vie étudiante – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 23 Apr 2025 21:02:15 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png vie étudiante – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Dans le genre troublé.e.s : quand le drag s’invite aux Épopées https://www.lapeniche.net/dans-le-genre-trouble-e-s-quand-le-drag-sinvite-aux-epopees/ Sat, 24 Feb 2024 11:28:16 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56192 À l’occasion de la Saint-Valentin, le Bureau des Arts organisait ce mercredi 14 février une soirée Épopées “Love Potion” qui mettait à l’honneur la musique, la sorcellerie et l’amour. Un triptyque enchanteur dont le point culminant était le drag show d’Apollon d’Angelo et George Profonde. 

L’ambiance électrique du garage punk de Damaghead flotte encore dans la salle lorsque Leena et Judith, co-responsables des Épopées, demandent au public de s’asseoir. 

La salle, comble et sage, attend le début du spectacle de George et d’Apollon. Dans ses collants résille et sa fourrure émeraude, ce dernier introduit leur performance par un avant-propos bienvenu. Deux règles: ne pas toucher les performer.euse.s et faire du bruit, beaucoup, très fort, “même pour un rien”. 

Isée*, étudiante en deuxième année, apprécie cette “sorte d’initiation” qui “met sur un pied d’égalité les spectateur.rice.s habitué.e.s et ceux qui n’y connaissent rien”. Passionnée de danse et d’arts du spectacle, elle nous dit découvrir durant ce show un nouveau rapport artiste-public centré sur le fait de “voir et d’être vu” ; les cris et le symbolique claquement de doigts – plutôt que le traditionnel applaudissement – ont presque autant d’importance que la performance en elle même. “C’est très vivant pour le spectateur, car il peut vraiment donner de lui dans les acclamations, par rapport à d’autres spectacles où ce genre de pratiques n’est pas dans les normes”. Hadrien* parle quant à lui “d’une scène sans quatrième mur, et d’une performance non pas hors du temps mais bien ancrée dans l’espace que constituait la salle et ses occupants”. 

L’ambition des Épopées de créer un espace d’horizontalité entre le public et les artistes semble s’être réalisée. Ces concerts-expos gratuits ont pour objectif de “mettre au devant de la scène la dimension collective et populaire de la culture”, nous dit Judith. Lors de cette cinquième édition, les détracteurs de la Saint-Valentin étaient dépourvus d’arguments : la “fête commerciale” était ce soir gratuite, et les sacro-saintes roses, bougies, ou normes hétérosexualisantes n’avaient pas leur place. Les Épopées accueillent un public averti : Judith ne doutait pas du respect des spectateurs car “en venant ici, on sait à quoi s’attendre”, mais l’équipe organisatrice a tout de même choisi de s’associer à l’association Equal pour leur “expertise” dans le milieu drag. 

« Ils s’approprient des codes pour affirmer leur authenticité”

La série Drag Race France, adaptation française de l’émission de RuPaul, a popularisé un phénomène qui existe en France depuis les années 1980. Le concept de “drag” nous est à tou.te.s plus ou moins familier. Hadrien imaginait une “performance distante, dramatisée”, faite seulement “d’une apparence, de costumes et de mouvements”. Dolly Parton n’apparut nulle part dans des perruques, et ni les vêtements ni le maquillage n’entravaient l’impression qu’iels “se sentaient présents dans leur corps”. Pour Hadrien, “c’était surprenant mais après tout compréhensible. Ils s’approprient des codes pour affirmer leur authenticité”. 

Et Judith Butler n’aurait pu mieux le formuler.  Les drags sont souvent invoqués par les théoricien.ne.s queer comme incarnation d’une résistance active aux normes de genre. Sam Bourcier parle du genre comme une “parodie sans original”, les représentations que l’on nous impose étant toujours hors de portée, tout en étant préservées par notre conformité quotidienne à celles-ci. Face à ce constat, que faire? Butler répond que c’est en jouant sur les ambiguïtés du genre que l’on met en lumière l’arbitraire de la norme. Interviennent alors les paillettes éblouissantes, le drame d’un maquillage, les canons de la chanson romantique, le tout performé par un artiste qui s’identifie souvent comme un homme gay dans le cas des drag queens. En exacerbant à outrage les attributs féminins, en s’en vêtant comme d’un déguisement, la performance queer mime et mine la force contraignante de la loi hétérosexualisante. 

