Sandrine Rousseau – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 21 Apr 2023 14:42:25 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Sandrine Rousseau – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Le Grand Oral de Sandrine Rousseau : “Penser radicalement, c’est changer un modèle social hiérarchisé” https://www.lapeniche.net/le-grand-oral-de-sandrine-rousseau-penser-radicalement-cest-changer-un-modele-social-hierarchise/ Tue, 11 Apr 2023 15:41:45 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=55600 Mardi 28 mars, La Péniche et Sciences Po TV ont convié la député écologiste Sandrine Rousseau au troisième Grand Oral de la saison. Au cours de l’échange, la députée a développé sa théorie politique, puis a répondu à des questions d’actualité, particulièrement empreintes d’un climat politico-social tendu. 

Sandrine Rousseau est de celles et ceux qui ne laissent pas indifférents, qu’elle soit admirée ou détestée. Cela se retrouve dans son parcours politique. Députée Europe Écologie-Les Verts de Paris, elle ne manque pas d’exprimer clairement ses positions anti-capitalistes, anti-patriarcales ou encore anti-nucléaires. Aujourd’hui, Sandrine Rousseau représente la branche de EELV dite “très à gauche”, en opposition totale avec Yannick Jadot, candidat à la présidentielle de 2022, perçu comme “et de droite et de gauche.” 

<<Si les quatre partis de gauche étaient venus aux législatives séparés, nous n’aurions pas le nombre de députés que l’on a aujourd’hui. Donc la NUPES a marché.>>

Durant cet échange, Sandrine Rousseau a été largement interrogée sur la stratégie de la NUPES, son efficacité et ses limites.  En effet, la députée ne cache pas sa mésentente particulière avec l’aile LFI de la NUPES lors du vote de la motion de censure : Madame Rousseau appelait à retirer des amendements afin de faire avancer le débat, soit une stratégie ouvertement contraire à celle de son alliance. À celà, la députée rétorque qu’une réorganisation est nécessaire au sein de l’alliance : <<Je pense que c’est la NUPES qui y arrivera, à condition de s’entendre, et de repenser les rapports de force au sein de la NUPES.>> Tout en affirmant les faiblesses de la NUPES, Sandrine Rousseau rappelle que sans cette alliance, une telle présence de la gauche à l’Assemblée n’aurait pas été si forte. 

Féminisme, radicalité et violences policières…

Lorsque la députée est interrogée sur l’impunité des violences sexistes et sexuelles (VSS) en France par une étudiante, Sandrine Rousseau répond :  <<La société, globalement, accepte ces violences.>> La députée écologiste ne manque pas de rappeler qu’elle considère les VSS comme une faille systémique dans la société.  Elle-même est très engagée au sein des milieux féministes. Suite à l’affaire Denis Baupin, elle a notamment écrit le livre Parler et fondé l’association du même nom pour sensibiliser sur l’importance de la parole pour les femmes victimes de VSS : c’est la refonte de tout un système qui, selon elle, est nécessaire. 

Mais si Sandrine Rousseau souhaite la chute du capitalisme, elle évoque d’abord la nécessité de la chute du patriarcat, qui selon elle, entraînerait de manière presque causale, la fin du capitalisme.  

De ce Grand Oral, Lilas, étudiante en première année, a retenu la “solidité” de certains arguments de la députée écologiste, tout autant que la “tension” qu’ont soulevé certaines questions, notamment au sujet de la violence, et de sa légitimation en matière écologiste. 

Crédit image : Caroline Renaux pour La Péniche

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Yannick Jadot : « Seules les énergies renouvelables sont des énergies de paix et de sécurité » https://www.lapeniche.net/yannick-jadot-seules-les-energies-renouvelables-sont-des-energies-de-paix-et-de-securite/ Fri, 18 Mar 2022 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54281 La Péniche a reçu le candidat des écologistes à la présidentielle et député européen Yannick Jadot. Dans cet entretien, il revient, entre autres, sur la  crise ukrainienne, l’éviction de Sandrine Rousseau, ainsi que ses mesures pour réduire les inégalités.  

