université – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Tue, 05 Mar 2024 17:37:53 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png université – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Sciences Po : le match idéal pour un étudiant en échange ? https://www.lapeniche.net/sciences-po-le-match-ideal-pour-un-etudiant-en-echange/ Tue, 05 Mar 2024 17:37:52 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56209 En tant qu’étudiant espagnol, j’ai choisi Sciences Po pour mon année d’échange, non seulement parce qu’elle est l’une des meilleures universités européennes en sciences politiques, mais aussi parce que j’aime bien Paris et le monde francophone. Mais le choix n’est pas aussi évident qu’il paraît et Sciences Po n’est pas nécessairement l’option idéale pour tout le monde.

Sciences Po est une université relativement méconnue en Espagne, où en dehors de la Sorbonne (celle du Panthéon, bien sûr), le système universitaire français est souvent considéré comme peu attrayant : on préfère souvent se rendre en Italie ou même au Portugal pour profiter davantage de la fête. Cependant, la France suscite un certain intérêt, notamment au sein des cercles intéressés par la politique. C’est lors de mes études en philosophie, en politique et en économie à Barcelone que j’ai entendu parler de Sciences Po. Pourquoi donc ai-je choisi cette destination, tout comme de nombreux étudiants espagnols et d’ailleurs ?

Il y a trois raisons principales pour lesquelles un étudiant souhaite passer son année d’échange à Sciences Po Paris. Tout d’abord, c’est l‘une des meilleures universités en sciences politiques en Europe. Ensuite, elle est située dans l’une des villes les plus célèbres au monde. Enfin, certains sont intéressés par le monde francophone et par la culture française. Moi, j’ai choisi Sciences Po pour ces trois raisons, et maintenant que j’ai étudié ici pendant un semestre et que j’ai pu échanger avec plusieurs étudiants étrangers, je me suis demandé si cette université est effectivement le lieu idéal pour passer une année en échange.

Une université comme les autres ?

Commençons par l’aspect académique. Sciences Po donne tout d’abord l’impression d’être un lieu à la fois strict et chaotique, mais avec le temps, on peut constater qu’elle est tout à fait semblable aux autres universités, à quelques exceptions près comme l’assistance obligatoire aux séminaires et le contrôle des sacs. Elle peut être aussi bien stricte que chaotique, mais aussi calme et détendue, exigeante mais aussi compréhensive. Comme partout ailleurs, il y a des bons et des mauvais professeurs. Mais ne vous inquiétez pas, car si vous avez la chance de trouver les bons professeurs et les bons camarades, l’université devient alors une source inépuisable de connaissances. L’ambiance étudiante est également très stimulante et il existe de nombreuses associations auxquelles les étudiants étrangers peuvent adhérer et avec lesquelles ils peuvent collaborer. Cependant, il est vrai que parfois, l’ambiance dans les espaces de travail peut devenir angoissante à cause de la quantité de pages LinkedIn ouvertes, surtout si on est parti à l’étranger en espérant trouver la tranquillité et ne pas s’inquiéter de ce qu’on fera avec son avenir.

Paris, capitale de la francophonie

Pour ceux pour qui l’université est une question secondaire, Sciences Po est une bonne option car elle se trouve à Paris. Mais Paris présente un gros inconvénient : elle est connue de tous, et chacun en a déjà une idée très claire, ce qui peut occasionnellement mener à de grandes désillusions. Cependant, Paris est une ville aimée de presque tous ; bien qu’elle puisse parfois être fatigante, elle est ouverte, libérale, moderne et chacun y trouve sa place. Il est très difficile de s’ennuyer ici. Néanmoins, c’est aussi une ville très exigeante : elle nous demande d’être toujours actifs, stoïques et glamours.

