youtube – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Mon, 29 Jan 2024 12:32:48 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png youtube – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Entretien avec Bastien Martins, le Tropeur de YouTube : “Toutes les histoires sont connectées et finissent par se rejoindre !” https://www.lapeniche.net/entretien-avec-bastien-martins-le-tropeur-de-youtube-toutes-les-histoires-sont-connectees-et-finissent-par-se-rejoindre/ Wed, 31 Jan 2024 11:00:00 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56150 Voilà depuis janvier 2016 que notre interviewé du jour explore, décortique et explique les tropes, ces dispositifs et conventions narratives que l’on retrouve dans absolument toutes les histoires ! Dans son filet de chasse, déjà plus de 200 vidéos, suivies par une communauté de presque 200.000 abonnés. A la fois auteur, comédien, monteur, vulgarisateur et même musicien, Bastien Martins est le maître total de ses vidéos, mêlant parfaitement humour, divertissement et pédagogie !

Quel a été le déclic de ta passion pour la narratologie, l’écriture et la fiction ? Est-ce lié à tes études ?

J’ai eu un parcours scientifique jusqu’au bac, en obtenant un Bac S. Puis, comme beaucoup, j’ai zigzagué au début de mes études : Beaux-Arts, fac de science, avant de finalement atterrir en  LEA (Langues étrangères appliquées). J’ai ensuite décroché un Master en traduction audiovisuelle, mais je faisais déjà des vidéos sur YouTube depuis plusieurs années. Donc en réalité, c’est ce que je faisais en parallèle de mes études qui a influencé ces dernières, et non l’inverse !

En fait, le déclic s’est produit lorsque je suis tombé par hasard sur un site : TV Tropes, un site communautaire qui répertorie des “tropes”, c’est-à-dire des procédés narratifs. C’est une vraie mine de connaissances sur la narratologie, et ce sur tous les médias ! Films, livres, comics, animés, jeux-vidéos etc. 

Mon obsession pour ce site m’a donné l’envie de partager mes nouvelles connaissances, et donc d’en parler sur YouTube.

Avec le site que tu mentionnes, TV Tropes, on devine facilement la racine de ton pseudonyme sur YouTube : le Tropeur. Cet intérêt pour cette figure de style du symbole et du détournement des sens, montre déjà une certaine conception de la fiction. Dirais-tu ainsi que la fiction se définit comme la présence systématique d’un sous-texte, et ce de manière volontaire ou involontaire ?

Il faut imaginer qu’il y a trois  textes. Tout d’abord, ce qu’il y a à la page, ou à l’écran pour le cinéma, ce qui est clairement en surface. Puis, le sous-texte, c’est-à-dire ce qui est sous-entendu par l’auteur. Et enfin, le contexte, nourri d’une époque, mais aussi de rencontres qui nous influencent sans nous en rendre compte. Je pense que même lorsque l’on n’essaye pas d’avoir un sous-texte, ce contexte va influer notre création. 

On peut clairement parler ici d’une forme d’inconscient. Les codes de nos sociétés, notamment notre langue, impactent notre vision du monde, et donc sa représentation que l’on retrouve dans la fiction. 

Nous pouvons prendre le cas des auteurs japonais, comme celui de L’Attaque des Titans, Hajime Isayama, que j’ai étudié dans l’une de mes dernières vidéos. 

En tant que japonais, il a grandi dans un contexte particulier, notamment éducatif, où l’on n’étudie pas dans les manuels scolaires les crimes commis par l’Empire du Japon durant l’ère Shōwa. Forcément, de par l’omission d’une partie cruciale de leur histoire, la vision qu’ont les citoyens japonais de leur État et du monde s’en trouve impactée. Le décalage est très visible d’une époque à l’autre. Par exemple, on n’observe pas du tout le même rapport à l’histoire pour Keiji Nakazawa, auteur de Gen d’Hiroshima, qui lui a connu la guerre et ses horreurs, et son adaptation environ dix années plus tard, où toutes les références au Japon impérial et à ses crimes ont été supprimées.

L’expression parfois involontaire de ce contexte dans une œuvre semble donc presque avoir un rôle cathartique à une échelle collective, pour toute la société, non ?

D’autant plus quand il s’agit d’une œuvre à l’immense succès commercial, comme l’Attaque des Titans justement. Les thèmes que l’on y retrouve résonnent forcément avec beaucoup de personnes, surtout des japonais (les mangas étant avant tout destinés en priorité à eux et non à nous, occidentaux !). Et dans l’œuvre on ressent justement cette lutte entre le nationalisme étatique et la distance non-idéologique que l’auteur tente de prendre par l’étude de l’histoire. 

Si l’on revient sur l’histoire de ta chaîne, on remarque que tes premiers grands succès en terme d’audience sont tes vidéos portant sur des univers très célèbres : Star Wars, Harry Potter, Retour vers le futur etc. Est-ce que ces œuvres sont de bonnes portes d’entrées à l’étude de la fiction, parce qu’elles sont connues de tous, ou est-ce qu’elles ont autant réussi justement parce qu’elles utilisent des archétypes universels auxquels tout le monde peut se référer ? 

Je dirais en effet que toutes ces grandes licences ont une forme de “racine commune”. On peut penser bien sûr à la célèbre théorie du monomythe de Campbell, qui peut être décriée pour de nombreuses raisons, mais qui donne malgré tout un cadre mythologique à la fiction, nous permettant de rapprocher des blockbusters à des œuvres antiques, car tous ces archétypes traditionnels de la fiction, comme la figure du héros ou de la quête, trouvent leur source dans ces récits pionniers. 

