Près d’un mois après la rentrée universitaire, les associations europhiles commencent à faire entendre le son de leur voix : les Jeunes Européens organisent leur week end de rentrée début octobre, Europeans Now, après plusieurs mois d’absence, a repris les tables en péniche et une antenne d’EuropaNova s’installe sur le campus de Menton (cf. notre article “Qui parle des 28 au 27 ?”) . Si on l’ajoute à cette triade Le Parlement Européen des Jeunes, ce seront près de 4 associations pro-européennes qui essaimeront cette année dans la Rue St Guillaume et ses campus délocalisés.
La tâche qui attend ce large cortège est de taille : rivaliser sur le terrain des idées et de l’évènementiel avec la seule association eurosceptique du campus, Critique de la Raison Européenne, qui dans la catégorie des associations en pleine expansion animant l’année universitaire a tenu le haut du pavé au cours de l’année universitaire 2014-2015.
L’association qui s’auto-définit comme “euro-mécréante” est née dans les couloirs de Sciences Po lors de la rentrée universitaire de septembre 2013. Fondée par Alexandre Loubet, élu tout récemment président national de Debout Les Jeunes (NDLR : le mouvement jeune de Debout la France, le parti de Nicolas-Dupont Aignan), la section sciencepiste regroupait en septembre dernier une vingtaine de sciences pistes “radicalement opposés à l’Union européenne telle qu’elle existe actuellement”. Depuis, ils seraient plus d’une centaine sur le groupe Facebook de l’association.
Sans compter les autres antennes universitaires qui ont essaimé depuis la Rue Saint Guillaume avec des petites soeurs plus ou moins actives à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à l’Institut Catholique de Paris et à l’Institut d’Études Politiques de Strasbourg.

Pendant qu’Alexandre Loubet assurait la présidence de l’association nationale depuis les officines bruxelloises de l’Alliance pour la démocratie directe en Europe -le parti européen de Nigel Farage-, c’est Nicolas Pouvreau, étudiant en Master, qui a repris les rennes de la section sciencepiste l’an passé. Lui aussi vient de la droite gaulliste : il figurait d’ailleurs sur la liste d’Alexandre Loubet candidate au renouvellement du bureau national de Debout les Jeunes.
Mais si les gaullistes trustaient la présidence jusqu’à présent, c’est Côme Delanery, un deuxième année issu de l’”aile gauche” de l’association qui vient d’en prendre les commandes tandis qu’Alexandre Loubet a passé le relais à Nicolas Pouvreau sur le plan national. Et l’association est très attachée à ce que l’on ne néglige pas son caractère “transpartisan” qu’elle aime revendiquer à coups de droits de réponses enflammés contre les prétendus “amalgames faciles, idées préconçues et terroristes intellectuels”.
“Nous sommes issus des horizons politiques les plus divers, du Front de gauche au gaullisme traditionnel, en passant par le chevènementisme et une masse de non-affiliés. Lassés des vieux clivages fossilisés que les organisations installées tentent de nous imposer, nous avons le sentiment de partager un grand nombre de convictions essentielles : l’attachement au principe de souveraineté nationale, le refus du libre-échangisme comme dogme suprême de notre temps, le rejet d’une Union européenne dont le caractère oligarchique ne fait plus l’ombre d’un doute…” écrivaient-ils ainsi dans nos colonnes l’an passé.
« La jeunesse anti-conformiste de CRE brasse donc large : à la gauche des souverainistes tendance Dupont-Aignan, on trouve en effet une vaste nébuleuse terranovaphobe »
La jeunesse anti-conformiste de CRE brasse donc large : à la gauche des souverainistes tendance Dupont-Aignan, on trouve en effet une vaste nébuleuse terranovaphobe composée de chevènementistes, de lecteurs de Jean-Claude Michéa et Christophe Guilluy et de communistes nostalgiques du PCF des années 80, celui d’un Georges Marchais qui appelait “ceux qui veulent préserver l’indépendance et la souveraineté française” à voter PCF aux européennes de 1979.
“On a plein d’étudiants de la promo 2019 qui viennent de Contre Courant ou du Front de Gauche. Chez les 2A, il y a plus d’étudiants qui viennent de la gauche que d’étudiants de droite à CRE ! Il y a une vraie nouvelle gauche qui renaît à Sciences Po contre les libéraux libertaires” nous confie ainsi un des co-fondateurs issu de l’ “aile gauche” de l’asso.