Paris est également la capitale symbolique de la francophonie, et même si cela nous offre un contact permanent avec la langue française, il est également très facile de vivre en marge de la communauté parisienne. Il y a tellement de gens et d’activités internationales qu’il est très facile de s’éloigner de la vie locale, même si on a l’intention de la fréquenter. Il est toujours difficile de s’intégrer lorsqu’on arrive à l’étranger et à Paris, même à Sciences Po, cette difficulté est exacerbée. Les étudiants en deuxième année sont souvent peu intéressés pour faire connaissance avec leurs camarades en échange (ce qui est tout à fait compréhensible) et l’université facilite énormément (parfois trop) la vie étudiante entièrement en anglais : la commodité que représente être entouré d’étudiants en échange, sans même se préoccuper des méthodologies d’enseignement françaises ni de la difficulté que pose la langue, rend moins enrichissante l’expérience, parce qu’être en France ne fait plus la différence.

Alors, est-ce que Sciences Po est le match idéal pour un étudiant en échange ? Oui, cela peut être le cas, mais ce n’est pas aussi évident que ça : il faut savoir profiter des cours et des ressources mises à disposition par l’université, il ne faut pas se laisser accabler par l’immensité de Paris, il faut rechercher des activités à faire dans la ville et dans ses environs, et faire un effort conscient pour s’intégrer dans la vie francophone. Mais tout cela dépend évidemment de ce qu’on cherche pendant son année d’échange. Et si on ne trouve pas son match idéal à Sciences Po, tant pis ! On ne peut pas tout prévoir et il ne reste qu’à profiter au maximum des possibilités infinies offertes par Paris.

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Le wokisme et ses détracteurs, de la menace imaginaire à la menace réelle : Panique à l’université, Francis Dupuis Déri https://www.lapeniche.net/le-wokisme-et-ses-detracteurs-de-la-menace-imaginaire-a-la-menace-reelle-panique-a-luniversite-francis-dupuis-deri/ Wed, 23 Nov 2022 17:30:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55436 Francis Dupuis Déri présente son essai Panique à l’université analysant comment les médias instrumentalisent des peurs infondées pour promouvoir des discours conservateurs et réactionnaires.

Le lundi 3 octobre se tenait à Sciences Po une conférence organisée par le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre (PRESAGE) autour de l’essai Panique à l’université : Rectitude politique, woke et autres menaces imaginaires, en compagnie de son auteur Francis Dupuis Déri. 

Le titre est explicite : il s’agit d’analyser les phénomènes « woke », « politiquement correct » et d’invalider les thèses catastrophistes de ceux que l’auteur désigne comme des « Don Quichotte se battant contre des ennemis imaginaires ». 

Autrement dit, de montrer que la « menace woke » n’existe pas.

Un universitaire qui connaît le milieu dont il parle…

Francis Dupuis-Déri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) où il a lui-même réalisé ses études. Son analyse combine travail de recherche et déductions empiriques. C’est précisément dans son expérience qu’il puise la source de son essai, et notamment le souvenir d’un événement survenu au cours de ses études. 

Le 16 décembre 1989, des attentats avaient lieu à l’UQAM, le coupable revendiquant une « déclaration de guerre aux féministes ». Parallèlement à cela, les années 1990 voient le développement de théories sur les « wokes », évoquant un militantisme – féministe notamment – radical qui ne laisserait plus la place à la liberté d’expression et qui se répandrait dans les universités.  Pour le professeur, le paradoxe est aussi saisissant que révoltant.

Une définition assez éclairante de ce que les détracteurs du « wokisme » dénoncent nous est donnée dans le Figaro Etudiant. L’article, daté du 14 octobre 2021 est signé Claire Conruyt et évoque : 

« Une lutte radicale portée par les militants antiracistes, féministes et LGBT […] qui peut provoquer des divisions violentes dans les universités, avec des étudiants qui se ne retrouvent pas dans le mouvement, mais aussi des enseignants qui souhaitent en débattre et qui finissent par être harcelés par leurs étudiants, et finissent par démissionner. » 1

Pour l’universitaire, cette manière alarmiste de présenter les choses ne fait en rien écho à son expérience. L’université qu’il connaît enseigne toujours les mêmes cours de sciences politiques classiques et modernes, avec les mêmes œuvres, toutes écrites par des hommes. De plus, les black studies et gender studies sont proposées, aux dires de Dupui Déri, par respectivement 10% et 7% des universités. 