Ces grands univers de fiction résonnent ainsi en nous car ils reposent sur des concepts simples, à la fois parlant du point de vue historique mais aussi sur le plan individuel, puisque l’on a justement grandi avec ces histoires traditionnelles, de chevaliers, de pirates, de cowboys, ou de héros. 

Les œuvres très populaires font donc appel à un imaginaire très large, et parleront donc plus au public que des œuvres plus intimes et plus personnelles. En effet, elles  proposent non pas une expérience personnelle mais bien une expérience humaine, au sens de l’humanité en général. 

Les grands succès sont donc d’excellentes portes d’entrées pour ces deux raisons : à la fois ils suscitent plus facilement l’intérêt des auditeurs et permet donc d’introduire ensuite des concepts de narratologie, mais ils sont aussi d’excellents cas d’études puisqu’elles utilisent justement en permanence ces concepts traditionnels et universels que l’on retrouve dans le monomythe. 

Puisque l’on aborde la thématique du monomythe, dirais-tu qu’il y a une universalité des règles de fiction ? Une formule narrative perçue comme mauvaise, comme par exemple le deus ex machina ou le personnage Mary Sue, est-elle condamnée à être mauvaise de par son essence ? Ou peut-elle s’avérer bonne en fonction du contexte narratif ou historique ?

Est-ce qu’il y aurait une objectivité de la qualité d’un procédé narratif ? Personnellement, je ne pense pas. Par exemple, si on prend l’exemple de la Mary Sue, type de personnage insupportable car excessivement idéalisé, en réalité c’est un personnage que Bollywood adore ! C’est une histoire de code culturel. Je pense qu’en Occident nous sommes en réalité rentrés dans l’ère du post-modernisme. Nous avons tendance à avoir un regard critique sur ce que l’on regarde, du style : “Attends, c’est pas possible, c’est pas réaliste !”. 

Pourtant, si on se retourne vers nos origines théâtrales à Athènes, des formules narratives aujourd’hui détestées, comme le deus ex machina, étaient à l’époque plébiscitées ! Je crois que le déclin de ce procédé de l’intervention divine, de ce “dieu qui sort de la machine” pour résoudre une histoire, peut notamment s’expliquer par le déclin du spirituel en Occident. Donc, à mon avis, l’appréciation d’une formule narrative est purement culturelle. Il n’est pas impossible par exemple que le deus ex machina connaisse un regain de popularité dans quelques décennies en cas de renouveau du spirituel. Un autre exemple : il y a quelques siècles toutes les pièces étaient en alexandrins, il n’était pas question de faire de la prose ! Maintenant, au contraire, c’est difficile de refaire de l’alexandrin, car les attentes ont évolué ! 

Tout cela a même un caractère cyclique. Le postmodernisme commence lui aussi à avoir fait son temps. Pour reprendre l’idée d’un autre vidéaste, Bolchegeek, dans sa vidéo sur le film Everything Everywhere All at once, après le modernisme du “raconte moi une histoire”, puis le postmodernisme du “je prends du recul par rapport à ton histoire”, on entre doucement dans le métamodernisme du “raconte-la moi quand même”. 

Lorsque tu souhaites analyser un élément de fiction, un mécanisme, est-ce que tu pars d’un visionnage spontané qui va ensuite t’inspirer une idée d’étude, ou est-ce que tu commences au contraire par penser au mécanisme en question, pour après le décortiquer, par exemple en faisant des tableaux ?

Je ne fais pas de tableaux ! En fait, cela part d’un simple visionnage qui va me faire poser des questions, et qui va me motiver à aller chercher des réponses. Je pars ensuite chercher des informations sur TV Tropes, dans des interviews et entretiens avec les auteurs, car contrairement à une idée reçue, les auteurs sont souvent conscients des procédés narratifs qu’ils utilisent dans leurs œuvres. 

Ensuite, je pars explorer dans mes références préférées, notamment Roland Barthes. De recherches en recherches je finis par croiser les informations, en faisant aussi le lien avec mon ressenti. En effet, je ne prétends jamais être objectif, je présente toujours ma lecture personnelle ! 

En soi, lorsque tu écris et réalises tes vidéos, tu fais toi-même de la métafiction. En abordant un mécanisme narratif dans une vidéo, tu montres implicitement par la mise en scène de cette dernière, comme utiliser ledit mécanisme. Pour reprendre une phrase un peu bateau, dirais-tu qu’un beau dessin vaut mieux qu’un long discours ? Une petite vidéo pédagogique humoristique de quelques minutes est-elle plus efficace qu’une leçon magistrale de plusieurs heures ? 

Je pourrais seulement raconter une petite histoire, sans forcément prendre le temps de faire une chronique. Mais j’essaye de faire les deux, car chacun des formats a son avantage. Pour transmettre une connaissance, il faut impérativement deux choses : comprendre et savoir. La chronique, tout comme le cours magistral, permet de savoir, mais à mon sens, le savoir sans compréhension, ce n’est pas de la connaissance. C’est à cela que sert justement la chronique et en partie la fiction, offrir une illustration qui facilite cette compréhension.

La partie fiction de mes vidéos est toujours la plus plaisante pour moi à réaliser. La chronique représente plus de travail, mais c’est un travail de recherche qui part toujours d’une curiosité personnelle, et qui m’offre finalement davantage de savoirs théoriques, et me permet donc toujours d’apprendre à mes dépends. 