Chaque performer a interprété deux chansons, et au-delà des danses sensuelles en simili-cuir, des lancers de préservatifs, c’est surtout l’émotion d’un cover ou d’une “marche au ralenti” sous les néons violets que retiennent les spectateurs qui ont témoigné. George Profonde, vêtu d’un grand costume à découpes bleues et oranges, dont l’aspect naïf casse avec une silhouette sévère, était ce soir en drag king, une “découverte surprenante” pour Isée. Comme l’annonçait Apollon, “il va performer un peu de masculinité pour vous, parce qu’il y a là matière à mise en scène”.

Et George de danser, de parodier sans exubérance. Le visage est parfois grave, il insiste sur une phrase de la chanson en faisant les gros yeux. La reprise d’Apollon sur I put a spell on you était belle et vraie. Danse, chant, mise en scène, femme, homme, queer, sur la scène comme dans l’identité : entre la scène et le public, il ne semblait ce soir là pas exister de barrière. Certain.e.s spectateur.rice.s présent.e.s, comme Isée et Hadrien, ont adoré cette introduction simple et “humaine”, et “aimeraient bien aller voir d’autres shows, cette fois peut-être quelque chose de plus spectaculaire, avec une performance corporelle encore plus poussée.”

Tout porte donc à croire que les Épopées poursuivront dans leur dessein fructueux d’exposer les étudiant.e.s à de nouvelles formes d’art, et ce, dès la prochaine soirée du 27 mars. 

*Les prénoms cités ont été modifiés.
Crédits photo : Prune Fargetton
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Hausse des frais de scolarité à Sciences Po : entre arbitrages budgétaires et contestation https://www.lapeniche.net/hausse-des-frais-de-scolarite-a-sciences-po-entre-arbitrages-budgetaires-et-contestation/ Wed, 06 Dec 2023 14:11:47 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56111 Le Conseil de l’Institut, principal organe exécutif de Sciences Po, a décidé une augmentation de 5% des frais de scolarité, qui fait suite à une hausse de 7 % l’an passé. Cette annonce a entraîné une forte contestation des syndicats étudiants. Depuis mi-novembre, plusieurs syndicats ont organisé des actions militantes notamment une manifestation  devant le 27 rue Saint Guillaume Le syndicat Union étudiante a lancé une  pétition en ligne qui a atteint 2000 signatures, des affiches ont également été collées.

En 2021 – 2022 le montant moyen des frais de scolarité s’élevait à 5200 euros pour le Bachelor et 6330 euros pour le Master. Pour l’année 2023 – 2024 les montants maximums du barème s’élevaient à 14 210 euros pour le Bachelor et à 19 670 euros pour le Master. Un tiers des étudiants sont exonérés des frais selon le site web de Sciences Po, qui a annoncé en décembre 2022 augmenter de 15,6% son budget consacré à l’aide sociale. L’aide fournie par Sciences Po se fonde sur des exonérations, la hausse générale des bourses du CROUS, et la bourse Boutmy destinée aux étudiants extra-européens sur la base de critères d’excellence.

L’administration soutient quant à elle que les hausses annoncées permettent un ajustement sur l’inflation qui touche les comptes de Sciences Po. Romain, membre de l’Union étudiante, réfute cet argument : « Sciences Po est excédentaire de 2 millions d’euros (…) On considère que l’on n’a pas à être la variable d’ajustement de ce budget, Vicherat avait promis de trouver d’autres ressources. C’est une spirale infernale si on continue à seulement compter sur les frais : tant que l’inflation augmente, ça pèsera de plus en plus sur les étudiants. De plus, les syndicats pointent le coût que représentent les frais pour les étudiants internationaux qui disposent souvent de moindres ressources financières comme l’indique le membre de l’Union étudiante « Les étudiants extra-communautaires paient le maximum des frais automatiquement ».

Devant cette situation, les syndicats Nova, UNEF, Union étudiante, Solidaires Etudiant.e.s, AER, réclament dans un communiqué commun « le gel immédiat des frais de scolarité » ainsi que l’éligibilité des étudiants extra-européens aux bourses octroyées par Sciences Po. Le syndicat étudiant UNI a également demandé la fin des hausses et le « calcul des frais de scolarité sur la base des ressources après abattement de l’administration fiscale et des parts fiscales du foyer ».

Le vendredi 26 novembre, l’administration a finalement annoncé que la hausse sera limitée à 3,5% à la rentrée 2024. Les syndicats continuent d’appeler au gel des frais de scolarité, et des manifestations continuent d’être régulièrement organisées rue Saint-Guillaume. Nous avons contacté l’administration et n’avons pas reçu de réponse. On ignore si le dicton « jamais deux sans trois » s’appliquera pour cette question.