Il s’interroge donc sur ce qu’il juge être une « menace imaginaire ».

… contrairement aux « théories sur les wokes » qui utilisent l’université comme un « signifiant vide ».

Il analyse ainsi le développement de ces théories, depuis la fin du XXème siècle, dans l’espace médiatique étatsunien puis canadien et français. On entend tour à tour parler de « wokisme », « cancel culture« , « islamo-gauchisme »… Autant de mots dont nous saisissons mal la définition mais qui sont mobilisés afin de dénoncer ce que certains sont allés jusqu’à nommer « totalitarisme intellectuel ». 

A titre d’exemple, en octobre 2021, Alain Finkielkraut s’exprimait de la sorte sur Europe 1 : 

« Au temps du communisme, l’idéologie était la division d’un monde en deux dimensions : les exploiteurs et les exploités. Cette idéologie renaît sous la forme du wokisme. D’un côté il y a le mâle blanc prédateur, et de l’autre, les femmes, les minorités raciales et sexuelles. […] J’ai peur pour les jeunes, peur de ce que devient l’université française ». 2

Alain Finkielkraut

Les « théoriciens de la menace woke » dénoncent ainsi un phénomène qui se répandrait massivement dans les universités. Nous pouvons pourtant légitimement nous demander quelles universités sont concrètement concernées par ce phénomène ? 

C’est dans cette question que se situe toute l’ambiguïté. Dupuis Déri précise que ces thèses passent sous silence la diversité du réseau universitaire et relèveraient, par conséquent, bien plus de lubies que d’un examen rigoureux. Les théoriciens du wokisme citent ainsi des exemples épars, parfois faux, souvent sortis de leur contexte, pour mettre en avant l’idée d’une censure, d’une menace. 

Il en vient donc au constat que les théories qu’il analyse ignorent le milieu dont elles parlent. Pourtant, leur choix n’est pas fait au hasard. Selon l’invité, c’est précisément sur la méconnaissance générale de ce milieu qu’elles misent.

De la « Panique à l’université » à la panique généralisée.

En effet, le milieu universitaire ne concerne qu’une mince frange de la population. Évoquer ce qui se passe dans les universités est donc un biais permettant de semer la panique dans l’espace public, sans que la majeure partie de la société ne soit capable de distinguer le vrai du faux. L’université apparaît pour beaucoup comme un « signifiant vide » puisqu’ils ne savent pas ce qui s’y passe, ce milieu leur étant étranger. Il s’agit donc, pour les polémistes, d’un terrain privilégié permettant de diffuser ce que Dupuis Déri mentionne comme un « discours d’agitation politique ».

Le choix des mots non plus n’est pas anodin.  Pour entretenir la panique, il est impératif de bien choisir ses termes et de les renouveler. La technique est simple, prendre des termes ou expressions préexistants et les sortir de leur contexte. Ainsi, le « politiquement correct » est issu du régime léniniste, le « wokisme » est, pour sa part, un anglicisme qui avait été utilisé par Martin Luther King lorsqu’il appelait à être éveillé à toute forme de discrimination, puis par le mouvement Black Lives Matter avec le slogan « stay woke ». Autrement dit, ces termes n’ont de sens que dans la bouche de ceux qui les dénoncent.

Dans son essai, l’auteur analyse la mise en place de ce climat de terreur dans l’espace médiatique, avec des polémistes qui se présentent comme « très courageux », alors qu’en réalité leur discours est particulièrement répandu, à l’inverse des écrits défendant le “wokisme” qui, d’après Dupuis Déri, sont largement minoritaires.

Des « menaces imaginaires » ?

Les “menaces wokes” étant imaginaires, aux dires de l’auteur, il n’en demeure pas moins une nouvelle forme de menace qui viendrait justement de ceux qu’il désigne comme “polémistes”. Il brosse ainsi un portrait schématique de ceux-ci, se résumant à trois mots : hommes, blancs, hétérosexuels. Dans une logique réactionnaire assumée, leur but serait de conserver leurs privilèges. Le tout relayé par des médias rachetés par des milliardaires qui eux-mêmes ont tout intérêt à conserver l’état des choses, toujours selon Dupui Déri. 

