UE – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 18 Apr 2025 06:48:36 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png UE – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 François Hollande : « Il ne faut pas chercher toujours la perfection, mais le progrès » https://www.lapeniche.net/francois-hollande-il-ne-faut-pas-chercher-toujours-la-perfection-mais-le-progres/ Fri, 18 Apr 2025 06:00:00 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56876 Dans un contexte de questionnements quant à l’intégration européenne, l’avenir de l’État français mais aussi d’un monde très instable, l’ancien président de la République François Hollande exprime ses positions sur les maux actuels du monde et livre ses pensées quant à l’avenir institutionnel de notre pays.

LA PÉNICHE. – L’administration, vous en êtes issu, vous la connaissez. Votre successeur a souhaité réformer la haute fonction publique, en remplaçant l’ÉNA par l’INSP, avec un concours d’entrée modifié, la suppression du classement de sortie et la fusion des grands corps de l’État en un unique corps des administrateurs de l’État. Cette réforme va-t-elle dans le bon sens ?

François HOLLANDE. – Des réformes, il en faut quand il s’agit de mieux faire travailler l’administration et d’assurer aussi une diversité dans son recrutement et notamment pour les emplois de dirigeant de ces administrations. Je ne vais pas mettre en cause la volonté d’ouvrir l’ENA et même d’en changer le nom – si tant est que cette terminologie le nom change l’institution. En revanche, il n’était pas bon de fusionner les corps de l’État et de remettre  en cause des carrières qui se déroulaient – qui s’effectuent d’ailleurs toujours – pour la diplomatie, pour la préfectorale, ou encore pour les finances. Former des spécialistes n’empêche pas les mobilités indispensables.

De la même manière, si les grands corps doivent évoluer et s’ouvrir davantage, le système de cooptation n’est pas le bon. Il existait des classements, ils pouvaient toujours être discutés – notamment les disciplines qui étaient proposées pour les réaliser. Aujourd’hui, c’est chaque corps qui organise lui-même les modalités et l’accès, sans qu’on en connaisse les modalités. Je continue de penser qu’il faut garder le principe de l’examen, du concours et donc du classement.

Ne pourrait-on pas penser qu’il est plus logique que les hauts-fonctionnaires candidatent auprès des administrations qui les choisissent, et pas l’inverse ?

C’est légitime que l’administration puisse avoir ses préférences mais elle n’est pas une entreprise privée qui est rompue aux séances de recrutement. L’État ne va pas quand même avoir recours à des chasseurs de tête pour embaucher tel ou tel fonctionnaire. La motivation, la vocation, ça compte. J’ai connu des élèves de l’ÉNA (ou l’INSP) qui passaient le concours pour être diplomate, préfet, ou être au Conseil d’État par exemple et, s’ils n’y arrivaient pas forcément, ils ne désespéraient pas pour autant de la fonction publique.  

À propos de nos institutions, certains pensent que la Cinquième République est à bout de souffle. Dans votre livre Les Leçons du pouvoir, vous suggériez par exemple de supprimer la fonction de Premier ministre et de présidentialiser davantage le régime. Y êtes-vous toujours favorable ?

La constitution de la Cinquième République s’est révélée plutôt souple et plastique. C’est encore vrai aujourd’hui. Elle permet qu’un gouvernement qui n’a pas de majorité puisse durer et à un président désavoué après une dissolution d’aller au bout de mandat. S’il faut une évolution institutionnelle, un véritable régime présidentiel mérite d’être considéré. Il donnerait paradoxalement beaucoup plus de pouvoir au Parlement, mais il présenterait l’inconvénient – et je le mesure – de verticaliser encore davantage la fonction présidentielle. Si on ne veut pas aller jusque-là, je préconise de revenir à ce moment-là aux origines même de la Cinquième République, avec un chef de l’État en surplomb qui fixe les grandes orientations, agit sur le plan international, et assure comme chef des armées la défense du pays et avec un gouvernement disposant au sein de l’exécutif d’une plus grande autonomie. Dans cette configuration, le scrutin proportionnel pourrait sûrement trouver sa justification avec la formation de coalitions, le temps des majorités absolues serait révolu.

