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L’Europe des musées

Les musées européens ont la côte.

L’Europe des musées, c’est elle que les touristes veulent voir. Ils n’ont que peu à faire des banlieues, de l’extrême-droite et de la pauvreté. L’Europe est un exotisme connu, une autre sans les désagréments de l’Asie ou de l’Afrique. Une autre accessible et développée, on y trouve encore du beurre de peanut. Les problèmes, lorsqu’on les évoque, on les met sur le dos d’une forme d’immoralité, ou d’exagération dans le progressisme : après tout, c’est à Amsterdam qu’on peut « fumer » en toute tranquillité et en Belgique qu’on peut amener grand-papa qui en a assez d’avoir mal… que d’immoralités! Et puis ces problèmes ne nous concernent pas puisque l’on vient en Europe pour y voir des musées, des ruines, des vieilles choses qui témoignent d’un temps qui baigne aujourd’hui dans un formol romantique. On y passe et ne revient plus.

Le concept de voyage se transforme toutefois, car les touristes ne sont plus seuls : en effet, les semester abroad font voyager tout un chacun et on se pose certes moins de questions sur la signification de vivre, ne serait-ce que pour peu de temps, en un autre endroit. Il devient ordinaire de voyager et par ce nouveau type de « touriste » l’autre est beaucoup moins « autre » qu’il l’était auparavant (on veut tout de même avoir ses propres photos du Colisée!), mais aussi parce que le semester abroad, le voyage en Europe du jeune adulte américain marque le passage d’une certaine époque de la vie et l’appartenance à un groupe plus large. On s’éloigne du touriste ordinaire, peut-être, mais ce qui est étrange est la routinisation.

Certains pourraient dire que c’est déjà bien qu’il y ait plus de voyages qu’il y en avait avant; toutefois, la routinisation du processus enlève un exotisme à la 1000e photo du colisée que l’on voit passer sur Facebook. Lorsqu’on le fait soi-même, c’est une expérience marquante, certainement, et positive aussi. Mais il reste que l’esprit est tourné différemment; on ne part plus maintenant de la même manière que l’on partait il y a 10 ans, 20 ans. S’il y a danger, c’est dans le fait de ne pas s’en rendre compte.

Malgré tout, le temps reste nécessaire pour comprendre les « vraies différences », celles qui comptent vraiment. La routine et la banalité qui guettent, un jour peut-être, le fameux semester abroad, pourraient nous les faire oublier, au profit de l’Europe des musées.

Par Raphaël Bauregard-Lacroix.

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