Crédits photos : Instagram UNEF

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Entretien exclusif avec Mathias Vicherat : un alumni revenu sur les bancs de l’école https://www.lapeniche.net/entretien-exclusif-avec-mathias-vicherat-un-alumni-revenu-sur-les-bancs-de-lecole/ Sun, 17 Sep 2023 10:44:44 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=55898 Alors que s’entame une nouvelle année universitaire, nous avons souhaité mettre le temps sur pause pour faire un saut dans le passé et revenir sur le parcours du directeur de Sciences Po, mais également sur les défis et perspectives d’avenir de l’établissement.

Qu’est-ce qui, à l’époque, vous a poussé en tant que jeune étudiant à vous orienter vers Sciences Po ? 

Il y a plusieurs raisons. La première, c’est que j’avais un intérêt pour plusieurs disciplines et je ne voulais pas choisir. Or, Sciences Po est une école qui permet d’aborder de brasser des domaines différents, avec le souci de l’interdisciplinarité.

La deuxième, c’est que je voulais être journaliste. A l’époque, il n’y avait pas encore d’école de journalisme intégrée à Sciences Po, mais c’était pas mal de faire d’abord Sciences Po puis une école de journalisme ailleurs. Mais rien ne se passe jamais comme prévu. En découvrant le droit administratif notamment, j’ai été attiré par la fonction publique, m’amenant à faire la section Service public.

Je n’étais pas programmé pour faire Sciences Po. J’étais dans un lycée parisien, qui avait de mauvais résultats au Bac, qui était et qui est encore en zone d’éducation prioritaire. J’ai vu le mal que pouvaient faire les conseillers d’orientation quand ils n’étaient pas très investis dans leur mission. Le conseiller d’orientation nous demandait ce que l’on voulait faire plus tard. Je disais “Sciences Po” et il me répondait : “Non, mais sérieusement, vous voulez faire quoi ?”.  Loin de me désinvestir, ça m’a surtout donné de l’énergie pour y arriver.

Pour moi, Sciences Po ce n’est pas seulement des études mais aussi une expérience, en termes d’engagement notamment, et ça crée chez moi une dette considérable envers cette école.

Justement, est ce que vous avez souvenir d’une anecdote particulière de votre scolarité à raconter, par exemple sur votre premier jour à Sciences Po ?

Je n’avais jamais mis les pieds à Saint-Germain-des-Prés. J’avais grandi dans le 93 et dans le nord de Paris et j’arrivais dans ce monde auquel je n’avais pas eu accès. En arrivant à Sciences Po, j’ai eu un choc thermique. On utilise souvent l’expression “monter à Paris”, moi j’étais déjà parisien, mais je suis quand même “monté à Sciences Po”. En 20 ans, l’institution a considérablement évolué sur ce point et Sciences Po est aujourd’hui la plus ouverte des grandes écoles.

J’ai de nombreuses anecdotes sur ma vie associative notamment, mais je me souviens particulièrement de ce choc et de cette première découverte. Puis, Sciences Po m’a permis de développer un appétit intellectuel. Finalement, ce qui finit par rester de ma scolarité, c’est surtout une méthode et l’agilité de passer d’une discipline à une autre, ainsi que les expériences d’engagement.

Vous avez été diplômé en 2000, année de l’instauration de la troisième année à l’étranger. Si vous en aviez eu l’occasion, où auriez-vous choisi de passer votre troisième année à l’étranger? 

D’abord il faudrait que je fasse plusieurs choix, car même si 80% des étudiants ont leur premier choix, on n’a pas toujours notre premier vœu ! 

Quand j’étais étudiant la question ne s’était pas posée car, bien que c’était possible, c’était très compliqué. Mais si j’en avais eu l’occasion, je pense que j’aurais choisi un pays en Afrique, mais je ne sais pas précisément dans quelle université. 

Vous avez parlé de dette auprès de Sciences Po. Vous étiez secrétaire général de Danone, puis vous avez décidé de quitter une carrière dans le privé, pour finalement revenir dans votre ancienne école. Pourquoi ? Quelles étaient vos motivations ?

