Un soir, j’en ai eu assez. Soir de Grand Oral que je présentais et, une fois rentrée, un message d’un inconnu. Il a trouvé que j’étais une « belle plante ». La dernière fois que je montais sur scène pour le Grand Oral, c’était parce que j’étais « sexy », dixit un ami.
Je n’ai pas relevé.
Peut-être parce que je suis habituée, comme tant d’autres femmes, à ce que l’aspect physique ou sexuel soit la seule jauge de nos capacités, féminité et crédibilité auprès de certains. Il est également possible qu’après le harcèlement de rue ou de métro, nous n’ayons plus la force de répliquer à Sciences Po.
Je n’ai pas relevé ; mais d’autres l’ont fait à ma place. Ils m’ont fait réaliser l’énormité de ce que je cachais sous de la banalité, sous la relativisation. « Il y a pire ». Justement. Dans mon cas, ce message concrétisait la violence de la réification. Néanmoins, comment rendre compte des regard lubriques, des paroles sexistes prononcées et aussitôt envolées, de tout ce qui est insaisissable et qui, pourtant, nous saisit de colère ou de honte ?
A toutes celles et ceux qui en ont eu assez, La Péniche vous a donné la parole.
Dans le but d’évoquer toutes les violences liées au genre ou à la sexualité, nous avons lancé un appel aux témoignages concernant les attitudes sexistes, homophobes, le harcèlement sexuel ou autres, la liste n’étant pas exhaustive. Au-delà de l’honnêteté, nous avons demandé à ce qu’ils ne concernent que des faits ayant eu lieu au sein de l’Ecole, ou entre étudiants de Sciences Po. Les témoignages sont laissés bruts, tels que reçus, afin de relater au mieux les faits évoqués. Chaque intertitre laisse la parole à une personne, pour une ou plusieurs « anecdotes » . Nous ne pouvons cependant pas en certifier la véracité : toute atteinte à des personnes ne saurait être prise d’emblée comme véridique, ou issue de notre volonté. A la demande des concernés, tous les noms ont été modifiés.
Une amie à la Street a été embrassée par un 1A par la contrainte alors qu’elle l’avait refusé.
Trois garçons qui parlent d’une fille de 2A à Sciences Po et la traitent de salope parce qu’elle « couche avec plein de mecs » et « quand on couche avec tout Sciences Po, on est une salope ». Quand j’essaie de leur montrer la stupidité de leur propos en leur demandant en quoi coucher avec d’autres personnes c’est mal quand on est une femme, ils répliquent que c’est « parce que les gens pensent que c’est pas bien ».
Mon prof de théâtre qui nous raconte qu’il est gêné de nous demander de déplacer des tables parce qu’on est une classe de filles, et quand je lui dis que sa remarque est infondée, il se justifie en disant que c’est parce que les filles ont moins de muscles que les garçons.
Remarque ci-dessus provenant d’un professeur d’atelier artistique.
Souvenons-nous aussi du « No Means Yes », panneau tenu par les Fils d’Arcueil lors d’une Cash&Trash.
En Péniche, en pleine discussion, on m’a expliqué que j’étais, parce qu’homosexuel, victime d’une déviance de la société et que mon esprit avait été perverti par un phénomène non naturel. Je t’avoue m’être senti dans un environnement très safe et inclusif ! Mais bon, la personne a après expliqué n’avoir aucun problème avec les homos. Pour moi, c’était juste un petit pansement sur une blessure immense.
Au bar, dans une soirée, un membre de l’équipe de rugby me dit : « Si je te mets une main au cul, qu’est-ce que tu feras ? ». J’étais en 1A, c’était mon premier CRIT, je ne m’étais pas rendue compte que c’était sexiste. C’était rigolo, on se chambrait. Mais non.
Ayant obtenu la meilleure note au galop d’essai en Grandes Questions du Droit (corrigée par un prof masculin), un de mes camarades (masculin) est venu me voir pour me dire : « Je me demande quand même en quoi ta note est due au fait que tu aies une paire de seins et pas une paire de couilles » … Exemple typique du sexisme quotidien sciences-piste.
