
« En 2012, on était détestés. Etre de droite était un tabou, on était reconnus dans les derniers.» C’est avec ces mots que Charles-Henri Alloncle, l’actuel président de l’UMP Sciences Po, se souvient de ses débuts de militant. Depuis, ce parti de droite, traditionnellement minoritaire dans une école « majoritairement de gauche », a connu une ascension fulgurante.
Aujourd’hui, le président de l’UMP Sciences Po se dit plus que fier du bilan 2014-2015 de l’association, une des plus dynamiques de l’école : 90 adhérents à jour de cotisation, 27 évènements depuis septembre. L’UMP Sciences Po avait d’ailleurs annoncé la couleur de l’année en devenant, pour la première fois, la première association reconnue par les étudiants (cf. graphique ci-dessous).
L’UMP avait été reconnue en premier lors de la procédure de reconnaissance : le graphique correspond au nombre de voix récoltées par chaque section au moment où l’UMP avait atteint les 120 voix lui permettant d’être reconnue.
Pour Camille Chevalier, vice-président de l’UMP Sciences Po, c’est le “dynamisme du militantisme et des évènements organisés” qui différencie ce parti des autres formations politiques de l’école. Cette vitalité particulière s’explique surtout par les tactiques adoptées par l’UMP Sciences Po cette année.
En multipliant les invitations de personnalités politiques, telles que Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, ou Alain Juppé, les dirigeants du parti se sont assurés de faire salle comble à chaque événement. Une stratégie doublement payante, puisqu’elle a permis au parti d’attirer de nouveaux adhérents, mais aussi de gagner en visibilité à l’échelle nationale.
De ce point de vue là, l’UMP Sciences Po a clairement réussi à remplir son objectif de l’année : celui de l’ouverture. Au sein de l’école, les évènements de ce parti s’adressent à un très large public. « L’UMP arrive à parler aux sciencespistes, et pas qu’aux militants », analyse Boris, l’un d’entre eux.
Et la section du parti de droite vise aussi à « sortir du cadre de Sciences Po pour s’imposer comme un exemple et se faire connaître », explique Léo Castellote, vice-président de l’UMP Sciences Po. « Le pari est si bien réussi qu’aujourd’hui, pendant les réunions entre les cadres du parti au niveau fédéral, on ne parle que de l’UMP Sciences Po », s’emballe Charles-Henri Alloncle.

Néanmoins, les efforts déployés en terme d’évènements et de communication se font, pour certains, au détriment d’une réelle réflexion, malgré l’instauration des groupes de travail avec les élus et un partenariat avec la Fondapol (cf. ci-dessous : création de groupes de travail dans lesquels des militants de Sciences Po produisent des notes pour les élus de l’UMP avec NKM, Pécresse et Juppé notamment) : « L’UMP me déçoit : j’aimerais qu’on réfléchisse ensemble, qu’on trouve des solutions », témoigne ainsi Ophélia (NDLR : les prénoms ont été changés, les militants ayant souhaité rester anonymes), une militante. « A la place, on nous demande surtout du présentiel. »
Mais cela fonctionne, puisqu’une quarantaine de personnes se déplace au minimum à chaque événement du parti. Pour Manon Chonavel, secrétaire du PS Sciences Po, si l’organisation d’événements de grande ampleur s’avère être un modèle à reprendre, cela n’en demeure pas moins symptomatique d’un attrait des étudiants pour la notoriété d’une personne plus que pour son savoir. « Si on n’invite pas de grandes figures, on n’intéresse pas les sciencespistes« , regrette-elle. « Or les plus compétents ne sont pas forcément les plus célèbres ».
« Faute d’avoir une vraie opposition face à l’UMP, on la créé en interne entre les différentes sensibilités de droite et de centre droit. » Charles-Henri Alloncle
Enfin, le bureau de l’UMP Sciences Po a choisi de ne pas prendre position en faveur des candidats du parti qui s’affrontent au niveau national, que ce soit pour les primaires à venir ou pour les présidentielles internes de novembre dernier, où l’association avait d’ailleurs organisé un débat inter-candidats. « Le bureau doit rester neutre », assène Léo Castellote, vice-président.
« C’est un véritable atout, car on ne trahit personne» renchérit Charles-Henri Alloncle. Surtout, cela a permis aux différentes tendances de droite de se retrouver dans l’UMP Sciences Po cette année. « Le bureau actuel a réussi à rassembler les libéraux, les eurosceptiques, le centre de l’UMP… » se réjouit Omar Ben Abderahmen (relire son portrait interview dans La Péniche).
