Ce jeudi 9 novembre, La Péniche a couvert la conférence sur le syndicalisme et la convergence des luttes organisée par l’UNEF. Parmi les invités, tous sont d’anciens militants à l’UNEF : Benoît Hamon, ancien ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et candidat à l’élection présidentielle de 2017 ; Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT ; Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère de Paris et membre d’Europe Écologie les Verts ; et Guillaume Hoibian, historien des mouvements étudiants.
19h15. L’amphi Chapsal se remplit peu à peu, entre discussions animées sur le blocage du campus le matin-même et chuchotements inquiétés de l’absence de Sophie Binet. C’est dans ce contexte qu’a débuté cette conférence qui allait prendre la forme tantôt d’une rétrospective sur le syndicalisme étudiant, tantôt d’une discussion informelle entre camarades de lutte.
Il est 19h33. C’est Guillaume Hoibian qui lance le bal, nous livrant un rapide historique du syndicat. Née en 1907 en tant qu’association, l’Union Nationale des Étudiants de France n’est en fait devenue une organisation syndicale qu’en 1946 avec l’adoption de la charte de Grenoble. Et, si les récentes scissions de l’UNEF ont fait couler beaucoup d’encre sur la perte de vitesse du syndicat, elles sont en réalité presque consubstantielles à l’histoire du mouvement. Ainsi l’UNEF a-t-elle été, de 1971 à 2001, divisée entre l’UNEF-SE (solidarité étudiante), proche du Parti communiste français, et l’UNEF-ID (indépendante et démocratique) principalement composée d’étudiants lambertistes et antistaliniens. Guillaume Hoibian impute cette implosion à « l’hyper politisation » du syndicat à la suite des événements de mai 68, et précise que la réunification de 2001 s’est faite « dans la douleur », chaque faction voyant l’autre comme ennemie.
Au-delà de cette difficile coexistence de tendances au sein du mouvement, Benoît Hamon souligne la particularité de l’engagement à l’UNEF, à même de « faire toucher la question sociale immédiatement ». Il fait ainsi l’éloge d’un syndicat qui, par sa force de mobilisation du monde étudiant, « donne une portée nationale à ses combats ». Mais cette grande capacité organisationnelle, selon lui nécessaire à la construction de rapports de force sociaux et politiques, semble s’être perdue depuis les luttes contre le projet de loi Devaquet et les contrats de première embauche. Questionné sur son regard à la fois syndical et politique, il rappelle que le syndicalisme s’est toujours illustré par sa culture d’autonomie par rapport à la politique, mais déplore la perte de sa fonction historique de « formateur de conscience politique ». Benoît Hamon comme Guillaume Hoibian évoquent ainsi un « tournant » dans l’histoire du syndicalisme étudiant, celui de la précarisation du monde universitaire.
20h07. Entre dans la salle Raphaëlle Rémy-Leleu, qui s’installe discrètement à côté de ses deux camarades militants. Qualifiant son arrivée parmi les intervenants de « plus grosse incruste de l’histoire des incrustes », elle donne le ton dès sa première prise de parole : depuis qu’elle a quitté Sciences Po et donc l’UNEF, en 2016, « la précarité étudiante, spoiler, ça ne va pas mieux ». Perception partagée par le reste de la table, notamment Guillaume Hoibian qui lie cette « paupérisation » des étudiants et des universités à la baisse d’engagement et de mobilisation des jeunes par manque de temps. Des étudiants qui, de plus en plus, travaillent pour financer leurs études, des professeurs qui doivent composer avec la baisse des moyens alors que le nombre d’étudiants augmente chaque année, des chercheurs qui font face à une baisse de financements : telle est, selon les intervenants, la recette de la démobilisation actuelle.
Il faut, d’après Raphaëlle Rémy-Leleu, prêter attention à la « ségrégation sociale » qui se renforce du fait de la sélection à l’université et du manque d’aides pour les jeunes. Elle cite ainsi l’absence de RSA en dessous de 25 ans et le plafonnement des bourses à 550€/mois, mais aussi l’inégalité d’accès aux échanges Erasmus par manque de réévaluation des bourses de mobilité. Tout cela témoigne, selon Benoît Hamon, d’une gauche « en échec sur la redistribution des richesses, à fortiori en raison de la mondialisation et la financiarisation » qui ont « fait exploser » la capacité du travail à construire des rapports de force avec le capital. La solution ? Le revenu universel, en commençant par les 18-25 ans et sans le conditionner au revenu des parents, mais surtout l’engagement – syndical ou politique – pour s’émanciper.