Dehors, devant le 27, une fille sort avec un groupe (garçons et filles) pour une pause-clope, mais demande aux appariteurs si c’est possible sachant qu’elle n’a pas sa carte. Un homme de l’administration ou de la sécurité sort à ce moment-là, et lui demande si elle sait ce que voulait dire être encartée dans les années 30. Comme il ne sait pas, il explique qu’« être encartée, c’était être une prostituée. Les hommes, à l’époque, demandaient aux filles vendant leurs charmes si elles étaient encartées ». Je m’immisce dans la discussion en disant que je ne pense pas que le parallèle avec l’étudiante est pertinent. Il ne répond pas.
C’était mon prof de conf en deuxième année, un énarque, qui m’envoie un mail. A partir de ce mail-là, il a débuté une correspondance d’une centaine de mails avec moi. Il utilisait trois adresses mails différentes, m’envoyait également des messages sur Facebook, voire des live-tweets. Il m’envoyait des mails au milieu de la nuit. Ils étaient assez intrusifs, non seulement sur ma vie privée, mais aussi sur le cours, proposant son aide à maintes reprises. Au début j’ai répondu, avec la naïveté de croire qu’il me pensait intelligente, que mon avis comptait pour lui. Mais au bout de quelques mails, j’ai réalisé son côté pervers, et ai cessé de lui répondre, ou de manière laconique, parce que je me sentais souvent obligée de le faire. Ça ne l’empêchait pas de vouloir m’inviter au restaurant (ce que j’ai toujours refusé), de me dire qu’il « avait hâte » que je ne sois plus son élève. Dès que le cours s’est terminé, j’ai arrêté de lui répondre. Puis j’en ai parlé à une copine dans la classe, qui m’a dit qu’elle avait été approchée aussi. On s’est rendu compte qu’il avait tenté avec plusieurs filles, en leur proposant des verres par exemple, mais jamais de l’ampleur de ce que j’ai vécu.
J’avais peur d’en parler, et encore maintenant .En tant que femme qui a envie d’avoir une carrière professionnelle, tu te flingues en en parlant. Tu es dans cette position hyper hiérarchisée où tu es une très jeune femme qui a une correspondance avec son professeur, tu penses que si tu en parles les gens vont croire que c’est toi qui l’a aguiché, que tu as profité de cette relation pour avoir des avantages.
Il y a un prof de droit qui a dit en cours que « même pour un petit viol, c’est deux jours », sous-entendu de procès, d’audience.
Une fois, on m’a dit que « ce qui est cool à Sciences Po, c’est qu’il y a plein de belles filles, en plus vous êtes intelligentes, mais bon ça, c’est secondaire ».
Entendu : « De toute façon les homos tout le monde trouve ça bizarre, après c’est peut-être pas de leur faute s’ils ont cette anomalie, mais quand même si on commence à les autoriser à se marier ils vont finir par se croire tout permis ».
Venant d’un camarade de triplette qui montait les escaliers derrière moi, sans que je ne lui ai rien dit. Je me serais bien abstenue de recevoir ce commentaire.
A propos d’une colocataire sciencepiste devenue violente : « D’abord, des coups de serviette portés au visage pendant qu’on faisait la cuisine, « pour rire ». Des coups de torchons sur les fesses quand je passais à côté d’elle. Et puis un dimanche matin, elle a fait une crise d’hystérie à cause d’une discussion sur l’appartement, m’a porté un coup au visage, avec son poing fermé. Je lui ai signalé (…) que son comportement était choquant, sur ce elle répondit « je vais te faire saigner jusqu’à ce que tu comprennes », à deux reprises. Après cet événement, j’ai commencé à vraiment avoir peur d’elle, à ne jamais être dans la même pièce qu’elle, à placer un carton derrière ma porte la nuit (…). Voilà, c’est pas tant une histoire de sexisme. Mais c’est peut-être l’inverse de ce à quoi on peut s’attendre dans une histoire de sexisme femme-homme. Il ya beaucoup d’idées reçues, et je pense aussi, beaucoup d’hommes qui par fierté et pour d’autres raisons sociales passent sous silence des harcèlements dont ils sont victimes ».