L’année dernière, Sciences Po a inauguré la Maison des Arts et de la Création, dont le but est d’intégrer davantage les arts dans l’identité de l’école. S’est posée notamment la question de la place de la culture dite populaire au sein de cette initiative. Le directeur a estimé à ce sujet qu’avant d’intellectualiser la “pop culture”, il convient d’avoir de solides bases classiques. Qu’en penses-tu ?

Je suis d’avis, au contraire, qu’il n’y a pas de porte ou de parcours obligatoire pour étudier les arts. En revanche, une fois plongé dedans, on se rend rapidement compte que par exemple avant Star Wars, il y avait Kurosawa, avant Kurosawa, il y avait les films de western, et encore avant les romans de chevaliers etc. Une fois rentré, il suffit d’être curieux pour remonter rapidement aux classiques.

Encore plus loin dans le temps, on peut bien sûr penser à L’Épopée de Gilgamesh, qui est en fait à peu près la base de tous les récits contemporains. En fait, on a perdu la plupart des premiers écrits fondateurs, des premiers “vrais classiques”. Donc, dire que le début de l’étude des arts doit se faire à partir de tel classique précis, en affirmant par exemple que le début de la culture français c’est Racine, je trouve cela absurde. 

En réalité, il faut juste regarder ce qui nous intéresse, car toutes les œuvres sont riches. Pourquoi sont-elles toutes riches ? Parce que tous les auteurs ont lu avant d’écrire. Cette richesse, même si elle est issue de copies infinies de recettes classiques millénaires, est d’autant plus agréable lorsqu’on la découvre avant d’aller remonter à l’idée originale. On peut ainsi plus facilement recontextualiser cette dernière.

Peu importe donc si Naruto est notre première imprégnation culturelle, ou n’importe quelle œuvre, même celles que je n’aime pas. Parce que du moment que l’on a un peu de curiosité, on peut en fait arriver partout, jusqu’aux “classiques”, car après tout selon Barthes, toutes les histoires sont connectées et finissent par se rejoindre ! 

De toute façon, en fonction de nos origines et passés, nous n’allons pas forcément être attirés par les mêmes choses. Venant de classe plutôt populaire, j’étais naturellement davantage attiré par les jeux vidéos et la culture populaire. Il ne faut pas forcer les gens, ne pas forcer des collégiens à lire du Balzac au collège lorsque cela ne les intéresse pas. Dans One Piece, on peut très bien trouver autant de commentaires sociaux ! Il faut juste donner une chance aux goûts des gens, et à partir de là on peut en tirer des leçons tout aussi riches, et stimuler ensuite la curiosité pour aller chercher ailleurs.

A propos de cette capacité à dégager des commentaires et des réflexions sur des œuvres, que penses-tu de la capacité de plusieurs d’entre elles à délivrer une quantité astronomique de messages insoupçonnés, voire parfois contradictoires ? Par exemple, pour rester dans le registre des animés, dans l’iconique Death Note ?

Death Note est un exemple parfait, puisque c’est justement l’une des œuvres qui a été comprise dans le plus de sens possibles ! Elle parle de justice, d’humanité, mais aussi de peine de mort. Or, dans un pays comme le Japon qui pratique encore la peine de mort, cela questionne. Beaucoup estiment qu’il s’agit d’une oeuvre pro-peine de mort, mais on peut très bien trouver des éléments allant complètement dans l’autre sens. 

Ce que l’on remarque dans ce type d’histoire, c’est que les sous-textes, et l’univers entourant l’intrigue principale, sont en fait assez peu montrés, on ne s’y attarde pas. Death Note appartient en effet davantage à la catégorie des œuvres psychologiques que sociologiques, puisque ce qui compte ici c’est avant tout l’évolution des personnages, et non de la société. Avec Death Note, on a typiquement l’exemple d’une œuvre qui part d’un pitch génial, et l’intrigue découle ensuite des conséquences de ce concept initial incroyable. Dans des cas comme celui-là, l’auteur finit ainsi par générer une grande quantité de messages, sans forcément le vouloir, ni même en s’en rendant compte. 

C’est comme cela que s’alimente les imaginaires entourant les œuvres originales, qui sont également fascinants, en particulier pour les œuvres populaires, parce qu’il y a justement un aspect moins “sacré” pour ces-dernières. Elles vont donc engendrer une multitude de fan fictions, de réécritures etc. C’est ce qui fait quelque part leur force ! Elles sont encore dans le jus de l’époque. 

A l’inverse, on ne peut pas toucher ainsi à Victor Hugo, parce que ce dernier est devenu sacré, tant son œuvre est ancrée dans son époque. Se la réapproprier, ce serait la dénaturer. Il faut nécessairement ici analyser le contexte historique, on ne peut pas lui faire dire n’importe quoi. C’est ce qui rend les “classiques” plus difficiles à investir pour les néophytes, vu que la marge de réinterprétation est forcément limitée. 

Au sujet de cette sacralité des arts et de leur enseignement, on a pu voir que le cinéma a beaucoup gagné en légitimité ces-dernières décennies, alors que d’autres arts issus de la culture populaire, comme le jeu-vidéo demeure justement plutôt snobé. Qu’est-ce qui manque à ce dernier pour avoir la même reconnaissance et la même légitimité culturelle que le cinéma ? Doit-on l’intellectualiser, l’enseigner à l’école en option tout comme le cinéma, ou est-ce simplement une question de temps ?

Lorsque le cinéma est apparu, c’était clairement un phénomène de foire, mais qui s’est diffusé très rapidement. Quand cela a commencé à toucher tout le monde, le cinéma est naturellement devenu un objet de discussion, à la fois pour les médias et pour les gens en général. Aujourd’hui, le jeu-vidéo est un sujet de discussion d’énormément de canaux de diffusion, ce qui fait que les médias mainstream et la télévision généraliste n’ont jamais eu à s’emparer du sujet, car il y a tout de suite eu des médias spécialisés. 