LA PÉNICHE. – Vous estimez que les Européens réunis pour un sommet à Versailles les 10 et 11 mars doivent décider de se passer des énergies vendues par Moscou, le gaz et le pétrole, afin de se montrer solidaires avec  les Ukrainiens. La France, et plus largement l’Europe, peut-elle survivre sans ces importations ?  

YANNICK JADOT. – Oui parce que c’est sûr qu’on a du gaz jusqu’à l’hiver prochain, et que l’enjeu c’est la paix, la sécurité et la démocratie en Europe. Ce qui se passe en Ukraine ce n’est pas seulement une affaire ukrainienne, même si elle est absolument abominable pour les ukrainiens, où il y a des crimes de guerre et des bombardements. Ce qui se joue c’est plus largement nos dépendances aux énergies fossiles et nos complaisances politiques qui sont liées à ces dépendances, dont il faut sortir. Ca veut dire se donner tous les moyens pour garantir l’approvisionnement en énergie des françaises et des français, et compenser les coûts pour les plus impactés. C’est un enjeu majeur et on voit combien aujourd’hui les questions du climat et de la paix sont des questions qui sont très liées, puisque finalement c’est notre addiction aux énergies fossiles qui pose problème.  

Au regard de ces récents événements, la dépendance énergétique à la Russie modifie-t-elle votre position vis-à-vis du nucléaire ?  

Pas du tout. Notre uranium vient essentiellement du Kazakhstan et d’Ouzbékistan ; nous avons vu les risques à Tchernobyl avec une centrale qui a explosé et continue de poser problème ; la Russie a bombardé la plus grande centrale  d’Europe… Ça me confirme, au contraire, dans l’idée que seules les énergies renouvelables sont des énergies de paix et de sécurité. Évidemment, on ne va pas arrêter le nucléaire du jour au lendemain, il faudra dans notre pays 20 ou 25 ans pour en sortir. L’enjeu c’est de ne pas construire de nouveaux réacteurs nucléaires, mettre le paquet sur les économies d’énergie notamment dans les maisons et les logements, puis développer les énergies renouvelables. C’est comme ça qu’à la fois on luttera contre le dérèglement climatique et pour la paix.  

Considérez-vous la sobriété énergétique comme une proposition réaliste aujourd’hui ?  

Elle est essentielle : la sobriété énergétique ce n’est pas avoir froid ou prendre une douche dans le noir tous les mois. C’est éviter le gaspillage de l’énergie. Quand je dis qu’on va investir massivement dix milliards d’euros par an sur l’isolation des logements, c’est avoir moins froid l’hiver, moins chaud l’été, économiser 700 euros par an, créer des dizaines de milliers d’emplois, et agir pour le climat. La sobriété c’est un projet positif, pas un projet de contrainte, où l’on s’affranchit de nos dépendances, on réduit nos dépenses et on protège le climat.  

Dans votre tribune parue au Monde le 9 mars, vous parlez d’une Europe unie  sur ce projet de se passer des énergies vendues par Moscou. Comment font des pays comme l’Allemagne, qui sont assez dépendants du charbon et du gaz ?  

Il faut une souveraineté et une solidarité européenne. Effectivement il va falloir aller chercher d’autres approvisionnements tant que nous n’aurons pas développé massivement les énergies renouvelables. Il faut un acheteur unique européen de gaz et de pétrole pour éviter la concurrence entre les États membres et obtenir les  meilleurs prix.  

À gauche, les querelles récentes sur la crise ukrainienne se multiplient, alors que plusieurs candidats mènent la charge contre Mélenchon. Vous avez  notamment jugé sa réaction à la crise complaisante. Cette « capitulation face à une dictature de Vladimir Poutine » est-elle la principale ligne de fracture entre vos deux candidatures ?  

C’est plus généralement le rapport à la démocratie. Pour moi l’écologie est indissociable de la démocratie. Ca veut dire comment notre projet écologique est mis en oeuvre dans notre pays — moi je fais confiance aux forces vives de notre pays — et évidemment comment on défend la démocratie dans le monde entier —  moi je défends la démocratie en France, mais aussi les droits de l’homme et de la  femme, les libertés fondamentales en Chine, en Russie, en Ukraine… Partout. Il  n’y a pas d’un côté la démocratie en France et puis après, selon que l’on est plus ou moins anti-américain, on aurait le droit d’être plus ou moins autocratique ou dictatorial. Pour moi, ça ne marche pas. Et puis je pense que l’Europe est une dimension politique géographique fondamentale pour peser dans  le monde aujourd’hui et avoir un modèle écologique social. Ce n’est pas forcément le projet de Jean-Luc Mélenchon, donc ce sont des différences politiques importantes.  