J’étais fière parce que j’organisais ma première conférence en tant que présidente d’asso, et il y avait beaucoup d’intervenants autour d’une table ronde. Discutant avec des potes, un me dit : « C’est bon, on sait que tu es passée sous le bureau pour le ramener ». Ils ont tous acquiescé, et ont renchérit : « Tu peux nous le dire, tu l’as sucé pour le faire venir ». Ils trouvent ça super drôle, mais j’ai trouvé ça vraiment blessant, on remettait en cause le travail que j’avais accompli.
Dans la Chope Cup, il n’y a pas que la mocheté de la fille chopée qui fait perdre des points, mais aussi si la personne est considérée comme une fille facile. Après avoir chopé un mec de cette asso, on est venu me voir en me disant : « On t’a mentionnée pour l’AS, mais je crois pas que ça le fasse gagner beaucoup de points ».
Une fille qui fait partie de la promo a été filmée pendant qu’elle chopait un mec. Tout le monde l’insultait, soi-disant parce qu’elle était facile. Le mec, personne ne sait qui c’est.
Aux soirées de l’AS, où on te donne des tickets de chope, on t’incite à le faire, mais derrière on vient t’insulter si tu le fais. C’est comme au CRIT, le défi du grand Chelem (choper une personne par IEP). Un mec qui fait ça, c’est un ouf, une fille qui fait ça, c’est une traînée.
Après un concours d’une association d’art oratoire, le niveau n’était pas très élevé. Dans les délibérations, un des membres du jury a dit « on devrait prendre Eva, ça fera quelqu’un à choper dans le bus »
J’étais en pause clope avec des gens de mon cours de droit constit, donc en 2A, et on parlait des masters. Au détour de la conversation, je mentionne vouloir faire AP et on m’a répondu que « pour un master aussi sérieux, il faudra songer à changer de couleur de cheveux ». Je ne suis pas la plus féministe, mais bon ce moment m’avait choquée ainsi que ceux à qui je l’avais raconté.
1er jour à Sciences Po : « C’est pas parce que vous avez le physique, que vous n’êtes pas grosse, que c’est bien ».
Entendu : « Moi je pense que le féminisme, c’est que des nanas hystériques qui pensent que le sexisme c’est que quand (sic) c’est les mecs qui le font. Franchement, aujourd’hui, la société est parfaitement égalitaire, on a plus besoin de féminisme ! »
Entendu : « Un quart des femmes se font violer ? Faut arrêter avec ça, c’est du mytho, c’est les nanas qui exagèrent parce qu’elles adorent ça ».
Mots anonymes recueillis sur le campus de Dijon, au sein d’une boîte permettant de s’exprimer anonymement sur le sujet.
Nous tenons à souligner l’important travail de la Direction de Sciences Po concernant le harcèlement sexuel, tant dans le domaine préventif qu’a posteriori. Bien que ne pouvant totalement résoudre le problème, elle a mis en place des moyens limitatifs qui prouve son engagement en faveur de l’égalité des sexes et de la lutte contre le sexisme, via le respect de la Charte de l’égalité femmes-hommes et la sensibilisation des associations. Hélène Kloeckner, responsable de l’égalité femme-homme et coordinatrice de la cellule de veille sur le harcèlement sexuel nous disait le 5 mai dernier que les étudiants « prennent l’habitude, souvent en groupe, de nous signaler des cas précis et datés de propos sexistes dans les cours, qui vont souvent de pair avec des propos racistes et homophobes. Cela nous permet d’alerter l’administration qui reçoit les enseignants concernés, et d’expérience, ils arrêtent directement ».
Ainsi, si vous avez été victime ou témoin de harcèlement ou d’agression à teneur sexuelle, « il faut contacter la cellule de veille, en envoyant un mail à harcèlement.sexuel@sciencespo.fr, ou en en téléphonant au 01 45 49 54 00. On peut aussi me joindre directement, pour les personnes qui le préfèrent (helene.kloeckner@sciencespo.fr, 0145495986). On propose un entretien et on prend ensuite une décision ensemble sur la suite à donner au dossier».
Voir aussi: http://lapeniche.net/harcelementsexuel/
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L’armée chilienne a-t-elle dérapé?
« Je tuerai des argentins, je fusillerai des boliviens et j’égorgerai des péruviens ». Les chants virulents de certains membres de la marine chilienne, diffusés mi-fevrier via Youtube, ont suscité une incroyable polémique en Amérique latine. Des propos chocs à la limite du racisme, sur lesquels revient un étudiant du campus de Poitiers ayant souhaité conserver l’anonymat.