Forcément, le fait de ne pouvoir parler de jeu-vidéo que sur des plateformes spécialisées, lui donne une image de “contre-culture”. Mais cela est paradoxal, car le jeu-vidéo parle à tout le monde, puisqu’il y a trois milliards de joueurs sur terre ! C’est loin d’être une culture “underground”. D’ailleurs cette étrangeté est surtout visible en Occident, le jeu-vidéo étant pleinement reconnu en Extrême-Orient, comme au Japon ou en Corée du Sud. 

En Occident, on se retrouve donc dans cette phase intermédiaire bizarre. Tout le monde joue aux jeux-vidéos, mais assez peu de personnes les respectent. Cela peut aussi s’expliquer par la diversité des jeux, c’est un média extrêmement varié. C’est dur de traiter d’un sujet à la fois représenté par Candy Crush ou par The Last of Us. 

Tout cela fait que le jeu-vidéo n’est pas devenu un sujet de discussion mainstream. Quand il y a un nouveau film ou une nouvelle pièce de théâtre, la presse généraliste en discute, invite des acteurs ou des comédiens etc. Au contraire, lors des Game Awards ou quand un nouveau jeu-vidéo sort, les médias, même les programmes un peu jeunes comme Quotidien, n’en parlent presque pas. Quelque part, cela peut aussi s’expliquer par le mépris vis-à-vis du mot “jeu”, qui renvoie le jeu-vidéo à un simple loisir juvénile. Peut-être que le jeu-vidéo ne devrait pas essayer de s’embourgeoiser, mais poursuivre dans sa niche…

Récemment, dans l’une de tes dernières vidéos, tu as étudié le genre des dystopies. A une époque où ce genre d’histoires semble omniprésent en fiction, sous la forme de dystopie politique ou d’anticipation catastrophique environnementale, dirais-tu que nous sommes rentrés dans une ère du pessimisme, incapable de produire des utopies, et est-ce pour toi une mauvaise chose ? 

Il y a incontestablement un certain pessimisme actuel face à l’avenir. Les 20 dernières années ont été marquées par la réalisation d’un manque de contrôle sur nos destins, que cela soit par la faiblesse du politique et donc des élections, de l’accroissement du pouvoir des grandes entreprises, et la prise de conscience environnementale. 

Aujourd’hui, que cela soit par les dystopies, montrant la destruction, ou les œuvres solarpunk, montrant une reconstruction, on voit clairement qu’il y a une volonté d’en finir avec le monde d’aujourd’hui. Ce désespoir fait que l’on a fondamentalement l’envie en fiction de critiquer le monde d’aujourd’hui, ou d’anticiper sa chute pour rêver à un avenir meilleur.  

Le concept original de l’utopie de Thomas More, qui estimait que l’on pouvait améliorer le monde en donnant de meilleures idées aux hommes, serait aujourd’hui perçu comme naïf. On ne croit fondamentalement plus en l’utopie, qui d’ailleurs était l’apanage du socialisme en politique, aujourd’hui lui aussi en déclin. On préfère au contraire en fiction aller droit dans le mur, pour pouvoir imaginer après la chute un renouveau, et c’est ce que l’on retrouve dans le genre du solarpunk. 

Après avoir exploré des sujets très macros, nous pouvons terminer avec une dernière petite question tout à fait personnelle. Tu as déjà publié deux livres il y a quelques années. A force d’avoir durant toutes ces années tellement étudié la question de ce qui fait une histoire réussie, n’as tu pas la tentation de passer de la théorie à la pratique en publiant un nouvel ouvrage ?

Je suis actuellement en train d’écrire un light novel en ligne, mais quand j’écris, je déconnecte la partie analytique de mon cerveau, je ne la reconnecte qu’après avoir écrit mon jet. Je n’écris jamais en faisant un point sur les connaissances narratives que j’ai pu acquérir, car cela serait très frustrant pour moi ! Je perdrais le plaisir de l’écriture, alors que cela doit être avant tout une question de plaisir. 

Le jour où j’arriverais en me disant que j’ai enfin trouvé la recette magique d’une bonne histoire, je me serais définitivement renié en tant qu’auteur ! Ça serait sûrement une catastrophe ! (rires)

Propos recueillis par Liam Piorowicz

Crédits Photos : Marie Arnold

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Et si YouTube devenait la version hype d’Arte https://www.lapeniche.net/et-si-youtube-devenait-la-version-hype-darte/ Mon, 24 Feb 2020 09:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40414 En cet hiver interminable, ne glisser ne serait-ce qu’un doigt de pied hors de chez soi parait parfois être une épreuve insurmontable et l’envie de se pelotonner dans des couvertures habillé comme un octogénaire, avec une tablette de chocolat dans une main et une tisane dans l’autre, devient alors l’utopie d’une vie. Dans cette louable ambition de ramollir autant nos neurones que les plats réchauffés de chez Picard du vendredi, YouTube illumine alors devant nous un boulevard de la glande.

Mais nos errances infinies sur la plateforme (même si je reconnais que sans elles, tout l’intérêt de YouTube s’effondre) nous conduisent trop souvent à regarder du contenu qui ne nous intéresse au final que très peu, et on ne sait plus que faire pour trouver ces perles de vidéos qui nous redonnent la foi en l’humanité que le top des tendances nous avait fait perdre. (Euh nan c’est pas vrai « challenge je mange de la nourriture bleue pendant une journée » m’a profondément fait évoluer mentalement je vous assure).

