(Spoiler : non, un tee-shirt de grande distribution « save the bees », ne sauve pas DU TOUT les abeilles, loin de là)
Déjà, acheter de seconde main, c’est le fait d’acheter ou de récupérer des objets manufacturés qui avaient déjà été achetés auparavant. En gros, c’est tout ce que tu acquières et qui n’a pas été produit directement pour toi, mais pour quelqu’un d’autre au départ. Par exemple, cette magnifique lampe qui trône sur ton bureau et que tu as trouvé dans le grenier de ta mamie, ou encore ce splendide gilet que tu as volé à ta cousine. Ces objets sont souvent des vêtements, et c’est pour ça qu’aujourd’hui on te parle de consommation de textile et d’alternatives à cette industrie très polluante.
L’industrie textile est dominée par la fast fashion, c’est-à-dire la mode prêt-à-porter, pas chère, qui est produite à grande échelle pour les grands groupes textiles, comme H&M, Zara, Primark… En bref tout ce que tu trouves dans un centre commercial classique et qui est très accessible (et souvent très joli). Cette mode, se renouvelle très vite et est produite pour suivre les évolutions très rapides des tendances. Le but n’est pas de faire un vêtement de qualité, mais un vêtement peu coûteux pour les consommateurs.
Si cette expression te dit quelque chose, c’est parce c’est le titre d’un documentaire que je te recommande vivement : « The True Cost » d’Andrew Morgan, disponible sur internet.
Ce coût est tout d’abord environnemental.
En effet, la production textile est très polluante et énergivore, que ce soit en eau ou en électricité. Le coton qui sert à fabriquer de nombreux tissus, dont celui des jeans, est produit à grande échelle grâce à de nombreux pesticides dangereux pour l’eau, tuant de nombreuses espèces vivantes et affaiblissant les sols, et donc la biodiversité. Le coton pour sa culture nécessite plus de 5 litres d’eau par kilo de coton produit. Dans la suite de la production, l’eau joue encore un grand rôle, notamment pour teindre les vêtements. Au final, pour fabriquer un jean, c’est plus de 10 000 L d’eau utilisés.
Les produits utilisés pour teindre ou blanchir les vêtements sont aussi très polluants : en Chine, plus de 70 % des cours d’eau sont pollués du fait de l’industrie textile.
Par ailleurs, le polyester qui remplace souvent le coton est fabriqué à partir de plastique et donc de pétrole ! Cela équivaut à 70 millions de barils d’essence pour l’ensemble de la production chaque année. De plus, les cargos utilisés pour transporter les vêtements produits pour la plupart en Asie, sont très polluants et parcourent de nombreux kilomètres. Ainsi on estime que la production de textile émet plus d’un milliard de tonnes de C02 chaque année.
Mais ce coût est aussi social.
En effet, la majorité du textile que nous consommons, est produit dans des pays en développement. « Made in Turkey », Made in China », « Made in Myanmar », « Made in Bangladesh »… Pour réduire les coûts de production, les grandes enseignes (pour la plupart américaine ou européenne), décident de délocaliser leurs productions, et de fabriquer ces textiles dans des usines que l’on appelle « sweat-shops ». Ces sweat-shops permettent de produire à de très bas prix, car les locaux sont peu chers mais aussi car les ouvriers sont très peu rémunérés. Ainsi, ces hommes et femmes travaillent dans des conditions très difficiles. De fait, nombreux sont leurs droits qui sont bafoués, notamment le droit de réunion en syndicats. Cela permettrait une amélioration de leurs conditions : très longues heures, maltraitance, travail des enfants, rémunération très faible… Au Bangladesh, le salaire est de 95 dollars par mois en moyenne, tandis qu’en Ethiopie il s’abaisse à 26.
De plus, les produits utilisés sont très dangereux pour la santé de ces travailleurs, qui sont surtout des travailleuses, mal payées et donc incapables de se soigner. La santé et la vie de ces travailleurs est donc compromise.
Les bâtiments ne sont pas sécurisés, et les incendies mortels sont nombreux. Ainsi en 2013, au Bangladesh, une de ces usines s’est effondré faisant plus de 1000 morts.
Alors, tu peux déjà t’orienter vers des marques plus respectueuses de l’environnement, qui ont un impact carbone faible, qui fabriquent par exemple leurs vêtements en France ou dans l’Union Européenne.
Cependant, on ne va pas te cacher que ces alternatives ne sont pas toujours très accessibles, surtout pour une bourse étudiante. Ces vêtements sont néanmoins en général de grande qualité, durable et permettant de redynamiser l’économie locale. En revanche c’est de la production nouvelle. Cela ne permet pas de lutter contre le gaspillage vestimentaire, qui grandit de plus en plus, et qui reste un fléau.
Alors, au lieu d’acheter ce super « mom jean » que tu as vu partout sur Instagram, essaies de le trouver dans le placard de ta maman, de ta tante, de ta mamie, de ton copain, de ta copine…. En fouillant chez tes proches pour trouver des vêtements, tu leur permets d’avoir une nouvelle vie.
Mais surtout, tu peux aller en friperie ! A Paris ce n’est pas ce qui manque ! Je te livre donc mes quelques adresses et astuces en vrac : (même si tu vas aller dénicher avant moi des merveilles…)
Sinon, balades-toi dans le quartier du Marais, aux alentours du Centre Pompidou, tu trouveras sûrement des petites boutiques avec des merveilles. Si tu aimes shopper sur internet, n’hésites pas à aller sur des applis comme Vinted ou sur des sites comme Percentil pour n’en citer que deux.