Il est 20h20. C’est sous un tonnerre d’applaudissements que Sophie Binet entre dans la salle, expliquant son retard par sa présence à un rassemblement de commémoration de la Nuit de Cristal. Elle témoigne d’emblée de son expérience militante à l’UNEF, où elle a découvert la solidarité de lutte et la capacité à « se débrouiller avec des bouts de ficelle ». Alertant sur « l’effet cicatrice », qui poursuit les jeunes tout au long de leur parcours professionnel après une insertion épineuse, et le « cheval de Troie » des gouvernements qui s’attaquent d’abord aux jeunes puis aux autres catégories de la population, elle rappelle que le peu de mouvements sociaux qui réussissent voient « à la fois les salariés et les jeunes » se mobiliser. Benoît Hamon ne dit pas autre chose, et exhorte les jeunes à « mener le combat pleinement à 18 piges ».
Si l’engagement syndical des jeunes « n’a jamais été une évidence », les études ne durant qu’un temps, Guillaume Hoibian souligne que la mobilisation des jeunes a toujours su marquer la vie politique française de la guerre d’Algérie à Parcoursup. Ainsi faut-il non seulement renouer avec cette tradition d’engagement étudiant, qui d’après Sophie Binet « a manqué lors des manifestations contre la réforme des retraites », mais aussi s’inquiéter des « incitations de plus en plus prématurées à la retraite par capitalisation et l’épargne individuelle ». Celles-ci viennent casser le consentement à l’impôt et à la solidarité nationale, et s’ajoutent à la liste de défis à relever au sein d’un pays « mûr pour le fascisme » selon la formule de Benoît Hamon.
De quoi gonfler à bloc les bancs de l’UNEF ?
Crédits photo : Elias H’Limi
De gauche à droite : Sophie Binet, Raphaëlle Rémy-Leleu, Benoît Hamon et Guillaume Hoibian.
La gouvernance de Sciences Po repose sur un modèle hybride :
Le Conseil de l’Institut (CI) administre Sciences Po. Il comprend 22 membres élu·e·s des différents collèges électoraux (enseignant·e·s, doctorant·e·s, étudiant·e·s, personnel·le·s), dont huit étudiant·e·s. Il comprend également dix autres membres non élus (direction, représentant·e·s extérieur·e·s…).
Le Conseil de la vie étudiante et de la formation (CVEF) a un rôle institutionnel moins important. Il est décisionnaire sur la vie étudiante, mais consultatif sur la pédagogie. C’est également lui qui a la charge des commissions disciplinaires, avec les étudiants du CI. Il comprend huit représentant·e·s enseignant·e·s, huit représentant·e·s étudiant·e·s et deux représentant·e·s du personnel. Historiquement, il est la continuation de la commission paritaire, résultat direct des événements de mai 68 à Sciences Po. Cette dernière était pensée comme une instance de cogestion par les usagers de Sciences Po (étudiant·e·s, enseignant·e·s, salarié·e·s).
Dans les différentes instances, le rôle des représentant·e·s des étudiant·e·s est multiple : non seulement il porte les voix et revendications de la communauté étudiante, mais il est également important dans les « groupes de travail », organes aussi discrets que décisifs dans l’évolution des négociations. La confidentialité des échanges tranche avec ceux des instances, dont les procès-verbaux sont publics. Le poids électoral et institutionnel y est capital pour pouvoir peser dans les décisions.
Les récentes élections d’octobre marquent un tournant dans l’histoire syndicale de l’institution : outre un contexte sanitaire inouï, les organisations historiques (UNI et UNEF) signent des résultats parmi leurs plus faibles depuis 20 ans. De l’autre côté, Solidaires Étudiant-e-s n’a jamais eu autant de suffrages sur la même période (résultat en % des votants multiplié par 2 en 4 ans), et NOVA, liste se présentant comme transpartisane, s’installe dans le paysage syndical, sans pour autant y être majoritaire (pratiquement un tiers des votants, augmentation de 33% depuis la dernière élection).
Néanmoins, l’équilibre politique reste inchangé : comme à la dernière mandature, cinq sièges sur huit sont tenus par des organisations syndicales classées à gauche. De plus, la participation n’a pas significativement évolué. Malgré cette permanence, le tableau dessiné par l’élection laisse entrevoir une radicalisation de cet équilibre politique, l’UNEF devant cette fois-ci s’appuyer sur deux sièges de Solidaires Étudiant-e-s dans les rapports de force, si l’on exclut l’hypothèse d’une alliance avec NOVA.
