S’élevant à 7,5% d’après les organisations syndicales et s’inscrivant dans un contexte d’inflation, cette hausse des frais de scolarité pour le bachelor et le master provoque une indignation chez les étudiant.e.s, notamment les plus touché.e.s : les sciencespistes venant de pays hors de l’Union Européenne. Ces étudiant.e.s payaient déjà en 2022 le coût maximal des frais de scolarité, soit plus de 13 000€ pour le bachelor. En regardant de plus près le site officiel de Sciences Po Paris, pour la rentrée 2023-2024, les sciencespistes habitant hors de l’Union Européenne devront payer 14 210€ pour le bachelor et 19 670€ pour le master (à l’exception des étudiant.e.s déjà inscrits à Sciences Po en 2020-2021 ou antérieurement, qui paieront respectivement 11 780€ et 16 210€).
« La hausse des frais maximaux n’est pas seulement imposée aux étudiants « aisés » mais aussi aux internationaux dont je fais partie et qui n’ont pas plus de moyens que des français. » « Pour les étudiants internationaux les frais de scolarité à plus de 13 000€ étaient déjà honteux, une hausse de 7% ou de quelconque somme serait inadmissible » nous confient des étudiants à Sciences Po, en première année.
Une hausse généralisée
Ce qu’il faut également noter, c’est le caractère généralisé de la hausse : elle ne touchera pas seulement les étudiant.e.s arrivant en première année de bachelor ou de master à Sciences Po en 2023 mais bien tous les élèves non boursiers, peu importe leur année d’étude.
« Le problème que me pose cette hausse des frais de scolarité est qu’elle se fait au milieu de notre scolarité, en commençant nos études à Sciences Po nous ne pensions pas devoir payer plus pour une formation qui coûte déjà beaucoup. Elle serait plus justifiée si elle ne touchait que les primo arrivants en 2023 (en bachelor et master), » nous dit une étudiante en monocursus en première année de bachelor.
Les syndicats se sont également emparés de cette cause pour la dénoncer. Emma, élue Solidaires au conseil de l’Institut nous explique son indignation face à cette “injustice” : “On se retrouve dans une situation où les étudiants sont condamnés à payer la tranche maximale, il ne peut pas y avoir de classe moyenne étrangère qui puisse aller à Sciences Po.”
Les étudiant.e.s du double diplôme Bachelor of arts and Sciences (BASC) sont également très touchée.e.s par cette réforme. Ces sciencespistes suivent un cursus à Sciences Po Paris exempté de certains cours : séminaire, sciences et sociétés en deuxième année, impossibilité de suivre l’étude d’une deuxième langue… En effet, leur cursus est double : une partie se déroule à Sciences Po, l’autre dans une université partenaire. Or, les frais de scolarité à Sciences Po sont pour eux les mêmes qu’un cursus complet, et ne font que s’accroître.
La principale revendication de ces “BASC” est donc la réduction de leurs frais de scolarité, notamment lors de leur quatrième année (le Bachelor se déploie sur quatre ans pour ces étudiantes et étudiants) comme explicité dans une pétition à l’initiative de ces étudiants : “Sauvez les Basc,” écrivent-ils. “Les étudiant.e.s des 4 parcours du Bachelor of Arts and Sciences ont décidé d’alerter Mathias Vicherat au sujet des frais de scolarité de 4eme année de la formation. Ces derniers s’élèvent à 50% du tarif général, sans accès aux séminaires ou cours de langues. Ce montant nous semble injustifié et mettrait de nombreux.ses étudiant.e.s en difficulté financière.” Ni le Conseil de l’Institut, ni le Conseil d’Administration n’ont entendu leurs revendications.
Augmenter les frais de scolarité pour amortir les effets de l’inflation
Pour certain.e.s étudiant.e.s, cette hausse est justifiée en raison de l’inflation : « je pense que le contexte la justifie. On a la chance de disposer d’infrastructures et de services qualitatifs, et il faut soutenir l’effort que fait l’institution de manière collective », témoigne une étudiante en 1A.
