La semaine a débuté avec le film très commenté de Raoul Peck, réalisateur de “I Am Not Your Negro”. Le documentaire romancé se focalise de 1841 à 1848 sur Marx, alors jeune bourgeois indigné et passionné. C’est à cette période qu’il théorise le matérialisme historique et le combat des classes, et bascule avec Engels vers l’action directe, révolutionnaire, au contraire de la majorité de ses contemporains. Les grands débats houleux avec d’autres figures comme Proudhon et des penseurs utopistes, dont Wilhelm Weitling, se mêlent à la vie plus personnelle de Marx. Un film sur la construction de l’idéologie communiste qui dépoussière l’image un peu austère du philosophe et leader politique, reconstitution historique pour les moins persuadés mais permettant à d’autres de dresser des ponts avec la période actuelle.
« Le mot ‘communiste’ a été criminalisé. » Alain Badiou, professeur à l’ENS
La pensée marxiste a-t-elle encore une actualité ? Alain Badiou, invité sur le sujet, est un philosophe inspiré par Sartre et Althusser et professeur émérite à l’ENS. Connu pour son engagement communiste et ses critiques de la démocratie parlementaire, il a réuni 200 personnes dans l’amphithéâtre Albert Sorel pour sa conférence. D’après lui, l’intérêt de la pensée marxiste est qu’elle imaginait l’organisation économique comme comportant “des contradictions internes qui faisait qu’elle n’allait pas forcément se détruire, mais allait ouvrir sur une autre forme d’organisation”. Le philosophe explique l’échec des régimes communistes par leur instauration d’un Etat rigide à l’échelle nationale, ce qui n’est pas réellement conforme aux théories marxistes. “Le mot communisme a été criminalisé” déclare-t-il.

Comme Alain Badiou, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez ne remet pas en cause le militantisme traditionnel influencé par la pensée marxiste, malgré la critique actuelle adressée au syndicalisme dit de “lutte”. Il voit la CGT comme un syndicat de classe et de masse, détaché des partis politiques, qui revendique entre autres les 32 heures et un statut du travail. L’idée d’un cumul des droits attachés à la personne (comme les congés) quelques soient ses changements professionnels est aussi proposée.

Il rappelle pourtant les adaptations nécessaires aux changements professionnels. C’est aussi “un défi majeur du syndicalisme de s’adapter aux nouveaux statuts.” “Je pense à tous ceux qui travaillent grâce à des applications numériques et qui échappent souvent au syndicalisme”, a déclaré le leader du syndicat lors de son intervention. Pour lui, les non-syndiqués sont majoritairement des personnes craignant la répression, mais aussi parfois de jeunes souhaitant prouver qu’ils peuvent se débrouiller sans syndicat. La CGT doit alors aider à régler les problèmes, pas à leur place mais avec eux.
“Les retours ont été globalement positifs” selon l’UEC, qui donnera par la suite peut-être plus de temps de parole aux intervenants. La semaine marxiste ne convainc pas tous les étudiants, mais remet au moins en cause le schéma d’un communisme entièrement défait. Badiou nous dirait: “il n’est pas vrai que la modernité soit asservie au capitalisme”.
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Après une première expérience dans une agence de communication, puis des débuts en politique en tant qu'assistant parlementaire, Matthieu Rosy, promo 2005, est devenu Secrétaire général d’un syndicat professionnel. Découvrons son parcours…]]>
Après une première expérience dans une agence de communication, puis des débuts en politique en tant qu’assistant parlementaire, Matthieu Rosy, promo 2005, est devenu Secrétaire général d’un syndicat professionnel. Découvrons son parcours…
Matthieu Rosy : Sciences Po est venu clore un parcours d’études déjà conséquent. Après une licence d’anglais et une maîtrise de lettres modernes à la Sorbonne, j’ai fait un an de Master à la LSE, à Londres. Mais très vite, je me suis rendu compte que les masters internationaux étaient peu cotés auprès des recruteurs français. J’ai décidé d’intégrer Sciences Po pour avoir un diplôme reconnu ici.
Matthieu Rosy : Lorsque je suis entré à Sciences Po, je souhaitais travailler dans le monde de l’édition. C’est pourquoi j’ai intégré le Master de Management de la Culture et des Médias.
Matthieu Rosy : Oui, et ce fut une part essentielle de ma formation. J’ai eu l’occasion d’être stagiaire dans de grandes maisons d’édition telles que Grasset, Flammarion et Fayard. Ces expériences m’ont permis de réaliser que les métiers de l’édition exigent de gros sacrifices et que cela ne correspondait pas à mes souhaits pour l’avenir. J’ai donc révisé mes choix d’orientation.
Matthieu Rosy : Je suis très content de mes deux années à Sciences Po. Avant d’intégrer cette école, j’avais un profil littéraire et j’étais rompu au travail en solitaire. A Sciences Po, je me suis découvert une personnalité beaucoup plus sociable et ouverte à l’actualité. J’y ai développé un vrai sens pratique et le gout du relationnel. Mes stages ont été décisifs, mais c’est surtout mon expérience de président du BDE, de 2004 à 2005, qui a été formatrice. Trouver des sponsors, coordonner un travail d’équipe, organiser des évènements, furent autant d’occasions d’apprendre à être opérationnel et réactif. C’était un peu comme gérer une PME ! Les cours m’ont été profitables bien sûr, mais j’avais déjà un parcours universitaire avant. La vraie nouveauté, c’était cette dimension associative de réseau.