L’honnêteté intellectuelle n’est donc ni une priorité, ni même une préoccupation pour ces théoriciens de la menace woke. 

Le danger viendrait de leur côté, dans la mesure où nous sommes face à des intellectuels qui, au nom de la liberté d’expression, condamnent une forme d’expression qui serait “extrême”, “totalitaire”, en un mot : dangereuse. Ils laissent de surcroît entendre que le développement des connaissances gagnerait à être basé sur un conservatisme excluant, à titre d’exemple, les études de genre. Or, rappelle l’auteur, c’est une position plus que paradoxale, puisque la connaissance gagne à se fonder sur l’innovation et l’ouverture.

Dupui Déri en appelle à notre esprit critique, rappelant l’impératif de ne pas se laisser séduire par un discours polémique qui, se disant censuré, semble pourtant omniprésent. Il s’agirait de se demander quel discours censure l’autre et dans quel camp se situe la liberté d’expression ?

Si l’analyse est pertinente, en invalidant la menace “woke” et en brandissant la menace “réactionnaire”, elle omet peut-être une troisième menace qui est celle du manichéisme. Au-delà des gentils et des méchants, du camp du bien et de celui du mal, il est essentiel de faire preuve de nuance. De la même manière que dans son essai Francis Dupuis Déri reproche aux “polémistes” de ne pas tenir compte de la diversité du réseau universitaire, on pourrait lui reprocher de ne pas considérer la diversité de ces “polémistes”. La véritable question n’est pas de savoir dans quel camp se situe la vérité mais quelle position particulière est liberticide et de condamner ces discours au cas par cas. 

Sources :

https://etudiant.lefigaro.fr/article/privilege-blanc-cancel-culture-le-lexique-de-l-ideologie-woke-qui-sevit-a-l-universite_23d40206-2533-11ec-b3af-5940a8310a3e/ 1

https://www.europe1.fr/societe/alain-finkielkraut-denonce-le-wokisme-cest-le-retour-de-lideologie-4073208 2

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Autour du modèle Sciences Po, la concurrence s’organise https://www.lapeniche.net/les-rivaux-de-sciences-po-quand-paris-fait-des-petits/ https://www.lapeniche.net/les-rivaux-de-sciences-po-quand-paris-fait-des-petits/#comments Mon, 17 Feb 2014 09:00:06 +0000 http://lapeniche.net/?p=16674 Sciences Po Europe, IEP Saint-Germain en Laye : les nouveaux-nés du modèle Sciences Po.

 

Des bouquins d’Éric Cobast, toujours plus vendus, en passant par le site SOS Sciences Po fondé l’an passé et qui attire toujours plus de visites, sans oublier le groupe Aide & Conseils, qui prépare l’entrée à Sciences Po et qui totalise, le jour où j’écris cet article, plus de 4571 membres : le nombre d’aspirants sciencespistes, en dépit des scandales, de la hausse des frais d’inscriptions et de l’annulation du CRIT, ne faiblit pas. Une demande croissante à laquelle il faut répondre : c’est le pari que fait le Concours Commun avec Sciences Po Europe et son partenariat avec Dauphine.

dauphine spoDéjà en 2011, le magazine l’Étudiant jugeait plus opportun de comparer Sciences Po Paris avec Dauphine qu’avec les IEP de province, tant du fait du nombre d’étudiants qu’à la palette des débouchés à la sortie des deux établissements, qui ont d’ailleurs le même statut avantageux de « grand établissement ». Dauphine a franchi un pas supplémentaire en signant avec les 6 (et maintenant 7) IEP du concours commun, en juin dernier, un accord de coopération en matière de formation et de recherche.

