tafta – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Sat, 06 Oct 2018 10:30:54 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png tafta – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Qui parle des 28 au 27 ? https://www.lapeniche.net/associations_europe/ Tue, 15 Sep 2015 06:00:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=30784 L’Europe et Sciences Po, c’est une valse passionnée. Et du Master Affaires Européennes aux publications régulières des Presses de Sciences Po sur le sujet, les étudiants sont au coeur du mouvement. Sujet incontournable, les 28 animent de nombreuses associations au 27. Entre convergences et différences, éloge et critique, La Péniche fait le point.

La fibre fédéraliste

Résolument fédéralistes, les Jeunes Européens Sciences Po s’activent, parfois un peu trop dans l’ombre, pour sensibiliser les jeunes à la cause européenne.

La section sciences piste compte vingt membres actifs pour plus de soixante-quinze adhérents. Elle développe des programmes ouverts à tous les étudiants.

« Nous organisons notamment des Europe à l’Ecole, c’est-à-dire des interventions du primaire aux BTS. Nous coordonnons également plusieurs cafés-débats dans l’année et nous participons activement à la rédaction du Taurillon, le journal en ligne des Jeunes Européens », explique Pauline Vidal, présidente des JE.

© Jeunes Européens

Les évènements prévus cette année sont ambitieux. Un jumelage avec une section des JE récemment créée à Londres est à l’ordre du jour, dans un contexte de référendum éventuel sur « une Brexit » en juin 2016.

Malgré une énergie déployée considérable, les Jeunes Européens ne sont pas toujours très visibles dans l’école. La Présidente avoue que « beaucoup de notre énergie est dépensée sur nos activités et nous ne sommes pas toujours performants quand il s’agit de communiquer. Évidemment nous cherchons à nous améliorer. »

© Jeunes Européens

La deuxième association ouvertement fédéraliste est à trouver en la personne des Europeans Now, connue quant à elle pour une communication enthousiaste et festive.

« L’association souhaite promouvoir le débat public sur l’Union Européenne. Nous sommes partis du constat que l’Europe ne fait plus rêver et qu’il faut redorer son blason. Il faut la « rendre sexy » pour donner à chacun l’envie d’apporter sa pierre à l’édifice » explique Sébastien Chapotard, trésorier.

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© Europeans Now

Europeans Now a déjà réalisé plusieurs coups en organisation des conférences sur l’Europe de la Défense ou l’Europe de l’énergie mais semble être moins en vue depuis quelques temps par manque de nouveaux adhérents motivés et déliquescence du bureau.

Il n’en demeure pas moins que les responsables comptent bien poursuivre leur oeuvre en développant cette année des « petits évènements types cafés-débats ou débats inter-partis ». Sébastien Chapotard lance même un appel : « Nous souhaitons accueillir le maximum de 1A sensibles aux idées européennes et prêts à s’investir avec d’autres jeunes ». Et poursuit : « Nous sommes convaincus que l’extrême droite nationaliste et eurosceptique ne doit pas être la seule à monopoliser la parole lorsqu’il est question d’Europe. »

Dans de tels discours, ne pourrions-nous pas envisager un rapprochement ? « Les Jeunes Européens font partie d’un réseau hors de Sciences Po – le Mouvement Européen France. Je nous crois également plus militants et politiques même si nous restons résolument transpartisans ! », considère Pauline Vidal.

Même son de cloche du côté de Europeans Now qui précise : « Nous sommes résolument indépendants de toute structure, et nous n’organisons pas le même type d’évènements. »

Une volonté de débat et de contradiction

D’autres sciences pistes ne sont pas de cet avis et sont bien décidés à faire entendre leurs voix.

Côme Delanery, le responsable, pour cette année 2015-2016, de Critique de la Raison Européenne (CRE) fait partie de ceux ci. Il nous explique que « L’association fondée en 2013, cherche à ouvrir le débat sur l’U.E. à Sciences Po, où il manque cruellement alors même que dans la société française il est permanent et que dans toute l’Europe on voit de plus en plus que les peuples veulent en finir avec cette construction antisociale et antidémocratique. »

CRE compte une quarantaine de membres actifs, issus de toutes les promotions, qui participent à un programme chargé. « On fait des dîners informels ensemble, on tient des tables, on écrit des articles pour le journal Souveraineté que nous avons lancé l’an dernier et puis on organise quelques conférences », rappelle le responsable. 