C’est donc ici que j’arrive à votre rescousse ! Je vous propose ici quelques chaines inspirantes et dont le contenu est plus riche encore que celui d’un brownie au chocolat de la cafet’ du 27.

La catégorie voyage

                Si vous êtes de ceux qui, grisés à l’idée de partir en voyage, rêvent de la Liberté, l’unique, la grande, la vraie ! mais que votre exposé sur le parlementarisme rationalisé vous ramène brutalement à la cruelle réalité du Métro-Boutmy-Dodo, vous devriez prendre un aller simple vers les chaines des Youtubers voyage. Ils vous transporteront le temps de quelques minutes dans l’univers de leurs vies aventurières, et vous feront vibrer avec des images de qualité cinématographiques et des montages ébouriffants.

Commencez par cliquer au hasard sur l’une des nombreuses vidéos de Gregsway, YouTuber qui partage sa vie de voyageur nomade et qui, à partir des paysages et des atmosphères qu’il traverse, crée des visuels dignes des publicités d’Apple (on a les références qu’on a…). Se définissant avant tout comme un chercheur des « plus beaux spots de la planète », il a parcouru toute l’Europe avec son van dénommé « Henri the Bus », sans négliger pour autant les autres continents, puisqu’il a passé quelques mois au Maroc et a même fait un roadtrip en scooter en Indonésie. Il est désormais sur le continent américain où il a réussi à faire venir son camping car. Au delà de ses talents de vidéaste, il parsème aussi ses aventures de ses réflexions sur le voyage et la « vanlife » (en anglais c’est plus stylé t’as vu), etnous montre qu’un autre mode de vie est possible et qu’il ne nous reste qu’à trouver le nôtre.

Dans un style similaire, vous pourriez aller vous perdre sur les chaines de Bruno Maltor, d’Hit the road et de Jonathan Bertin, vous ferez le tour du monde depuis votre lit et apprendrez à goûter aux cinquante nuances de plans en drone.

La catégorie « mourir moins bête »

            S’il vous arrive d’avoir l’impression de vous cultiver avec une vidéo Brut  et que la seule chaîne un tant soit peu sérieuse que vous ayez jamais suivie était « Les bons profs » au lycée (pas de jugement entre nous) mais qu’au-delà de ça, votre curiosité (ou votre culpabilité) demeure insatiable, peut-être pourriez-vous soulager votre conscience et en même temps passer un moment plaisant avec ces diverses chaines de vulgarisation. Montages de qualité, humour décapant, et « oh, mais c’était donc ça ! » seront au rendez-vous. Allez Marcel, réveille le Jamy qui est en toi !

Pour les Sciencepistes

            Pour toi jeune sciencepiste, au-delà des classiques chaines du Monde et d’Hugo Décrypte (on défend la paroisse quand même), il existe une multitude de petites chaines plus spécialisées dans les sciences sociales. En histoire, Nota Bene et les Revues du Monde dans deux styles assez différents sauront combler l’âme du Champollion qui git en toi, avec des thèmes mystérieux et originaux, ignorés par les programmes scolaires, et présentés avec un dynamisme rafraichissant et un zeste d’humour. Pour les plus féministes d’entre vous (ou juste les petits curieux), Charlie Danger (de la chaine « Les revues du monde ») a retracé toute l’histoire des menstruations dans une vidéo assez éclairante, et a récemment publié une histoire de la prostitution.

 En économie, si le nombre de chaines est encore limité, il existe malgré tout du contenu de qualité, notamment Draw my economy, dont le charme réside en son design de dessin animé, qui rendrait presque la courbe de Phillips et la pyramide de Maslow aussi distrayantes que des épisodes de South Park. Si cela ne vous suffit pas, car vous comptez avoir le prix Nobel avant Yann Algan, Heu?reka, Stupid Economist et Dr CAC dans des formats plus typiques de YouTube sauront maximiser l’utilité maximale de chaque minute passée sur la plateforme.

Avec Geopolitis, la géopolitique n’aura plus de secret pour vous! Cette chaine très sérieuse conviendra aux personnes qui recherchent vraiment un format type Arte, c’est-à-dire sans l’humour et les codes particuliers à Youtube, mais ressemblant beaucoup plus à des documentaires. De quoi plaire aux plus traditionnalistes d’entre vous.

 Sorte d’équivalent anglophone de la chaine du Monde, Vox est un média en ligne américain, qui propose dans des formats courts, esthétiques et surtout pédagogiques des analyses et des explications principalement axées sur l’actualité internationale, mais aussi sur des thèmes toujours plus divers et variés, comme le fonctionnement d’Internet, l’influence du style Art nouveau sur les couvertures d’albums de rock psychédélique ou la possibilité pour l’homme de survivre sur Mars…

Et justement : pour ceux qui aiment aussi la science (sans le « po » après)

                Ceux dont la soif d’apprendre dépasse même le 27 rue Saint-Guillaume, et qui regrettent quelque peu leur bac S et leur carrière avortée d’astrophysicien spécialiste des trous de ver, trouveront sur Youtube moult chaines scientifiques passionnantes, des plus biologistes avec Dirty Biology et Dr Nozman aux plus matheuses avec MicMaths, en passant par les envoûtantes chaines d’astronomie telles le Sense of Wonder ou Stardust. Cette dernière est plus spécialisée sur les techniques pour se rendre dans l’espace, plutôt que sur la connaissance directe que propose le Sense of Wonder sur les étoiles, les planètes et autres objets qui semblent aussi lointains que les galops.