De son côté justement, NOVA a raté son troisième siège de peu : si Solidaires Étudiant-e-s avait eu 50 suffrages de moins, NOVA aurait eu l’égalité en sièges avec l’UNEF, compte tenu de la règle de répartition des sièges selon le plus fort reste. Grosso modo, c’est l’équivalent de deux triplettes, ou d’un étage de la bibliothèque du 27 rue Saint Guillaume, hors restrictions sanitaires.
Une double percée minoritaire, une majorité affaiblie, des rapports de force recomposés, voilà pour le contexte. Le renouvellement des instances appelle à un renouvellement de différents postes, notamment dans les commissions.
Conformément aux textes, l’UNEF conserve ses deux sièges au CA de la FNSP en tant que liste majoritaire, ce qui lui permet – a minima – une importante tribune concernant les orientations stratégiques et financières de Sciences Po.
Au CVEF, la présidence est partagée entre une présidence enseignante et une présidence étudiante. Depuis des dizaines d’années, l’usage implique que c’est la liste ayant obtenu le plus de suffrages obtient la présidence étudiante. Lundi 16 novembre 2020, c’est la tête de liste de NOVA qui est élue, avec les voix des enseignants, contre les 5 voix des élus UNEF et Solidaires Étudiant-e-s.
Le lendemain matin, mardi 17 novembre, le CI a élu comme vice-président étudiant la tête de liste de NOVA, confirmant la dynamique de la veille de laisser une place particulière à la nouvelle organisation syndicale. Seuls certains enseignant·e·s, les doctorant·e·s et les 5 élu·e·s étudiant·e·s UNEF et Solidaires Étudiant-e-s ont soutenu la candidature de l’UNEF. Précisions ici que dans les instances universitaires, ce sont souvent des élu·e·s minoritaires qui deviennent vice-président·e·s, mais, là encore, ce n’était pas l’usage à Sciences Po.
Ces deux élections marquent ainsi un changement institutionnel à Sciences Po : une place plus importante, voire décisive, est accordée à une liste minoritaire. Dans certains rapports de force d’envergure, la majorité électorale devient une minorité institutionnelle.
Des attentes conformes à l’usage, des bouleversements à la suite des élections. Reste qu’il est important de souligner que l’usage n’est pas la norme. L’usage requiert également un processus de négociations, de discussion avec les autres membres des conseils, pour obtenir les voix nécessaires. C’est, peut-être, l’un des points qu’il s’agirait d’interroger dans ce renversement. Mais il n’est pas le seul.
Cette double élection est-elle uniquement symbolique ? C’est tout le contraire : elle s’accompagne de multiples conséquences pratiques. Le changement d’orientation syndicale à ces postes peut suggérer des évolutions profonde dans la nature des projets qui seront engagés.
La présidence du CVEF a la main sur l’ordre du jour, et sur la conduite des débats durant les séances. La présence d’un·e élu·e étudiant·e permet d’orienter une partie de l’ordre du jour, selon les souhaits qui lui sont propres.
Le changement de présidence au CVEF et de vice-présidence au CI marque aussi un changement de la présence syndicale dans la commission de suivi social, organe chargé d’accorder des exonérations de frais de scolarité en fonction des situations. La précarisation du corps étudiant, du fait de la crise en cours, fait que cette commission est plus que jamais stratégique dans l’action que peut avoir un syndicat, puisque ce sont ses représentant·e·s qui y défendent les étudiant·e·s.
Avec plus de recul, il aurait été possible d’anticiper une telle crise pour le syndicat historique de Sciences Po. Les événements de cette semaine sont le résultat d’un processus d’affaiblissement progressif depuis plusieurs années. Une série de départs puis une scission ont conduit à affaiblir la section locale, autant dans la compétence de sa force militante que sa capacité de structurer l’opinion publique étudiante.
Une autre raison invoquée par certains acteurs ayant porté leurs voix pour NOVA serait l’insuffisance de sérieux dont certain·e·s élu·e·s issu·e·s de la liste UNEF auraient fait preuve à la fin de la mandature précédente. Des mises en retrait en partie dû à des désengagements progressifs, résultat d’un désenchantement des possibilités finalement restreintes de changement. De plus, depuis quelques mandats, plusieurs vice-président·e·s et président·e·s étudiants UNEF se sont inscrits en rupture avec la tendance majoritaire du syndicat, générant un manque de confiance vis-à-vis de l’administration.