Pour ce militant, probable vice-président l’an prochain, il s’agit là d’une réussite à reconduire l’année prochaine. Et ce rassemblement est loin d’occulter le débat. « Faute d’avoir une vraie opposition face à l’UMP, on la créé en interne entre les différentes sensibilités de droite et de centre droit», analyse Charles-Henri Alloncle.

L’émergence de l’UMP dans le paysage politique de l’école ne peut s’expliquer sans prendre en compte la dynamique nationale. Pour Omar Ben Abderahmen (UMP), on assiste à “une poussée de la droite à Sciences Po, certes minoritaire mais qu’il ne faut pas occulter.” Et d’après Boris (UMP), “le dynamisme vient surtout de la conjoncture, l’UMP étant un parti d’opposition.”
L’activité de l’UMP Sciences Po est aussi liée à ses relations avec le parti national, qui a extrêmement soutenu son antenne sciencespiste cette année. Pour la présidente du PS, c’est parce qu’il existe peu de structures pour les jeunes au sein de l’UMP que « le niveau national se focalise sur cette antenne locale de jeunes. A titre de comparaison, je ne pense pas que le PS national accorde plus d’importance à sa section sciencepistes qu’aux autres sections », analyse-t-elle.
Au contraire, selon Camille Chevalier, on assiste à un accroissement des liens entre la structure étudiante indépendante qu’est l’UMP Sciences Po, et son parti national. Cela s’explique par la création de groupes de travail dans lesquels des militants de Sciences Po produisent des notes pour les élus de l’UMP (ex : Alain Juppé, NKM et Valérie Pécresse), mais aussi par le développement de l’UMP Grandes Ecoles, dont Charles-Henri Alloncle… est aussi responsable. Pas un hasard si même le président des jeunes populaires (en congé) Stéphane Tiki est venu prêter main forte à l’équipe de l’UMP Sciences Po lors du tournoi de football de l’Association Sportive (!).

Pour Omar Ben Abderahmen, c’est surtout parce que la gauche à Sciences Po est « démobilisée et morcelée » que l’UMP parvient à tirer son épingle du jeu. « La force structurelle de l’UMP à Sciences Po est d’accueillir un grand nombre d’étudiants de droite se sentant en minorité face à la majorité de gauche » considère Martin, un militant de l’UDI Sciences Po. « Et comme tout corps politique se croyant minoritaire, cela le pousse à s’organiser encore plus. Le taux d’engagement des sensibilités à droite est plus fort qu’à gauche, ce qui profite à une UMP sans concurrents réels. »
C’est peut-être à cause de ce manque d’opposition que l’UMP semble avoir pris quelques distances avec les autres partis de l’école. « On n’est pas du tout rivés sur les autres partis, on est au-dessus de la mêlée », estime Léo Castellote. En témoigne le peu d’implication du parti dans le dialogue politique interne de Sciences Po.
« La force structurelle de l’UMP à Sciences Po est d’accueillir un grand nombre d’étudiants de droite se sentant en minorité face à la majorité de gauche (….) Et comme tout corps politique se croyant minoritaire, cela le pousse à s’organiser encore plus. »
« Arrêtons avec ses pseudos débats où on met tout le monde sur le même pied d’égalité », pense d’ailleurs Charles-Henri Alloncle des fameux débats interpartis. « Organisons plutôt de grands débats où s’affronteraient à chaque fois deux associations politiques différentes. Mais ce n’est sûrement pas à nous de les mettre en place. » Non, l’UMP Sciences Po n’est pas prête à mettre à profit son dynamisme pour développer les échanges entre les formations politiques de l’école. L’UMP a de l’ambition, et cela se voit.

Le dynamisme de l’UMP s’explique aussi par son organisation interne bien rôdée. « Ce qui marche, c’est qu’on a des rôles bien répartis », constate le président du parti. Ce dernier impulse le rythme de l’année, et donne des directives aux vice-présidents qui jouent un rôle d’exécutants tout à fait capital.
Charles-Henri Alloncle, en double-diplôme avec HEC, n’étant pas tout le temps présent à Sciences Po, c’est cette dualité 4A / 2A qui explique aussi la force de l’association. Pour la militante de l’UDI, « la direction est organisée en cercle autour d’un président aux allures de chef de meute ». « On aime bien avoir un leader, c’est dans la culture de la droite » approuve Omar Ben Abderahmen.