Sciences Po Europe et l’alliance IEP-université

Tous les sciencespistes, à partir de la 2ème année, se rappellent certainement de la véritable annus horribilis qui a suivi le décès de Richard Descoings à l’IEP. Rapport de la Cour des Comptes, succession des administrateurs provisoires et soirées camping en amphi Boutmy : une année qui ne fut pas de tout repos, y compris dans les rapports qu’entretenaient Paris avec la province et l’université. Lors de la publication du rapport de la Cour des Comptes rendant publics les salaires assez démesurés de nos dirigeants, Laurent Batsch, président de Paris-Dauphine, avait dénoncé le « chèque » de 25 millions d’euros dont l’Etat pourvoyait Sciences Po chaque année, un chèque jugé exorbitant comparé aux moyens, importants mais nettement moindres, dont bénéficiait Dauphine. Le dirigeant de Sciences Po Lille avait également protesté, dans une tribune au Monde, du « favoritisme » financier accordé à Paris par l’Etat.

Une fois Frédéric Mion nommé en mars, les rapports semblaient devoir s’améliorer entre d’un côté Paris et de l’autre le duo Province/Dauphine. Mais en juin, coup de théâtre : voilà que les IEP du concours commun signent un accord avec Dauphine. En juillet, ils annoncent la formation de « Sciences Po Europe » . C’est pour faire face au « favoritisme » que les IEP de province ont lancé cette structure : une alliance plus grande entre les IEP du concours commun, notamment en matière de collecte de fonds, mais aussi sur le plan de la structure juridique.

Il s’agit bel et bien d’une sorte de « super IEP », en plein développement grâce à ce partenariat. Les étudiants des IEP – pardon, de Sciences Po Europe — auront désormais des passerelles privilégiées pour étudier en Master à Dauphine, et vice-versa. Ils pourront ainsi coupler une formation en sciences politiques à une formation économique dont l’excellence n’est plus à démontrer.

Sciences Po Saint-Germain en Laye : un nouvel IEP de Province

Dans le même temps, la structure du concours commun en elle même se développe avec la naissance du dernier-né des IEP, sûrement un prochain membre de Sciences Po Europe à long terme, à Saint-Germain en Laye.

Le nouvel IEP de Saint-Germain en Laye, qui ouvrira ses portes à la rentrée 2014.  Photo : www.yvelines1.com
Le nouvel IEP de Saint-Germain en Laye, qui ouvrira ses portes à la rentrée 2014.
Photo : www.yvelines1.com

Les plus radicaux ont pu voir au nom de « Sciences Po Grand Paris (ouest) », une tentative de copie pure et simple de notre belle marque déposée. Ces mêmes radicaux vous diront qu’il n’y a qu’un Sciences Po Paris, et que certains pourraient avoir l’outrecuidance de nous confondre avec ces wannabe sciencespistes. Bref, on a frôlé l’incident diplomatique. L’administratrice provisoire de l’IEP avait déjà expliqué au Figaro que l’institut s’inscrivait « dans la dynamique » du Grand Paris, une politique mise en place il y a déjà plusieurs années par le maire de la capitale et les collectivités locales.

Pour couper court à toute méprise, Paris a saisi l’UVSQ et le nom de Sciences Po Grand Paris sera abandonné au profit de celui, plus simple et nettement plus exotique, d’IEP de Saint-Germain en Laye.

A priori, pas de grande différence avec un IEP de province lambda. L’IEP de Saint-Germain dépend d’ores et déjà du concours commun, par un accord signé en novembre et compte accueillir d’ici 5 ans 800 élèves, se plaçant dans le peloton de queue des instituts de province, le plus petit étant Strasbourg avec ses 774 étudiants en 2011. Contrairement à ses semblables, Sciences-Po Grand Paris n’a pas encore prévu de masters « typiques », des passerelles étant prévues pour que ses étudiants puissent en faire dans les universités de Pontoise ou de Versailles Saint-Quentin avec lesquelles l’IEP travaille en étroite collaboration. Cependant, le dernier-né des IEP compte ouvrir un concours à bac+3 pour les entrées en master, le moment venu.

Pourquoi ces différents projets ?

Scandales ou pas, hausses des frais de scolarité ou pas, le succès du modèle Sciences Po semble continuer d’augmenter. La création d’un nouvel IEP correspondrait donc à cette logique d’augmentation de l’offre face à une augmentation de la demande.

