
Simon mène la danse tout en ayant l’air ailleurs. C’est son grand atout. Avoir les pensées qui vont loin, devancer son interlocuteur, être dans un autre monde tout en s’ancrant dans votre regard pour mieux vous captiver. Dans la mesure où ils sont plusieurs à peupler son esprit, comment s’étonner qu’il soit sur tous les fronts ? Admettant être parfois « schizophrène », Simon se délecte de quolibets qui le rendent unique. « C’est un honneur d’être un ovni, rien de plus beau », affirme-t-il dans le plus grand calme.
Simon est côté de la plaque, et surprend en tombant toujours juste. Il fascina aisément le jury par sa nonchalance étonnamment pertinente. Le rêveur refuse le conformisme et vous invite à « suivre votre intuition ». « Tout le monde ayant envie de se lâcher devrait le faire ». Il ne rentre pas dans le cadre et préfère sortir des sillons creusés par ses prédécesseurs. « Tu es un siffleur, un danseur, un orateur », déclara Bertrand Périer lors de la reprise. Simon crée son propre modèle de l’éloquence, couronnée d’un chapeau noir sitôt sorti ; preuve de sa sobriété en dehors de la scène.
« Ca a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. » L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit

L’orateur recouvre un esprit faussement mégalo, avançant « qu’en matière de modestie, je n’ai peur de personne ». Simon l’extravagant est en réalité d’une grande simplicité, et a pour premiers mots concernant sa victoire « ça fait bizarre ». L’expérience lui parait « effrayante ». Ecrire son discours a été un « voyage au bout de la nuit », comme si Céline la hantait autant que son sujet, « ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. » Ce taiseux déclamait en effet « j’étais pas fait pour ça, j’étais pas un beau parleur moi » tout en enjôlant Boutmy. De nouveau ambivalent, pour pallier « le regard des autres » et « demeurer convaincu de ma place en finale », Simon revêt ses habits de lumières comme son assurance travaillée. L’important, avance-t-il, « c’est de rester moi-même », ainsi a-t-il pris « son silence à deux mains » pour affirmer sa singularité.
Avant de les déclamer, Simon était plus doué pour coucher les mots sur le papier « tel un Robin des voix dont il manque la corde vocale », le gagnant possède un indéniable talent d’écriture. Raphaël Charpentier salue d’ailleurs sa plume pendant la reprise. « Il y avait une poésie dans ce discours », sorte d’enchaînement d’images et de sonorités rythmées telles « chapeau de paille-paille-paille, paillasson-son-son, mais en version pléiade ». Fauve n’a qu’à bien se tenir. Adepte de la beauté des mots, il nous offrit quelques perles de traits d’esprit : « le silence n’est beau que s’il est volontaire, le silence n’est beau que s’il exprime la volonté de se taire », « le blanc est synonyme d’engagement, c’est la couleur de la robe de la mariée, c’est la nuit blanche du chevalier, c’est la couleur de l’argent de Platini, de Cahuzac et de Balkany », pour conclure « vous m’avez laissé parler comme une lettre à la poste et j’ai récupéré tous les timbres de vos voix « .

Ne voyez cependant pas dans le gagnant un auteur au-dessus du commun des sciencespistes, alors qu’il ne fait que cultiver son cynisme. Pince sans-rire, Simon ne se prend pas au sérieux tout en le demeurant. Il feint d’être admiratif de son trophée qui « n’a pas de prix, c’est une valeur inestimable, je vais donc le mettre dans mes toilettes, sur le lavabo précisément ». De la même manière qu’il mime son dédain envers la capitale, arguant que « Poitiers c’est beaucoup plus grand, il y a au moins 150 élèves », tout un s’attristant de « l’amphithéâtre plus petit à Paris, même si ça offre une proximité agréable ». Gageons qu’il sortira avec encore plus de panache de cet interlude parisien, déployant son éloquence pour « sortir avec des filles, séduire, mentir, inventer des histoires à dormir debout, puis assis, puis dans leur lit. »
Le gagnant ne se repose pas sur ses lauriers : entre deux éclats de rire qui nous disent « il faut que j’arrête de dire des conneries », le poète nous dévoile son avenir. Plume de l’Elysée ? Siffloteur de renom ? Dompteur de foules ? Son était d’esprit carpe diem l’incite à ne rien considérer comme acquis, à « toujours travailler », car « on verra si j’arrive à préserver ça et à trouver ma voie ». Après avoir remporté le prix Philippe Seguin, Simon s’envole pour l’Argentine l’année prochaine, pour « étudier un peu », beaucoup « apprendre à parler espagnol », afin de rajouter une autre langue à la sienne déjà bien déliée et douée.
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Celui qui se rêvait cowboy n’a jamais perdu l’attrait des bonnes références, tout en tirant des remarques spirituelles plus vite que son ombre. Même s’il ne chaussera pas ses santiags rehaussant « son petit gabarit » comme le souligne Irina Kratz, lauréate du prix 2014, il promet de faire la loi en finale : « les autres devraient se méfier » d’après Pierre Chellet, président de Sciences Polémiques, après une prestation « extraordinaire en demi-finale ». Espérons que cet aventurier des temps modernes ne jouera pas la sécurité, comme le craignent certains, pour qu’il puisse déployer ce qu’Irina qualifie de « puissance impressionnante », prenant dans son lasso un public qu’il « arrive à faire pleurer de rire comme à émouvoir ».