Par ailleurs, le président de l’UMP Sciences Po prône un fonctionnement méritocratique. « A partir du moment où on fait ses preuves, tout le monde peut s’engager et avoir des responsabilités » explique-t-il. Le nombre élevé de militants est alors un atout important, puisque le président pousse chacun à s’investir.
« Il est ambitieux pour nous » témoigne Ophélia, (*), militante UMP. Et Charles-Henri semble satisfait de cette organisation, qui a permis à l’UMP de s’affirmer sur la scène politique de l’école : « L’UDI pourrait être le premier parti de l’école, c’est celui qui colle le plus à l’esprit Sciences Po. Mais c’est finalement nous qui en avons profité en ratissant large. On a invité quelques personnalités que l’UDI aurait pu convier (Juppé, Minc, Ferry) ».
« La direction est organisée en cercle autour d’un président aux allures de chef de meute (…) On aime bien avoir un leader, c’est dans la culture de la droite »
Si le mode de fonctionnement de l’UMP Sciences Po est une mécanique performante, elle suscite beaucoup de convoitises et se retrouve particulièrement contestée en cette fin d’année. D’après Lorenzo, un militant UMP, les rivalités internes sont très fortes et entretenues par le succès de l’association qui pousse bon nombre d’ambitieux à vouloir occuper les postes de leurs aînés.
Les observations de Martin (*) UDI) vont dans ce sens : « Comme dans tout grand parti, la lutte est encore plus féroce pour le pouvoir. L’UMP est à ce titre, et de loin, le parti le moins convivial de Sciences Po. Tout simplement parce que son mode de désignation encourage la cooptation, la rivalité et donc la méfiance»
Ce constat, partagé par certains militants de l’UMP Sciences Po, détonne avec « l’organisation familiale », « la cohésion et la qualité du lien humain » vantées par les membres du bureau. A l’instar de Lorenzo, certains adhérents se sont offusqués de la « toute puissance du bureau » et d’une « organisation trop autoritaire et pas assez démocratique dans le choix des dirigeants ». « Aujourd’hui, ma principale critique à l’égard du parti est son mode de renouvellement : ce n’est pas un véritable scrutin », déplore Boris, militant UMP.

Traditionnellement, le président propose une liste composée des militants qu’il verrait constituer le prochain bureau. Cette liste doit ensuite être approuvée par la majorité des adhérents. « Cette manière de faire de la politique est dépassée », critique Ophélia (*) : « C’est un fonctionnement archaïque, propice aux magouilles ». A l’inverse, Léo Castellote pense que cela permet de passer la main dans le calme et la continuité : « c’est un meilleur mode de fonctionnement que celui du PS, où la procédure ultra-démocratique engendre des conflits ».
« Ce sont des gens qui ne se sont pas investis cette année qui mènent la fronde pile poil pour l’élection … » Léo Castellote
Pourtant, les conflits provoqués par ce passage de témoin ne sont pas ce qui manque à l’UMP Sciences Po. En témoigne le récent report de l’Assemblée Générale censée organiser le renouvellement du bureau. Ces derniers ont contesté un renouvellement « en violation totale des statuts ». Ceux-ci stipulent en effet que l’AG doit être convoquée au minimum une semaine avant la date prévue, tandis que dans les faits elle ne l’a été que de 48h. De plus, « seule une partie des adhérents a été convoquée pour le vote », s’insurge Anthony, un militant.

Admettant ces erreurs, le Président du parti a décidé de déplacer l’assemblée générale afin qu’elle puisse être réalisée dans des conditions « irréprochables». Cette discorde pointe un problème structurel de l’UMP Sciences Po: « Les statuts ne sont pas respectés depuis plusieurs années, ils doivent être réécrits» reconnaît Léo Castellote. Si le non-respect des statuts n’est pas nouveau, pourquoi les voix dissonantes se font-elles particulièrement fortes cette année?
Cette contestation interne s’explique, pour le président du parti, par le fait que la compétition pour la présidence soit plus rude que par le passé : aujourd’hui, contrairement à ce qui avait pu se passer pour Charles-Henri Alloncle et Nicolas Thomas, aucun candidat ne fait l’unanimité et ne s’impose naturellement. « Alors, les gens essayent d’instrumentaliser l’élection pour faire passer leurs candidats, en jouant sur des arguments juridiques », soupire Charles-Henri Alloncle.