Depuis ma sortie de l’ENA, j’ai fait la majeure partie de ma carrière dans le public. Sur 20 ans de carrière, je n’ai en fait réalisé que 3 années dans le privé. Je les ai effectuées chez Danone car j’ai retrouvé là bas cette dimension de bien commun, d’entreprise à impact et une volonté de changer d’une certaine manière, les pratiques du capitalisme, en prenant en compte la dimension environnementale notamment.

En réalité, durant ma carrière je n’avais jamais pensé à devenir directeur de Sciences Po, mais la crise institutionnelle a ouvert la possibilité de candidater. Avec la dette que j’avais auprès de Sciences Po, cumulée aux liens que j’ai entretenu avec l’école, ma candidature m’a semblé naturelle, j’y ai vu une forme d’alignement des planètes !

L’art a toujours occupé une place importante dans votre parcours. En 2001, vous aviez publié un ouvrage intitulé Pour une analyse textuelle du rap français. Pensez-vous élargir les domaines de compétence de la nouvelle Maison des Arts et de la Création, lancée l’année dernière, pour y incorporer des éléments de la culture populaire ?

Tout à fait. Lors d’une de mes dernières conversations avec Bruno Latour, je lui demandais quelles étaient les prochaines frontières des sciences humaines et sociales : il m’a répondu “Don’t Look Up”. Ce film Netflix, à travers la comète qui va s’abattre sur la Terre, est en fait une parabole de l’urgence climatique.

Cela montre que dans toute une série de domaines, les arts ont beaucoup à apporter, et je crois fondamentalement qu’il doit y avoir un dialogue fécond entre les pratiques artistiques et les sciences humaines et sociales.

Il ne s’agit pas simplement de théorie artistique mais de pratique : c’est pour ça par exemple que nous avons mis en place des ateliers d’écriture et non pas des cours de littérature. Nous avons également créé de nombreuses Chaires, notamment de cinéma et de littérature, ainsi qu’un statut d’artiste confirmé à Sciences Po. Par ailleurs, Benjamin Millepied présentera bientôt à Saint Thomas une chorégraphie co-créée avec des étudiant.e.s. 

Non seulement il y a une interdisciplinarité des sciences humaines et sociales, mais on y ajoute également d’autres disciplines, notamment artistiques, mais aussi des sciences exactes, par exemple à travers le cours de Culture écologique. L’interdisciplinarité est notre marque de fabrique à Sciences Po.

Étudiant à Sciences Po, vous étiez très engagé politiquement, notamment en y fondant la première antenne d’Attac: pensez-vous pour autant qu’un étudiant à Sciences Po doit nécessairement être engagé? 

Non. Ce que je crois, c’est que l’on ne vient pas à Sciences-Po par hasard, mais pour transformer des convictions en capacité d’action, c’est en quelque sorte une école de l’engagement. Et effectivement, à travers les conférences à dimension très professionnalisante, toutes les expériences et engagements associatifs, il y a cette possibilité. J’étais moi-même multi-engagé à l’époque. 

Mais ce n’est pas un pré requis. On peut avoir un parcours plus académique, scolaire, et c’est très bien. Par contre, si on a envie de s’engager, il y a toute l’offre au niveau académique et associatif des syndicats qui est là pour ça. 

Le fait que la monographie des étudiants de Sciences Po s’appelle Une jeunesse engagée, cela dit quand même quelque chose sur votre jeunesse ! Il y a un chiffre que je trouve formidable : 36 % des étudiants à Sciences-Po sont dans une association de solidarité humanitaire, soit 1 tiers des étudiants, c’est trois fois plus qu’à mon époque! 

Vous avez récemment communiqué sur un éventuel retour d’épreuves écrites en raison du décalage temporel du Bac. La suppression des épreuves écrites a permis d’élargir les origines et profils des candidats et admis. Le retour de cette sélection ne risque-t-il pas selon vous d’uniformiser les parcours des étudiants à Sciences Po ?

Le pari de l’amélioration, et du niveau et de l’ouverture sociale et géographique, est tenu. Dans le cas des élèves français, nous avons toujours 95% de mentions très bien au bac, et en même temps un taux de boursiers qui frôle les 30%. L’ouverture sociale et l’excellence avancent de pair, là où certains les opposent parfois.

A Sciences Po, nous avions un intérêt à la réforme précédente et à l’anticipation du calendrier qui nous permettait, en plus du contrôle continu pour le dossier, d’avoir accès à des notes plus tôt. Nous avons appris que le calendrier changerait ; nous allons nous adapter. Lorsque nous avions les résultats du contrôle continu et du bac, nous arrivions à une forme d’objectivité : ce n’est plus le cas. Cela ne veut pas dire que nous allons remettre une épreuve sur table, ça non, mais les modalités sont encore à définir. Il y a une réflexion, pas une décision.