« Argentinos mataré… bolivianos fusilaré… peruanos degollaré… ». Así se corea en la marina chilena actualmente. Polémica internacional ha generado un video de los marinos chilenos cacareando versos xenófobos que amenazan la integridad de nuestros hermanos argentinos, bolivianos y peruanos. Esto sucede en el marco de una integración paulatina de los países de Latinoamérica iniciada por los nuevos dirigentes progresistas de nuestro subcontinente, al cual Chile siempre ha sido hostil. Frente a este oprobioso suceso la Armada Chilena afirmó que « dichas prácticas se alejan de lo que se enseña en la Armada y de su doctrina como institución, por lo que las califico como inaceptables ». No obstante, el diputado UDI – partido de extrema derecha chileno – Gonzalo Arenas indicó que “la reacción de la Armada es una vergüenza. Esos cantos han estado siempre en todas las FF.AA. Yo fui cadete hace más de 20 años y se cantaba igual”.
La indignación de la institución es por tanto una mera fachada para enmascarar el rostro xenófobo – y fascista – de nuestras Fuerzas Armadas. No está de más resaltar los dichos sexistas del parlamentario en los cuales contrapone la capacidad asesina de nuestros uniformados y el quehacer que otrora, y actualmente, se le ha delegado al sexo femenino: “Para evitar esos cantos ‘violentos’ de los marinos, le sugiero al comandante en jefe de la Armada que los inscriba en clases de bordado y punto cruz”. Según este compatriota, nuestros “marinos están para ir a la guerra”. ¿Qué guerra? ¿Una contienda por la independencia económica y soberanía política de nuestro país o un simple conflicto que buscaría oponer nuestras naciones en pos de la satisfacción de los intereses mezquinos y chauvinistas de nuestras burguesías-militares? Nuestros gobernantes cultivan las semillas del odio y el separatismo en nuestra región, obstaculizando de esa forma una integración continental de carácter solidario en lo económico, político y social. ¿Qué diría Simón Bolivar si supiese que en Sudamérica – cuya independencia sería posible gracias a su completa entrega y compromiso– hay hijos opositores a sus ideas de unidad? Este 11 de Septiembre, nuestro país festejaría, desde un bando, y lamentaría, desde otro, los cuarenta años desde el inicio de una dictadura militar que a punta de fusil asesinó el sueño, sembró el terror y fomentó la división. Vaya usted a saber querido lector si la ideología que se inculca hoy en nuestras Fuerzas Armadas es similar o no a aquella que articuló el accionar de los buitres carneros del sangriento régiment.
Este suceso coincide con la primera reunión del comandante en jefe (s) de la Fuerza Aérea de Chile (FACh), general de aviación Hugo Peña con el Movimiento de Integración y Liberación Homosexual (Movilh) con el fin de dar el primer paso en los procesos de capacitación “para educar a sus funcionarios sobre la Ley Zamudio – o ley de Antidiscriminación hacia las minorías sexuales – sobre la necesidad de prevenir prácticas discriminatorias, lo cual es una buena noticia, pues ya nadie podrá ser excluido arbitrariamente para ser parte de la FACh ». Es un paso importante pero no suficiente. Como estudiantes chilenos es nuestra responsabilidad exigir que se promuevan en todas las instancias educativas todas las herramientas para reconocer y combatir el sexismo. Asimismo, debiese promoverse una educación – estatal, laica y de excelencia por cierto – que excluya todo jingoísmo en las aulas.
Como latinoamericanos y seres humanos es nuestro deber condenar estos hechos. La ideología de estos marinos es, por desgracia, hegemónica en Chile y cristaliza el odio al interior de la futura Patria Grande que soñaron Martí y Bolivar. Etnitizan las relaciones sociales y oponen a los trabajadores entre si desviándolos de esta forma del camino a seguir. Como bien lo dijo Quilapayun en los años 1970: “Mi patria son mis hermanos que están labrando la tierra” y no las fronteras que se construyeron en la historia. Con conciencia y unidad sigamos adelante.
Viva Latinoamérica. Viva el Pueblo. Vivan los Trabajadores
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