Autant de phénomènes ayant conduit à accélérer l’ascension d’une nouvelle génération de militants, et à générer du scepticisme auprès des autres acteurs. En ce sens, ce renouvellement s’est aujourd’hui payé au prix fort, celui qui a préféré une élue NOVA minoritaire déjà présente depuis deux ans au CVEF à une primo-élue UNEF majoritaire. Mais cette différence peut-elle justifier un tel renversement institutionnel ?
L’apparition d’une nouvelle organisation syndicale à Sciences Po n’est pas un événement majeur. Très régulièrement, des nouvelles listes se portent candidates, au côté des organisations syndicales traditionnelles comme l’UNI, l’UNEF ou plus récemment Solidaires Étudiant-e-s. Il y a quelques années, ce fut le cas du syndicat international The Alliance, depuis plus de deux ans c’est le cas de NOVA.
Le développement rapide de cette nouvelle organisation interroge, d’autant que la crise traversée par l’UNEF n’est pas suffisante pour expliquer une telle dynamique. Le discours de NOVA séduit, aujourd’hui presque un tiers des votants, il répond à une certaine demande de la communauté étudiante. Ces postes viennent lui apporter une nouvelle reconnaissance.
De plus, ces votes apparaissent comme un soutien institutionnel à une organisation syndicale, dont les raisons sont visiblement autres que la légitimité électorale. Si la majorité des membres des conseils se sont exprimés en faveur des candidatures de NOVA, quelles en seraient les raisons ? Les témoignages publics, puis les publications des procès-verbaux dans quelques mois, pourraient apporter des éléments de réponse à un surprenant coup de force car, faute d’argument démocratique, l’institution s’en est remise à autre chose. Et c’est cette inconnue qui, aujourd’hui, crée le scandale dans le milieu syndical.
La répartition du pouvoir dans les instances dirigeantes n’est ni systématique, ni acquise. Au contraire, elle fait l’objet de tractations, souvent imperceptibles par la communauté étudiante. Elle fait pleinement partie de la politique syndicale, et implique forcément un rapport idéologique, puisque les manœuvres se fondent sur des stratégies, conscientes ou inconscientes. Et l’indépendance partisane ne doit pas invisibiliser le caractère logiquement politique de ces fondements.
Les stratégies ayant menées à la double victoire de NOVA, conduite par différents agents, seraient à interroger en miroir des forces ayant soutenu les candidatures de l’UNEF. Avec, en filigrane, la question du caractère démocratique, légitime, et évidemment d’efficience de ces stratégies. Car, outre les importants enjeux de valeurs que chacune des stratégies choisies soulève, témoignant d’une conception singulière du respect des institutions, il serait également pertinent de questionner les choix d’efficacité stratégique choisie par chacune des organisations.
La responsabilité d’un tel événement est-elle imputable au système tout entier, ou au comportement de certaines organisations ? On serait tenté·e d’exclusivement jeter l’opprobre sur l’une ou sur l’autre, soutenir la légitime contre la légale, présenter l’administration contre la communauté étudiante. Or, la réalité est bien plus complexe que cela. Elle est le résultat de dynamiques de fond du tissu politico-syndical sciences-piste, souvent invisibles, conjuguées à des circonstances favorables à la réunion d’intérêts communs.
NOVA, et par extension leurs soutiens, ont franchi une frontière, ont déplacé les limites de l’acceptable. Lorsqu’une institution sociale s’affaire à une telle redéfinition sans auparavant obtenir une forme de validation collective, sans au moins le communiquer à la communauté, il ne reste plus grand-chose dans lequel croire. Le danger apparaît quand il devient possible de ne plus rien attendre d’une institution.
Nommons clairement le problème : c’est la disruption, comme rupture inattendue des attentes démocratiques dans un système qui crée les conditions d’un rejet. Et NOVA ne doit pas être vue comme l’unique responsable, loin de là. L’imputabilité, tout comme la responsabilité qui nous revient, est collective, car il a été choisi de charger une minorité d’étudiant·e·s de se saisir de la question politique, et cette minorité s’est repliée sur elle-même. À nous de rouvrir le champ des possibles.
On pourrait supposer que les élu·e·s, nos élu·e·s, investis par les urnes, remplissent leurs mandats comme iels l’entendent, dont nous aurions à accepter aveuglément cette délégation. Mais on pourrait aussi appeler à une meilleure transparence de l’action syndicale dans les instances, afin de restaurer la confiance dans les institutions de la vie étudiante, et stimuler la participation active de la communauté étudiante sur les questions qui les concernent. Mais cela nécessiterait une presse étudiante plus active sur ces sujets, une meilleure structuration syndicale, un engagement étudiant plus coordonné que de simples échanges sur les réseaux sociaux. En clair : une motivation collective à faire de la politique.