Plusieurs confrontations avec les autres associations ont été organisées l’année dernière, comme le débat sur le TAFTA avec les Jeunes Européens ou la conférence sur l’avenir de l’euro avec Henri Guaino, co-modérée par l’UMP Sciences Po.

Beaucoup de personnalités de renom ont été par ailleurs invitées par le passé comme Jean-Pierre Chevènement, Pierre Manent ou encore Périco Légasse.

© CRE

Les membres de l’association assurent que « de belles têtes d’affiche sont à prévoir pour l’an prochain » ainsi que des débats avec les autres associations européennes. La très probable arrivée d’une section FN à Sciences Po (dont certains fondateurs sont d’anciens membre de CRE), promet quelques émotions…

Toutefois, Côme Delanery insiste pour que l’on ne voit pas les sympathisants de CRE comme des euro-saboteurs primaires. « A CRE, on aime l’Europe plus que tous ceux qui veulent lui imposer austérité et technocratie » martèle-t-il. Les membres de CRE se définissent eux-mêmes comme des « euro-réalistes ».

A noter que d’autres organisations comme Contre-Courant Sciences Po manifestent également des velléités eurosceptiques.

De la nouveauté en perspective

Du côté du campus de Menton, une antenne d’EuropaNova, un think tank animé depuis quelques temps par Guillaume Klossa, a vu le jour.

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Jeremy Lucky, le fondateur, s’en félicite : « Avec cette initiative, j’espère réunir tous les étudiants désireux de débattre sur différents sujets traitant de l’Europe », déclare-t-il.

Pour autant, l’étudiant en première année ne souhaite pas développer une association qui ouvrirait la voie à des thèmes trop polémiques. Il assure que son but « n’est pas de discuter d’austérité mais de structurer les participants en groupes de travail sur des sujets tels que la gouvernance économique de l’Union, l’Europe sociale ou les enjeux énergétiques communautaires. »

Le programme de cette nouvelle association – si elle est reconnue en octobre – est pour le moins ambitieux. En effet, son fondateur envisage d’organiser un cycle de conférences avec une pléiade d’invités d’honneur dont les noms n’ont pas encore été portés à notre connaissance.

Il tentera, par ailleurs, de développer des projets en parallèle. Ainsi il espère « encourager les étudiants des grandes écoles de commerce à prendre part dans ces débats » et il les invite d’ores et déjà à participer à des évènements chapeautés par le noyau central du think tank, comme la sixième édition des États généraux de l’Europe ou encore le programme 40under40, co-organisé par Friends of Europe.

Pour ce faire, il compte bien sur l’aide du réseau déjà conséquent de Guillaume Klossa. À suivre donc.

Le point d’interrogation

Une autre association européenne avait été reconnue à l’issue de la procédure 2014-2015 : Le Parlement Européen des Jeunes.

© Wikipédia

Se présentant comme une « organisation apartisane offrant aux étudiants une plateforme de débats et de réflexion autour des grands enjeux de l’Europe d’aujourd’hui, (…) en leur permettant de remettre leurs propositions à des responsables publics », elle participe également à plusieurs évènements culturels à l’instar des euroconcerts ou la Fête de l’Europe.

Les membres du bureau du PEJ n’ayant pas répondu à nos questions, nous ne sommes pas en mesure de dire si ce dernier sera de nouveau présent pour la reconnaissance de cette année.

Le science piste l’aura compris : il y a de quoi attendre des débats riches et houleux. L’an de grâce 2015 alimentera-t-il le bruit et les fureurs de l’europhobie, de l’euro-mollesse ou de l’euro-pragmatisme ? Vous avez la réponse. Et c’est à vous de jouer.

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TAFTA : hostilité unanime des sections sciencepistes https://www.lapeniche.net/debattafta/ Thu, 05 Mar 2015 22:34:18 +0000 http://lapeniche.net/?p=26917 Dessin par Camille Schmitt
Dessin par Camille Schmitt

Alors que depuis juillet 2013, les cycles de négociations entre les européens et américains se succèdent pour le traité TAFTA, les sections UDI et Nouvelle Donne de Sciences Po organisaient le jeudi 5 février dernier un débat entre les représentants de tous les partis politiques sciencepistes. 