“Honnêtement, il y a un vrai équilibre entre les deux pôles de gauche et de droite. La réussite de CRE, c’est qu’à gauche comme à droite, chacun se comptait un peu au début de l’année tandis que maintenant, plus personne n’est dans cet esprit. On a cessé de compter nos forces” assure également Nicolas Pouvreau.

Et après avoir cessé de compter ses forces, Nicolas Pouvreau doit sans doute aussi avoir arrêté de compter les réalisations à l’actif de CRE qui a enchaîné les évènements depuis un an : Jean-Pierre Chevènement en Chapsal, tribune publiée dans Le Figaro, café de lancement avec Nicolas Dupont-Aignan, conférence transpartisane sur le déficit démocratique de l’UE, Henri Guaino en Caquot, débat inter-parti avec les responsables nationaux des mouvements jeunes etc ..
Force d’admettre que l’an dernier, CRE n’a pas chômé malgré les nombreuses difficultés auxquelles l’association a du faire face, symbolisées par la venue avortée d’Eric Zemmour. Officiellement, l’administration a refusé que le polémiste vienne pour “des raisons de sécurité”. Un responsable haut placé nous avait à l’époque confirmé qu’il n’y avait pas eu d’interdiction tout en estimant qu’en raison des propos tenus par Eric Zemmour sur Richard Descoings dans le Suicide Français, qui étaient “absolument honteux”, il n’était “pas vital que nos associations étudiantes ouvrent des libres tribunes à des gens qui n’ont pas le minimum de décence nécessaire dans ce type de situation.”
« Un responsable haut placé nous avait à l’époque confirmé qu’il n’y avait pas eu d’interdiction tout en estimant qu’en raison des propos tenus par Eric Zemmour sur Richard Descoings dans le Suicide Français, qui étaient “absolument honteux”, il n’était “pas vital que nos associations étudiantes ouvrent des libres tribunes à des gens qui n’ont pas le minimum de décence nécessaire dans ce type de situation.”
Un des autres potentiels temps forts de l’année de CRE avait également été annulé : la venue de Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée du Commerce, chargée de finaliser le traité transatlantique. Censée se tenir dans l’amphi Chapsal le 15 avril dernier, cette conférence sur le TAFTA devait également réunir le député UMP des Yvelines Jacques Myard et l’ancienne ministre UDI Chantal Jouanno.
Or, les responsables de CRE avaient appris sidéré dans la newsletter de Sciences Po que Mme Malmstrôm se rendait bien à Sciences Po le 15 avril … pour une conférence sans contradicteurs organisée par le Centre des études européennes. Encore manqué.
Mais au-delà des évènements organisés (ou avortés), l’association a aussi fait preuve d’une vraie ambition intellectuelle. Une dizaine de recensions d’ouvrages sont publiées sur le site, des articles, et même un « cahier de CRE », baptisé “Souveraineté”. “Intellectuellement, on a une équipe de machines de guerre qui ont ingurgité des bouquins entiers” assure un des membres de l’association.
Une machine de guerre, certes, mais pour faire quoi ? Car la question qui se pose, c’est de savoir si toute cette agitation eurosceptique symbolisée par le dynamisme de CRE peut déboucher sur un projet politique concret ou si elle se résumera à une petite poignée d’étudiants sautant sur leurs chaises comme des cabris en disant «Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! » sans que cela n’aboutisse à rien.
Et si CRE était une avant-garde de l’alliance des républicains des deux rives tant souhaitée par Jean-Pierre Chevènement ? La question est brûlante depuis quelques mois suite au départ du “Che” du MRC après avoir exprimé son souhait d’opérer un rapprochement avec Debout la France. Invité d’honneur de l’université d’été de DLF fin août, il a tenté sans succès de rassembler Mélenchon, Montebourg et NDA pour un colloque fin septembre.
« La question qui se pose, c’est de savoir si toute cette agitation eurosceptique symbolisée par le dynamisme de CRE peut déboucher sur un projet politique concret ou si elle se résumera à une petite poignée d’étudiants sautant sur leurs chaises comme des cabris en disant «Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! » sans que cela n’aboutisse à rien. »
La question de réaliser l’alliance des multiples sensibilités de “la France du non” est au coeur des débats en interne à CRE : “j’ai longtemps été sceptique sur cette perspective, notamment sur l’économie : on a des gens au Front de Gauche ultra marxistes. Or, ce n’est pas tout à fait ma perspective, ni celle de l’UMP .. C’est une question qu’on se pose tous au sein de l’association. Personnellement, je n’ai pas de réponse” affirme Nicolas Pouvreau.