Toutes ces conditions sont, hélas, loin d’être remplies. À moins d’un sursaut de la communauté étudiante, il faudra s’attendre dans un tel contexte à ce que des événements de ce type se reproduisent, au risque de développer de nouveaux antagonismes répondant bien plus à l’indignation de l’instant qu’à un souhait de transformation durable de nos conditions matérielles d’études.
]]>Malheureusement, étant donné la situation de crise sanitaire, nous n’avons pas pu mener à terme cette série de photos. C’est pour cela qu’il y a une surreprésentation de certains syndicats par rapport aux autres, notamment Solidaires. Mais, pour reprendre les mots de Giles Duley, photojournaliste anglais, « on ne finit jamais de raconter une histoire ». Nous espérons donc reprendre ce travail de documentation concernant les élections syndicales dès la réouverture des portes de Sciences Po.








Les 17, 18 et 19 mars prochains, les représentants étudiants seront renouvelés au sein du Conseil de l’Institut et du Conseil de la vie étudiante et de la formation, chaque Conseil accueillant respectivement huit représentants.
Parce que les élections syndicales étudiantes approchent à grands pas et qu’il n’est pas facile de choisir pour quel syndicat étudiant voter, la Péniche a reconstitué l’historique des organisations en compétition.
Depuis longtemps installée dans le paysage syndical, l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) se revendique aujourd’hui être un syndicat “indépendant des administrations, des partis politiques et des gouvernements.” Cependant, il demeure historiquement situé à gauche, très proche de la gauche socialiste et compte même dans ses rangs des partisans de l’extrême gauche.
L’UNEF est créé en 1907 et est depuis plus d’un siècle une organisation étudiante très influente ; il s’agit aujourd’hui de l’une des premières organisations étudiantes françaises.
À l’origine, l’UNEF est une organisation apolitique et asyndicale dont le seul but est d’être la porte-parole des étudiants dans les organes de décisions. Après 1945, l’organisation se politise, s’organise en syndicat et se rapproche notamment de la Gauche. Une importante scission du syndicat s’opère dans les années 1970. En 2001, deux organisations revendiquent le nom de l’UNEF : l’Union nationale des étudiants de France – Indépendante et démocratique (UNEF-ID), où sont représentés l’essentiel des courants de la gauche sauf ceux liés au Parti Communiste Français, et l’UNEF dite Solidarité Étudiante (UNEF-SE), dirigée notamment par des étudiants issus de l’organisation politique l’Union des Etudiants Communistes (UEC). Si beaucoup des militants sont partisans d’une unification des deux organisations, chez l’UNEF-SE certains y sont totalement opposés. Après plusieurs rapprochements, le 24 juin 2001, une assemblée générale réunissant les deux unions syndicales aboutit à la fusion de l’UNEF-ID et de l’UNEF-SE sous le nom de l’UNEF dont l’ancienne présidente de l’UNEF-ID Carrie Seiler reprend la direction. En mai 2019, 86 militants de l’organisation issus de la Tendance unité et action syndicale (TUAS) quittent l’UNEF pour cause de désaccord. Suite à cette séparation, ces militants fondent la Fédération syndicale étudiante (FSE). Il s’agit de “la première scission [de l’UNEF] sur sa gauche depuis la réunification du mouvement en 2001”.2
L’Union Nationale Inter-universitaire, créée en 1969, est une organisation étudiante traditionnellement proche de la droite.
Elle se présente même comme « le fer de lance de la droite dans le combat des idées et des valeurs. » Avec son slogan « Par l’Éducation, pour la Nation » et son journal L’Action Universitaire, l’UNI revendique vouloir lutter contre “La mainmise de la gauche sur la jeunesse, le monde associatif et l’éducation”
Si nombre des membres de l’UNI sont des membres du parti Les Républicains (LR) et que certains adhèrent même au Rassemblement National (RN), le syndicat revendique son indépendance vis à vis des partis politiques, malgré un appel au vote en faveur du parti LR au moment des élections européennes notamment, et rejette également tout lien avec des organisations d’extrême-droite.