Surtout, n’hésites pas à aller dans des vide-greniers ou des vide-dressings, il y a des centaines d’évènements tous les ans à Paris. Tu peux aussi participer au Vide Dressing organisé par Sciences Po Environnement, Sciences Po Refugee Help et Sciences Po Fashion Show organisé pendant toute la semaine 9 et 10. Tu peux dès maintenant venir déposer tous les vêtements que tu ne portes plus, en péniche. Pas de panique, si tu penses que personne à Sciences Po ne voudra de ton super pull, tout ce qui n’est pas récupéré est redonné à l’association Sciences Po Refugee Help, qui les redistribueront lors de leurs prochaines maraudes.
En bref, fripe, chine, fouille, tu auras des vêtements uniques, écologiques et éthiques. Et surtout, ne laisse pas mourir tes vêtements dans ton armoire. Si tu ne les mets pas, donnes les, des gens en ont besoin. Vive le style des mamies et des papis, qui ont porté quand même des pièces cools et uniques.
]]>Dans le splendide atelier du sculpteur Antoine Bourdelle, l’exposition fait dialoguer les œuvres de l’artiste avec des pièces confectionnées par les plus grands couturiers qui ont utilisé et magnifié le dos féminin. Vous ne serez pas déçus par la richesse artistique, sociologique et culturelle que le thème du dos, à priori improbable, déploie.
Selon les ostéopathes, le dos est la partie la plus fragile de notre corps. Il est souvent oublié voire méprisé.
Sur un mur dans une petite salle du musée est projetée avec humour une série d’expressions relatives au dos. On remarque que toutes ces expressions (les françaises en particulier …) expriment un message négatif. Mettons des guillemets pour rester courtois : « J’en ai plein le dos ! Tu fais ça dans mon dos ! Il est toujours sur mon dos, etc… ». Et l’exposition semble dire qu’aujourd’hui plus que jamais, à l’heure des vils selfies et des couvertures de magazines qui représentent toujours notre côté face, notre dos mal-aimé est éclipsé.
Cette injustice est surtout un syndrome occidental. L’exposition montre des vêtements de créateurs japonais qui ont développé une vision complètement différente du dos féminin. Selon nos amis nippons, il symboliserait la quintessence de la sensualité.
Yamamoto avait déclaré qu’il aimait suivre les femmes dans la rue (youpi) car il pouvait reconnaitre une belle femme uniquement grâce à l’allure de son dos. L’artiste décrit sa manière de créer les vêtements : « Je commence par le dos, après je travaille sur l’épaule et je descends. La ligne du dos et le tour de l’épaule déterminent l’ensemble, comme un rythme à trois temps en musique. Si cet équilibre n’est pas bon, le reste ne suit pas. »
Les femmes occidentales auraient, de tous temps, eu tendance à décolleter leur buste pour paraitre plus attirantes (contrairement aux Japonaises qui, avec le kimono, soulignaient leur silhouette par l’arrière). L’exposition nous montre une longue série de robes qui dévoilent de surprenants décolletés, mais du côté verso !
Vous découvrirez la mythique robe que Mireille Darc porta dans Le grand blond avec une chaussure noire. Ci-joint la scène culte (https://www.youtube.com/watch?v=ujn1N6GWJoU). (à noter que Pierre Richard n’avait pas été prévenu de la petite surprise de Mireille ).
Mireille Darc explique le choix de cette robe : «Il y a huit jours de tournage pour l’actrice, pour mon rôle. Et je me dis, ‘C’est pas beaucoup. Comment on va pouvoir se souvenir de moi ?’. Je me dis, il va falloir que je me trouve quelque chose de formidable. Il n’y a pas à cette époque de costumières. Donc je vais chez Guy Laroche, qui est mon copain, et je lui dis : « On essaye de trouver une robe ». » Gros silence sur le plateau au début. Le metteur en scène décidera ensuite de réécrire le scénario du film autour de cette scène.
Le dos, zone charnelle et symbolique, représente la sensualité mais aussi le fardeau et l’entrave. Toute l’exposition offre une réflexion sur le vêtement comme outil de répression sur le corps de la femme. Le corset, aboli par Paul Poiret en 1906, en est un parfait exemple. Avant cette date libératrice, la femme ne pouvait s’habiller seule. Ainsi, tous les matins, pour bien débuter la journée, une autre personne devait l’aider pour nouer le bien-aimé corset dans son dos. Jean Paul Gaultier, traumatisé par les corsets de sa grand-mère qui devait retenir sa respiration toute la journée pour ne pas exploser, en fera sa marque de fabrique.
Le dos, enfin, comme outil politique. Depuis les années 80, avec l’avènement du prêt-à-porter, le dos est surtout utilisé dans la mode comme supportpour délivrer des messages, pour se différencier par l’affichage de marques. L’écriture vient s’imprimer sur le vêtement.
Mais Watch your back ! Sachez que vous êtes responsables de ce que vous portez. Mélania Trump en a récemment fait les frais. L’exposition montre une veste qu’elle a porté lorsqu’elle s’est rendue dans un camp mexicain, près de la frontière, afin de racheter une petite gaucherie de l’ami Donald. Elle pensait bien faire en s’habillant en Zara. Oui mais… Sur le dos de la veste, il y avait écrit en lettres capitales « I don’t really care » ! Fortiche Melie.
« Back Side », une exposition extrêmement riche, qui permet d’explorer la mode à travers un thème original, le dos. Les robes exposées, de vraies œuvres d’art, dialoguent avec les nus de Bourdelle qui figurent en arrière-plan.
Un savant mélange à admirer jusqu’au 17 Novembre !