Ce flou autour du projet politique de CRE se double d’une faible appétence de l’association pour la communication : pendant qu’Europeans Now trustait le haut des timelines avec leurs campagnes coms, les cahiers et recensions de CRE sont restés confidentiels, téléchargeables par PDF ou consultables sur un WordPress à la mise à page somme toute sommaire.
“On ne veut pas non plus rester entre souverainistes purs et durs qui jouent aux fléchettes sur une pièce d’un euro chaque soir, mais c’est vrai que cette année, on n’a pas travaillé la com, on a privilégié le travail de fond. On veut structurer un réseau de gens cohérents avant tout. Et puis je n’ai pas de compétences ni d’appétences dans le domaine, c’est un peu la tare de notre époque la com” admet Nicolas Pouvreau.
« On ne veut pas non plus rester entre souverainistes purs et durs qui jouent aux fléchettes sur une pièce d’un euro chaque soir » Nicolas Pouvreau
A entendre le responsable CRE, on serait tenté de croire que l’association ne cherche pas à convaincre ou en tout cas, à ne pas entrer dans une logique de conquête des esprits. L’objectif serait ailleurs, comme si le plaisir de se retrouver entre eurosceptiques minoritaires dans les couloirs du 27 pour se prêter des bouquins de Michea entre deux amphis se suffisait à soi-même. Vu de l’extérieur, les réunions germanopratines de CRE doivent avoir le charme des rencontres des jeunes et brillants esprits amis de Jacques Bainville se réunissant au Café de Flore.
La comparaison n’a rien d’insultante et ne porte pas sur le corpus idéologique de l’association mais bien sur cette attitude bainvilienne de sage en surplomb. Elle a en effet toutes les caractéristiques de la splendide indifférence maurrassienne, qui pour reprendre les mots de François Huguenin “lutte à côté de l’arène politique, juge les faits sans les faire, et pour finir, constitue une bulle mentale où tout serait possible mais où rien n’est réalisé”.

Mais si les euromécréants de CRE n’ont pas encore atteint le stade où ils délaisseront Manent pour Gramsci afin de mener une vraie bataille culturelle, avec une vraie stratégie de conquête des esprits, leurs adversaires europhiles sont loin de former une opposition digne de ce nom. L’an passé, Europeans Now, Le Parlement européen des jeunes et Les Jeunes Européens (qui, certes, cible ses très nombreuses actions sur l’hors Sciences Po) ont eu du mal à rivaliser avec CRE sur le plan des évènements et des publications.
“Les europhiles, on ne les a pas beaucoup vus. On a été assez surpris. C’est paradoxal car les positions fédéralistes sont puissantes à Sciences Po : le fait de se morceler en trois assos n’est peut être pas très intelligent” affirme Nicolas Pouvreau.
Drôle de paradoxe que cette apathie fédéraliste dans un bastion europhile. Tout se passe comme si les idées pro-européennes faisaient tellement consensus, comme une sorte de méta-idéologie diffuse, qu’elles ne disposeraient plus de relais. Comme si le triomphe de cet état d’esprit le réduisait à n’être qu’une tendance plutôt qu’une organisation, comme si au fond, il s’était sublimé en passant directement d’un état solide à un état gazeux, présent partout et nulle part à la fois.
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Après un long voyage qui a commencé le 24 août dernier, La Péniche rentre au port. L’heure du bilan est arrivée et force d’avouer que l’équipe 2014-2015 a mené cette barque avec une détermination et une énergie qui la rend plus solide que jamais. Depuis septembre 2006, depuis bientôt dix ans, La Péniche n’a cessé de grandir et cette année lui aura indéniablement permis de prendre une autre dimension.
Plus de 600 000 pages vues, plus de 200 000 visiteurs uniques, un rythme de publication quasi-quotidien, une visibilité sans précédent, voilà un bilan dont nous pouvons être fier. Et nous vous en remercions. Nos articles ont suscité de nombreuses réactions, souvent en notre faveur, parfois critiques, réactions que nous avons toujours prises en compte.