C’est donc quelque part un changement d’avis, étant donné que vous vous disiez n’être pas favorable à la proportionnelle parce que cela favoriserait les extrêmes par le jeu des coalitions…

La politique évolue plus vite que nos esprits. Aujourd’hui, l’extrême droite a maintenant avantage à garder le scrutin majoritaire, et les partis républicains ont intérêt à la proportionnelle.

L’évolution de nos institutions peut aussi passer par l’Europe. Vous exprimiez l’idée d’avoir un budget militaire commun avec l’Allemagne, et même de partager notre siège aux Nations Unies…

Je n’ai jamais été jusque-là. Je récuse l’idée possible de partager le siège des Nations Unies, dans le cadre d’une réforme du Conseil de sécurité pourtant souhaitable. En revanche, je milite pour un rapprochement entre la France et l’Allemagne, sur le plan militaire (ce que font les Allemands en se réarmant en ce moment), ce moteur franco-allemand doit assurer la sécurité du continent.

Au niveau européen, cela ne nous conduirait-il pas à long terme à un État fédéral ?

Non, l’Europe de la Défense ne se fera pas à 27. Elle passera par des coalitions d’États qui iront plus vite que d’autres, pour régler les urgences et préparer les choix à long terme. Toute l’Europe ne peut pas aller au même rythme.

L’Europe peut-elle encore s’élargir en intégrant l’Ukraine, par exemple ? Vous disiez en 2023 à propos des accords de Minsk qu’ils avaient aussi permis de gagner du temps pour permettre à l’Ukraine de se réarmer pour se défendre. Cela veut-il dire que vous ne croyiez déjà plus ou pas à une paix durable entre l’Ukraine et la Russie ? En espérant que la fin de la guerre arrive vite, intégrer l’Ukraine dans l’UE permettrait-il de solidifier la paix ?

Accueillir dans le moyen ou long terme l’Ukraine dans l’UE, c’est une perspective pour consolider l’économie ukrainienne et réaffirmer l’ancrage démocratique de l’Ukraine. Mais l’UE n’est pas une alliance militaire, donc l’adhésion de l’Ukraine ne donnera aucun moyen supplémentaire à ce pays – si tant est que le processus d’adhésion débouche rapidement. Avec Minsk, l’Ukraine n’a pas gagné du temps, elle a fait en sorte de se réarmer pour prévenir le pire. C’est la Russie qui l’a ensuite envahie, ce n’est pas l’Ukraine qui a porté une attaque à l’égard de la Russie – et la Russie n’avait rien à craindre de l’Ukraine. Voilà pourquoi il est si important de donner des moyens militaires au pays agressé.

En France, des manifestations se sont tenues le 22 mars 2025 contre le racisme et différentes formes de discrimination ; le même jour un rabbin a été agressé à Orléans. Comment expliquer le fait que, aujourd’hui, en France, il y ait autant actes racistes et antisémites (plus de 1570 en 2024) ?

Une propagande agressive, hélas, s’est diffusée depuis des années contre l’État d’Israël. Cette propagande laisse penser que tout juif est un soutien du gouvernement de Netanyahou et est donc responsable de ce qu’il se passe à Gaza. Cette présentation fallacieuse et les menées complotistes n’est pas pour rien, quoiqu’en disent ses auteurs, dans la multiplication des actes antisémites. Lesquels s’alimentent des clichés traditionnels de l’extrême droite.

Pendant des mois après les attaques terroristes du 7 octobre, la population de la bande de Gaza a été bombardée par le gouvernement de Netanyahou. La perspective d’une paix s’est-elle éloignée après qu’il a rompu le cessez-le-feu en reprenant les bombardements ?