Vous avez annoncé lors de votre conférence de presse de rentrée l’ouverture de la procédure Parcoursup aux élèves de la filière professionnelle: comment intégrer la plus-value de leur cursus scolaire à Sciences Po ? 

J’ai découvert en devenant directeur que les lycéens professionnels n’avaient pas le droit de passer Sciences Po : c’est totalement injuste. J’ai donc demandé une réforme des procédures d’admission au Conseil de l’Institut.

L’étape suivante, c’est d’intégrer des lycées professionnels aux lycées conventionnés (CEP): on commence cette année avec trois lycées.

La préparation pour intégrer Sciences Po en lycée professionnel n’est clairement pas la meilleure, mais il y a parfois des erreurs d’orientation scolaire et de très bons élèves peuvent y arriver : il faut laisser les possibilités ouvertes. Moi, je ne veux pas d’étiquettes.

Depuis sa création en 1872 et sa nationalisation en 1945, l’école s’est complètement diversifiée : journalisme, recherche, droit, management… Pourtant le spectre de l’ENA continue de hanter les représentations collectives. En dépit des réformes effectuées, comment casser cette image de Sciences Po d’une “simple prépa” de l’ENA ? 

Nous maintenons notre identité de meilleure préparation française à la fonction publique : nous enregistrons d’excellents résultats aux concours de la fonction publique et je l’assume.

Malgré cela, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 70% des étudiants de Sciences Po vont dans le privé, 10% dans l’associatif, et 20% dans le public. On ne peut pas, avec cette diversité, résumer Sciences Po à l’antichambre de l’ENA.

Qui plus est, on a souvent associé Sciences Po à l’école de l’intérêt général, et donc de la fonction publique ; je dirais plutôt qu’il s’agit d’une école du bien commun. C’est une notion plus large, que l’on peut poursuivre dans le privé comme dans le public. Cela se ressent dans le vote de la raison d’être de Sciences Po : « Comprendre son temps pour agir sur le monde ».

D’après un sondage auprès des alumnis de Sciences Po, 52% seulement des alumnis se revendiquant de droite estiment que Sciences Po est un espace où peuvent s’exprimer librement les opinions, contre 75% des anciens étudiants se revendiquant de gauche. Quel est votre avis sur l’expression du pluralisme au sein de l’établissement ?

Sciences Po, c’est l’école du pluralisme et nos étudiants y sont d’ailleurs fortement attachés : 89% d’entre eux mettent en avant la nécessité de la tolérance vis-à-vis des idées et des croyances des autres. Je ne veux pas d’uniformisation de la pensée. Il faut garder la possibilité d’une vraie confrontation d’idées, on ne progresse pas dans l’entre-soi intellectuel. Une des marques de Sciences Po est de maintenir un cadre éthique et pluraliste du débat, et c’est pour cela que je ne suis pas en ligne avec les demandes d’interdiction d’interventions et autres. 

En revanche, il faut que cela se fasse dans le respect de l’autre. Sur les réseaux sociaux mais pas seulement, il y a une tendance à la cacophonie, à la polarisation, et aux attaques personnelles. Il faut prendre garde à cela, et rester dans une forme cadrée d’éthique du débat. 

Je trouve qu’à Sciences Po, l’échange d’idées entre les élèves, mais aussi avec le corps professoral, est beaucoup plus riche qu’il y a vingt ans. Beaucoup d’élèves ont des convictions, des principes très arrêtés, sur le changement climatique, les inégalités sociales. C’est très respectable, parce que je pense que c’est votre génération qui fera bouger les lignes. Je suis très impressionné par le fait que les élèves osent autant s’exprimer. Notre rôle est de transformer ces convictions en capacités d’action.

Enfin, nous avons une question bonus : tous les étudiants se le demandent, pourquoi porter perpétuellement des chaussettes rouges ? 

(rires) J’aime beaucoup les chaussettes hautes, et il se trouve qu’il y a plus de choix de chaussettes colorées parmi les chaussettes hautes. De plus, lorsque l’on est habillé en costume, on a finalement pour un homme assez peu de fantaisies possibles !