La Péniche a grandi en restant fidèle à l’héritage de cette association qui est bien plus qu’un journal étudiant. Lorsqu’elle a été créée, La Péniche était une plateforme web, une association au cœur de la vie étudiante et nous n’avons pas délaissé cette fonction fondamentale. Notre pôle photos de soirée a ainsi été plus qu’à la hauteur, et tout particulièrement au second semestre. Notre pôle communication, qui a organisé la Bleu Blanc Boat au Concorde-Atlantique, deux afterworks, la vente de roses de la Saint Valentin et a co-organisé la Médiatique au Wanderlust a encore une fois animé cette année universitaire avec brio.
Solidement appuyés sur cet héritage, nous avons fait profondément évoluer La Péniche. En refusant de se laisser enfermer dans des techniques obsolètes, en refusant de se borner à ne faire que de l’écrit, nous avons crée de toute pièce notre propre chaîne télé sur YouTube. Les barrières à l’entrée, bien réelles, rendent cette évolution tout à fait décisive et fondamentale pour le développement de notre association.
En l’espace d’un an, en grande partie grâce au dynamisme de notre responsable vidéo, nous sommes devenus bien plus qu’un journal étudiant : plus de 50 vidéos publiées, 30 000 vues sur YouTube, voilà ce qu’on peut appeler une entrée fracassante dans le multimédia. La chronique cinéma hebdomadaire a considérablement enrichi l’offre de notre Mag dont la gestion a été assurée avec beaucoup de sérieux par tous les responsables de rubrique et la rédactrice en chef.
Enfin, nous avons assumé jusqu’au bout une ligne éditoriale claire : assurer une vraie couverture de la vie politique étudiante à Sciences Po. Ce fut tout particulièrement le cas pendant la campagne des élections syndicales durant laquelle nous avons organisé pour la première fois le traditionnel débat des élections. Ce fut le cas tout au long de l’année où nous avons focalisé notre attention sur les sections politiques : débats Face à Face, tribunes, focus sur le fonctionnement interne des mouvements, couverture des conférences, analyses compol etc …
Nous avons même entamé un tournant décisif pour l’avenir de l’association en nous positionnant comme un organisateur de conférences politiques. En fin de second semestre, en invitant Alain Juppé et Noël Mamère à Sciences Po, nous avons clairement donné une nouvelle dimension et une nouvelle orientation à La Péniche.

Les statistiques montrent que cette priorité donnée à la vie politique a été plus que suivie par les lecteurs : les articles qui marchent, ce sont les articles qui parlent de politique. Lorsque nous parlons de l’UMP Sciences Po, de la conférence de Jean-Luc Mélenchon, du boycott d’Eric Zemmour, des élections syndicales, des Ecolos Sciences Po, nous avons été à chaque fois lus par a minima 2000 étudiants.
C’est une satisfaction d’autant plus grande dans un contexte où les orientations prises par la direction de l’école tendent à une aseptisation, à une dépolitisation et à une businessscholisation tout à fait regrettables. Notre bilan est la preuve que malgré ces grandes tendances de fond qui sont à l’oeuvre, la politique a et aura toujours une place à part à Sciences Po.
N’oublions pas que c’est ce qui fonde notre spécificité et ce qui fait de Sciences Po une école si singulière dans notre pays. Si la Rue Saint Guillaume perdait définitivement ce goût incomparable pour la vie politique, ce serait une école bien tiède, bien morne, et bien quelconque que nous observerions avec amertume et nostalgie dans les années à venir. Vous pouvez compter sur nous pour que cette perspective reste à l’état d’un songe dystopique.