Oui, l’appui américain de Netanyahou par Trump explique pour beaucoup ce qu’il s’est produit ces derniers jours, c’est-à-dire la suspension de la trêve. Or tout devrait être fait pour convaincre le gouvernement de Netanyahou de préparer un accord plus large pour l’avenir de Gaza, et d’une manière générale de la Cisjordanie, avec de la Palestine dans son ensemble. Le rôle de l’Europe et des pays arabes est précisément d’exiger du Hamas de libérer les otages le plus vite possible – et de convaincre le gouvernement israélien de revenir à la raison et de ne pas entrer dans la logique de l’évacuation de la population de Gaza comme Trump en a scandaleusement fait l’hypothèse.

Il est d’autres conflits, d’autres situations dont on parle moins, celle des Arméniens par exemple. Actuellement, se tiennent en Azerbaïdjan des simulacres de procès des anciens responsables de l’Artsakh (Haut-Karabakh), qu’on aperçoit même sur les images avec des dents manquantes qui témoignent de la torture qu’ils subissent dans ces prisons… Comment la France peut-elle les aider ? Du côté de l’UE, est-ce cohérent et moralement acceptable de qualifier Vladimir Poutine de « dictateur » – ce qu’il est – et Aliyev de « partenaire fiable » et donc d’acheter du gaz azéri mais pas russe ?

En effet, d’autant que le lien entre l’Azerbaïdjan et la Russie est assez évident et que Poutine, en lâchant les Arméniens, a laissé les Azerbaïdjanais occuper des territoires sur lesquels ils n’ont aucun droit. Des négociations pour un traité de paix sont en cours, que l’Azerbaïdjan fait traîner, tenté par une reprise du conflit. Il faut donc être ferme à l’égard de l’Azerbaïdjan. Or, acheter de gaz russe, acheter du gaz à l’Azerbaïdjan, c’est entretenir les revenus de pays qui ne respectent pas le droit international.

Quelles réponses internationales serait-il possible de donner aux régulières cessions de micro-territoires arméniens et à la présence de soldats azéris sur le territoire arménien – sans même parler du cas du Haut-Karabakh ?

Le Haut-Karabakh a toujours été un territoire discuté. Il est occupé sans connaitre le souhait de la population concernée puisqu’elle a été évacuée. Mais au-delà du Haut-Karabakh, il y a maintenant des zones qui sont occupées par l’Azerbaïdjan en toute illégalité.

Concernant la Syrie, la dictature de Bachar el-Assad a été renversée par une coalition de rebelles, incluant des djihadistes, des anciens d’Al-Qaïda, des terroristes – en tout cas considérés comme tels par une cinquantaine de pays. Quelques mois plus tard, 1300 civils ont été massacrés en quelques jours. Les responsables politiques occidentaux de manière générale se sont-ils réjouis trop vite ?

Il y avait des raisons de se satisfaire de la chute de Bachar el-Assad. Il a commis des crimes effroyables et a été pour partie à l’origine de la création de Daesh. Néanmoins, il y a eu une part de naïveté sur ce qu’était la coalition des forces qui avait pris le pouvoir. Dans cette coalition nous trouvons à la fois des vrais opposants au régime depuis toujours, des terroristes repentis – dont le chef actuel du gouvernement – des Turkmènes qui s’en prennent aux Kurdes… Ces derniers jours des exactions contre les Alaouites ont été relevées. Je suis à la fois très attentif à ce que ne se reproduisent pas des règlements de comptes et à ce que soit stabilisé le nouveau régime.  Il n’est pas possible de lever les sanctions si on n’a pas ces garanties-là. Les Français ont un lien historique et humain avec la Syrie. Elle doit être sévère si des exactions sont commises, protectrice s’il faut accueillir des populations qui pourraient être victimes de ces agressions et aussi disponibles pour assurer la mutation démocratique de la Syrie.

Ayant exercé la fonction de président de la République, seriez-vous d’accord pour dire que « le mieux est l’ennemi du bien » ?

Oui, c’est un principe qui se révèle assez juste dans beaucoup de domaines, c’est-à-dire qu’il ne faut pas chercher toujours la perfection, elle n’est pas nécessairement de ce monde. Il faut chercher le progrès, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. C’est-à-dire penser que le progrès est un chemin linéaire – même s’il peut y avoir quelquefois des bifurcations. Faire que nous puissions faire avancer l’humanité étape par étape. Tel est l’enjeu de la politique.