Pour d’autres, la pilule a plus de mal à passer. C’est pourquoi lors du Conseil de l’Institut du 13 décembre 2022, la vice-présidente (SPES) du Conseil de l’Institut, Inès Fontanelle, n’a pas hésité à prendre la parole sur ce sujet : « il y a 10 ans, en 2012, le montant de la tranche supérieure des frais de scolarité était de 9 800€ pour le Bachelor, et de 13 500€ pour le master. » Alors que la précarité étudiante semble exploser, avec 107 000 étudiants plongés dans la précarité et 45 000 dans une extrême pauvreté en France selon le Secours Populaire, les frais de scolarité n’ont fait que s’accroître.
L’administration de Sciences Po n’a pas donné suite à nos sollicitations dans les délais nécessaires mais la présidente du Conseil de l’Institut, Dina Waked, a tenu à mettre au courant les étudiantes et étudiants des thèmes abordés au conseil de l’Institut, à travers une lettre envoyée à la communauté étudiante par mail ce lundi 20 février. “Le 6 décembre et le 13 décembre 2022, nous nous sommes réunis pour deux séances consacrées au budget 2023 de Sciences Po […] notamment à propos des répercussions de l’inflation sur les droits de scolarité des étudiantes et des étudiants et, plus largement, sur la part que cette ressource dans le financement général de notre institution,” indique le message.
L’administration de Sciences Po invoque donc l’inflation comme l’une des justifications à la hausse des frais de scolarité pour la rentrée prochaine. Mais, que décide réellement le Conseil de l’Institut et comment ?
Un vote serré
Le site internet de Sciences Po indique que « les droits de scolarité sont votés chaque année par le Conseil d’Administration de la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP), pour l’année universitaire suivante. Leur évolution prend en compte l’inflation prévisionnelle en France pour l’année à venir, ainsi que l’écart entre l’inflation réellement constatée et l’inflation prévisionnelle retenue au titre de l’année précédente. »
Que pouvons-nous retenir de ce conseil d’administration* 2022, qui s’est tenu en décembre dernier ? D’après l’UNEF et Nova, malgré une forte déception, des résolutions positives ont néanmoins été adoptées suite aux revendications : doubler le budget de la Commission de suivi social (la commission à saisir pour un ajustement ou une exonération des droits de scolarité), augmentation de 7% du budget des bourses Boutmy (bourses d’excellence attribué aux étudiant.e.s non européen.ne.s), augmentation de 4% du montant des compléments de bourse du CROUS.
Malgré toutes ces résolutions contre la précarité étudiante et le vote défavorable des quatre grands syndicats étudiants (l’UNEF, NOVA, l’Uni et Solidaires), le conseil a voté favorablement à la hausse de 7,5% des frais de scolarité. Le vote a été plutôt serré au Conseil de l’institut **: 15 pour, 12 contre et 4 abstentions.
Pour Emma, élue Solidaires au Conseil de l’Institut, les abstentionnistes auraient pu changer le résultat final : “J’ai été choquée par la position des professeurs : une partie d’entre eux s’est visiblement abstenue, en affirmant comprendre la position délicate de l’établissement suite à l’inflation mais en disant aussi que c’est assez dur pour les étudiants. Ils ont dit que cette fois-ci, ils s’abstiendraient mais que si la hausse continuait les prochaines années, ils voteraient contre. À qui vous voulez enseigner ? Dans une université fermée ? Je suis sûre que les professeurs aimeraient plus de diversité dans leur classe”.
À l’issue de ce conseil d’administration, certains y voient néanmoins une victoire partielle puisque la hausse devait initialement s’élever à 9,46% : “Nous avons également décroché la promesse que la hausse des frais de scolarité serait inférieure aux 9,46% originellement annoncés. Dès lors, nous restons pleinement mobilisés pour abaisser ce taux le plus possible,” a indiqué Nova sur Instagram.
Pour d’autres, l’heure est à la déception. “Les frais de scolarité sont tellement élevés, les étudiants galèrent. Il n’y a pas que Sciences Po qui subit l’inflation, les étudiants aussi”, nous explique Emma, élue Solidaires. “On est contre le principe des frais de scolarité mais effectivement, cette abolition des frais de scolarité est un idéal vers lequel on tend. Alors, aujourd’hui, on s’oppose et on se mobilise contre la hausse des frais de scolarité.”