Les 20 articles les plus lus de l’année
1 – Zemmour et Mélenchon : des invités jugés indésirables à Sciences Po ? 9200 visiteurs uniques
2- L’UNI dépose une main courante contre l’UNEF 6400 visiteurs uniques
3 – Comment l’administration de Sciences Po s’oppose aux besoins naturels des étudiants 5100 visiteurs uniques
4 – Portrait de Paul Antoine de Carville, vainqueur flamboyant du Prix Philippe Seguin 4900 visiteurs uniques
5 – Les vrais emplois du temps à Sciences Po en 13 graphiques 4400 visiteurs uniques
6 – Droite de la droite à Sciences Po : qui sont-ils ? 4389 visiteurs uniques
7 – Qui dirige les sections des partis politiques à Sciences Po 4378 visiteurs uniques
8 – La campagne BDE va coûter 25 000€ : concrètement, ça représente quoi ? 3900 visiteurs uniques
9 – Mais qui sont les jeunes pousses de la politique sciencepiste ? 3645 visiteurs uniques
10 – Le nouveau logo de Sciences Po fait peau neuve 3623 visiteurs uniques
L’article raconté par son auteur. Je m’assois dans le bureau de Jérôme Guilbert, le directeur de la communication, au fond d’un des nombreux discrets couloirs du 27. L’enquête sur un des principaux sujets d’anxiété du moment est ouverte. Le nouveau logo, en entier, est là, sur une planche en carton carrée, posée sur la table. Il me fait, au premier coup d’oeil, penser à une cible de tir. Je le trouve plus « tape à l’oeil », plus light que l’ancien. On me demande mon avis. Je ne fais qu’approuver le choix. On sent la fierté d’un travail de longue haleine dans la pièce. Il est convenu que La Péniche ait l’exclusivité du sujet à deux conditions : celle que l’article soit entièrement relu et qu’il sorte à une date fixée. C’est vendu. Tout le processus de lancement de la nouvelle identité visuelle est réglée au millimètre, pas question d’avoir le moindre grain de sable. Très vite mes questions s’enchaînent et je comprends qu’on ne s’improvise pas communiquant. Il y a eu une vraie comparaison du logo de Sciences Po avec ceux d’autres universités prestigieuses, une recherche de hiérarchie et d’homogénéité au sein des différentes entités de la maison, un effort de cohérence historique (le blason n’avait pas lieu d’être étant donné que Sciences Po n’est pas une université médiévale) et j’en passe… On m’explique que des groupes de travail ont été constitués, avec des alumni, des maitres de conférence, des élèves. Je suis soulagé que tout le monde ait contribué. On me montre ensuite les logos avec lesquels ils ont réfléchi. Je me dis alors qu’on a échappé au pire… Ce qui m’a finalement le plus surpris dans l’affaire, ce sont les nombreuses réactions conservatistes, qui ont fait suite à la publication, de la part de certains se découvrant une soudaine passion pour la contestation, voulant faire signer des pétitions à tout va, criant au scandale pour dépenses inconsidérées. Alors peut-être n’ai pas été assez clair en écrivant : « Les informaticiens se sont occupés du site, les nouvelles brochures ne seront imprimées que quand les anciennes auront été écoulées… Seules les pancartes font également l’objet d’une dépense, mais il est prévu « d’en décrocher plus que d’en remettre
11 – Le top 5 des bibliothèques alternatives à Sciences Po 3500 visiteurs uniques
12 – 10 définitions pour survivre à Sciences Po 3432 visiteurs uniques
13- Prix Philippe Séguin : mais qui sont les finalistes ? 3100 visiteurs uniques
14 – Raphaëlle Bacqué : ‘il faut voir Descoings comme un déviant créatif » 3000 visiteurs uniques
15 – 10 graphiques pour faire le bilan de la procédure de reconnaissance 2900 visiteurs uniques
16 – Fox/Sciences Poules : les listes BDE en 20 questions 2775 visiteurs uniques
17 – Sciences Po en 2022 vu par Frédéric Mion 2723 visiteurs uniques
18- Apparu, BLM, Copé, Letta : les profs connus sont-ils de bons profs ? 2577 visiteurs uniques
19- L’admissibilité sur dossier, une procédure qui fait débat 2577 visiteurs uniques
20- Le top 7 des pires stages de terrain 2359 visiteurs uniques

Editorial de rentrée : le changement dans la continuité
Il est difficile de lancer la publication de La Péniche dans le contexte qui est celui de ce début de mois de janvier 2015 : entamer le semestre en souhaitant à tous nos lecteurs une heureuse et bonne année 2015 serait malvenu, presque déplacé, au vu du climat actuel.
La vive émotion suscitée par les attentats terroristes qui ont frappé l’Ile-de-France début janvier a également traversé la communauté sciencepiste : sur Facebook, c’est un tsunami de messages de soutien et de photos de profil reprenant le visuel “Je suis Charlie” qui a déferlé sur les Timeline. Dimanche dernier, lors de la marche républicaine organisée à Paris, ce sont plus de 350 sciencepistes qui ont répondu présent à l’évènement Facebook “Marche Républicaine – Etudiants de Sciences Po”.