Le gouvernement de François Bayrou peut-il parvenir à progresser d’ici à 2027 sur des sujets importants, comme l’éducation, la sécurité ou la retraite ?

Il n’a ni ces objectifs ni les moyens d’y parvenir… Dans sa situation politique, les grandes réformes me paraissent difficilement à sa portée. À partir de là, il lui revient de gérer le pays au mieux, d’éviter les régressions et de donner sa chance au dialogue social, ce qui s’est ouvert pour les retraites. Quand un gouvernement n’a pas de majorité, il lui revient de s’appuyer sur la société, c’est elle qui va lui donner la force dont il manque.

D’ailleurs, sur la retraite, certains ont été étonnés qu’après votre quinquennat, vous vous inscriviez dans un programme ou une ambition de la ramener à l’âge de 60 ans…

Non, je n’ai jamais pris cette position. J’ai fait voter la réforme dite Touraine dont l’objectif était d’allonger la durée de cotisation – c’est à mon avis le meilleur des systèmes dans un régime de répartition –, garder l’âge de 62 ans – même si on sait qu’un certain nombre de nos compatriotes partent après – mais permettre aussi à ceux qui ont travaillé longtemps de partir avant. C’est pour cette raison que la borne d’âge n’est pas le système le plus juste.

Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes qui veulent s’engager dans la chose publique ?

Oui, adhérer à un parti politique. C’est ce que vous avez de mieux à faire. Si vous pensez que la démocratie ne va pas bien – ce qui est vrai –, si vous pensez qu’il y a un risque pour l’avenir du pays, alors engagez-vous.

Propos recueillis le 24/03/2025 par Albert Ghazaryan.

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Conference with Salome Zourabichvili: Georgian President makes a plea for Europe https://www.lapeniche.net/conference-with-salome-zourabichvili-georgian-president-makes-a-plea-for-europe/ Tue, 19 Mar 2019 09:00:09 +0000 http://lapeniche.net/?p=39252 On Monday February 18th, Sciences Po had the honour of hosting an alumni and former professor turned President of Georgia, Salome Zourabichvili, for a 60-minute conference, three months after her election. Amid an impressive security and media coverage, the President gave her vision of the future of the country, a future which she resolutely sees in Europe.

The event started with opening words from Sciences Po director Frédéric Mion, in which he introduced the audience to what he described as the President’s « unique and exceptional career« . The daughter of Georgian immigrants who fled after the Soviet invasion, she became a French diplomat before being appointed Minister of Foreign Affairs in Georgia, and was then elected president. Besides this prestigious path, Mr Mion also proudly looked back on the President’s career at Sciences Po, both as a student and as a teacher, where he couldn’t help but notice her reputation as a rather shy teacher, which hadn’t prevented her from being elected to the highest office in her country.

Mrs. Zourabichvili then sought to explain to the audience exactly where and what was Georgia, this “small and very strange country” located on the shores of the Black Sea, squished in the friendly neighbourhood of Russia, Turkey and Iran. For her, Georgia was in itself “a symbol that anything can happen”.

In what she intended to be a moving speech, she recalled the many times the country had been invaded, its capital Tbilissi burnt down, its society shaken by 80 years of totalitarianism, and yet how despite these traumatic events, the country kept moving forward and rebuilding itself, thanks to « its unique culture and strong sense of identity ». Faced with the challenges of suddenly becoming free and open to the rest of the great big globalised world, she proudly told the audience how valiantly the citizens of her country, and especially the women, had reacted, despite the difficulties of immigration and open markets.

Yet in this globalised world and unstable environment, Georgia is looking for partners. For Mrs Zourabichvili, the Georgian identity is directly linked to Europe. In a resolute plea, the president invoked the exchanges dating back to the 15th century, the shared proximity of the Black Sea and the connection between the former president and European leaders to make her most important point, a determined appeal for Europe to hear her calls for a closer union.