Propos recueillis par Chloé Auffray et Liam Piorowicz

Crédit images : Teo Manisier

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Du non-débat à l’instrumentalisation : des cours de danse à Sciences Po deviennent un sujet national https://www.lapeniche.net/du-non-debat-a-linstrumentalisation-des-cours-de-danse-a-sciences-po-devient-un-sujet-national/ Wed, 14 Dec 2022 18:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55465 Mercredi, un article du Parisien révèle qu’une professeure de danse de salon auxiliaire intervenant à Sciences Po a fait le choix de résilier son contrat avec l’établissement, suite à des plaintes pour sexisme et homophobie provenant de plusieurs étudiants. Depuis, la polémique enfle, et l’affaire à l’origine interne est devenue nationale.

Lors des inscriptions pédagogiques de la rentrée 2022, les rôles de follower et leader se sont substitués à ceux d’hommes et de femmes pour répartir les danseurs pour les cours de danses de salon donnés rue Falguière par Mme Valérie Plazenet. La question apparemment épineuse en découlant est la suivante : un homme peut-il éventuellement adopter le statut de follower et inversement pour les femmes ? Deux femmes ou deux hommes peuvent-ils être amenés à danser ensemble, les femmes étant en supériorité numérique dans ce cours ?

Certains élèves ont cru pouvoir se baser sur des critères qualitatifs : privilégiant leur niveau de danse sur leur sexe, au moment de choisir leur rôle pour le semestre. Pourtant, ce doute a été levé bien vite par les prises de positions successives de l’enseignante lors des cours. Ces nouvelles appellations ont en effet été le moyen pour elle d’exposer – à travers un discours sur sa conception traditionnelle des danses de couple – sa vision du genre en avançant des arguments qui ont pu choquer les étudiants et la direction de Sciences Po à plusieurs reprises.

Une attitude et des propos jugés problématiques 

Selon les élèves contactés par La Péniche, l’enseignante affiche dès le premier cours sa réticence à voir deux élèves du même sexe danser ensemble, d’abord d’un point de vue logistique, puis sur des critères basés sur le sexe ; exprimant clairement que son établissement ne pratique pas la danse “same-sex” comme cela peut être le cas ailleurs. Ces remarques seront réitérées à de nombreuses reprises. “Deux femmes qui dansent ensemble, franchement, je trouve ça moche”, déclare-t-elle au Parisien. Elle a également interrogé un élève sur sa sexualité lors de la première leçon, ayant constaté que celui-ci s’était inscrit en “follower”… Une étudiante témoigne : “J’avais les larmes aux yeux tellement l’ensemble de ses propos m’ont énervée.” En outre, d’après une seconde élève, “Elle ironisait beaucoup sur les violences sexistes et sexuelles, faisait des généralisations sur ce que voulaient laisser les femmes, prônant une forme de ‘laisser-faire’”, entretenant une forme de minimisation de ces violences.

Un manque de professionalisme  

Selon cette même élève, les propos de V. Plazenet ne découlaient pas forcément d’une volonté de stigmatiser ouvertement : “Je pense surtout qu’elle est surtout très ancrée dans ses valeurs, mal à l’aise avec le vocabulaire lié au genre et qu’elle se sent menacée par des nouvelles pratiques de danse qui viennent s’opposer à sa danse traditionnelle.” Pour elle, cela ne justifie évidemment rien. L’étudiante reconnaît que la professeure aurait dû “encourager le respect entre les élèves, indépendamment de leur identité de genre, c’est le strict minimum : elle ne l’a pas fait.” 

Au-delà même de ces propos qui ont pu mettre mal à l’aise et choquer, c’est surtout le manque de professionnalisme alertant de la professeure que dénonce l’étudiante. En effet, plutôt que d’engager un dialogue avec l’administration concernant ces nouvelles appellations qui lui déplaisaient, elle aurait fait le choix de prendre les étudiants à parti à chaque début de leçon, faisant perdre jusqu’à vingt minutes par séance à chaque fois. Les élèves décrivent une  “conversation unilatérale”,  leur silence s’expliquant par le fait qu’ils assistaient à ces cours à des fins de loisir, non pour débattre de la pertinence des catégories. L’étudiante affirme alors : “J’ai assisté à d’autres cours de danse, et je n’ai jamais eu ce genre de problème : c’est à l’enseignante de gérer sa propre amertume envers le prétendu ‘wokisme’ et de faire ses cours de danse de manière professionnelle.” 