La fronde est en effet menée par Paul Frisch et Stanislas Barthélémi, qui ne cachent pas leur ambition pour prendre la présidence de l’association en 2015-2016 puis en 2016-2017. « C’est d’autant plus frustrant que ce sont des gens qui ne se sont pas investis cette année qui mènent la fronde pile poil pour l’élection …» ajoute Léo Castellote.
« Les gens essayent d’instrumentaliser l’élection pour faire passer leurs candidats, en jouant sur des arguments juridiques … »
Mais Anthony, l’un des dissidents, n’admet pas agir pour de telles fins. C’est pour lui un moyen de s’opposer au « manque de professionnalisme » du bureau. « On en a ras-le bol de ce genre de manipulation. Les statuts ne sont pas optimaux, mais agir ainsi, c’est agir à l’encontre de l’ADN de notre famille politique, qui est le respect des lois et de la démocratie ».
Mais après une année effrénée menée à la baguette, peut-on vraiment s’étonner que certains se soient sentis pousser des ailes pour prendre la tête de la structure politique la plus dynamique de l’école ?
(*) : les prénoms ont été changés, les militants ayant souhaité rester anonymes
]]>Omar Ben Abderahmen (UMP)

Etais-tu engagé avant d’entrer à Sciences Po?
J’ai été engagé à l’UMP un an avant d’entrer à Sciences Po, je militais dans mon département, dans ma ville du Puy en Velay en Haute Loire.
Quels ont été les temps forts de ton année ?
Déja l’entrée à Sciences Po : moi je viens d’un lycée en milieu rural, j’étais complètement surpris par le melting pot extraordinaire qu’il y a ici.
Au niveau politique, j’ai eu de nombreux moments forts : le grand moment politique de mon année, c’est quand j’ai été reçu, avec l’association Touche pas à ma bourse, je la mérite, dont je suis un des principaux responsables, par Nicolas Sarkozy. C’était vraiment un grand honneur d’être reçu par l’ancien président de la République, que je soutiens en plus dans la période actuelle : c’était un vrai moment fort.
Quelques mots sur les syndicales?
Un syndicat permet de souder les liens. C’est ça que j’aime en politique, que ce soit à l’UMP Sciences Po ou à l’UNI Sciences Po, c’est que l’on est vraiment une vrai famille. Quand quelqu’un a un problème il peut compter sur les autres et vice versa. La politique c’est aussi ça.
Qu’est ce que ça fait d’être de droite dans une école de gauche?
Et bien au début ça fait un peu bizarre. Surtout qu’ici c’est la vrai gauche quand même, je dis pas tous, mais beaucoup sont de la vraie gauche. Après ça te motive, ça te pousse sans cesse à chercher de nouveaux arguments, à convaincre toujours, et d’un point de vue intellectuel c’est très intéressant. Et puis au moins, on ne s’ennuie pas. Il y a tout le temps des choses à faire quand on est de droite à Sciences Po.
D’autant que Sciences Po n’est pas non plus sectaire : l’UMP Sciences Po est la première association politique de l’école, la première association reconnue, et l’UMP Sciences Po a fait vraiment un très bon travail, un travail de fond. Donc je pense qu’être à droite Sciences Po ce n’est pas la même chose en 1968 qu’en 2015.
Quels sont tes projets au sein de la section UMP pour l’année prochaine?
Développer le pôle formation à l’UMP Sciences Po, qui n’est peut être pas assez travaillé et pourquoi pas une visite de l’Assemblée nationale, d’autres associations le font, je pense que c’est une bonne chose pour faire venir les étudiants de 1A.

Quelles sont les qualités importantes selon toi pour faire de la politique?
Avoir des capacités intellectuelles, être capable de réfléchir, ne pas être sectaire, aller à la rencontre des gens. Et la deuxième chose c’est la passion, la foi d’être sur le terrain, de tracter. Le tractage c’est la base, je ne conçois pas la politique sans être un peu sur le terrain. C’est bien de faire Sciences Po, l’ENA et d’être parachuté, mais moi c’est à l’opposé de ma conception de la politique. La politique c’est d’abord les tripes, il y a la raison, les capacités, mais c’est d’abord les tripes. Si on a envie, on peut tout faire.
Quels sont les trois mots que tu choisirais pour décrire tes valeurs?
Le terrain, le mérite et l’honnêteté.
Tu comptes rejoindre le bureau l’année prochaine ?
Ce n’est pas moi qui décide. Et moi je ne fais pas de la politique forcément pour les places. Mais je pense que le système de renouvellement du bureau de l’UMP est très bien, c’est un système qui récompense les 1A selon une seule chose : le mérite. Si le bureau me juge apte à être vice-président, bien évidemment j’accepterai cela, avec plaisir, pour agir. Mais s’il ne me propose pas je ne serai pas forcement déçu, je continuerai à militer dans tous les cas. Je ne pense pas à ça matin midi et soir.
