTech Labs, qui certifient l’équité des générateurs de nombres aléatoires (GNA). Des sites comme le site Casinara fournissent aux joueurs des informations détaillées sur les certifications des plateformes, les TRJ affichés par jeu, et les licences des opérateurs, ce qui contribue à une meilleure orientation des joueurs dans un marché fragmenté.

L’ANJ a également développé des outils de prévention du jeu excessif qui s’appliquent à tous les opérateurs agréés. Parmi ceux-ci figurent l’obligation de proposer des dispositifs d’auto-exclusion, la fixation de limites de dépôt, et l’accès à des ressources d’aide comme le numéro national Joueurs Info Service (09 74 75 13 13). Depuis 2021, les opérateurs agréés sont tenus d’intégrer des messages d’avertissement visibles lors de chaque session de jeu, et de détecter les comportements à risque à l’aide d’algorithmes de surveillance. Ces mesures, inspirées des recommandations de l’organisation GamCare et des standards européens, visent à réduire la prévalence du jeu problématique, estimée entre 0,4 % et 1,3 % de la population adulte française selon les études de l’Observatoire des jeux.

L’enjeu de la régulation des slots face aux pratiques des opérateurs offshore

L’une des tensions majeures dans la régulation française des jeux en ligne réside dans l’écart entre le cadre légal national et la réalité des usages. Une proportion significative des joueurs français accède à des casinos en ligne opérant sous licence maltaise (MGA), gibraltarienne ou chypriote, qui proposent des catalogues de machines à sous sans restriction. Ces plateformes ne sont pas illégales dans leur pays d’établissement, mais leur accessibilité depuis la France place les joueurs dans une zone grise juridique, sans les protections spécifiques prévues par la législation française.

Face à ce constat, l’ANJ a adopté une stratégie combinant répression et sensibilisation. Sur le plan répressif, elle collabore avec les fournisseurs d’accès à Internet pour bloquer les domaines identifiés comme illicites, et avec les établissements bancaires pour limiter les transactions vers ces sites. Sur le plan de la sensibilisation, elle publie chaque année un rapport d’activité détaillé — le dernier en date, celui de 2022, fait état de 1,2 milliard d’euros de mises sur les jeux en ligne agréés, hors machines à sous — et mène des campagnes d’information ciblant notamment les jeunes adultes, surreprésentés parmi les joueurs de slots en ligne.

La question de l’ouverture éventuelle du marché français aux machines à sous en ligne est régulièrement débattue. Des études économiques, dont celle commandée par le Sénat en 2019, ont analysé les modèles irlandais, danois et suédois, où la légalisation encadrée des slots en ligne a permis de réduire la part de marché des opérateurs non régulés et d’augmenter les recettes fiscales affectées à la prévention. En Suède, après la réforme de 2019 qui a instauré un régime de licence unique, la part des jeux en ligne non régulés est passée de 30 % à moins de 15 % du marché total en trois ans. Ces données alimentent un débat politique en France, où les lobbies des casinos terrestres s’opposent traditionnellement à toute extension du périmètre légal des jeux en ligne.

Les droits des joueurs et les recours disponibles

Tout joueur français qui estime avoir été lésé par un opérateur agréé dispose de voies de recours formelles. L’ANJ peut être saisie directement via son site officiel pour signaler des pratiques abusives, des refus de paiement injustifiés ou des manquements aux obligations de protection. En 2022, l’autorité a traité plus de 4 000 réclamations de joueurs, dont une part croissante concernait des litiges liés aux bonus et aux conditions de mise associées aux promotions. Ces conditions, souvent complexes, constituent l’un des principaux vecteurs de contentieux entre joueurs et opérateurs.