En matière de santé, Dans Ton Corps est une chaîne créée par une sorte de papa cool et énergique qui donne des conseils de façon très décomplexée et répond à des questions que l’on se pose sur des sujets allant de « comment se remettre de la gueule de bois ? » (naturellement cela ne vous concerne aucunement), aux maladies rares, en passant par toutes les petites interrogations idiotes telle que « pourquoi se gratte-t-on ? ». Le parti pris est encore celui d’un ton humoristique,  les explications étant ponctuées de mises en scène et de blagues, ce qui parvient à alléger ce thème pouvant paraitre si rébarbatif. (Ah et j’oubliais : ne mangez ni trop gras, ni trop salé, ni trop sucré et prenez bien vos cinq fruits et légumes par jour !).

Certains comptes comme e-penser,  scilabus et Science Etonnante, que les plus geeks d’entre vous (ou les glandeurs les plus expérimentés, auquel cas je m’incline devant vous chers maîtres, je n’ai rien à vous apprendre) doivent déjà connaitre, mixent même toutes les sciences. Leur grande qualité est d’être des chaines proposant un contenu très simplifié, plus parlant que nos cours de lycée parce que les thèmes sont concrets et puis aussi tout bonnement plus exaltants.

A la confluence des sciences sociales et des sciences « dures », diverses chaines de psychologie et de psychiatrie vulgarisent des concepts souvent mé-(ou mal)connus. C’est le cas de Psylab, une chaine créée par des psychiatres et qui, tout en gardant un contenu sérieux, présente sous un angle très original les maladies mentales et le travail de la médecine pour les appréhender et les soigner,  et ce dans l’objectif de nous rapprocher de ces questions souvent si taboues. Le montage est très dynamique avec des moments d’explication face-cam des spécialistes qui alternent avec des extraits cinématographiques qui recensent les visions que l’on peut avoir de ce thème avec un brin d’humour (de meilleur goût que le mien, je vous assure).

Pour les littéraires

SPIV et autres généralistes à tendance lettreuse cherchent aussi sans doute à se stimuler la miéline (toi tu n’as pas assez regardé Dirty Biology….) autrement qu’en relisant l’élémentaire A la recherche du temps perdu. Et en philosophie, il y a de quoi être écœuré en découvrant l’existence de chaines absolument fantastiques qui vous auraient sûrement fait comprendre « l’insociable sociabilité » et autres concepts kantiens abscons beaucoup plus clairement et profondément que ces chers prépabacs.

Mais, si la philosophie vous intéresse véritablement, autrement que pour décrocher votre bac,et puisqu’au final réfléchir un peu ne fait pas de mal (on pourrait ajouter que citer Leibniz ou Nietzsche en discussion demeure plus stylé qu’avoir les pubs Apple comme référence), vous trouverez la clé du bonheur sur les chaines de celui que l’on ne présente plus : Cyrius North avec sa série coup de phil’ ou encore sur sa chaine l’Antisèche qui comporte une section spécialement dédiée à la philosophie. Sérieusement, même si vous avez toujours détesté la philo,  ce youtubeur est votre meilleure chance de vous découvrir une nouvelle passion, tant il est un excellent vulgarisateur.

Monsieur Phi est peut-être un peu moins connu mais il vaut aussi le détour. En effet ses vidéos sont plus centrées sur des thématiques actuelles, en regard desquelles il fait jouer des concepts philosophiques. Ainsi, il étudie l’homosexualité selon Bentham, ou le droit à l’avortement selon J.J. Thomson.

Pour les amoureux des livres et de la langue de Niska, une chaine est incontournable :  Le mock, chaine animée par un journaliste et un professeur agrégé de littérature qui analysent des auteurs et des œuvres avec le souci constant d’une mise en scène dynamique et pleine d’autodérision. Leur postiche de C’est pas sorcier en version littéraire est un bon exemple.

Pour finir, Linguisticae fait aussi partie de ces chaines classiques sur YouTube qui mélangent plusieurs disciplines, ici les sciences sociales et la linguistique, lui permettant ainsi de s’interroger parfois sur des sujets assez sensibles. Par exemple, communique-t-on différemment si l’on est un homme ou une femme ?

J’espère que cet article vous aidera à égayer vos longues nuits d’hiver. N’hésitez pas à nous donner votre avis sur les chaines présentées et à partager en commentaire vos suggestions pour enrichir cette sélection non exhaustive. Et n’oubliez pas mes petits fitcats : pensez à vous abonner au compte de la Péniche sur Facebook, à lâcher un max de pouces bleus pour que nos articles aient plus d’échos et à partager celui-ci à tous vos potes qui veulent fainéanter la conscience tranquille.

Dessin : Leila Tnitan

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HugoDécrypte en long, en large, et en Travers https://www.lapeniche.net/hugodecrypte-en-long-en-large-et-en-travers/ Fri, 12 Oct 2018 09:00:56 +0000 http://lapeniche.net/?p=38813 Nous sommes allées à la rencontre de Hugo Travers, le sciencepiste derrière la chaîne Youtube, les comptes Instagram et Facebook HugoDécrypte, le podcast Fromage (avec la Youtubeuse Mima la Prima), et également chroniqueur aux côtés de Matthieu Beliard sur Europe 1 chaque semaine. Nous avons alors voulu comprendre comment faisait donc ce 4A pour gérer la validation ET une véritable vie professionnelle sur le côté.

LPN : L’année dernière tu as fait un tour du monde, quel pays t’a le plus surpris ?