La finaliste de la primaire écologiste Sandrine Rousseau a récemment été exclue de votre équipe de campagne, accusée de « faire prévaloir une  expression personnelle sur le collectif ». Ces divisions internes sont-elles  responsables des difficultés de la campagne écologiste, qui peine à émerger dans les sondages ?  

On verra le 10 avril. À chaque campagne électorale, on nous fait le même couplet  sur les mauvais sondages, les dynamiques, l’écologie politique qui n’arrive pas à incarner les préoccupations des citoyens… On nous a fait ça aux européennes et on a fait deux fois plus que les sondages, et si on avait écouté les sondages on aurait pas gagné une seule ville écolo en 2020. Donc comme on dit chez moi,  c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ! On verra le 10 avril quels sont les scores qui seront sur la table.

Sandrine Rousseau a également affirmé dans une interview à Libération voir du sexisme dans cette éviction. Le collectif Osez le féminisme vous a notamment accusé de « feminist washing », notamment en raison d’un  manque de prise de positions sur les droits des femmes précédant la  primaire. Considérez-vous la question féministe comme un point faible de votre campagne ?  

Non, absolument pas. Les écologistes depuis quarante ans font du féminisme le cœur de leur priorité parce qu’on considère qu’il ne peut pas y avoir de combat écolo et de société apaisée où l’on s’épanouit quand la majorité est maltraitée. C’est assez basique. Les inégalités et les violences n’ont pas à être dans la société donc on mène ce combat depuis très longtemps, on va continuer à  le mener, et d’autres le mèneront. Le combat féministe, comme le combat écolo, n’appartient à personne.  

D’après un sondage France Inter Ipsos Sopra-Steria publié fin janvier, si vous êtes perçu comme le candidat le plus compétent sur l’environnement, seul  2 % des Français vous identifient comme le candidat le plus crédible sur des enjeux comme la délinquance ou le terrorisme. Êtes-vous en mesure de répondre à ces débats lancinants sur les questions régaliennes ?  

Bien sûr, ça fait longtemps qu’on fait des propositions. Étonnamment dans notre  pays — et c’est là que la campagne est incontestablement importante pour lever des doutes —, il est marrant qu’on fasse confiance sur la sécurité à ceux qui ont échoué. Au fond, les plus crédibles, c’est toujours la droite. Sarkozy a réduit de 12 000 postes la police, a mis à bas le renseignement local, a fait la  guerre en Libye… On a des soldats français peut-être tués par des armes issues de la Libye. On a un gouvernement où l’on a vu avec les derniers chiffres l’explosion des violences aux personnes et des violences sexistes et sexuelles. Et  ces gens-là nous donnent des leçons de sécurité. Nous on veut être efficaces en matière de sécurité : remettre les policiers et les policières dans la rue pour  s’occuper des tâches essentielles de prévention, d’investigation, et attraper les méchants quand il faut attraper les méchants. Aujourd’hui les policiers on leur demande de faire du contrôle au facies, de faire le maximum d’AFD [NDLR, amendes forfaitaires délictuelles], pour faire de la politique du chiffre. Ils n’ont pas le temps de s’occuper des vrais problèmes, de prévenir ou d’accompagner. Nous on aura une police efficace et nous n’avons rien à envier à ceux qui ont gouverné en matière de sécurité.  

Selon ce même sondage, la crise sociale semble être le principal enjeu de cette campagne, pour 42% des personnes interrogés, notamment avec la stagnation du pouvoir d’achat, la hausse des inégalités et le manque de mobilité sociale. Que proposez-vous pour répondre à cette principale préoccupation de la population française ?  