Alors oui, comme vous tous, c’est le coeur lourd que nous entamons cette année 2015. Et puisqu’il est difficile de se projeter dans un avenir qui, en l’état actuel des choses, n’offre guère de réjouissances, autant entamer l’année qui commence par les bons souvenirs de celle qui s’achève. Nous avons donc sélectionné les 20 articles qui ont été le plus lus cette année. Près de quinze rédacteurs issus de quatre promotions différentes figurent dans ce classement. Ces 20 billets constituent ce qui a le plus séduit nos lecteurs au cours de cette année 2014 durant laquelle nous avons rassemblé plus de 255 851 visiteurs uniques et 751 945 pages vues.
Afin de faire encore mieux qu’en 2014, pour l’année 2015, notre mot d’ordre sera le changement dans la continuité.
La continuité, car nous garderons à l’esprit les deux grands principes sur lesquels nous avons construit notre succès depuis la rentrée : la recherche d’un juste milieu entre la qualité et le succès statistique ainsi que la volonté de ne pas se laisser enfermer dans des techniques obsolètes, et ce, en favorisant les contenus multimédia (vidéo, photo, infographies etc …).
Le changement, car la cuvée 2015 de La Péniche ne sera pas un ersatz de la cuvée 2014. Nous avons opéré des modifications substantielles durant les vacances : un nouveau site a été mis en place et un nouveau fonctionnement interne a été établi avec la mise en valeur du “Mag”, notre magazine culturel sur le cinéma, la musique, les sorties dans Paris qui disposera d’une réelle autonomie avec une rédactrice en chef, Lisa Bardet. De nouvelles propositions éditoriales font également leur apparition, à l’image de La Raie, une pastille vidéo sur la vie étudiante animée par Hugues Seguinet et Naïl Zerrouki ou des modifications apportées à la rubrique Face à Face.
Le second semestre qui démarre, c’est aussi celui du passage de relais. La Péniche aura, en septembre 2016, dix années d’existence, soit plus que le mythique Indépendant de la Rue Saint Guillaume. Cette longévité n’est pas le fruit du hasard, et nous pouvons être fiers d’avoir chaque année, un renouvellement générationnel solide, d’avoir en permanence à l’esprit le souci de de nous inscrire dans la durée en préparant la relève. La relève justement, c’est peut-être vous :n’attendez plus, lancez-vous et embarquez dans notre péniche !
L’album photo de l’année : le gala 2014
par Cécile Lienhard, Tilhenn Klapper, Amal Ibraymi & Lina Skoglund , 2976 visiteurs uniques
]]>La vidéo de l’année : SciencesPo 2022 vu par Frédéric Mion
par Hugues Seguinet et Yassine Trabelsi , 1399 pages vues
La chronique ciné de l’année : Mommy
par Hugues Seguinet avec Elise Levy, Eva Eskinazi, Pierrick Baudouin , 1380 pages vues
“SciencesPo nous apprenait à ne jamais rester sec, à parler toujours (…) : cette école est l’ennemie du silence” assurait Marin de Viry -chroniqueur littéraire pour la Revue des deux Mondes- dans la revue Charles du printemps 2013 consacrée à SciencesPo.
Nonobstant le large consensus de centre-gauche qui règne parmi les étudiants foulant chaque jour le sol de la péniche, cette dernière en effet a pris l’habitude de recevoir la visite de quelques personnalités qui s’aventurent bien au-delà des frontières du spectre politique sciencepiste.
C’était le cas en 2012 de Marine Le Pen vociférant contre les “enfants de bourgeois” en train de la siffler devant l’amphi Boutmy ou d’Alain Finkelkraut tentant d’échapper tant bien que mal aux étudiants venus le chahuter lors d’une conférence en 2008.
Mais ce SciencesPo ouvert à tous les vents, aussi clivants et peu consensuels soient-ils, semble désormais engagé dans une voie bien différente.
Les difficultés éprouvées récemment par le Front de Gauche SciencesPo pour inviter Jean-Luc Mélenchon posent en tout cas certaines questions quant à la politique de l’administration.
Fin septembre, la section sciencepiste du FDG avait formulé une demande de réservation de l’amphithéâtre Boutmy : Jean Luc Mélenchon avait en effet accepté de venir à SciencesPo le 19 novembre à 19h15.