Par ailleurs, la directive européenne sur les services de paiement (DSP2) offre aux joueurs un droit au remboursement en cas de transactions non autorisées, applicable également dans le contexte des jeux en ligne. Les médiateurs bancaires peuvent être sollicités dans certains cas, bien que leur compétence soit limitée lorsqu’il s’agit de litiges avec des opérateurs établis hors de l’Union européenne. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) est également compétente pour les questions relatives à la collecte et au traitement des données personnelles par les plateformes de jeux, un aspect souvent négligé mais fondamental dans la protection des joueurs.

Les associations de prévention jouent également un rôle complémentaire à celui des institutions publiques. SOS Joueurs, fondée en 1993, accompagne les personnes en situation de dépendance au jeu et leurs proches, et intervient régulièrement dans les débats législatifs pour renforcer les obligations des opérateurs. Ces acteurs de la société civile constituent un contrepoids utile aux intérêts économiques du secteur, rappelant que la régulation des jeux d’argent ne peut se réduire à une question fiscale ou concurrentielle.

La régulation des machines à sous en France illustre la complexité inhérente à tout encadrement des jeux d’argent dans un environnement numérique globalisé. L’ARJEL, puis l’ANJ qui lui a succédé, ont construit au fil des années un dispositif de protection substantiel, mais dont l’efficacité reste limitée par le périmètre légal restreint du marché agréé et par la persistance d’une offre offshore massive. L’évolution du cadre réglementaire européen, notamment à travers les travaux en cours au Parlement européen sur une directive harmonisée pour les jeux en ligne, pourrait dans les prochaines années modifier profondément les conditions dans lesquelles les joueurs français accèdent aux slots et les garanties dont ils bénéficient. En attendant, la vigilance individuelle, l’information et l’accès à des ressources fiables demeurent les premières lignes de défense pour tout joueur souhaitant pratiquer ce type de jeu de manière éclairée et responsable.

Ondine, c’est l’histoire d’un coup de foudre, des transgressions sociales et surtout de la passion aveuglante. Ondine, la fille adoptive de deux pêcheurs (jouée par Léna Mardi) tombe amoureuse d’un chevalier errant, (joué par Marcel Farge). S’ensuivent mille et une péripéties tissées de jalousie, étiquette et rivalités. Si Giraudoux a réussi à faire de ce mythe germanique une catharsis absurde, Rhinocéros a réussi à faire de cette absurdité une représentation poignante.

Il me faut avant tout saluer la performance des acteurs qui ont réussi pendant plus de deux heures à prendre totalement le public à parti, nous conduisant au fil de la pièce vers un dénouement déchirant. Loin du cliché des personnages (une Ondine tellement candide qu’elle en devient niaise, un chevalier tellement sûr qu’il en devient brute), les acteurs ont réussi à apporter une touche personnelle : véritables éléments de légèreté.

La mise en scène (par Salomé Attias et Laëtitia Fabaron) minimaliste mais fondamentale permet une approche épurée du conte, où le jeu des acteurs sert seul de cadre. L’apport des éléments audiovisuels, s’ils ne sont pas toujours nécessaires permet une touche de modernité bienvenue dans un texte simili-moyenâgeux, tout comme l’intégration de passages musicaux (chantés par les acteurs s’il-vous-plaît) permet de dérider des passages

L’exemple même de la scène de procès, lourde par la sentence, est traitée d’un ton si dérisoire et décalé que la chute est plus rude. Sans toutefois la rende niaise, Rhinocéros a fait d’une pièce sombre une pièce légère.

Photo: Yann Schreiber
Photo: Yann Schreiber

Un défi technique et des imprévus

Interrogé, Marcel Farge, le rôle masculin principal, est revenu sur les difficultés rencontrées tout au long de la préparation.

Tout d’abord, la longueur du texte initial était un vrai dilemme : trop long pour être adapté en entier, il a fallu sélectionner les passages sans pour autant rompre le charme de la pièce. En résulte toutefois une pièce de plus de deux heures et un nombre considérable de dialogues et d’échanges à apprendre. Ajoutée à la difficulté de trouver des salles de répétition, la pause de près d’un mois et demi de vacances est un obstacle supplémentaire. On peut affirmer que monter cette pièce en quatre mois a été une véritable prouesse.

