Le 31 mai dernier, Sciences Po organisait le Live Magazine de l’Égalité des Chances, une soirée destinée à célébrer les vingt ans du programme CEP. Cette soirée, qui s’est déroulée en Boutmy – et était aussi retransmise en direct sur YouTube – était animée par Bénédicte Durand, administratrice provisoire de Sciences Po, ainsi que par un panel d’intervenant.e.s lié.e.s au dispositif. Dans la salle se trouvaient la présidente de la FNSP Laurence Bertrand Dorléac, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal ainsi que divers.es mécènes, partenaires du programme CEP et membres de Sciences Po qui y ont contribué. Le but de cette soirée : regarder le chemin parcouru depuis 2001 et se souvenir des premières années de la CEP.
Parlons-en, de ces premières années. Premier intervenant de la soirée après l’introduction de Bénédicte Durand, Cyril Delhay était chargé de raconter à son auditoire les débuts difficiles de la CEP. Professeur d’art oratoire, M. Delhay a également été responsable des programmes Égalité des Chances à Sciences Po entre 2001 et 2009 : il a donc été particulièrement impliqué dans la mise en place du programme CEP. Pendant son intervention, il nous ramène en mars 2000, à l’époque où Richard Descoings vient le trouver pour discuter des futures conventions ZEP (Zones d’Éducation Prioritaire). Centrale et essentielle, c’est ainsi qu’est présentée la vision de l’ancien directeur de Sciences Po pendant toute cette soirée. Au cours de la période 2000 – 2001, les évènements s’enchaînent : rencontres avec les proviseur.e.s de lycées et discussions avec les communautés enseignante et étudiante laissent bientôt place aux batailles juridiques qui s’éternisent jusqu’à l’été 2001. Finalement, en septembre, ce sont dix-sept étudiant.e.s qui apprennent leur admission à Sciences Po et font leur entrée rue Saint-Guillaume.
Parmi ces nouveaux.elles arrivant.e.s, cinq feront l’objet d’un documentaire intitulé Court-circuit à Sciences Po, réalisé par Virginie Linhart pendant leur première année. C’est la réalisatrice elle-même qui monte alors sur la scène de l’amphithéâtre Boutmy pour présenter son film et en montrer des extraits. Années 2000 obligent, les coupes de cheveux et vêtements vintage sont de rigueur et ajoutent à la nostalgie cultivée par les intervenant.e.s depuis le début de la soirée. Le contraste entre les deux époques devient d’autant plus saisissant lorsque quatre des étudiant.e.s sujets du documentaire, Julien, Anna, Sébastien et Aurélia, interviennent à leur tour en direct pour témoigner de leur réussite professionnelle et de l’impact positif du programme CEP. En effet, au-delà des souvenirs émus, ces portraits permettent aussi de dresser un bilan.
Dans cet objectif, nous avons rencontré une ancienne étudiante de Sciences Po ayant bénéficié du dispositif CEP. Aujourd’hui cadre territoriale au sein de la mairie de Bezons et première adjointe au maire de Colombes, Fatoumata Sow est entrée à Sciences Po en septembre 2006. Comme elle l’explique, sa promotion a fait l’objet d’une attention particulière : « les tous premiers CEP sont rentrés en 2001 et sont sortis en 2006. Nous, quand on est rentrés, on était une promo assez regardée parce que c’était l’occasion de faire le premier bilan. […] Il y avait encore des interrogations, il y avait encore de la curiosité et nous, la génération à laquelle j’appartiens, en 2006, on était celle qui avait encore [des choses] à prouver. » Questionnée sur son souvenir des ateliers de préparation au concours d’entrée effectués au lycée, Fatoumata Sow tient à souligner le travail de « tous les professeurs que j’ai connus sur mon parcours. J’ai une éternelle reconnaissance et ceux du lycée ont juste été extraordinaires parce que je pense qu’ils sont allés bien au-delà de leur mission principale essentielle. » Pour elle, l’investissement de ses professeurs lui a permis de « dépasser mes limites et donner quelque chose que je ne soupçonnais pas forcément au fond de moi. »