* D’après le site web de Sciences Po Paris : « La Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) a la responsabilité des grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po. Elle est administrée par un conseil d’administration. »
** D’après le site web de Sciences Po Paris : « L’institut d’études politiques (IEP) a un rôle de formation, de recherche et de documentation, à l’instar de toutes les universités de recherche de rang international. Ses instances de gouvernance sont :
L’UNI Sciences Po propose une réforme de la procédure d’admission, centrée autour du retour d’une épreuve écrite et d’un oral en présentiel. Pourquoi revenir sur la procédure d’admission par Parcoursup qui a permis une plus grande diversification des profils (notamment plus de boursiers qui n’ont pas fait une prépa privée) ?
C’est l’un des points phares de notre programme. La nouvelle procédure d’admission n’a pas permis de diminuer l’impact des prépas privées. Le problème n’est pas Parcoursup, mais la nouvelle méthode d’admission. Avec les grands écrits personnels, l’écart est violent entre ceux qui pourront faire relire leurs écrits dans le cadre de prépas, et ceux qui n’ont pas les moyens de faire une prépa privée.
Ces prépas existaient dans l’ancien système avec les épreuves écrites. Nous voulons corriger cette inégalité en essayant de limiter l’impact des prépas privées. Nous proposons de rendre accessible gratuitement, sur le site de Sciences Po, tous les cours et les connaissances nécessaires à la préparation de l’épreuve écrite, ainsi que des points méthodologiques précis.
Pour continuer à élargir les profils des admis, nous proposons l’extension des CEP dans des zones rurales où il y a également de la pauvreté. Le changement de procédure a transformé le rôle de la CEP, il n’est plus une modalité d’admission à part entière, mais un acteur de soutien à des lycées souvent confrontés aux difficultés socio-économiques. Une extension permettrait ainsi une diversification sociale et territoriale des profils.
L’UNI Sciences Po a salué les dispositifs de lutte contre les violences sexistes et sexuelles mis en place par Sciences Po. Que proposez-vous pour les améliorer ?
Nous saluons le travail qui a été fait en amont par Sciences Po sur les questions de formation et de prévention. En revanche, il y a un travail à faire en aval. Quand l’administration décide de faire des changements d’emploi du temps pour que la victime ne croise pas son agresseur présumé dans les couloirs, c’est un vrai problème. Cela n’est pas suffisant. Si nous devons pouvoir faire confiance en la justice pénale lorsqu’un étudiant souhaite l’interpeller, l’administration a aussi des pouvoirs propres pour pouvoir agir. Elle doit prendre ses responsabilités. Cela peut aller jusqu’à l’exclusion de la personne incriminée. La prise de conscience de l’importance du sujet a été faite. Maintenant, il faut des actes. D’autres actions concrètes doivent aussi répondre à ces problématiques : plus de psychologues, des pôles santé de qualité en campus, ou encore une sécurité renforcée lors des évènements.
La gratuité de l’année de césure est une mesure que vous portez à l’instar d’autres syndicats (Unef, Nova). Qu’en est-il du maintien de complément de bourses pour les étudiants boursiers qui décident de faire une césure ? Aujourd’hui, Sciences Po supprime cette aide en cas de césure.
Nous voulons le maintien de ce complément de bourse pour ces étudiants qui peuvent, eux aussi, se trouver en situation de précarité. C’est un sujet qu’il faut traiter.
L’UNI Sciences Po propose un droit de pétition des étudiants. Quelles sont les modalités concrètes de cette mesure ?
L’idée est d’avoir un droit de pétition pour les étudiants. Après avoir recueilli une centaine de signatures sur un sujet précis, cette pétition serait portée à l’ordre du jour au CI et au CVEF. Il faudra alors une concertation dans les prochains conseils pour définir clairement les modalités de sa mise en place.
Certains dénoncent la proximité de l’UNI avec l’extrême droite, notamment avec les réseaux de Génération Z. Selon Jacques Smith, délégué national de l’UNI, de nombreux militants de votre syndicat militent dans des organisations de soutien à Eric Zemmour. Votre liste est-elle perméable à l’extrême droite ?