Des “idées très arrêtées”

Certains élèves lui ont fait part de leur malaise face à la récurrence de tels propos qui devenaient pesants ; un autre a décidé d’adresser un mail à l’association sportive qui régit les activités, expliquant les raisons pour lesquelles il arrêterait de suivre le cours. Il évoque alors son malaise face au discours de la professeure, expliquant que les étudiants étaient “en permanence ramenés au fait qu’[ils étaient] des hommes et qu’[ils devaient] dominer les femmes dans le rock.” Il n’a alors pas jugé pertinent de s’adresser à la professeure au préalable, sachant “ses idées très arrêtées sur le sujet”, ce que d’autres élèves ont pu trouver déplacé. 

Néanmoins, face à l’accumulation de plaintes à ce sujet, l’administration a décidé de se saisir du sujet, en enjoignant l’enseignante à rectifier son comportement ; en somme de respecter les textes de loi concernant les discriminations et la charte éthique de l’école. Elle aurait alors refusé de se soumettre à cette demande et de cesser les remarques qu’elle faisait subir aux étudiants, résiliant d’elle-même son contrat avec l’établissement. Selon le communiqué de presse de l’école, “l’enseignante a indiqué à l’administration de Sciences Po qu’elle ne souhaitait pas poursuivre ses activités au sein de notre institution.” Elle n’aurait donc pas été congédiée par l’administration comme cela a pu être évoqué par certains médias et par l’enseignante elle-même. 

Sciences Po : soi-disant temple du “totalitarisme woke”

Pour résumer : une professeure auxiliaire a donc mis fin à son partenariat avec l’école parce qu’elle refusait de se conformer à la loi ainsi qu’aux principes défendus par Sciences Po. Soit trop peu pour susciter un débat à première vue. Mais voilà, cet incident a depuis fait grand bruit, est devenu l’objet d’une polémique envenimée ; au point que Sciences Po a dû produire un communiqué de presse transmis à tous les étudiants à ce sujet.

L’affaire a été récupérée et instrumentalisée par les médias et les réseaux sociaux, et son traitement a pris une ampleur hallucinante. “Le wokisme a-t-il déjà gangréné Sciences Po Paris ?” titre notamment CNEWS mercredi 8 décembre à l’antenne, tandis que Valeurs Actuelles insiste sur le fait que l’enseignante aurait été congédiée parce que jugée “old school”. La professeure donne divers entretiens, alimente la polémique, justifiant cela de la sorte : “Je le fais pour des milliers d’hommes et de femmes à qui l’on est en train d’imposer une dictature morale.” Sur les réseaux sociaux, et plus particulièrement Twitter, c’est un flot de violence verbale qui se matérialise, jusqu’à relever du cyberharcèlement. De nombreuses personnalités politiques de tous bords se sont saisies du sujet, à l’image de Laurent Wauquiez (LR) qui dénonce “une aberration à laquelle il ne faut pas céder”, en comparant cette affaire à la polémique sur fond d’islamophobie ayant entouré Sciences Po Grenoble en mars 2021. Les termes de “dictature” voire de “totalitarisme woke” sont utilisés à tout va ; Pascal Praud file même une métaphore très subtile assimilant notre société à l’URSS en utilisant le terme de “procès stalinien” (oui, toujours sur CNEWS). Chacun sera libre d’en penser ce qu’il voudra, mais l’exagération est indéniable sur les plateaux télés ; la comparaison légère et abusive. 

Finalement, alors que le débat s’est cristallisé autour d’une appellation des rôles adoptés par les danseurs, cette affaire révèle un clivage culturel, une question sociétale qui a du mal à se résoudre sur les questions de genre, que beaucoup réduisent (encore) au seul aspect biologique. V. Plazenet exprime sa peur à la télé qu’avec l’émergence des “théories du genre”, “la femme n’existe plus”, s’engageant dans une bataille culturelle contre la “cancellisation” des femmes et des hommes. Déplorable alors qu’un réel enjeu politique soit traité sous l’angle de la polémique. La question est plutôt de savoir s’il est possible de désexualiser les pratiques sportives s’articulant à l’origine autour d’un rapport de séduction hétéronormé. Enlever la nomenclature homme/femme, est-ce enlever aux femmes leur crédit dans les danses de salon comme semble le penser Mme Plazenet, ou alors est-ce au contraire leur offrir un nouvel espace de liberté en s’émancipant d’une conception genrée de la danse, parti pris par Sciences Po ? L’un de ses étudiants estime qu’il faut “laisser toute idéologie en dehors du rock : apprendre aux leaders à danser avec les followers et c’est tout.” 