L’organisation est fondée en 1969 sous l’impulsion d’un professeur de Paris IV à la suite des évènements de mai 1968. Selon François Audigier, universitaire spécialiste du gaullisme et auteur d’un ouvrage intitulé Histoire du SAC (Service d’Action Civique) paru en 2003, l’UNI aurait été fondée à la suite d’un entretien dans le bureau de Jacques Foccart à l’Elysée. La réunion fondatrice aurait même eu lieu dans le bureau du patron du SAC, « association ayant pour but de défendre et de faire connaître la pensée et l’action du général de Gaulle » créée à l’origine pour constituer une « garde de fidèles » dévouée au service inconditionnel du général. Selon lui, l’UNI est initialement créée dans le but de « Lutter contre la loi Faure en préparation. Celle-ci multipliait, à leurs yeux, les compromis à l’adversaire (la gauche étudiante) et créait du désordre au lieu de rétablir l’autorité dans les universités».
Le parti gaulliste RPF, puis le RPR de Chirac et enfin l’UMP soutiendront ouvertement l’UNI ce qui permit à l’organisation syndicale de s’imposer rapidement dans les facultés françaises.
Solidaires étudiant.e.s – syndicats de luttes est une fédération de syndicats étudiants français, membre de l’Union syndicale Solidaires (SUD). S’inscrivant dans le syndicalisme de lutte, elle se veut être un outil d’unification du syndicalisme de lutte étudiant. L’organisation est réputée pour être proche de la gauche radicale, mais se dit avant tout attachée à l’indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques.
L’organisation étudiante est née en 2013 de la fusion de deux syndicats. D’une part, la Fédération syndicale étudiante (FSE) fondée 2000 et issue de structures dissidentes de l’UNEF refusant de fusionner avec l’UNEF-ID. Et d’autre part, l’organisation Sud étudiant, appelée SUD (pour « solidaires, unitaires, démocratiques »), créée en 1996 dans le sillage des grèves de 1995 contre le Plan Juppé.
Les deux organisations se disent en lutte pour la reconnaissance des droits de tous et pour la transformation sociale. En 2006 et 2008, SUD Étudiant et la FSE, avant même d’être unifiés, s’étaient engagés ensemble dans les mouvements contre la loi pour l’égalité des chances et contre la loi relative aux libertés et responsabilités des universités. Ainsi les deux organisations coopéraient depuis plusieurs années sur plusieurs domaines, notamment la lutte contre la précarité étudiante.
NOVA était le petit nouveau du paysage syndical de Sciences Po en 2018 et commence à s’affirmer parmi le reste de la cohorte. Seul candidat à n’être présent qu’à Sciences Po, l’organisation étudiante se veut “au-delà des clivages partisans et des étiquettes”. L’orientation idéologique de NOVA peut se résumer par son slogan : “Écologie, Égalité, Pluralisme”. Le syndicat définit revendique aussi une méthode qui lui est propre, à la fois “participative” “constructive” et “transpartisane”.
L’idée de NOVA est celle d’un étudiant de 3A souhaitant “proposer une alternative à l’UNEF et à l’UNI.” Quelques mois avant les élections de 2018, une “équipe de gens de tous horizons” se constitue pour mettre en place le projet avec un programme se voulant notamment novateur et “résolument tourné vers l’écologie”. Ainsi, en 2018, ils présentaient un programme fondé sur quatre piliers “nourrir une ambition d’égalité, c’est notre pilier social ; organiser, enfin, la baisse des frais, c’est notre pilier économique ; vouloir une école durable, c’est notre pilier écologique ; et assurer à chacune et chacun respect et épanouissement, notre pilier sociétal.” Deux ans plus tard, NOVA compterait dans ses rangs, selon son président, “une cinquantaine de personnes mobilisées sur tous les campus et dans toutes les promotions”.
Crédit image : Sciences Po
Sources
1. UNEF, “La démarche de l’UNEF”, 3 mai 2017 consulté le 15/03/2020 http://unef.fr/2017/05/03/la-demarche-de-lunef/
2. “La Fédération syndicale des étudiants fait scission avec l’Unef” de Kim Hullot-Guiot pour Libération, publié le 28 mai 2019, consulté le 15/03/2020 https://www.liberation.fr/france/2019/05/28/la-federation-syndicale-des-etudiants-fait-scission-avec-l-unef_1730123
3. Site internet de l’UNI, https://www.uni.asso.fr/spip.php?rubrique3 consulté le 11/03/2020
4. Loi Faure du 12 novembre 1968 ayant pour but de faire des universités de véritables établissements autonomes et pluridisciplinaires. Avec notamment la création d’un « Conseil universitaire », le CNESER auquel participent notamment des délégués des étudiants.