Les propos de Jacques Smith n’engagent que lui. Personnellement, je ne milite pas pour Génération Z. Certaines sections de l’UNI sont aussi tenues par des militants de centre-droit, membres d’Horizon, le parti d’Edouard Philippe… Il y a une grande diversité des profils à l’UNI.
Notre syndicat rassemble toute la droite, mais aussi des étudiants moins politisés ou simplement intéressés par les engagements que nous portons. Si des militants ont envie de lancer une initiative étudiante en soutien à un politique, ils peuvent le faire en dehors du cadre de l’UNI. Je ne suis pas là pour faire la police de la pensée.
Quand on lit notre programme, trouvez-moi un élément qui se réfère à ces accusations. L’écologie, l’interdiction de distribuer des bouteilles en plastique, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, la fin de l’augmentation des frais de scolarité sont des mesures concrètes, portées par notre liste pour Sciences Po et ses étudiants, loin de toute prise de position partisane. Si sur 91 propositions, la seule réponse que l’on peut nous apporter consiste en des accusations à l’emporte-pièce, alors cela est révélateur du manque d’intérêt porté aux problématiques étudiantes. J’invite tous les étudiants à lire notre programme pour se faire leur propre opinion.
Note de la rédaction : les interviews des listes candidates sont publiées sans ordre particulier. Leur publication dépend uniquement de leur date de réalisation et donc de la disponibilité des syndicats.
]]>Avant de commencer, il importe toutefois de poser quelques limites aux prétentions de ce travail.Tout d’abord, ce travail n’évalue pas la qualité des interventions des organisations syndicales, puisqu’il s’appuie uniquement sur une exploration statistique. De plus, les discours tenus devant les instances peuvent ne pas refléter ceux tenus en réunions de travail avec l’administration, il n’offrent qu’une représentation très parcellaire du travail réalisé. Cet article présente toutefois l’avantage d’étudier une forme de discours spécifique, et ainsi mieux comprendre les positions des différents syndicats.
Pour analyser les différents discours, nous procédons d’abord à une classification du corpus selon la méthode Reinert. Cette méthode permet d’organiser les différentes interventions dans des classes indépendantes les unes des autres. Cela permet d’identifier les différents textes typiques d’une thématique particulière, et ainsi étudier l’association des interventions des syndicats avec chacune des classes. En parallèle est réalisé une analyse factorielle de correspondance (AFC), qui permet d’identifier les mots spécifiques à chaque variable syndicale.
Les interventions de l’UNEF sont fortement associées à la classe 2 liée à la lutte contre les discriminations et les violences sexistes. La liste majoritaire, du fait de sa co-présidence au CVEF, est également associée à la classe 1. Les verbes les plus employés par les élus de cette liste sont les verbes « aller », « souhaiter » et « penser ». Au contraire, le discours de Solidaires Étudiant-e-s se caractérise par un usage significatif des verbes « demander » et « aimer », en particulier l’emploi de la formule conditionnelle « nous aimerions », lorsqu’il s’agit de formuler des revendications. Les interventions de Solidaires Étudiant-e-s sont, comme celles de l’UNEF, associées à la classe 2.
Les interventions de la liste conduite par NOVA sont les moins spécifiques en fonction des classes ; on note toutefois une légère association à la classe 5 liée à l’enseignement des langues. NOVA fait appel régulièrement à la prudence, par l’usage régulier du conditionnel du verbe « pouvoir ». De plus, ses représentants évoquent la question du choix de troisième année significativement plus que les autres élus étudiants.
Enfin, les interventions de l’UNI sont associées à la classe 7 liée aux procédures d’entrées à Sciences Po. En effet, l’expression « examen écrit » apparaît comme l’une des expressions les plus employées dans le discours de ses élus. Ces derniers sont d’ailleurs les seuls à ne pas citer à de multiples reprises le nom de leur organisation d’attache : l’UNI n’est jamais cité dans leurs interventions.