Le pouvoir d’achat c’est deux choses : les revenus qu’on touche et les dépenses.  Nous on veut notamment augmenter le SMIC à 1400 euros net dès notre arrivée —  1500 dans le courant du quinquennat — et augmenter les bas salaires, y compris dans la fonction publique. Ça c’est pour la partie revenus. Mais notre spécificité c’est de nous battre sur les dépenses contraintes, les dépenses de logements. On  veut construire 700 000 logements sociaux, on veut l’encadrement des loyers, on veut la garantie universelle qui mutualise et met dans une instance publique la question des cautions pour que les locataires et les propriétaires soient rassurés et protégés. On veut aussi un chèque énergie de 400 euros pour les 6 millions de  familles qui en ont le plus besoin et rendre gratuit le covoiturage, c’est-à-dire que les frais d’essence seront pris en charge par les entreprises quand il y aura  covoiturage. On veut donc agir à la fois conjoncturellement et structurellement sur le pouvoir d’achat parce qu’au fond les Français sont confrontés à des crises qui tiennent beaucoup au fait que l’on n’a pas anticipé. Par exemple, on a pas organisé la sobriété et notre souveraineté énergétique pour ne pas être dépendants des marchés internationaux et de leurs soubresauts.  

Parmi les mesures de votre programme, vous souhaitez aussi créer un revenu citoyen pour garantir 920 euros par mois à chacun, qui représenterait un coût  additionnel de 15 à 20 milliards d’euros par an…  

Effectivement, je veux que dans notre pays on éradique la grande pauvreté. Il n’est pas normal qu’à 18 ans et jusqu’à 25 ans, on n’ait pas accès à des minima  sociaux. Il n’est pas normal que tant de gens dans notre société n’arrivent même pas à obtenir le RSA parce que c’est compliqué de l’avoir. Donc moi je veux que personne ne soit en dessous de 920 euros par mois pour vivre. Ce n’est pas énorme, mais c’est le seuil de grande pauvreté. Et je veux que ce revenu citoyen soit accessible dès 18 ans parce que je veux aussi que les jeunes soient autonomes et puissent choisir leur vie. Dans ces conditions là, ce n’est pas magique mais c’est déjà 20 milliards d’euros, vous l’avez souligné.  

Est-il réellement possible d’allier capitalisme et écologie ?  

Il faut dépasser le capitalisme. Aujourd’hui, on le voit, le capitalisme est prédateur  du point de vue social, du point de vue de nos vies privées, avec la marchandisation des données personnelles, et du point de vue écologique. Il faut donc évidemment dépasser le capitalisme. Moi, mon modèle c’est une économie régulée écologiquement et socialement. C’est pour ça que nous imposerons la règle d’or climatique qui fera que chaque euro et chaque politique publique seront conditionnés au climat et à la justice sociale. 

Et c’est suffisant pour dépasser le capitalisme ?  

Le capitalisme, je l’ai dit, il faut le dépasser. Il faut réguler l’économie, c’est ce qu’on fait. Ce qu’il faut, de toute façon, c’est sortir de toutes les formes de prédation et de domination, mais il faut agir dès aujourd’hui. Heureusement que les syndicats se sont battus pour la protection des salariés, les congés, la santé au travail… sans se poser tous les matins la question de « Est-ce que je fais un compromis avec le capitalisme si j’augmente les salaires et si j’ai des congés payés ? ». Donc c’est une bataille très lourde qu’il faut mener, mais il faut la mener dès maintenant. 

Un autre sujet d’inquiétude est celui des déserts médicaux et du financement des hôpitaux. En quoi l’écologie va de pair avec la reconstruction d’un service public de la santé ?  

Parce que la santé, c’est au cœur de l’écologie. On voit qu’aujourd’hui il n’y a qu’une seule santé, que la santé environnementale, la santé animale et la santé humaine ne font qu’une. Donc on a un grand projet de santé environnementale et de sursaut sur l’hôpital avec le recrutement de 100 000 infirmières, l’augmentation des salaires pour redonner à l’hôpital sa capacité à être accessible à toutes et à tous pour une bonne santé.  

Question un peu plus générale, est-ce que selon vous la politique est un milieu où l’on doit faire carrière ?  

Non.  