Unabashed by the turmoil within the European Union and the apparent disregard for her country’s requests, the former diplomat showed her determination to achieve this closer integration. “We shall invade the union from inside” was how she labelled her strategy of joining first the Europe of culture, then the Europe of transport, and reinforcing bit by bit her bonds with the Union. “If an agreement has been negotiated with the Brexit, I don’t see why it couldn’t be applied to Georgia”.  

This connection seems especially necessary from a security perspective. Indeed, Georgia is not located in the merriest of locations, as the President quickly reminded the audience. Tensions at the Ossetian border with Russia remain strong, and Moscow “keeps playing with Georgia’s nerves” with its provocative behaviour. The openness and militarisation of the Black Sea (“which cannot become a sea for confrontation”)  is another difficult subject. This led the President to praise the EU force that had been sent there, and reinforced her argument that closer bonds were necessary. She claimed it was only through alliances such as this one or NATO, with which she runs military exercises in the Black Sea, that Russia could be kept in check and shown its actions will be met with consequences.

“Georgia knows what it wants and where it belongs”. There are “no other perspectives, we will continue in that direction, whatever the difficulties”.  The country’s president indeed gave a powerful account of this small country’s difficult position in the world, making it appear almost heroic in the face of such adversity, during a conference that appeared as a plea, if not an advertisment, for her country. Upon leaving the conference, one could almost feel a sense of sympathy for this small country stuck between giant belligerent neighbors, and hope, despite the unfriendly odds, that Europe would find the time and the care to look after its neighbour.

Adam Galametz

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Débat Jeunes Européens : Six voix pour une seule Union https://www.lapeniche.net/39038-2/ Thu, 29 Nov 2018 10:00:03 +0000 http://lapeniche.net/?p=39038 Débat à l’approche des élections européennes…

Mardi soir, l’association des Jeunes Européens de Sciences Po a invité plusieurs personnalités politiques afin de débattre en vue du scrutin européen de mai prochain, en amphi Emile Boutmy. Malgré l’échéance des partiels (que l’on voit arriver encore plus vite que l’élection), l’échange a eu lieu sous les yeux d’un public de sciencepistes avertis.

Des intervenants issus de différents bords

En effet, étaient présents 6 actuels ou anciens députés européens, n’ayant pas les mêmes avis politiques. Ainsi, Jean Arthuis soutient le mouvement d’Emmanuel Macron et de l’autre, tandis que Younous Omarjee représente la France Insoumise. Par ailleurs, Constance Le Grip est issue des Républicains, Virginie Rozière parle au nom des Socialistes, Joëlle Mélin appartient au Rassemblement National et enfin, Michèle Rivasi défend les couleurs des Verts.

Aux premiers abords, cette pluralité promettait un échange enflammé et des répliques tranchantes. En réalité, l’ensemble est resté globalement courtois, bien que Michèle Rivasi se soit plusieurs fois laissée aller à des tirades passionnées. Nous avons également tous remarqué les mimiques de la députée des Républicains au fil des interventions de ses petits camarades, mais cela en est resté là.

Des thèmes variés et (trop?) nombreux

La journaliste chargée de modérer le débat lance ainsi tout au long de la soirée des sujets de discussion et interroge tour à tour les personnalités présentes, n’hésitant pas à les couper si il le faut. De cette façon, sont abordés pèle mêle-le problème de l’abstention, le Brexit, les migrations, l’État de droit, le budget… Jusqu’à finir à 21h35, en laissant Constance Le Grip parler en continu pour rattraper l’écart des temps de parole.

L’importance de l’élection de 2019

Tous ces enjeux font donc dire au Directeur de l’École des Affaires Internationales de Sciences Po qu’il s’agit de l’élection européenne « des premières fois » : la première après la sortie d’un pays, la première à parler réellement d’Europe, la première pour laquelle les résultats ne sont pas prévisibles, les première où tous les chefs des institutions seront renouvelés et la première où les Allemands sont susceptibles d’avoir le leadership (il évoque alors la possibilité d’Angela Merkel).