Il est apparu que sur le fond, les organisations syndicales s’investissent discursivement de manière différenciée. Il est également possible de comparer leurs structures de discours à travers une représentation graphique de l’analyse factorielle de correspondance. Cette méthode permet de soulever des tensions discursives significatives en dégageant deux clivages importants : plus les pôles qui concentrent les mots de chaque organisation syndicale sont éloignés de l’origine, plus ces pôles se distinguent. En d’autres termes, plus les mots associés à un syndicat sont éloignés du centre, plus ils sont spécifiques à ce syndicat. Le graphique permet d’identifier les positions discursives de chaque syndicat par rapport aux autres.
Il est possible de constater que 3 syndicats ont des discours très spécifiques les uns par rapports aux autres. Ceux de l’UNI se rapprochent du centre, et sont donc moins caractéristiques, bien qu’étant proches de ceux de NOVA. Plusieurs clivages se dégagent.
D’abord apparaît un clivage horizontal entre UNEF/Solidaires et UNI/NOVA de part et d’autre. Ce premier clivage pourrait être simplifié à tort de clivage gauche/droite, bien qu’il soit significatif de par la mobilisation discursive importante de l’UNEF et de Solidaires Étudiant-e-s sur des thématiques sociales. Il se caractérise néanmoins par une prétention différenciée à la vérité. En effet, contrairement aux listes de Solidaires et de l’UNEF, les listes UNI et NOVA mobilisent très régulièrement des éléments de langage associé à la vérité, comme l’expression « il est vrai que », l’adjectif « clair », ou l’adverbe « vraiment ». De plus, l’UNI appuie encore plus ce clivage par l’emploi du pronom indéfini « on », pour souligner des généralités qui seraient évidentes.
De plus, ce clivage est également souligné par un usage plus important par les élus des listes UNI et NOVA du mot « élève » pour qualifier la communauté étudiante, contrairement aux élus des autres listes qui privilégient plutôt le terme « étudiant ». Cette différence n’est pas anodine, puisque le participe présent de « étudier » désigne la personne qui fait des études supérieures en université, tandis que le mot « élève » renvoie plutôt à la logique de formation des grandes écoles.
Le second clivage apparaît entre le haut (Solidaires) et le bas (UNEF) du graphique. Ce dernier se manifeste par un emploi différencié des pronoms personnels : Solidaires a significativement tendance à s’exprimer en utilisant le « nous », s’exprimant au nom du syndicat à la première personne du pluriel, tandis que les élus de l’UNEF font plutôt usage du « je », en désignant le nom du syndicat à la troisième personne du singulier.
Ainsi, il est possible de constater que les prises de paroles des syndicats en conseils suivent des stratégies spécifiques, caractéristique de chaque culture politique des élus. Le choix des sujets abordés est à la fois déterminé par des facteurs structurels (suivant la fonction des élus étudiants) et des intérêts politiques particulier. La structure discursive est spécifique à chaque syndicat, et montre l’usage de termes fréquents suivant les élus. Une étude plus poussée pourrait identifier l’évolution propre à chaque syndicat, et même tenter de confronter leurs discours à ceux de la direction ou bien des élus des personnels. Il importe en effet d’analyser les éléments de langage de chaque partie afin de mieux cerner les pensées qui se cachent derrière les discours.
]]>
Interlocuteurs privilégiés avec l’administration, les syndicats ont vocation à représenter les étudiants et à faire valoir leurs opinions auprès de l’école. Par cette délégation de pouvoir, la voix de chaque individu peut ainsi peser lors des processus de décision au cours desquels les syndicats sont consultés. Comme le rappelle Solène, présidente de l’Unef à Sciences Po, un syndicat n’est pas une simple association. « C’est un mouvement qui prend une orientation politique. Cela ne veut pas dire qu’on est partisans mais on défend un projet. Quand on siège dans un Conseil, tous les dossiers ont une dimension politique. »
Au-delà de cette dimension concrète, les syndicats sont aussi les vecteurs d’une certaine idéologie. « Nous nous définissons comme mouvement étudiant. L’UNI (Union Nationale Interuniversitaire) a été créée en opposition aux évènements de Mai 68 quand la voix de la gauche devenait prépondérante en France et particulièrement dans le domaine de l’éducation. Nous nous battons à Sciences Po et partout dans le pays pour défendre les valeurs de liberté, de mérite, d’excellence, de travail et de responsabilité. » rappelle la présidente Carla Sasiela.