HT : Je pense que le Kenya était quand même le plus surprenant dans le sens où c’était des rencontres que je n’avais pas prévu de faire au départ. En fait, je suis arrivé au Kenya sans savoir vraiment ce que j’allais y faire en terme de reportage, je me suis simplement dit “on verra”. Puis j’ai reçu un message d’un abonné qui me disait : “j’ai rencontré cette femme qui se bat contre les mutilations génitales féminines dans une tribu Masaï et je vais chez elle – dans sa tribu – la semaine prochaine, si tu veux venir, tu peux”. Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire, je me suis retrouvé là-bas, et c’était surprenant parce que forcément c’est inattendu, c’est une culture qui est très différente de la nôtre, donc de ce point de vue là c’était probablement le plus surprenant en terme de rencontres.

LPN : Est-ce qu’il y a un endroit où tu n’aimerais vraiment pas retourner ?

HT : Detroit… L’image que j’avais de Detroit c’était une ville, certes qui a été frappée par la crise aux Etats-Unis, mais qui commençait à renaître parce que des start-ups arrivaient, revenaient à Detroit, c’était l’après-crise… Mais en fait je n’ai pas trop vu ça, je vois qu’il y a un début de ça mais on en était très très loin, du coup ce n’était pas forcément le truc le plus plaisant. J’étais dans une auberge de jeunesse, et un mec qui était dans la même chambre sort et revient deux minutes après en disant : “N’allez pas dans cette rue-là, on m’a menacé avec des guns”. Pas incroyable comme ambiance… Il y a eu quelques mauvaises surprises comme ça, mais ce ne sont pas forcément les endroits les moins intéressants pour mes reportages, au contraire. En terme de vacances par contre, il y  a clairement d’autres choses à côté plus sympas, comme New York, par exemple !

Tu as YouTube, le podcast, Europe 1… Quelle est la différence que tu ressens principalement entre toutes ces plateformes ?

En fait ma chaîne YouTube, c’est quelque chose qui est très écrit, étant donné que c’est scripté. YouTube et tout HugoDécrypte sur Instagram, c’est très écrit parce que c’est vraiment de l’actualité, j’essaye d’expliquer des choses et c’est bien préparé à l’avance, alors que typiquement le podcast c’est quelque chose de beaucoup plus libre, et à titre personnel j’avais une sorte de besoin de faire ces trucs-là parce que ça me permet de m’exprimer plus librement, de faire des choses qui me plaisent, de parler de sujets peut-être qui me plaisent aussi un peu plus. Ce sont deux approches différentes et c’est clair que sur le podcast ça change. Je vais lancer des choses dans pas longtemps sur la plateforme Twitch, et c’est encore dans la lignée du podcast ; c’est un peu la même chose, cette idée de créations beaucoup plus libres où je vais parler avec d’autres personnes, c’est du live, c’est plus interactif, et ce sont des trucs qui me font kiffer aussi donc j’essaie de les développer.

LPN : Tu as commencé sur YouTube, quelle est la plus grande leçon que tu as tirée de tout ce que tu as eu à gérer avec la plateforme ?

HT : Je suis intéressé – forcément – par l’univers des médias, le journalisme, et à mon avis c’est de ne pas oublier à qui on s’adresse, et quand je dis ça c’est que moi j’essaye de parler d’actualité, non pas à des étudiants à Sciences Po – il y en a et c’est très bien – mais surtout à des gens qui n’ont pas la politique comme principal centre d’intérêt. Ça explique qu’il y ait toujours un gros travail sur l’écriture sur YouTube, mais aussi sur Instagram, Messenger et tout ce que je peux faire, pour bien faire en sorte que ce soit compréhensible par le plus grand nombre, y compris quelqu’un qui ne suit pas du tout l’actualité. Ce n’est pas toujours évident et c’est vrai que – je ne fais pas de master journalisme – mais quand on est dans ce milieu-là, on a parfois tendance à partir du principe que “ce que je sais, tout le monde le sait”. C’est une sorte d’entre-soi qu’on observe assez souvent, notamment sur les plateaux TV et à mon avis il faut vraiment faire attention à ça, surtout quand on touche les jeunes. Voilà, je pense que c’est la leçon la plus importante que j’ai tirée de l’aventure YouTube.

LPN : Tu étais en 3A l’année dernière et là tu es en M1. Quel Master suis-tu, et comment fais-tu pour concilier Sciences Po et toutes tes activités à côté ?

HT : Je me “force” – non vraiment j’y prends surtout du plaisir – un peu à prendre du temps pour moi, et pour mes loisirs et sorties. Je suis en Master communication. J’ai logiquement beaucoup hésité avec le Master journalisme, mais finalement c’est celui en communication que j’ai choisi parce qu’il y avait beaucoup de cours sur les médias, les nouveaux médias, l’économie des médias, sur les médias, quoi ! (rires). Ce sont des choses qui m’intéressent beaucoup. Forcément cette année j’ai beaucoup moins de temps, donc j’ai du mal à développer de nouveaux projets en plus de ce que j’ai déjà et c’est normal, mais ça se joue vraiment sur l’efficacité et l’organisation. Déjà là sur ma chaîne on est une petite équipe, on est 5-6, pas à plein temps – je suis le seul à plein temps – mais c’est quand même une super équipe d’étudiants en freelance que je rémunère tous. Ce sont des choix à faire sur l’organisation de la semaine, c’est évident que je passe moins de temps que je devrais sur mes cours en ce moment, après forcément il faut que je valide et je ferai le nécessaire pour ; mais il y a un choix à faire dans la semaine. J’ai lancé ma chaîne en novembre de ma 1A et j’étais en grosse galère au début, je passais des heures en bibli, et après on prend le rythme et on travaille plus efficacement.