Tu ne penses pas à ça en te rasant?
(rires) Certainement pas ! Si on s’engage en politique, c’est aussi pour ne pas ressembler aux anciens !
Lucile Bourre (MJS)

Parle-moi de ton parcours, étais-tu engagée avant de rentrer à Sciences Po par exemple?
Oui j’étais engagée avant d’entrer à Sciences Po, je suis entrée au MJS en juin 2012, lorsque j’étais en seconde, donc assez tôt. (…) J’ai d’abord milité pour la campagne des législatives avant d’aller à l’université d’été. Puis j’ai coordonné mon équipe dans le 7ème et et le 15ème arrondissement, j’ai été coordinatrice d’équipe pendant trois mois et maintenant je suis au collectif fédéral à Paris.
Pourquoi avoir choisi le MJS?
Si je suis au MJS et pas au PS ou dans un autre parti , c’est que précisément pour moi, le mouvement, comme il n’a pas de visées électorales, a pour but de réfléchir et de proposer un projet de société et des idées alternatives. C’est plus ce format là qui me plaît justement, le fait de ne pas être une machine à gagner des élections que tu réactives quand tu es en campagne. Je préfère la perspective qui consiste à travailler son argumentation politique, à porter un projet sur le long terme.
Qu’est-ce que tu penses de la vie politique sciencepiste ?
Le problème de cette école, c’est qu’il faut la repolitiser. J’ai l’impression que lorsque je m’adresse à des sciences pistes, je tombe souvent sur des gens qui n’ont pas pris le temps de la réflexion politique.
Quelles sont selon toi les qualités à avoir pour militer et pour “faire de la politique”?
Je sais pas si c’est une qualité, mais je pense qu’il faut être un minimum idéaliste, surtout quand tu es jeune. Les vieux viendront toujours te dire “ce que tu veux faire c’est pas réaliste, ça n’arrivera jamais” et je pense que nous en tant que militants, en particulier en tant que jeunes, c’est une qualité pour nous de pouvoir penser en dehors du modèle des adultes, des politiques, de pouvoir leur proposer des choses alternatives auxquelles ils n’auraient pas forcement pensé par eux-mêmes.
Quels sont les trois mots que tu choisirais pour représenter ce en quoi tu crois?
Egalité, justice, avenir.
Pourquoi militer, pourquoi faire de la politique, surtout aussi tôt, et penses-tu continuer après Sciences Po?
J’ai commencé tôt parce que j’ai besoin d’exprimer mes convictions, j’ai besoin d’en parler, j’ai besoin de convaincre les gens. Quand j’ai commencé je ne pouvais pas aller voter, donc je suis dit que j’allais envoyer les autres voter à ma place.
Maintenant je continue parce que je pense que j’ai affiné mon raisonnement politique et je pense que la politique, une fois que tu y es entré, c’est très compliqué d’en sortir. Même si je ne veux pas forcément en faire ton métier, je pense que j’aurais énormément de mal à m’arrêter de militer simplement parce que c’est un peu comme tout : au début tu le fais en dehors de tes cours, en dehors de tes hobbys, quand t’as le temps. Ensuite ça devient ton hobby. Et après ça devient tes cours.
Christine Samandel (UDI)

Est-ce que tu étais déjà politiquement engagée avant d’entrer à Sciences Po ?
Le problème c’est qu’en Corse, l’UDI est inexistante, donc je me suis encartée en juin dernier seulement, même si auparavant je suivais ça avec beaucoup d’attention, j’allais aux meetings quand je venais à Paris. Mais c’était compliqué car pour moi l’engagement politique ne peut pas se baser que sur l’envoi de messages par internet, il faut vraiment avoir une expérience de militantisme. (…) Quoiqu’il en soit je savais qu’en venant à Paris l’année suivante, je m’investirai pour l’UDI.
Tu milites pour l’UDI mais aussi pour le MET, pourquoi avoir fait ce choix?