Or, cette demande avait été immédiatement refusée par la direction de la vie étudiante au motif que l’amphithéâtre Boutmy ne pouvait pas être réservé par une association politique. Un argument qui laisse perplexe sachant que l’UMP SciencesPo avait pu inviter sans aucun souci Nathalie Koscizusko Morizet en Boutmy le 13 novembre 2013. D’ailleurs, lorsque Nicolas Thomas, l’ancien président de la section avait “effectué la demande, l’administration ne m’ [lui] a posé aucun problème pour accéder à ma [sa] requête et réserver Boutmy” assure-t-il. Julien Palomo que nous avons interrogé dément toutefois avoir exposé cet argument auprès du Front de Gauche.

Mélenchon a donc dans un premier temps été étrangement relégué dans l’amphithéâtre Chapsal. Pourtant, Pierre-Yves Cadalen, membre du bureau FDG, se disait “sûr de pouvoir remplir Boutmy avec un invité pareil, c’est dommage”.
Pas de Boutmy donc, et pas de Chapsal non plus au final. Julien Palomo a en en effet annoncé à Pierre-Yves Cadalen début novembre que Jean-Luc Mélenchon serait finalement déplacé au sous-sol du 13 rue de l’Université, dans l’amphithéâtre Jean Moulin.
La raison avancée était la venue de Jean-Yves Le Drian, l’évanescent ministre de la Défense, le même jour à la même heure pour une conférence intitulée “Quels choix de défense dans un environnement budgétaire contraint ?” et réservée aux étudiants de l’Ecole des Affaires internationales. “Ca me semblait indigne de faire venir Mélenchon dans cette salle petite obscure donc on a préféré annuler la conférence” explique Pierre-Yves Cadalen.
L’invitation de Jean-Yves Le Drian par Ghassan Salamé, doyen de l’Ecole des Affaires internationales de Sciences Po le même jour et la même heure que Jean-Luc Mélenchon pose en effet question sur la volonté supposée de l’administration d’écarter Jean-Luc Mélenchon du 27. Julien Palomo s’en défend et explique que l’agenda chargé de M.Le Drian a poussé son cabinet à imposer ce créneau horaire là au dernier moment. Mais pourquoi ne pas avoir proposé une autre date au Front de Gauche ? M.Palomo assure que le planning de Boutmy était complètement plein toute la semaine, il n’y aurait apparemment pas un seul créneau horaire disponible.

Mais surtout, le cas Mélenchon est loin d’être isolé. Critique de la Raison Européenne (CRE), l’association eurosceptique de l’école qui rassemble souverainistes de gauche et de droite, s’est récemment vue refuser l’organisation d’une conférence avec Eric Zemmour.
Grâce aux contacts d’une des militantes de l’association avec le polémiste, CRE avait obtenu l’accord de principe d’Eric Zemmour pour organiser une conférence qui aurait du avoir lieu la semaine du 24 novembre. L’attachée de presse de Zemmour chez Albin Michel, Isabelle Muller, avait même donné un accord définitif.
Mais lors d’une première visite de Nicolas Pouveau –le responsable de CRE SciencesPo cette année– au bureau de la vie étudiante la semaine du 13 octobre, ce dernier s’est vu imposer un certain nombre de conditions. Pas de dédicaces, pas d’auditoire composé de non-sciencepistes et surtout, pas de Zemmour comme seul et unique intervenant, sa venue devant prendre la forme d’un débat ou d’un échange à plusieurs voix.
L’économiste Jacques Généreux ayant donné son accord pour participer à l’évènement autour du thème “L’U.E : un suicide français ?”, Nicolas Pouvreau est revenu à la charge après les vacances de la Toussaint. Cette fois, le discours de Julien Palomo, responsable de la vie étudiante s’est avéré être beaucoup plus ferme : “pour des raisons de sécurité”, SciencesPo ne peut pas accepter l’organisation d’un tel évènement dans ses locaux. Rebelote la semaine suivante lorsque Raphaël Audoire et Davy Rodriguez, deux membres actifs de l’aile “gauche” du CRE- se sont déplacés une troisième fois au bureau de la vie étudiante.

Avant de conclure précipitamment à une décision d’ordre politique, il faut admettre que les “raisons de sécurité” invoquées par Julien Palomo sont le reflet de deux réalités objectives.
Premièrement, SciencesPo, à cause de l’éparpillement de ses bâtiments et de ses nombreuses ouvertures, est un établissement particulièrement peu sécurisé : la venue d’un intervenant comme Zemmour mobilise donc des moyens humains et financiers conséquents. « SciencesPo est au coeur d’un quartier avec des petites rues étroites, Boutmy a une grande baie vitrée, bref, ce n’est pas idéal en matière de sécurité. SciencesPo est d’ailleurs obligé de payer un service de sécurité d’une société extérieure régulièrement » affirme Julien Palomo.