5. page 142 de l’ouvrage Histoire du S.A.C : La Part de l’Ombre du Gaullisme
6. Le syndicalisme de lutte est une doctrine syndicale qui considère que l’action et la mobilisation (par la grève notamment) priment sur la négociation pour obtenir des avancées sociales. Il s’oppose au syndicalisme réformiste qui privilégie la négociation et le dialogue social.
7. Interview de NOVA pour l’article “Élections syndicales : que proposent les listes candidates ?” de Alice Bergoënd, publié par La Péniche le 8 mars 2018
8. Programme de NOVA pour les élections des 17, 18 et 19 mars 2020.
9. Les propos cités sont ceux du fondateur de NOVA, recueillis par La Péniche.
10. “Élections syndicales : que proposent les listes candidates ?” de Alice Bergoënd, La Péniche, 8 mars 2018
En cette rentrée 2018, les changements rue Saint-Guillaume sont aussi nombreux que cruciaux. Parcours civique, refonte des programmes, réforme des majeures, Artillerie, Reims, autant de mots susurrés et de dossiers à gérer, notamment pour les syndicats étudiants. C’est ainsi que La Péniche est allée recueillir les projets et grandes orientations du syndicat majoritaire de Sciences Po, l’UNEF, pour mieux comprendre ce qui se joue au sein de notre école en cette nouvelle année.
Ainsi, l’UNEF, pour lequel se sont exprimés Fabien Louchard, président, et Gabrielle Elis, vice-présidente, a exprimé une vive inquiétude à propos de certains sujets. Trois dossiers majeurs à aborder : les dysfonctionnements de l’acte II, la protection des données des étudiant.es, et enfin leur santé mentale et leur bien-être.
Acte II du Collège Universitaire
Pour l’UNEF, le constat est sans appel : « quelque chose ne marche pas avec cette réforme ». Si le syndicat « salue la philosophie globale de la réforme », il déplore « de trop nombreux dysfonctionnements », et une promotion 2022 qui fait office de « promotion crash-test ». Ainsi, selon une enquête menée par le syndicat auprès de 350 élèves de tous les campus – qui sera l’enquête reprise tout au long de cet article –, environ 20% des lettres d’engagement des étudiant.es de 2A n’ont toujours pas été validées, « pour des raisons parfois obscures comme une bibliographie trop fournie ou trop de détails ». « On comprend que c’est un travail titanesque de les relire une par une », précise la vice-présidente, « mais nous sommes en droit d’exiger une plus grande flexibilité ».
Plus préoccupant encore, la situation des bicursus : « ils payent les mêmes droits de scolarité que tout le monde, et pourtant ils n’ont pas la possibilité d’accéder à certains de leurs cours magistraux, comme en histoire en 1A, ni même à leur captation vidéo en Humanités Politiques ».
Enfin, le point de crispation principal demeure le projet libre des 2A, un engagement civique au long cours censé se dérouler sur 75 heures tout au long de l’année… et que 43% des étudiant.es n’auraient toujours pas trouvé. Des offres existent au Service Carrières de Sciences Po, « mais elles viennent tout juste de sortir à un mois de la date butoir, sont peu connues des élèves, et sont clairement insuffisantes. » L’UNEF déplore aussi des exigences irréalistes de la part de Sciences Po : « 75 heures pour une personne qui étudie, qui peut avoir un travail salarié à côté, qui a des engagements associatifs et des études à réussir, c’est énorme », souligne le président. « De plus, la charge de travail a réellement augmenté avec les nouveaux programmes de deuxième année. » L’UNEF évoque aussi le cours de Culture et Enjeux du Numérique de deuxième année, un ensemble de cours obligatoires à suivre en ligne, encore un impératif à gérer pour les 2A. Ainsi, il serait difficile pour 84% des étudiant.es de concilier leurs obligations « classiques » avec les exigences du Parcours Civique.
Les associations des différents campus s’inquiètent elles aussi, pointant que de nombreux.ses élèves risquent de déserter la vie associative de Sciences Po par manque de temps – d’autant plus que Sciences Po ne permet pas de faire son projet libre au sein d’une association de l’établissement. « Pourquoi ne pas valoriser ce qui fait l’identité de ScPo en valorisant la vie associative ? » s’interroge la vice-présidente.