« Nous nous battons à Sciences Po et partout dans le pays pour défendre les valeurs de liberté, de mérite, d’excellence, de travail et de responsabilité. », Carla Sasiela
Dans le camp opposé, l’Unef se bat « pour que l’école soit la plus accessible possible, qu’il y ait à la fois plus d’accès et plus de réussite. ». Le mouvement a ainsi pris position en faveur du dispositif CEP ou contre l’augmentation des frais d’inscription. La présidente de l’Unef recommande à tous les étudiants de consulter les programmes des différents syndicats pour trouver celui dont on partage les idées.
« Nous nous battons pour que l’école soit la plus accessible possible, qu’il y ait à la fois plus d’accès et plus de réussite. », Unef
Ce qui freine Antoine, étudiant en première année, c’est la dimension politique des syndicats. « Aujourd’hui, à mon sens, les syndicats se sont égarés : ils sont devenus des mouvements politiques et des organisations partisanes au service d’idéologies. Ils utilisent leur poids pour des idées politiques. Ce n’est pas leur rôle. Un syndicat doit, je pense, être apolitique et neutre. Voilà pourquoi je n’adhèrerai pas à un syndicat étudiant tant qu’ils ne se consacreront pas exclusivement à leur rôle d’intermédiaire entre les élèves et l’administration. Adhérer à un syndicat ne doit pas être le même geste qu’adhérer à un parti politique. »
« Aujourd’hui, à mon sens, les syndicats se sont égarés : ils sont devenus des mouvements politiques et des organisations partisanes au service d’idéologies.Ce n’est pas leur rôle. », Antoine, étudiant de première année.
Si pour Solène, un syndicat est nécessairement politique, puisqu’il doit prendre position et présenter un projet articulé autour d’un ensemble de valeurs, une nouvelle voie est possible. La création de The Alliance en témoigne. Reconnu depuis l’an dernier, ce syndicat se décrit comme un mouvement international qui souhaite « créer un Sciences Po plus diversifié, plus inclusif et ainsi représenter tous les étudiants, peu importe leurs idées politiques, leur passé, leur nationalité, leur ethnie ou leur genre. » D’après Freek Haarmans, président de The Alliance, le syndicat se doit de rester apolitique, car il sert un projet qui dépasse les considérations partisanes et l’opposition gauche-droite traditionnelle.
« Nous voulons créer un Sciences Po plus diversifié, plus inclusif et ainsi représenter tous les étudiants, peu importe leurs idées politiques, leur passé, leur nationalité, leur ethnie ou leur genre. », Freek Haarmans
Pour Carla Sasiela, « Chaque élève doit être conscient que l’action des mouvements étudiants à Sciences Po et en France a un réel impact sur son quotidien. Nous sommes présents dans les conseils de Sciences Po, et par exemple, sans notre action, la bibliothèque de Sciences Po fermerait encore tous les soirs à 19h. Au niveau national, sans la mobilisation des militants de l’UNI, plus aucun lycéen n’aurait pu profiter des bourses au mérite. Ne pas s’engager c’est prendre le risque qu’un ordre contraire à nos convictions s’impose à nous. »
Même son de cloche du côté de l’Unef qui considère qu’il est important d’adhérer car « les syndicats font vivre la démocratie à Sciences Po ». Solène rappelle par ailleurs que si les syndicats ont un poids vis-à-vis de l’administration pendant les prises de décision, une grande partie de leur action est invisible : la défense individuelle. « Tous les ans, on a des centaines d’étudiants qui ont des problèmes de frais d’inscription, d’autonomie financière, avec le Cours, ou de harcèlement, et on les soutient, mais c’est une action qui ne se voit pas. »
Freek Haarmans confit avoir été de ceux qui pensent que les syndicats sont plus ou moins inutiles. « Je pensais simplement que la vie à Sciences Po était telle qu’elle était et que ça ne valait pas le coup d’essayer de la changer. » Aujourd’hui, il a la conviction qu’œuvrer ensemble pour contribuer à façonner le futur de l’école à un sens. Il travaille dans ce sens à l’extension du mouvement dans les campus délocalisés, notamment avec la création de The Alliance Menton. « L’unité est vitale pour se faire entendre » rappelle-t-il.