Déjà, je rappelle je rappelle que l’UNI-MET à Sciences Po était historiquement centriste puisque c’est Pierre Bornand qui a dirigé le syndicat il y a quelques années. Et puis je connaissais Léo Castellote, responsable de l’Uni Met Sciences Po, avec qui on ne se rejoint pas sur toutes nos idées politiques, loin de là, c’est pour ça qu’il est à l’UMP et moi à l’UDI. On est vraiment assez opposés sur de nombreuses questions. Mais je rejoins sa conception de la méritocratie et j’apprécie cette forme de militantisme syndical qu’on ne retrouve pas dans les partis, mais plus dans les organisations comme l’UNI-MET ou l’UNEF.
Bien entendu, je ne rejoins pas du tout le programme national de l’UNI, mais sur des questions étudiantes spécifiques à Sciences Po je pense que l’on peut additionner nos différences. La méritocratie et le programme que l’on a défendu sont des points qui me correspondent totalement.

Quel est ton rôle au sein de la section et quels sont tes projets?
Cette année j’ai géré le pôle conférence : lorsque les membres du COMEX avaient un invité, c’est moi qui m’occupait du choix des thèmes, de la logistique, des descriptifs, mais je travaillais aussi avec le pôle communication. Et puis au fur et à mesure de l’année la présidente Marine Denis m’a fait de plus en plus confiance, et m’a permis de travailler sur d’autres projets, (…) notamment un micro trottoir en novembre avec Antoine Gastinel, le trésorier de l’Udi Sciences Po. Je pense que c’est important de toucher un petit peu à tout.
Pour l’année prochaine, je suis candidate à la présidence de la section. Présider une section politique en deuxième année, c’est un challenge. Mais je ne manque pas d’expérience. Je ne serai pas présidente pour un poste, pour un titre, pour être déconnectée de la base militante. Si je suis présidente, je dirigerai la section de manière collégiale, en contact permanent avec les militants, en ayant en permanence à l’esprit la volonté de créer une dynamique de groupe et une synergie collective. Je veux que l’UDI Sciences Po devienne une vraie association de sciences-pistes mobilisés, soudés, avec un véritable esprit de groupe, avec une dynamique interne où chacun se sente libre de porter ses projets !
Quelles sont selon toi les qualités à avoir pour faire de la politique?
L’engagement à toute épreuve, le respect des autres et l’honnêteté . Ce n’est pas forcement ce que l’on observe en politique, mais l’honnêteté est fondamentale pour moi. Ensuite on voit qui est méritant, disons que pour une section par exemple, ce n’est pas ceux qui font des coups bas qui gagnent toujours. Il y a un bilan qui permet d’avoir une légitimité. Mais avant tout, pour s’engager il faut être passionné : que l’on soit en politique ou dans le milieu associatif, le plus important, c’est d’être passionné, de pouvoir aller au fond des choses. Si on a ça, on peut créer une dynamique et générer chez les autres le même élan.
Séraphin Elie (PS)

Etais-tu engagé avant d’entrer à Sciences Po?
Non je n’étais pas vraiment engagé avant d’entrer à Sciences Po : j’avais un peu milité lors des municipales pour une liste de rassemblement de la gauche PS-EELV-PCF sur laquelle mon père était présent. Mais je suis bien le premier de la famille à avoir franchi l’étape de l’adhésion à un parti lors de mon entrée à Sciences Po !
Quel est ton rôle au sein de la section Jean Zay ?
Au premier semestre, j’ai fait beaucoup de tenue de table en Péniche, puis un membre de la section a quitté le bureau pour aller militer dans une section d’arrondissement donc j’ai eu l’occasion de rentrer au bureau où je suis aujourd’hui responsable de la mobilisation.
J’ai notamment coordonné la campagne des départementales durant laquelle nous sommes allés militer dans le 93 pour soutenir une ancienne élève de Sciences Po, conseillère régionale et candidate au conseil départemental de Villetaneuse. Elle a été élue et est aujourd’hui vice-présidente du conseil départemental.
Quels sont tes projets pour l’année à venir ? Est-ce que tu souhaites ramener plus de monde aux évènements ?
Oui! Nous avons vraiment des difficultés à faire venir du monde, c’est une situation que l’on retrouve dans beaucoup de partis. L’UMP y arrive encore car ils arrivent à avoir des noms sur leurs évènements. Nous on a essayé de privilégier les débats de fond, sans forcément inviter des personnalités, afin de ne pas annihiler le débat avec les invités. Notre débat sur la formation professionnelle n’a pas forcément eu un grand succès mais il était passionnant.
C’est paradoxal d’avoir du mal à mobiliser alors que Sciences Po est une école de gauche !