Mais entre le cadre connu du lycée et la nouveauté que représente Sciences Po, un décalage demeure, d’où l’intérêt d’un accompagnement qui se poursuit après l’admission en première année avec le tutorat : « on est dans un environnement qui nous déboussole. Moi, le 7e arrondissement, je n’y avais jamais mis les pieds. On arrive avec des visages qui sont aussi nouveaux, avec des codes qui sont aussi nouveaux et qu’on ne maîtrise pas forcément. » Des nouveautés qui peuvent engendrer, chez les élèves étant passé.e.s par les conventions CEP, un syndrome de l’imposteur. C’est ce que raconte Marine Gautier, intervenante lors de la soirée du Live Magazine de l’Égalité des Chances organisée par Sciences Po. En 2019, elle coréalise avec Jean Crépu le documentaire Pourquoi pas moi ?, dans lequel ils suivent des élèves d’un lycée de Bondy qui participent aux ateliers de préparation au concours. Sur la scène de Boutmy, la réalisatrice se souvient des appréhensions des élèves, certain.e.s craignant de ne pas se sentir à leur place dans l’établissement de la rue Saint-Guillaume. Ces craintes, Fatoumata Sow les a aussi connues : « cette première année à Sciences Po, ça a suscité des interrogations sur la place que j’occupais dans la société et la place que je pourrais occuper dans la société. On vit une espèce de tiraillement : on aspire à des choses, on a des rêves, des espoirs et en même temps, on ne veut surtout pas renier ce qu’on est, et c’est cet équilibre-là qu’il faut qu’on arrive à trouver lors de cette première année. »
Une fois cet équilibre trouvé, les difficultés du début ont laissé place chez Madame Sow à une « envie de me battre et d’assumer pleinement ce que je suis et cette différence. » Pendant son Master, elle raconte ainsi avoir organisé le dîner de conférence de son cours de droit public dans sa ville, à Colombes. Pour elle, il s’agissait de « montrer ce que pouvait être la banlieue et qu’il pouvait aussi y avoir de belles choses. J’étais vraiment dans ce truc assez militant à Sciences Po de clairement assumer de là où je venais tout en montrant que je pouvais aussi me fondre dans la masse. »
Alors, que retenir des vingt premières années des conventions CEP ? Des chiffres d’abord. 2262 par exemple : le nombre d’étudiant.e.s admis.es par la procédure CEP depuis sa création en 2001. 134 : le nombre de diplômé.e.s issu.e.s des conventions dans la promotion 2020. 106 : le nombre de lycées partenaires au début de l’année de 2021, une liste que Sciences Po espère faire passer à 200 lycées en 2023. Mais au-delà des chiffres, le dispositif des CEP représente aussi une expérience dont l’impact perdure bien après le diplôme, comme l’explique Fatoumata Sow qui résume son parcours ainsi : une première année « éprouvante, une scolarité époustouflante et quelque chose qui restera à jamais gravé, qui marque à vie. » Madame Sow met en avant le « bagage intellectuel » que son passage à Sciences Po lui a permis d’acquérir ainsi que les rencontres qu’elle a pu y faire et les effets sur sa carrière professionnelle : « c’est une belle carte de visite aussi : moi je n’ai jamais éprouvé de difficultés en termes d’embauche. Je pense que le diplôme joue mais je pense surtout aussi que la personnalité que j’ai pu cultiver à Sciences Po joue énormément. Oui, très clairement, l’impact perdure. »
Par rapport à la pertinence du programme, Madame Sow considère que « le dispositif de la convention ZEP, c’est génial, mais moi je rêve de ce jour où, en France, on arrivera à faire en sorte qu’un fils d’ouvrier ait les mêmes chances de pouvoir passer un concours qu’un fils de diplomate par exemple. Je serai pleinement heureuse et épanouie le jour où je me dis qu’on n’aura plus besoin de créer des passerelles parce que ça voudra dire qu’on aura réussi à combattre les inégalités et qu’on aura réussi à donner les chances à chacune et chacun d’affronter la vie de la même manière. » En attendant ce jour, le travail pour l’égalité des chances se poursuit. En plus d’augmenter le nombre de lycées conventionnés, Sciences Po souhaite que les étudiant.e.s ayant suivi les ateliers CEP représentent 15% de chaque promotion. Cet horizon s’ajoute à l’objectif de 30% de boursiers par promotion, annoncé en 2019. Comme l’expliquait Fatoumata Sow, « parfois, il faut forcer les choses pour faire avancer les idées dans la société. »
Crédit image : « Entrée de SciencesPo Paris, au 27 rue St-Guillaume » 8 juillet 2014 File:Entrée de Sciences Po (2014).JPG – Wikimedia Commons Licence Creative Commons Creative Commons Legal Code
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Selon Frédéric Mion, qui est directeur de l’IEP de Paris et administrateur de la FNSP, l’élection de M. Duhamel est « une excellente nouvelle pour la FNSP comme pour Sciences Po dans son ensemble. »
« {La FNSP} a la responsabilité des grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po », note le site de Sciences Po.
Depuis la réforme de statuts entrée en vigueur cette année, deux élus étudiants siègent parmi les 25 membres du Conseil d’administration, aux côtés du vice-président du Conseil d’Etat, de nombreux universitaires, et de représentants du personnel et des enseignants. Sont présent également deux représentants de l’Etat qui ne votent pas.