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Être étudiant à Paris – ces applis qui changent la vie https://www.lapeniche.net/etre-etudiant-a-paris-ces-applis-qui-changent-la-vie/ Mon, 10 Feb 2020 09:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40256 Trouver ses marques dans la jungle parisienne, profiter au maximum de l’effervescence culturelle, découvrir de nouveaux lieux et repérer les meilleurs plans pour se sustenter, le tout combiné avec la joie des formalités administratives et la gestion d’un budget serré… voici quelques applis pour y arriver.


Des tonnes de nourriture perdues tout au long de la chaîne alimentaire. 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde dues au gaspillage alimentaire. De l’eau et des terres cultivables utilisées en masse pour rien. Si seulement il y avait un moyen de lutter contre ces absurdités…

TooGood to go

Les commerçants composent des paniers-surprises contenant leurs invendus du jour (viennoiseries, plats du jour, produits frais… qu’ils ne pourront plus vendre le lendemain). Tu réserves ton panier via l’appli et tu viens le chercher au créneau horaire donné. Et le plus beau, c’est qu’en luttant contre le gaspillage tu fais des économies, en achetant le panier au tiers de sa valeur. D’ailleurs, savais-tu que le gaspillage alimentaire représente un tiers de la production alimentaire mondiale ? Et si le gaspillage était un pays, il serait le troisième plus grand pollueur derrière la Chine et les États-Unis…


Un document administratif à transmettre urgemment, la flemme de trimballer un livre de 400 pages alors que seulement le chapitre 3 est utile à l’exposé, pas le temps de recopier le tableau avant la fin du cours…

Adobe Scan

Documents, cartes de visite ou tableau blanc, ce scanner miniature détecte automatiquement les contours et supprime les ombres, donnant une numérisation impeccable. Le texte est reconnu en quelques secondes et exportable en format PDF. Les données des cartes de visite peuvent être ajoutées aux contacts du téléphone. L’application permet enfin de remplir et signer des formulaires et de les partager directement – comme toutes les autres numérisations – par mail, Messenger, Whatsapp…


Théâtre, opéra, concert, one man show, expo, ballet … Nul doute qu’en tant qu’étudiant cultivé, tu es déjà habitué. Ça te dit de réduire le prix de tes tickets ?

Ticketac

Tu réserves tes places à des tarifs jusqu’à – 80 % sur le spectacle qui t’intéresse. Dans plus de 50 salles, tu peux choisir à l’avance tes sièges sur un plan. Avec la garantie annulation, Ticketac offre le remboursement de la commande jusqu’à la veille du spectacle. Un service clientèle est joignable du lundi au vendredi par mail ou par téléphone.


« Un resto ? Pas maintenant, niveau fric c’est serré… ». Vraiment, passer à côté de la richesse gastronomique de Paris à cause d’un budget limité ?

La fourchette

Presque tous les restos de la ville sont recensés dans cette application. Certains proposent des réductions de 20% à 50% sur leur carte. Tu réserves pour l’heure et le nombre de convives que tu veux, et vous pouvez vous régaler tous ensemble à moitié prix. Pour les adresses n’offrant pas de réduction, réserver vaut quand même le coup : tu accumules des Yums à convertir ensuite en bon d’achat dans un resto (et t’es sûr d’avoir une table aussi).


T’as entendu parler d’un restaurant à tester, t’es passé devant une boutique visiblement très stylée sans avoir le temps d’y entrer, t’es tombé sur le nom d’un bar branché en feuilletant un magazine…et tu as fini par l’oublier, ne sachant pas où le noter. Une appli permettant d’enregistrer simplement ses adresses favorites sur une carte… le concept était évident, mais il fallait y penser !

Mapstr

À partir d’une carte, tu enregistres tous les types de lieux que tu veux, des monuments culturels aux restaurants, magasins et adresses des copains. Lorsqu’il s’agit d’une adresse commerciale, coordonnées, horaires et photos de l’endroit sont directement ajoutés. Tu peux attribuer des tags personnalisés (« À tester », « Pas cher » ou « Ouvert tard » par exemple) et visualiser d’un coup d’œil tes adresses sur la carte ou classées par tags. Et enfin, le coup de génie de Mapstr : le partage d’adresses. Tu peux envoyer des adresses à tes amis et télécharger des sélections de lieux proposées par des magazines, des guides touristiques ou d’autres utilisateurs.

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