Je pense que nous avons beaucoup de sympathisants et les scores de l’UNEF montrent que l’école est plutôt à gauche. Mais on a un peu de mal à déplacer les gens pour nos évènements. Sans doute parce qu’il y a beaucoup d’associations de gauche, ce qui complique les choses pour mobiliser.
Nos adhérents sont aussi très impliqués dans d’autres associations comme Terra Nova,l’Unef, Plug’n Play ou Open Diplomacy. Et puis le fait que nous soyons un parti gouvernemental jouent aussi en notre défaveur, mais cela tourne: j’imagine qu’il y a trois ans l’UMP avait davantage de mal à mobiliser qu’aujourd’hui !
Quelles sont les qualités importantes selon toi pour s’impliquer en politique ?
Pour être militant, il faut savoir travailler en équipe, remplir son rôle et savoir déléguer, on ne peut jamais tout faire. Il faut aussi être toujours sympathique et croire en ce que l’on fait. Il ne faut pas agir par pur opportunisme.
Quel candidat pour 2017 pour le PS ?
Pour le PS je pense que Martine Aubry serait une bonne candidate, elle parviendrait à rassembler le parti, c’est une figure nationale. Mais elle n’a pas su s’imposer en vue du Congrès donc cela me semble compliqué.
Pourquoi t’être engagé au PS ?
Même si j’ai des déceptions, je crois sincèrement aux valeurs du PS et à l’équilibre entre capitalisme libéral et régulation excessive. Mais je ne suis pas fermé aux autres partis : l’union de la gauche est indispensable. La journée des gauches était à ce titre tout à fait intéressante : on était pas d’accord sur tout, mais on peut se ressembler sur des convictions.
Quels sont les trois mots que tu choisirais pour décrire tes valeurs?
La politique, l’Europe, l’avenir.
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C’était un 27 Mai 1974, Valéry Giscard d’Estaing aka « VGE » devenait le troisième président de la Ve République, succédant à George Pompidou. Il déclara ainsi, dans son discours d’investiture, ouvrir une « ère nouvelle de la politique française ». Quarante ans après, dans un entretien avec Franz-Olivier Giesbert pour Le Point, VGE revenait sur son mandat en se présentant désormais comme un « homme au centre » et non pas un homme du centre.
En effet, les « années Giscard » ont vu des réformes aux idéologies historiquement opposées, entre restriction de l’immigration et politique économique libérale et majorité à 18 ans et interruption volontaire de grossesse. Mais alors, quel politicien était VGE ? Jules Bigey, représentant de l’Union des Démocrates et Indépendants à Sciences Po, parti dit « centriste », et Léo Castellote, vice-président de l’Union pour un Mouvement Populaire, parti dit « de droite », livrent ainsi leurs analyses respectives du mandat de VGE dans le « Face à Face » de La Péniche.
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En 1974, c’est bien un président du centre qui rentre à l’Elysée, ses premiers actes le confirment. Il avait depuis plus d’une décennie fréquemment critiqué la politique de De Gaulle, ce qui avait attiré à lui les centristes et nombres de déçus du gaullisme. Elu, il mène une politique qui tend à s’éloigner du clan conservateur. Parmi les membres de son gouvernement progressiste, se trouvent Jean Lecanuet à la justice et des personnalités issues de la société civile comme Simone Veil à la Santé et Françoise Giroud dans un tout nouveau Secrétariat d’Etat à la Condition Féminine, une condition qu’il veut voir évoluer.
Sur les sujets de société, parfois contre l’avis de sa majorité et son électorat, Giscard se distingue par son objectif d’adaptation de la législation à l’évolution des mœurs et des réalités sociales. Le divorce par consentement mutuel est adopté largement par le Parlement, preuve d’une politique se construisant au-delà des antagonismes gauche-droite, rejoignant les positions de l’UDI, un parti qui se veut aujourd’hui être une force d’opposition « constructive ». En outre, la dépénalisation de l’avortement s’inscrit comme une réforme progressiste de la politique sociétale de Giscard, qui tourne le dos aux conservateurs de sa majorité sur de nombreux points.
La politique économique de Raymond Barre fut elle-même bel et bien centriste, voire même de centre-gauche. Elle est notamment jugée aujourd’hui par Jean-Louis Bourlanges comme la politique « la plus parfaitement social-démocrate » connue par la France : redistribution très importante, développement de la protection sociale, extension des bénéficiaires de la sécurité sociale, retraite à 60 ans pour les travaux pénibles. Cet ensemble de réformes du système social n’apparaissent pas comme « de droite », et la gauche, dans notre analyse, portera après 1981 ces réformes à un niveau déraisonnable. Giscard se situa ainsi au centre, en combinant un message d’encouragement aux entreprises et au capitalisme avec une redistribution sociale conséquente (rappelons la hausse de l’impôt sur le revenu pour les ménages les plus aisés en 1976).