C’est donc pour permettre aux partis de “confronter leurs points de vue en dehors des seuls concours d’éloquence” que Nouvelle Donne et l’UDI ont impulsé cette rencontre. Mais au plus grand dam des modérateurs des Jeunes Européens (JE) et de Critique de la Raison Européenne (CRE), surpris de la belle unanimité affichée par les séctions sciencepistes, le débat n’a pas eu lieu.

 

Une opposition unanime sur le TAFTA 

Dès les premières minutes du débat, le ton était en effet donné : les participants ont tous formulé leur hostilité vis-vis du TTIP. Du Front de Gauche à l’UMP, ceux-ci ont tout d’abord dénoncé « l’opacité des négociations » ainsi que des informations « partielles » et « floues ». « Même s’il s’agit d’un traité diplomatique, on doit être au courant de l’avancée et du contenu des négociations» a expliqué,  Arthur Berthet, au nom du PS.

C’est principalement ce « manque de démocratie », décrié par l’ensemble des partis, qui explique également l’opposition du MoDeM et l’UDI au TAFTA, représentés par Louis Baktash et Camille Akoun.

Dans la même logique, Romain Millard représentant l’UMP,  a regretté que le traité ne soit voté qu’à la fin des négociations, sans possibilité d’amendement, tandis que Nina Llado, membre de Nouvelle Donne, a prôné l’instauration d’un recours systématique au référendum pour chaque nouveau traité.

Par ailleurs, les intervenants se sont conjointement et fermement opposés au tribunal arbitral privé, qui figure parmi les mesures phares du traité. Cette institution aurait pour but de régler les litiges entre les Etats et les entreprises, en donnant à ces dernières la possibilité d’obtenir une compensation en cas d’expropriation. Or, pour Nina Llado de Nouvelle Donne , ce tribunal arbitral signifie « la fin de la politique, en contournant les réglementations et en favorisant les grandes multinationales ».

En effet, au travers de l’évaluation de la légitimité de l’action publique par une instance privée, c’est la souveraineté nationale qui serait remise en cause. Cependant, l’idée d’un mécanisme de règlement des différents efficace au niveau international n’est pas totalement rejetée, puisqu’Arthur Berthet du PS s’est prononcé en faveur d’une « OMC qui disposerait d’un réel pouvoir de sanction. »

Enfin, les représentants de chaque parti ont émis des réserves quant à l’ajustement des normes européennes aux normes américaines. Selon Louis Baktash, représentant du MoDem, c’est l’inverse qui devrait se produire : « l’harmonisation des normes doit se faire par le haut, afin de garantir aux consommateurs européens le niveau de protection dont nous jouissons aujourd’hui, et pourquoi pas, d’améliorer par là le cadre de vie des américains. » “L’idée d’alignement des normes est bonne, a complété Nouvelle Donne, mais pas son application ».

Hélia Chevrant-Breton
Dessin par Hélia Chevrant-Breton

 

Le MoDem réticent à “tout libre-échange avec les Etats-Unis”, l’UDI, l’UMP et le PS plus modérés

Si l’ensemble des intervenants se sont rejoints sur les grandes lignes, de nombreuses divergences existent néanmoins dans leur opposition au traité transatlantique. L’UDI,  l’UMP et le PS n’ont pas rejeté l’idée même du TAFTA mais son application. « Officiellement, l’UMP soutient le principe mais avec une grande réserve sur la façon dont les négociations vont aboutir », précise Romain Millard. D’après lui, dans un contexte où le protectionnisme législatif des Etats-Unis pénalise les entreprises européennes, le TAFTA est une opportunité pour rééquilibrer les rapports de force au profit des européens.

En revanche, c’est bien le projet de traité transatlantique qui est contesté par Louis Baktash. Le représentant du MODEM, s’il ne rejette pas un traité de libre échange de manière générale, a exprimé ses réticences à “tout libre-échange avec les Etats-Unis.” Curieux pour une famille politique qui a cohabité avec les libéraux pendant plus de vingt ans au sein de l’UDF.

Les représentants des partis membres du collectif Stop TAFTA (MJS, FDG, EELV, ND) ont pour leur part protesté contre les principes mêmes de ce traité. Selon Lucas W., représentant des Ecolos Sciences Po, l’objectif affiché de relancer l’activité économique ne sera jamais atteint. « D’après certaines prévisions, le TAFTA devrait engendrer une croissance de 0,5% sur 10 ans. Ce qui revient à une hausse annuelle du PIB de 0,04%.» C’est-à-dire rien du tout. D’autant que ces estimations, sur une période de 10 ans, apparaissent très incertaines.