NezUniversiteParisDauphineL’association Dauphine-Sciences Po Europe, donne une vraie envergure aux deux signataires de l’accord. Les étudiants des IEP et de Dauphine auront ainsi droit à un réseau commun de leurs préparations aux concours administratifs, un accès réciproque aux différents masters proposés soit par les IEP, soit par l’université et une coopération resserrée dans le domaine de la recherche. Sur ce dernier point, Dauphine espère rattraper Sciences Po qui jusque là avait une grande longueur d’avance, tant au niveau du nombre de chercheurs qu’à celui du nombre de publications dans des revues spécialisées. Les IEP, quant à eux, bénéficieront du prestige de Dauphine et de l’accès à ses spécialités.

Par ailleurs, en ce qui concerne le nouvel IEP, son emplacement permettrait aux milliers d’aspirants au concours issus de la banlieue parisienne (à peu près 40% des candidats), de ne pas bouger (trop loin) de chez eux. De plus, l’important public Saint-Germainois, concentré dans les 3 lycées de la ville, représente un pourcentage important des candidats à l’admission aux IEP.

Enfin, associer les IEP de province avec une université aussi prestigieuse que Dauphine est une décision qui a des relents de provocation envers Paris. Ainsi, Pierre Mathiot, le président de l’IEP de Lille a avoué au Monde que le « pied de nez » fait à Paris par cette alliance n’était pas involontaire. Un pied de nez  qui peut sembler amplifié par la création d’un IEP dont le nom ressemblait à s’y méprendre à celui de Sciences Po Paris.

Une réelle concurrence ?

Il est encore trop tôt pour dire si Sciences Po Europe et son accord avec Paris-Dauphine constitue réellement un concurrent de poids pour Sciences Po Paris.

En ce qui concerne le niveau d’études, l’excellente réputation de Dauphine peut faire de l’ombre à Sciences Po.L’alliance offrirait en effet une formation très variée et très réputée, comparable à certaines grandes écoles de commerce. La question des partenariats internationaux qui sont pour l’instant un grand avantage pour Sciences Po Paris (400 universités partenaires dans le monde entier), se posera certainement, étant donné l’ambition européenne de Sciences Po Europe.

Le "modèle Sciences Po" semble de plus en plus "bankable".  Photo : nouvelobs.com
Le « modèle Sciences Po » semble de plus en plus « bankable ».
Photo : nouvelobs.com

Qu’en sera-t-il de la qualité des professeurs, point clé de la réputation d’un établissement ?  Si l’on sait que les plus grands noms du corps enseignant vivent en région parisienne, on peut comprendre l’avantage que tire le système des IEP à créer un établissement à Saint-Germain en Laye. En outre, les enseignants de Dauphine, tous extrêmement réputés, constituent un réel plus pour les IEP.

Enfin quant au niveau des étudiants, dans les deux projets, la sélection sera celle, draconienne, du concours commun, avec en moyenne 10% de reçus chaque année. L’élargissement du concours correspondant à l’élargissement du nombre de candidats, on peut supposer que ce chiffre ne devrait pas changer. Les étudiants sélectionnés à l’IEP de Saint-Germain auront donc à priori le même niveau que les étudiants reçus dans n’importe quel autre IEP — reste à savoir s’il sera bien coté dans le classement informel des IEP de Province.

Ainsi, la concurrence s’organise, même si ces projets sont encore très récents. On peut toutefois espérer que l’ambiance de rivalité qui règne entre Paris et la province finisse par devenir  celle d’une coopération et du « dialogue » souhaité par Frédéric Mion à sa nomination, qu’il n’a pas semblé mettre réellement en pratique pour l’instant. En effet, le succès du modèle Sciences Po ne peut qu’être une source de réjouissance pour l’IEP parisien qui en est à l’origine et une alliance avec l’université est une opportunité intéressante que la province a su saisir. Après des décennies de rivalité et une année passée de presque combat, le moment semble venu pour Sciences Po Paris de se rapprocher des autres IEP et de l’université, afin d’avancer, pour une fois, en commun.

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