Enfin, le projet européen de Giscard le laisse indéniablement dans la famille centriste, lui qui voulut bâtir, loin de l’utopie de certains, une Europe forte, basée sur un rapport d’égalité du couple franco-allemand, qui puisse s’affirmer dans la mondialisation qui s’intensifiait, une Europe unie, économiquement, socialement et culturellement, trop bien conscient des dangers du repli sur soi.
Le bilan de réformes du Président Giscard d’Estaing est aujourd’hui trop peu connu des français, alors que ce fut une période pendant laquelle justement les réformes par leur nombre, et leur caractère progressiste, furent le plus importantes.
Si un dernier élément peut être apporté à la démonstration des affinités d’idées, de valeurs et de façon de faire de la politique entre VGE et l’UDI, rappelons que lors de l’Assemblée Constituante de l’UDI, Valéry Giscard d’Estaing adressait son soutien à la jeune Union des Démocrates et Indépendants, heureux de voir se rassembler les femmes et les hommes allant du centre droit au centre-gauche derrière le projet d’une économie libérale de marché à forte dimension sociale. Et de conclure « essayez de réussir par vos idées, et non par des manœuvres », une phrase lourde de sens dans le contexte politique actuel.
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Valéry Giscard d’Estaing était-il centriste ? Voilà bien une question dont la réponse semble de prime abord évidente. N’était-il pas européiste lui qui, tout jeune, a rêvé les Etats-Unis d’Europe, lui qui a avancé sur la voie du fédéralisme en soutenant l’élection du Parlement européen au suffrage universel direct, lui qui a préparé l’euro en créant l’ECU et le Système Monétaire Européen ? N’était-il pas libéral lui qui, dès 1965, a soutenu la règle d’or, lui qui a privilégié l’épargne et l’investissement à la consommation, lui qui a soutenu le libre-échange face au protectionnisme ?
N’était-il pas progressiste lui qui, plus jeune Président de la République à son entrée en fonction, a modernisé la communication politique, lui qui a permis l’IVG et le divorce par consentement mutuel, lui qui a abaissé l’âge de la majorité à 18 ans ? N’était-il pas surtout membre de l’UDF, lointain ancêtre des centristes d’aujourd’hui, ancêtre d’ailleurs non pas de l’UDI de centre-droit mais du MODEM de centre-gauche ? A toutes ces questions, la réponse est bien sûr positive.
Et pourtant, Giscard n’était pas centriste. Ses prises de position n’ont rien à voir avec celles de ceux qui se revendiquent aujourd’hui du centrisme : son attachement à l’Algérie française, à la peine de mort ou au droit du sang risqueraient d’en choquer plus d’un à l’UDI. Ses alliés politiques d’alors ne se reconnaîtraient probablement pas au MODEM d’aujourd’hui : il soutint le Général de Gaulle en 1968, Georges Pompidou en 1969 et Nicolas Sarkozy en 2007 comme en 2012.
Mais cela ne suffit pas à démontrer que Giscard n’est pas centriste. Pour ce faire, définissons d’abord ce qu’est le centrisme. Le centrisme, ce n’est ni une politique ni une idéologie, c’est une attitude. Le centrisme, c’est la recherche du consensus à tout prix, c’est la politique du compromis à l’extrême, le centrisme, c’est François Hollande qui navigue au jour le jour sans cap défini ni ligne directrice. Giscard était européiste, libéral et progressiste. Mais cela ne faisait pas de lui un centriste.
Ainsi, l’extrême-droite néopaïenne promeut-elle le fédéralisme européen. Est-elle centriste pour autant ? Ainsi, Margaret Thatcher était assurément libérale. Etait-elle centriste pour autant ? Ainsi, la gauche libertaire a-t-elle fait du progressisme sociétal son principal cheval de bataille, est-elle centriste pour autant ?
Quant à l’UDF, elle rassemblait de nombreux partis, loin d’être tous centristes, dont celui de Giscard (le Parti Républicain devenu Démocratie libérale) qui quitta l’UDF et participa à la création de l’UMP en 2002 sous l’impulsion d’Alain Madelin. Non, Giscard n’était pas centriste. C’était un Président de droite, d’une droite orléaniste et non bonapartiste, mais de droite tout de même.
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