Une fois le syndicat choisi, la première étape est d’adhérer et de cotiser. Comme le rappelle la présidente de l’Unef, cela permet aux syndicats de garder leur indépendance financière vis-à-vis des partis politiques, mais aussi de gagner en légitimité. Ensuite, tu peux choisir de militer activement, en assistant aux réunions et en participant aux campagnes.
Note : le syndicat Solidaires a été contacté par la Rédaction mais n’a pas souhaité répondre à nos questions.
]]>
« Puisque l’administration refuse de nous laisser nous mobiliser, nous manifesterons au sein de nos locaux jusqu’à nouvel ordre », ont affirmé les étudiants de l’assemblée générale dans un communiqué publié lundi. Ils accusent Sciences Po de « chercher à empêcher la mobilisation » en n’assouplissant pas les règles d’assiduité. « Contrairement à de nombreuses universités et IEP », peut-on d’ailleurs lire dans ce document.
« Il faut que l’administration comprenne que le milieu Science-Piste n’est pas hermétique au reste de la société », a déclaré Laura Cazalot-Duquesne, une responsable de l’UNEF. Elle dit ne pas vouloir prédire jusqu’à quand l’occupation de l’amphithéâtre continuera, et que « tout dépend de la direction. »
« Demain, à 12h30, une nouvelle Assemblée Générale se réunira pour décider de la suite immédiate de la mobilisation », a écrit le collectif « Sciences Po contre la Loi Travail » sur Facebook. « Des ateliers de lecture de la loi travail seront organisés dans la journée », a-t-il ajouté.
L’action est connue sous « #OccupyScPo » sur Twitter, où le hashtag est entré aux Trending Topics lundi soir.
Les étudiants, réunis à partir de 19h, n’ont pas quitté les locaux à 21h15, heure de fermeture du bâtiment, ont indiqué des employés de l’IEP. L’assemblée générale a voté l’occupation de l’amphithéâtre pour toute la nuit, et la journée de mardi.
150 étudiants étaient présents en début de l’assemblée, selon les syndicats ; « une centaine » était encore dans l’amphithéâtre vers 1h du matin, selon plusieurs étudiants sortant du bâtiment. Une cinquantaine de personnes est restée toute la nuit, a affirmé mardi matin l’UNEF à La Péniche.
Dans un communiqué envoyé aux étudiants aujourd’hui mardi 22 mars vers midi, la direction des études et de la scolarité de Sciences Po a notamment considéré que « décréter la banalisation d’un créneau alors que le semestre est déjà entamé est inenvisageable » et a par ailleurs condamné « avec la plus grande fermeté l’occupation des lieux et la dégradation des équipements ».
« Quand il n’y a plus personne à l’intérieur du bâtiment, normalement [les appariteurs] rentrent chez eux », a déclaré un employé de Sciences Po à La Péniche, ajoutant que lundi soir, le personnel était resté pour « assurer la sécurité des étudiants. »
Vers 23h20, une quinzaine d’étudiants a forcé l’entrée dans l’amphithéâtre malgré l’interdiction, ont rapporté des étudiants présents. Après cette heure, seules les sorties étaient possibles, alors que quelques étudiants étaient encore devant la porte d’entrée. La police était brièvement sur place vers 23h45 et a relevé l’identité d’une étudiante ainsi que d’un journaliste sur place.
L’administration a refusé, lundi soir vers 23h45, l’accès au bâtiment à un photographe de La Péniche.
Un employé de Sciences Po a enlevé les autocollants sur la porte d’entrée du bâtiment vers 1h30 du matin mardi. « Je vous comprends, mais j’ai mes consignes », a lâché cet employé envers plusieurs étudiants.
En 2013, un an après la mort de Richard Descoings, des dizaines d’étudiants avaient passé deux nuit dans l’amphithéâtre Boutmy pour demander plus de transparence dans le processus de sélection du nouveau directeur de Sciences Po. Le mouvement était alors baptisé « #OccupyBoutmy ».
]]>