LPN : On nous a demandé de te remercier pour les 5 infos du jour car ça en a aidé beaucoup pendant les examens d’entrée à Sciences Po. Tu a mentionné une équipe qui travaille avec toi, mais comment fais-tu pour élaborer ces 5 infos du jour quotidiennement ?

HT : On commence par le choix des articles : généralement on choisit 3-4 infos politiques et on essaie de mettre le focus sur l’international et de faire en sorte que la dernière actu soit un peu plus “légère” donc ça peut être de la tech, du sport, du divertissement. Par rapport à l’écriture, on essaie comme je l’ai dit, d’avoir quelque chose de vraiment compréhensible – même en 2 phrases – par tout le monde, ce qui n’est pas évident mais nécessaire. Pour donner un exemple, quand on parle d’Edouard Philippe, ici à Sciences Po en principe tout le monde sait qui c’est, mais quand j’ai des retours de personnes qui ont 12-13 ans et qui suivent le compte, je réalise qu’il faut vraiment que ce soit accessible à tout le monde, pas seulement à ceux de Sciences Po. Le plus dur à trouver ce sont les débats quotidiens. On a quelques ratés de temps en temps et on fait au mieux, et je suis content que ça plaise ! On se rend compte d’ailleurs là que le compte Instagram marche mieux – on gagne 300 abonnés par jour – que la chaîne YouTube, alors que l’audience est plus grosse sur YouTube. C’est intéressant de voir que ça se développe bien, ça montre que c’est un format qui marche et ça fait plaisir !

LPN : On a conscience de la difficulté de la question “qu’est-ce qui te plaît le plus dans tout ce que tu fais ?” donc on va la formuler ça différemment : est-ce qu’il y a un des formats sur lequel tu t’amuses vraiment et où tu ne sens plus que tu es en train de travailler ?

HT : Oui, les formats dans lesquels je suis le plus libre, par exemple Twitch, le podcast et tout ce qui est un peu plus “léger” ça me fait kiffer. J’ai tellement fait les formats de YouTube ces trois dernières années que, – je ne veux pas dire routine – mais c’est devenu un peu une habitude ! Alors que sur ces nouveaux formats que je commence un peu à faire, il y a un certain aspect de nouveauté et de liberté que j’aime beaucoup. Après j’adore la radio, Europe 1 j’y suis une à deux fois par semaines – ce soir par exemple – pour débattre d’actualité et j’aime vraiment beaucoup ça. Même sur ma chaîne je commence de plus en plus à privilégier les voix off sur fond d’images plutôt que la “face cam”. J’aime beaucoup l’idée de poser sa voix sur un sujet plutôt que parler face à la caméra.

LPN : Si tu n’avais pas eu Sciences Po, qu’est ce-que tu aurais fait ?

HT : J’avais été pris à Sciences Po en monocursus et au double diplôme Sciences Po-UCL, j’ai beaucoup hésité mais finalement l’idée d’une 3A à l’étranger m’a attiré, d’où mon choix final. Je n’avais pas ma chaîne à l’époque, donc je ne savais pas que j’allais pouvoir faire un tour du monde, mais je savais que je voulais me lancer dans un projet en troisième année. Sinon j’étais admis à l’académie de l’ESJ à Lille, ce qui m’aurait fait prendre une trajectoire très nette vers le journalisme. J’étais admis à McGill aussi, donc je serais sûrement parti à Montréal, mais Sciences Po restait mon objectif et était de loin mon premier choix, donc j’étais très content de savoir que j’étais admis !

LPN : On va maintenant faire un “Tu préfères ?” :

Tu préfères passer une nuit à monter une vidéo ou te rendre compte après deux heures de tournage que la caméra n’était pas allumée ?

Wow… Les deux sont horribles, surtout que maintenant, comme je disais, j’aime de moins en moins faire de la face cam, réaliser que j’ai perdu 2 heures de tournage ça serait l’horreur. Après une nuit de montage c’est vraiment violent, surtout que je suis du genre à faire des trucs un peu bizarres, du type rentrer chez moi à 22h après les cours, me rendre compte que j’ai beaucoup de travail à faire, faire une sieste et me lever à 3h du matin pour bosser jusqu’à 7 heures, comme cette nuit d’ailleurs… Mais comme la nuit de montage est quand même particulièrement violente, je dirais que je préfère perdre deux heures de tournage.

Tu préfères que toutes tes vidéos de l’année prochaine soient prêtes à être postées, ou que tous tes podcasts de l’année prochaine soient prêts à être postés, par coup de baguette magique ?

Clairement les vidéos, c’est beaucoup plus de temps de travail et comme ça je peux faire les podcasts comme je veux. Malheureusement en effet, à moins que ce ne soit de la magie, ce serait un peu difficile de faire les 5 actus de la semaine en avance…

Tu préfères publier par inadvertance un appel téléphonique au lieu d’un podcast, ou une vidéo de vacances au lieu des 5 actus de la semaine ?

Je pense que poster un appel téléphonique, quoique ça dépend lequel, c’est déjà mieux parce que pour le podcast on est déjà sur quelque chose d’assez chill et un peu drôle, c’est moins dérangeant… Alors que les actus de la semaine c’est un peu plus violent… Les vidéos de vacances on va éviter ! (rires)

Un grand merci à Hugo Travers pour son temps et ses réponses ! 

Astrid-Edda Caux et Rita Faridi

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