Ensuite, il y a eu le problème de la première représentation samedi soir : la pièce précédente qui traîne en longueur, un retard qui s’accumule avec l’installation du décor, une salle étouffante de chaleur, autant de contraintes qui ne sont cependant pas arrivées à bout de la troupe.

Photo: Yann Schreiber
Photo: Yann Schreiber

 

Le dimanche, je peux dire aisément que la pièce était bonne, voire très bonne. Les acteurs étaient rentrés dans leur rôle, ils étaient à ce point imprégnés de leurs personnages que l’impression de réel était palpable.

Si vous n’avez pas vu Ondine, si vous souhaitez revoir Ondine, courez la voir samedi soir au Théâtre de l’ENS (représentation gratuite). Ne vous faites pas dire « Quel dommage ! Comment je l’aurais aimé ! ».

 


Quelques avis de spectateurs

« J’ai beaucoup aimé leur manière de moderniser la pièce en y introduisant des éléments audio, visuels, filmiques… Je ne pense pas avoir trouvé ça anachronique dans le sens où l’histoire mythologique a un côté intemporel. En revanche c’est vrai que j’ai trouvé qu’il y avait un décalage entre le langage plutôt soutenu du texte et la mise en scène parfois un peu disco et kitsch, mais j’ai trouvé ça neuf et je n’ai pas trouvé que ça portait préjudice au texte. […] S’il faut trouver un défaut à la pièce, je dirais que la mise en scène a parfois essoufflé la pièce, j’aurais peut-être parfois aimé qu’il y ait plus de lenteur, plus de pureté épurée, moins de décors, mises en scènes et blagues, pour laisser raisonner les mots et sentir d’avantage l’aspect tragique. […] J’étais franchement épatée du talent et du travail de ces étudiants qui, en parallèle de Pipo et tout le formatage qui l’accompagne, ont pris le temps d’apprendre ce texte, se l’approprier, le rendre dynamique et ludique. C’est plein de créativité ! » Faye Spence

 

« J’ai vraiment adoré la pièce ! Les comédiens ne se sont pas laissés déstabiliser par le retard de la pièce précédente et du rush pour tout installer et leur performance était remarquable ! J’ai trouvé que les rôles étaient très bien distribués ! L’histoire m’a vite captivée et la mise en scène était également très réussie et moderne ! (Le théâtre n’était en revanche pas climatisé !) » Lucie-Anna Oddon

 

« C’est une pièce hyper ambitieuse, très longue, le texte n’est pas toujours compréhensible donc il faut un travail des comédiens hyper important. En plus la metteuse en scène voulait relever le défi de mettre Ondine en scène autrement, pas de manière niaise comme ça se faisait d’habitude apparemment.

Quand je suis sortie de la pièce j’ai trouvé que la performance des comédiens avait été assez impressionnante. Il y avait plein de bonnes idées de mise en scène qui maintenait le rythme (la musique). On ne s’ennuie pas trop, à part à la fin y a eu un ralentissement de rythme. Ça devenait très long, il était minuit passé et il faisait très chaud donc c’était un peu dur.

De beaux tableaux, de belles scènes, quand le chevalier prend ondine dans ses bras par exemple. T’as du décalage et de l’humour, mais ça n’enlève pas le côté dramatique et tragique

Mais du coup parfois le décalage est un peu trop wtf : genre les Daft Punk tombent un peu comme un cheveu sur la soupe. » Soline Bouchacourt

 

« Le récit d’Ondine nous émeut tant le jeu des acteurs est sincère, exalté par une mise en scène surprenante et décalée. La pièce est un délice de créativité dont seule la longueur de certaines scènes, qui peut fait perdre un peu l’attention, fait défaut. Bravo à tous les artistes ! » Raphaël Huchot