Mais vous le faites quand même…  

Écoutez, j’ai commencé la politique en 2009, j’avais donc 42 ans. Donc j’ai eu plus de vingt ans d’engagement avant de faire carrière en politique. Je ne fais pas carrière, j’ai des mandats, mais vous pouvez considérer qu’effectivement depuis 2009 je vis de la politique, c’est incontestable. Mais je ne fais pas partie de cette  génération, et c’est le cas des écologistes le plus souvent, où l’on fait l’ENA,  Sciences Po — pardonnez-moi —, attaché parlementaire ou cabinet ministériel pour faire de la politique toute notre vie. On est tous et toutes des militants engagés et, à un moment donné, on considère que cet engagement on le porte dans un mandat, mais on a tous été d’abord des militants engagés sur le terrain pour sauver une rivière, combattre ici un entrepôt amazon, là une centrale nucléaire, protéger le thon rouge, combattre les violences faites aux femmes, le racisme ou la souffrance animale. C’est ça l’engagement écologiste.  

Finalement, si vous êtes élu Président de la République, quelle serait votre première mesure ?  

Ça sera de nommer une première ministre pour former un gouvernement. 

Crédit Image : ©SciencesPhotos

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Sandrine Rousseau : « Pour 2022, c’est foutu. Par contre, il y a 2027. » https://www.lapeniche.net/sandrine-rousseau-pour-2022-cest-foutu-par-contre-il-y-a-2027/ Fri, 25 Feb 2022 16:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54256 Le mercredi 2 février, Sandrine Rousseau, finaliste de la primaire des Verts et militante écoféministe, était l’invitée d’une conférence organisée par Sciences Po Environnement et Politiqu’Elles. Intitulée « Écologie et féminisme, incarnations et perspectives », la conférence revenait non seulement sur son combat écoféministe, mais aussi sur la primaire écologiste et les moments forts de sa campagne.

Si les combats féministes et écologiques étaient initialement séparés aux yeux de Sandrine Rousseau, elle explique au début de la conférence avoir progressivement pris conscience du système de prédation des corps, de la Nature et plus particulièrement des femmes. Seulement, après l’échec de sa candidature à la primaire écologiste pour 2022, le courant écoféministe a-t-il un réel avenir au sein de la politique ? 

Aux racines de l’écoféminisme

Pour répondre à cette question, l’invitée a décidé de revenir aux racines de l’écoféminisme. La chasse aux sorcières en est un moment charnière. Alors que les femmes risquaient les pires tortures sur simple dénonciation, cette persécution a permis de moyenner un compromis résultant en la mise au foyer des femmes. Selon la femme politique, l’arrêt de la chasse aux sorcières, « arme de discipline massive », a joué un rôle clé dans l’organisation sociale des ménages et des couples, y compris jusqu’à ce jour. Ainsi, dès le dix-neuvième siècle, le corps des femmes est réifié, rabaissé et transformé en objet de reproduction. Les femmes sont renvoyées au versant de la Nature et sont décrites comme manquant de rationalité et de la capacité à diriger, qui serait supposément propre aux hommes.

Parallèlement à la prédation sur le corps des femmes se met en place une réification de la Nature. Selon Sandrine Rousseau, c’est ce qui permet de faire rentrer la Nature dans la sphère marchande : « Cette réification a une utilité : si ça devient un objet, alors on peut se l’approprier ». Elle poursuit, « On rationalise le monde : les femmes rentrent au foyer, la Nature devient un objet marchand, on organise la conquête des espaces coloniaux et on utilise les corps des esclaves, tout ça dans le but de créer un système économique qui génère du profit». Ce biais initial aux origines du système économique, qui est dénoncé par les militantes écoféministes, apparaît inséparable de notre système actuel.

Une campagne inédite

Comme Sandrine Rousseau l’explique, la dénonciation de la prédation et de sa pensée systémique, qui est à l’origine du système économique dans lequel nous sommes, fonde désormais sa pensée et son action politique. Toutefois, alors que le courant écoféministe est souvent perçu comme un mouvement activiste et apolitique, l’avènement d’un écoféminisme politique n’est-il qu’un fantasme ? Quelle a été son expérience d’une campagne politique écoféministe ?