Cependant, l’intervention de Younous Omarjee tempère les choses : selon lui, chaque élection est identifiée hypocritement par les responsables comme celle qui va tout changer mais au vu de la continuité qui suit ces élections, ce discours ne fait que provoquer le désamour du peuple pour les institutions qui le représentent.

Des discours qui demeurent traditionnels

On reconnaît pendant les 2 heures d’échange des points de désaccords classiques et des positionnements prévisibles. Ainsi, la représentante du Rassemblement National demande « pourquoi intégrer [les réfugiés] ? » et propose que le départ de leur pays natal soit accompagné d’un retour. Au contraire, Virginie Rozière dénonce la politique d’Emmanuel Macron quant à l’Aquarius et souligne que les arrivées migratoires en Europe n’ont rien d’insurmontable à ce jour.

Par ailleurs, l’extrême droite et l’extrême gauche se présentent comme « euro-critiques » tandis que les autres apparaissent comme europhiles. Cependant, tous s’accordent sur la question du Brexit et sur son échec, sauf la députée du Rassemblement National qui assure « ne pas s’inquiéter pour ses amis britanniques ».

De même, quand il s’agit de savoir si l’Europe doit sanctionner la Pologne pour ses violations de l’Etat de droit, Jean Arthuis met en avant qu’il est difficile pour des Etats membres de donner de l’argent à un pays qui ne partage pas leurs valeurs – des valeurs qui font partie des « critères » afin de rentrer dans l’Union comme le remarque Virginie Rozière. En opposition, Joëlle Melin parle d’ « ingérence » en Pologne et de « traités trop contraignants » qui mettent en péril la souveraineté nationale et qui expliquent selon elle le départ du Royaume-Uni.

Enfin, sur la problématique abstentionniste, chacun a tendance à jeter la pierre sur l’autre, dénonçant soit le libre-échange soit les contraintes du cadre européen. Constance Le Grip parle d’un nécessaire « renouvellement des visages ».

Ainsi, le débat de mardi s’est efforcé de rappeler l’importance pour les jeunes d’aller voter en mai prochain, pour s’exprimer sur le fonctionnement des institutions supra étatiques et soutenir l’une des multiples visions de l’Europe. Les intervenants, convaincus, ont rappelé leur ligne politique et ont répondu aux divers enjeux identifiés. La suite d’ici quelques mois…

Rachel Dufrène

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L’Union européenne a-t-elle une politique étrangère ? https://www.lapeniche.net/cre_politique_ue/ https://www.lapeniche.net/cre_politique_ue/#comments Thu, 15 Oct 2015 06:30:45 +0000 http://lapeniche.net/?p=31503 Sans titre 2Sans titreLe 30 septembre 2015, Critique de la Raison Européenne organisait à Sciences Po une conférence débat sur la politique étrangère de l’Union européenne. Les deux personnalités invitées à confronter leurs points de vue étaient le député des Républicains Jacques Myard, spécialiste de politique étrangère, et l’économiste Jacques Sapir, spécialiste des questions européennes et de la politique extérieure de la Russie. Tous deux, convaincus et cherchant à convaincre, illustrant leurs propos d’anecdotes plus ou moins récentes, se montrent pessimistes quant à une Europe unifiée. Ils n’excluent pas une prise d’indépendance de la France. La réaction de l’UE face aux conflits est jugée inefficace en raison de la division des Etats membres et serait dirigée par la volonté des Etats-Unis. La question de l’attitude à adopter à l’égard de la Russie est aussi posée. Et au fil de la conférence le rôle de la France est présenté comme insignifiant.

 

Une situation « pire que dans les dernières années de la guerre froide »

Jacques Sapir considère que la politique étrangère européenne est dans une impasse depuis le traité de Lisbonne de 2007. Celui-ci renforçait la coopération des Etats de l’Union européenne dans l’objectif d’une politique étrangère commune. Depuis cette date, l’Europe se voit donc contrainte, au nom de la solidarité européenne, de conduire des politiques contraires aux intérêts nationaux de certains Etats, dont la France, de toute évidence.