Le président de l’UNEF évoque également les bourses du Parcours Civique, destinées aux élèves dont la situation financière ne leur permet pas de consacrer un mois de stage ou 75 heures de projet libre à des stages la plupart du temps bénévoles. Problème : « ni le montant alloué, 475€ par élève bénéficiaire, ni le nombre de boursier.ères, 60, ne sont suffisants ». Plus inquiétant : « la bourse n’était pas attribuée sur critères sociaux, mais sur le mérite du stage ou l’originalité de la lettre. Résultat, on a des élèves non-boursier.ères qui ont reçu la bourse du Parcours Civique, et des boursier.ères de rang 5 qui n’ont rien touché ». Avant la réforme, le stage de terrain permettait au moins de financer la vie des étudiant.es, mais aujourd’hui le stage de terrain n’est souvent pas payé : « dans 63% des cas, le stage a été un frein pour se salarier, et pour deux tiers des élèves, il a eu un impact sur le budget. C’est une situation intenable. »
Que réclame donc l’UNEF ? Un mot : plus de « flexibilité ». Il est nécessaire pour le syndicat de s’adapter aux situations particulières des élèves : salariat, engagements associatifs, handicap, fragilité psychologique, besoins particuliers. Sciences Po a assuré que chaque situation serait traitée « au cas par cas », mais ce n’est pas une solution suffisante pour l’UNEF, pour qui ce genre de méthode mène à des complications et des lenteurs.
Le syndicat proteste aussi contre une décision récente de Sciences Po, qui empêche désormais les élèves d’être accompagnés par les syndicats lors de leurs rencontres avec l’administration (cela vaut aussi pour des associations comme Garçes ou l’Intersection). « Se faire aider par son syndicat est un droit essentiel pour tout étudiant ou étudiante », martèle la vice-présidente, pour qui cette possibilité d’accompagnement permettait de rassurer les élèves et de temporiser les discussions. « Nous sommes là pour créer une médiation et aider les élèves, pas pour créer du conflit. En réalité, c’est avec une décision comme celle-ci que les conflits vont se multiplier. »
Protection des données
L’UNEF a pu découvrir des erreurs de paramétrage dans les messageries des membres de l’administration, qui laissaient transparaître un manque de sécurité. Les paramètres de sécurité de ces messageries sont aujourd’hui corrigés, et « ces erreurs ne se reproduiront plus » selon l’administration. Malgré tout, l’UNEF souhaite appeler Sciences Po à faire preuve d’une vigilance accrue en ce qui concerne la protection des données de ses employé.es et des ses étudiant.es. Pour le syndicat, il s’agit là d’un enjeu essentiel et d’un droit de tous les membres de Sciences Po, et ce d’autant plus depuis l’entrée en vigueur du nouveau Règlement Général de Protection des Données de mai 2018.
Santé mentale et bien-être des élèves
Enfin, l’UNEF signale une véritable détresse psychologique chez un nombre croissant d’étudiant.es, et d’une certaine banalisation de la souffrance que certain.es peuvent ressentir. « On parle beaucoup du November Nervous Breakdown [un « syndrome » de burn-out dont souffriraient tous les élèves de Sciences Po au cours du traditionnellement très chargé mois de novembre] », explique la vice-présidente, « en faisant comme si c’était normal qu’un élève craque ou soit en panique à cause de ses études. Ce n’est pas normal. Nous devons tous réfléchir à notre comportement et à nos paroles, et comprendre le caractère malsain d’une telle banalisation. Nous n’accusons personne, nous plaidons juste pour une meilleure atmosphère de travail. »
L’UNEF s’apprête ainsi à lancer une campagne de sensibilisation auprès des étudiant.es, afin de mieux les informer sur les solutions à leur disposition (pôle santé, ateliers de sophrologie…).
Dernier sujet : celui des boîtes à protections hygiéniques en libre accès, un projet mené par l’UNEF depuis plus d’un an. « Sciences Po avait accepté la mise en place théorique de ces boîtes dans les toilettes assignées femmes et les toilettes assignées hommes, sans donner suite. Nous les avons installées la semaine dernière, et non seulement nous avons constaté beaucoup de transphobie au sujet des protections hygiéniques dans les toilettes assignées hommes, mais surtout, les boîtes ont disparu ce lundi 1er octobre sans que personne ne sache pourquoi. » La campagne n’est pas abandonnée, mais l’UNEF appelle à un soutien renforcé de l’administration, et surtout à ce que lumière soit faite sur la disparition des boîtes, qui sont « aux frais de l’UNEF », tient à préciser le président.
Une rentrée chargée donc, avec de nombreux sujets « préoccupants, voire urgents ». Le syndicat reconnaît les efforts de l’administration et s’ancre dans une démarche de coopération, mais tient à pointer les points noirs du fonctionnement de Sciences Po. Ses exigences les plus pressantes demeurent des solutions « concrètes et adaptées » pour les élèves mis en difficulté par le Parcours Civique.
Capucine Delattre
]]>