En quelques mots, Sandrine Rousseau décrit cette campagne comme quelque chose d’inédit, s’éloignant des normes politiques actuelles. Elle explique, « c’étaient des gens qu’on ne voit pas d’habitude au sein de la sphère politique, qui ont peur de sa violence et s’écartent de ces milieux-là pour s’en protéger. » Si une campagne écoféministe entraîne un éloignement des normes politiques, a-t-elle réellement vocation à prendre le pouvoir ou à s’institutionnaliser dans un parti ? Sandrine Rousseau confie s’interroger sur la façon de poursuivre son combat : « Je me confronte actuellement au fonctionnement du mouvement politique traditionnel, et j’ai du mal à voir comment on peut s’y inscrire. »

« C’étaient des gens qu’on ne voit pas d’habitude au sein de la sphère politique, qui ont peur de sa violence et s’écartent de ces milieux-là pour s’en protéger. »

La finaliste de la primaire des Verts affirme tout de même avoir mis en lumière un écoféminisme extrêmement puissant, à même de transformer notre société et la politique. Bien qu’elle ait perdu la primaire, les mots qu’elle a évoqués restent dans le débat : homme déconstruit, écoféminisme, prédation… « Ces mots là, c’est un peu comme si j’avais jeté des sorts finalement, et qu’ils suivaient leurs vies indépendamment de moi. Je crois vraiment que ce qu’on a fait était très puissant. » 

Les coulisses de la primaire écologiste

Première candidate à se réclamer de l’écoféminisme en politique française, Sandrine Rousseau a été largement médiatisée, devenant ainsi la cible de nombreuses vagues de cyberharcèlement. Outre les 280 articles sur la notion d’« homme déconstruit » et une procédure judiciaire ouverte concernant cette fameuse prise de parole, elle explique avoir reçu de multiples menaces de viol. « Je crois que c’est la première fois que quelqu’un posait dans le débat le fait que la prédation n’est pas une affaire de femmes, mais qu’il y a aussi des comportements masculins et virilistes à changer », dit-elle au cours de la conférence.

« Valérie Pécresse est allée dès le lendemain chez Ciotti. Moi, c’est un peu tout l’inverse qui s’est passé. »

L’écologiste revient également sur sa défaite face à Yannick Jadot lors de la primaire organisée fin septembre. Alors que Sandrine Rousseau crée la surprise en arrivant en seconde place au premier tour, un système de phoning (appels téléphoniques pour démarcher) s’est mis en place au sein du parti Europe Écologie Les Verts pendant l’entre-deux tours, afin de convaincre de voter pour Yannick Jadot. Pour Sandrine Rousseau, il était impossible de reprendre des relations normales après ça. L’intégration dans l’équipe de campagne du vainqueur a également été particulière, notamment en raison du score très serré : « Valérie Pécresse est allée dès le lendemain chez Ciotti. Moi, c’est un peu tout l’inverse qui s’est passé. » Alors que l’équipe de campagne de Sandrine Rousseau était constitué de personnes précarisées et néophytes en politique, celle de Yannick Jadot était différente. Durant la conférence, elle qualifie la période de difficile, beaucoup de personnes n’ayant pas pu trouver leur place au sein de l’équipe du vainqueur de la primaire : « J’ai entendu beaucoup de mots… ‘L’équipe de Sandrine il n’y a que des fous et des folles, on ne sait pas ce qu’on va en faire’. »

Le ‘Je’ viriliste de 2022

Après quelques débats houleux au sujet du nucléaire, Sandrine Rousseau achève sa prise de parole en évoquant le futur de l’éco-féminisme. A-t-il des chances de survivre au sein de la campagne présidentielle pour 2022 ? Pour l’écologiste, il n’y a aucune chance : « Arriver à l’écoféminisme, c’est avoir travaillé sur les rapports de domination et de prédation, au-delà d’un programme. On voit déjà que le ‘Je’ viriliste revient avec Jadot, Mélenchon, Roussel… » 

Pour autant, les perspectives restent ouvertes pour amener, de nouveau, l’écoféminisme sur la scène politique. Faut-il créer un parti écoféministe ? Réinventer la politique au nom de l’écoféminisme ? Continuer le militantisme « gratuit et fatigant » ? « Pour 2022, c’est foutu. Par contre, il y a 2027 », dit-elle en souriant. Elle termine, « On a besoin de vous. Et puis franchement, une position dominante dans une société, on en fait le deuil assez vite. »

Crédits photo : Arthur Collin, Sciences Po Environnement

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