© Critique de la Raison Européenne

Face à ce concept étroit de solidarité européenne, certains pays comme la Russie adoptent une attitude défensive. La situation est tendue, et d’après lui « pire que dans les dernières années de la guerre froide », durant lesquelles se réalisait le démantèlement progressif du bloc de l’Est. La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 en fut l’évènement emblématique.

Aujourd’hui, la confrontation avec la Russie voulue par les Etats-Unis est reprise par l’UE. Les sanctions contre la Russie ont conduit à des contre sanctions. Leur objectif protectionniste a produit des effets indésirables comme la crise agricole. Cela de manière directe par l’arrêt des exportations en Russie, et indirecte par l’interdiction faite aux pays de l’Union Européenne d’accéder au marché Russe. C’est en effet la hausse de la concurrence au sein de l’Union Européenne qui est un des facteurs de la baisse des prix des produits agricoles.

 

« Devons-nous entrer dans cette logique de confrontation avec la Russie, ou faire la part des choses ? »

La question est posée par Jacques Sapir. Les Russes ne sont pas « blancs comme des agneaux qui viennent de naître ». Vladimir Poutine dénonce un coup d’Etat lors du départ du président Ianoukovitch, bien que cet oligarque « n’ait jamais été soutenu par la Russie ».

Jacques Myard à la gauche de Jacques Sapir © CRE

Une partie de l’Ukraine n’est-elle pas russe ? A l’époque de l’Union soviétique, un contrepoids à la Russie est trouvé, mais sans l’accord des populations. La partie orientale de l’Ukraine est majoritairement russophone et soutient une politique pro-russe.

Au lieu de négocier, les dirigeants de Kiev ont provoqué une guerre civile nécessitant l’intervention de la Russie au profit des régions soulevées. Bien que la Russie ait repris le contrôle de la Crimée qui était ukrainienne depuis soixante ans, elle ne semble pas chercher à scinder l’Ukraine. Elle refuse par exemple de reconnaitre l’indépendance des régions DNR et LNR (Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk).

La situation militaire ukrainienne échappe à l’Union européenne, ce qui provoque des désordres économiques et engendre le risque que la Russie se détourne de l’Europe et se tourne vers l’Asie. « Il est urgent de trouver une formule qui serait peut-être une variante des accords de Minsk », lance l’économiste.

 

« En lisant le titre de la conférence, j’ai cru que c’était une provocation »

Jacques Myard affirme, en effet, l’existence d’une politique étrangère de l’UE puisqu’une multitude de textes sur la sécurité commune et la défense sont en vigueur. Seulement, l’article 47.2 du traité de l’union européenne met en contradiction le principe de l’union même. « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies. Cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres. Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. » C’est en réalité l’OTAN qui choisit les politiques étrangères.

L’amphi Erignac n’a pu accueillir que la moitié des candidats à la conférence © CRE

« Nous suivons le troupeau européen »

Jacques Myard prend l’exemple de la livraison des Mistrals à la Russie, annulée par solidarité européenne. Le refus de la vente étant contraire à ses intérêts, la France se retrouve dans une impasse.

A propos de la Syrie, il considère que François Hollande tient un discours n’offrant aucune perspective de repli et mettant la France hors-jeu.

L’Europe a été conçue comme un bloc qui écarte la Russie et les Etats-Unis. Or un bloc ne peut être hétéroclite. Jacques Delors lui-même disait que « L’Europe puissance est une utopie » et savait qu’une politique étrangère commune était impossible. Il est difficile de converger à quinze et encore plus dans une union élargie.

 

Jacques Sapir conclut en prônant (comme à son habitude) la solution de l’indépendance des Etats, l’éclatement de l’UE, et l’éventualité d’un rapprochement de la France avec un certain nombre de pays comme l’Espagne et l’Italie. Une grande alliance entre pays européens ne serait pas nécessaire sauf peut-être au sujet du climat. Et sur ses réjouissance, le spécialiste des questions européennes appelle aussi à un « Front de libération nationale » contre l’euro, faisant toute sa place au FN.

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