Ces doutes concernant les réelles retombées économiques du projet sont également partagés par Arthur Berthet du PS. « N’oublions pas que les millions d’emplois prévus au Mexique suite à la signature de l’accord de libre-échange avec les USA ne sont jamais arrivés », a mis en garde le jeune homme. 

Dès lors, à gauche, on s’interroge sur les bénéfices de ce traité pour l’Union Européenne. «Est-ce une bonne idée de favoriser les échanges avec les pays outre-Atlantique, alors que cela contribue à augmenter l’effet de serre ? Il faut sortir de cette logique de libre échange généralisé pour instaurer un modèle de protectionnisme-solidaire qui permettrait la transition écologique. Cela passerait par la mise en place de nouveaux tarifs douaniers liés aux principes sociaux et environnementaux », explique ainsi Antoine Salles, représentant du Front de Gauche Sciences Po. 

Dessin par Jules Andreau
Dessin par Jules Andreau

Reconstruire l’Europe avant de mettre en place le marché transatlantique ? 

Interrogés par les intervenants des JE et de CRE, les participants au débat ont chacun proposé des alternatives au TAFTA. Tous s’accordent sur la nécessité de renforcer l’Europe politique pour pallier aux difficultés actuelles, mais les priorités ne sont pas les mêmes.

Pour Camille Akoun, intervenant au nom de l’UDI,  il faut tout d’abord « renforcer le marché européen » avant de s’atteler à la mise en place d’un marché transatlantique.

Au contraire, c’est justement cette Europe « basée sur le volet purement économique et commercial » qu’a dénoncé Aurélien Froissart (Ecolos). «Le TAFTA est significatif du mal qui nous ronge, d’un système ultra-libéral à  bout de souffle. Cela pose la question des valeurs européennes : l’Europe est-elle seulement un marché? » Le jeune homme met en garde contre l’amalgame entre production de richesse et bien-être collectif. « La croissance suppose une destruction des ressources. C’est pour cela que le libre-échange n’est pas compatible avec l’écologie et la survie de l’humanité. »

Partageant ce point de vue, la représentante de Nouvelle Donne a insisté sur la nécessité de construire l’Europe à partir d’un traité social en alternative au TAFTA, tandis que’Antoine Salles a préconisé une relocalisation de la production afin de lutter contre la perte d’emplois liés à l’internationalisation.

Ainsi, alors que les négociations du traité transatlantique ne sont pas encore arrivées à leur terme, le projet TAFTA ne semble déjà plus d’actualité. En effet, il faudrait que les 28 parlements de l’Union Européenne votent tous en faveur du traité pour qu’il soit adopté. Or depuis la victoire de Syriza, il apparaît certain que cela ne sera pas le cas en Grèce. « Ce traité est une occasion manquée, regrette Romain Millard. L’Europe a tous les atouts pour négocier avec les Etats-Unis. »

 

Le TAFTA, révélateur des défaillances du processus démocratique ?

Pour autant, bien que l’opposition au TAFTA ait semblé unanime ce soir-là, le représentant du MJS, Ewen Huet, a émis de sérieux doutes quant à « la capacité de l’opposition à être aussi forte quand le vote sera entre les mains des dirigeants ».

Cela est dû à deux défaillances du processus démocratique, soulignés durant le débat.Tout d’abord, les femmes et hommes politiques semblent relativement impuissants dans des négociations de ce type, où les experts détiennent une place centrale et parviennent à imposer leurs vues au détriment des volontés populaires. Enfin, le TAFTA illustre bien la crise actuelle de la démocratie représentative. « C’est une formidable nouvelle que l’ensemble des partis de Sciences Po rejettent ce traité, mais il faut aussi voir que la majorité des intervenants se désolidarisent des positions de leur parti», a relevé Joudain Vaillant, membre de Nouvelle Donne, lors du débat.

En prenant la parole, le jeune homme n’a pas manqué de rappeler que c’est la droite et le centre qui avaient voté en faveur du mandat de négociation du traité au Parlement européen. Et d’ajouter que François Hollande avait déclaré vouloir accélérer sa signature avant octobre 2014. Ce débat a ainsi mis en lumière des politiciens dont les actes semblent de plus en plus éloignés des volontés de ceux qu’ils représentent. Même lorsqu’il s’agit de militants impliqués dans les structures de leur parti.

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