Deuxièmement, la médiatisation de l’établissement, sa position particulière, chaque événement potentiellement sensible peut facilement provoquer des mobilisations. Les échauffourées de l’an passé lors de la venue de Walleyrand St Just et de la (non) venue de Florian Philippot en sont la preuve. Et ces débordements ont tendance à sérieusement agacer les appariteurs, obligés une fois par semestre de s’improviser policiers anti-émeutes : cette grogne du côté des agents de sécurité n’est pas non plus étrangère à la réticence de SciencesPo de faire venir Eric Zemmour.

Mais ces raisons techniques ne convainquent pas Davy Rodriguez. “Il est possible qu’il y ait une volonté politique d’empêcher les gens de s’exprimer, d’empêcher que le clivage ne s’exprime”. “Ces deux affaires qui interviennent en même temps nous paraissent symptomatiques d’un rétrécissement du champ des invités tolérés à Sciences Po.« ” ajoute Nicolas Pouvreau.
Car si “les raisons de sécurité” invoquées dans le cas de Zemmour peuvent paraître comme éventuellement légitimes, ce n’est absolument pas le cas de Nigel Farage, le leader d’UKIP, qui a accepté de venir à SciencesPo sur proposition d’Alexandre Loubet, actuellement en stage auprès d’EUDemocrats. Or, là aussi, l’administration ne se montre pas forcément très favorable à l’idée que Farage franchisse les grilles du 27 Rue Saint Guillaume, Julien Palomo ayant indiqué lundi 17 novembre à Nicolas Pouvreau que l’administration allait « étudier la question« . Sans s’avancer plus que ça.
Le britannique, libéral-conservateur farouchement eurosceptique, ne dispose pourtant pas vraiment d’une notoriété exceptionnelle en France. “ »Zemmour est peut-être quelqu’un de très clivant dans le contexte actuel. Mais Farage, lui, est beaucoup moins médiatisé en France. Pas sûr que les habituels trouble-fête se mobilisent…« ” affirme Nicolas Pouvreau.
Pour Nicolas Pouvreau, ce contrôle drastique des invités n’est pas à mettre au passif de la direction de la vie étudiante : “cela ne vient pas des responsables de la vie étudiante, qui restent toujours aussi disponibles et ouverts. Dans le cas Zemmour, le veto ne venait à mon avis absolument pas de Julien Palomo, même s’il fut obligé d’assumer cette décision devant nous”. Même son de cloche du côté de Davy Rodriguez : “je n’ai rien à reprocher à Palomo, il fait son boulot plus qu’honnêtement”.

Plus qu’une réticence de la direction d’inviter des personnalités qui s’éloignent du corps doctrinal de SciencesPo, ces trois « affaires » témoignent plutôt d’une volonté d’éviter les remous qu’a pu connaître SciencesPo dans le passé. « Il y a une lassitude générale parmi le personnel à l’idée que chaque événement puisse créer une atmosphère électrique » affirme Julien Palomo, qui assure avoir reçu plusieurs mails d’étudiants excédés parce qu’ils n’avaient pas pu entrer dans l’établissement lors du blocage de l’entrée du 27 pour le forum SciencesPo TV notamment.
Les étudiants seraient en réalité de moins en moins politisés, et l’administration n’aurait pas vraiment envie de « sortir l’artillerie lourde pour assurer la bonne tenue d’une conférence à laquelle cent personnes vont assister au détriment de tout une communauté » ajoute Julien Palomo.
Le refus d’inviter Eric Zemmour à SciencesPo apparaît au fond comme une nouvelle étape dans la business-schoolisation de l’école. Eviter le clivage et les incidents à tout prix pour cultiver une image aseptisée et dépolitisée, tel semble être le mot d’ordre de ces orientations.
Quitte à donner l’impression que l’Institut d’Etudes POLITIQUES de Paris cherche plus à prendre exemple sur l’IPAG des années 2010 que sur la Sorbonne des années 60. Ce serait porter atteinte à l’essence même de l’école : la plupart des sciencepistes n’ont pas candidaté à l’école des sciences politiques pour vivre à l’écart de la politique. Ils ont en partie candidaté pour entendre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour.
NB : article repris sur la page Facebook de Jean-Luc Mélenchon
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