Elle dit ne pas parvenir « à garder les pieds sur terre », préférant pour la deuxième année consécutive les poser sur l’esplanade de Boutmy. Grâce à une « maîtrise formelle parfaite » selon les dires de Pierre-Noël, ancien président de Sciences Polémique, elle a su gravir de nouveaux les échelons de la finale. Pierre voit surtout en elle « beaucoup d’intelligence et de sensibilité », la passionnée de poney shetland fera donc certainement galoper sa plume sur des « textes magnifiques », qu’Irina juge également dotés d’un « humour noir incroyable ». Lola n’est ainsi que contrastes : amoureuse de Patapouf et rêvant d’un cabinet d’arnaque, difficile de déceler sa réelle « sincérité », « muscler le fond de ses discours » apparaît donc comme un éventuel défi à relever selon Pierre-Noël.

Dès le départ, le mélange promettait d’être explosif : celle qui se décrit comme un « mix relativement acceptable de gènes bretons et algériens », « apporte une originalité et un ton frais différents des autres candidats » d’après Pierre-Noël. Salomé a donc beaucoup d’atouts à faire valoir, gageons qu’elle saura user de son « grain de folie » et de son « vrai caractère », tels que présentés par Irina, pour nous convaincre. Il s’agit en effet de prouver que malgré son statut de 1A, elle demeure une « redoutable » adversaire selon Pierre, qui « n’a pas peur de se mettre en danger ». Cependant, il lui sera nécessaire de canaliser cette énergie et l’émotion, parfois source de stress, allant de pair. Pour ce faire, une seule solution : « avoir confiance en elle ! ».

Bien qu’il déplore sa condition de « belge-marnais », il demeure « ce que l’éloquence rémoise nous fournit de mieux » selon Pierre. Vous serez certainement subjugué par son « charisme fou », d’ailleurs, ne gardez-vous pas en mémoire sa prestation sur Pierre François en demi-finale ? C’est dit, « il peut mettre Boutmy en feu » s’exclame le président, Irina misant également sur son « culot incroyable ». Attention toutefois à ne pas tomber dans la caricature pour celui qui compare son côté provincial à celui de Trump: il s’agit avant tout de « convaincre le jury qui n’a pas toujours les mêmes attentes que le public » comme le souligne Pierre-Noël. Un soupçon supplémentaire de finesse et de sincérité feront ainsi de lui un conquérant de la capitale.

Les campus sont définitivement partie intégrante de cette finale, comme en témoigne la présence du havrais, sélectionné sans hésitation pour son humour et ses traits d’esprits : « il sait faire rire de tout », tout en ayant « une grande profondeur » selon Irina. Sa botte secrète réside dans son calme face à la pression que peut exercer cette finale, puisqu’il n’hésite pas à « rentrer dans un vrai dialogue avec le jury, dans une attitude étonnamment sereine« . Maxime fait ainsi preuve d’une grande maîtrise du discours « sans être désarçonné par les questions » rajoute Pierre. Sera-t-il néanmoins capable de faire vibrer la salle ? Telle est la question du président, se demandant s’il est « susceptible d’amener le public avec lui ».

« A l’opposé du discours aseptisé », « ovni du concours », « politiquement incorrect » : les mots se bousculent dans la bouche d’Irina pour qualifier ce finaliste à la « plume exceptionnelle ». N’y voyez pas un côté exagérément tribun, puisqu’il a su conquérir le jury de la demi-finale avec une extinction de voix. Alors, comment saisir ce pictavien ayant grandi entre les livres et « les parcs à huîtres » ? Il faudrait déjà réussir à infiltrer Sciences Polémiques Poitiers, qualifié de « secte » par Pierre : quand « tout le campus est membre de l’asso », comment s’étonner qu’il ne recule devant rien ? Il a, en effet, « un côté totalement dérangé, ce garçon », qui l’enjoint à « pousser l’absurde à un point très intéressant » rajoute-t-il. Espérons qu’il sache développer encore plus ce « grain de folie » en finale, comme l’attend Pierre-Noël.
Ils étaient 268, à la fin, il n’en restera qu’un : les belles paroles demeureraient-elles des paroles en l’air, seules compteraient celles victorieuses ? Il faut gagner, c’est sûr, mais surtout le cœur des sciencespistes et de l’expérience. « La véritable victoire, c’est celle d’être arrivé en finale » déclare Pierre-Noël, où il faut savoir prendre du risque dans une situation déjà périlleuse. Autre fait d’arme, la collaboration des campus. C’est « une grande première », puisque la moitié des finalistes seulement viennent de Paris. Il faudra donc de démarquer, repousser les limites de l’éloquence, « oser toujours plus » comme le prône Irina, pour sortir glorieux de cette dernière « étape symbolique ».
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