Matthieu Rosy : Mon travail est dans le prolongement logique de mon expérience à Sciences Po. Mon expérience au BDE m’a appris l’importance de soigner son réseau : cultiver son carnet d’adresses, mettre les gens en relation, faire preuve d’écoute, être réactif et accéder à l’information avant les autres. Le réseau c’est bien souvent ce qui fait la différence dans le monde du travail, où beaucoup de choses s’organisent par relations, recommandations et cooptations.
Matthieu Rosy : Ce n’est pas un mythe ! Dans mon travail, les gens issus de Sciences Po sont aisément identifiables: nous avons les mêmes modes de raisonnement, les mêmes codes de langage. Cela constitue un vrai motif d’inclusion et dans le cas contraire ce peut être un facteur discriminant pour les personnes qui ne sont pas issus de cette formation. Un recruteur sait qu’il peut attendre un certain nombre de compétences de votre part si vous venez de Sciences Po.
Matthieu Rosy : Je n’aurais de cesse d’insister sur l’importance du monde associatif. C’est à mon sens ce qui différencie une grande école d’une université. Le monde associatif de Sciences Po offre énormément d’opportunités d’engagement, de prise de responsabilité et de contact avec les autres. Donc n’hésitez pas à adhérer à l’association qui correspond le plus à vos sensibilités !
Matthieu Rosy : Ma toute première expérience de travail m’a donné une idée précise de ce que je ne voulais pas faire ! J’ai travaillé dans une agence de communication pendant deux mois et demi… puis j’ai remis ma démission. L’approche quantifiée, les « briefs clients » et autres présentations commerciales, ce n’était pas pour moi. Comme j’étais depuis longtemps fasciné par le débat politique, j’ai décidé de me rapprocher peu à peu de cette sphère là. J’ai été assistant parlementaire de Pierre Lellouche, puis de Nadine Morano à l’époque ou elle était déléguée générale au monde du travail. Pendant un an, en parallèle de mon travail à l’Assemblée, j’ai exercé des fonctions à l’UMP : j’étais chargé des relations entre le parti et le monde professionnel. C’est donc tout naturellement que je me suis orientée vers le syndicalisme professionnel. Je travaille à la chambre syndicale BOCI depuis un an maintenant.
Matthieu Rosy : Nos adhérents sont des chefs d’entreprises dans le domaine de la bijouterie et de l’orfèvrerie dont nous représentons les intérêts communs. Mon travail consiste dans un premier temps à écouter nos adhérents pour sonder le secteur, déterminer les besoins et faire remonter l’information. Ensuite, nous entrons en discussion avec les différents secteurs concernés : il peut s’agir de sociétés d’exports pour négocier de nouvelles conditions d’exports, ou les autorités publiques pour faire évoluer des textes de loi ou réglementaires. D’autre part, une part importante de mon travail consiste à négocier la convention collective nationale de la branche avec les syndicats salariés, avec lesquels nous déterminons les grilles de salaire et autres modalités de la vie de l’entreprise.
Matthieu Rosy : L’écoute et la diplomatie sont essentielles. Je défends l’intérêt commun de mes membres, qui est parfois différent de la somme de leurs intérêts particuliers. Mon travail est en quelque sorte politique. Je dois être suffisamment habile pour agréger les particularités, susciter les convergences. L’écoute importe également pour comprendre les besoins mais aussi identifier les résistances et convaincre.
Matthieu Rosy : Le syndicalisme professionnel est passionnant car il est une interface entre la sphère privée et la sphère publique. Il présente de nombreux avantages : liberté d’initiative et autonomie dans l’organisation du travail, peu de contraintes horaires, rémunération appréciable. L’inconvénient, c’est que les possibilités d’évolution professionnelle sont limitées. On ne peut pas déterminer à l’avance de plan de carrière, car les opportunités d’ascension dépendent aussi des places qui se libèrent. D’où l’importance, une fois de plus, du réseau et de l’accès privilégié à l’information.
Matthieu Rosy : Notre syndicat est une petite structure et je suis secrétaire général. Si notre structure évolue et que notre société s’agrandit, je me vois bien y rester encore quelques temps. Sinon, j’espère me diriger vers des échelons plus élevés du syndicalisme professionnel : la fédération, l’union, et pourquoi pas le MEDEF ? Ou pourquoi pas retourner en politique ?
Matthieu Rosy : J’en aurais deux. Déjà, il faut savoir prendre son temps une fois son master en poche. Par précipitation, je me suis dirigé vers un secteur, la communication, qui ne me correspondait pas. C’est important de faire le bon choix, même si on n’est pas embauché dans la foulée du diplôme. Ensuite, un conseil à la fois humain et stratégique : veiller à ne pas dédaigner les « petits » dans la hiérarchie de son entreprise et à rester très accessible à tous en évitant les postures. Une secrétaire a souvent un rôle capital et dispose d’une information précieuse, ce n’est pas quelque chose à négliger !
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