« Avant, on assistait seulement au Conseil d’administration de décembre. Aujourd’hui on a l’occasion de siéger à l’ensemble des Conseils et à tous les points à l’ordre du jour », souligne Josselin Marc, président de l’UNEF Sciences Po, dont sont issus les deux élus étudiants. Le Conseil a siégé de neuf heures du matin à midi mardi.
Les deux étudiants disent être intervenus notamment lors de l’approbation du budget 2015. « On est intervenus pour dire qu’il y avait une augmentation des frais et que le modèle économique [de Sciences Po] reposait de plus en plus sur les étudiants, mais que l’augmentation des fris d’augmentations n’est pas nécessaire »au regard du budget excédentaire pointe du doigt Josselin. « On a pu apporter la représentation des étudiants », affirme Laura Cazalot-Duquesne, trésorière de l’UNEF Sciences Po. Les deux élus se disent étonnés de l’écoute qui a été apporté à leurs positions.
« On n’a pas les mêmes intérêts [que d’autres membres du CA], on est minoritaires (…) mais globalement ça s’est globalement bien passé », juge Laura.
Josselin considère même “assez étonnant” que plusieurs membres du Conseil se sont montrés ouverts aux arguments des étudiants. Laura se rappelle avoir été avertie par plusieurs personnalités extérieures que la présence d’étudiants au Conseil d’administration ne serait pas la bienvenue. Au delà de la simple participation, il est « important qu’on ait accès à des documents, des statistiques, des comptes de la FNSP », juge Laura.
« Ca ne va pas révolutionner le monde, mais sur la forme il y a des avancées, le comportement était respectueux et on peut enfin travailler de façon sérieuse. »
Olivier Duhamel a enseigné pendant plus de 25 ans à Sciences Po, dont il est diplômé en 1972. Il y a notamment, de 1986 à 2010, animé le cours fondamental d’institutions politiques en première année. Il a publié en 2009 « Droit constitutionnel et institutions politiques », un des ouvrages de référence dans le domaine. Lors de son dernier cours, il avait été applaudi en Boutmy par Richard Descoigns.
Olivier Duhamel saura « défendre le socle sur lequel s’est bâti notre école – excellence, pluridisciplinarité et indépendance – et insuffler toute son énergie aux nombreuses réformes que nous conduisons actuellement pour accroître le rayonnement de Sciences Po dans le paysage de l’enseignement supérieur français, européen et mondial », a affirmé Frédéric Mion dans un communiqué.
Candidat unique, il a été élu à l’unanimité avec deux absentions. Pour accéder au poste de président du Conseil d’administration, le candidat doit être “membre fondateur” du Conseil d’administration. Il y en a dix, en plus de 15 élus ou membres de droit.
« Il faut s’arrêter avant de décliner », avait déclaré M. Duhamel à l’Etudiant en 2010. « Je pense avoir atteint ce que je pouvais faire de mieux comme enseignant. Et on a moins de force à 60 ans qu’à 20. D’autant que l’enseignement, c’est la seule de mes activités qui me donne un tel stress : j’arrive toujours à un cours avec le trac et j’en ressors la chemise trempée. »
De 1983 à 1995, il a été conseiller du président du Conseil constitutionnel, puis, en 1992 membre de la « Commission Vedel », un conseil consultatif pour la révision de la Constitution en 1992 et 1993. Il a ensuite été député européen entre 1997 et 2004, ainsi que membre du comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République, présidé par Édouard Balladur.
Il est membre du Conseil d’Administration de la FNSP depuis 1995.
« Premier économiste à accéder à la présidence de la FNSP » selon le site de Sciences Po, en 2007, Jean-Claude Casanova devient président d’honneur de la FNSP.
« {Il} a participé à tous les aspects de la vie de la Fondation et de l’IEP », avait déclaré en 2007 René Rémond, président de la FNSP de 1981 à 2007. En effet, M. Casanova était à la fois élève et enseignant rue Saint Guillaume: diplômé de Sciences Po en 1957, titulaire de trois DES (économie politique, sciences économiques, droit romain et histoire du droit), et docteur et agrégé de sciences économiques. Il a été nommé professeur à l’IEP de Paris en 1969 après y avoir enseigné depuis 1963.
Avec Richard Descoings, Jean-Claude Casanova, admirateur du modèle universtaire américain, était un des architectes principaux de l’ouverture à l’international et de l’autonomie politique et financière grandissante de Sciences Po.
« Il sera un fervent supporter des initiatives visant à accroître l’autonomie de Sciences Po, telles l’augmentation des droits de scolarité, les transformations du statut des enseignants-chercheurs ou la constitution d’un capital », relève Sciences Po dans un portrait qui lui est consacré.
Pour Frédéric Mion, le professeur émérite « a su, pendant neuf ans, préserver l’identité de Sciences Po et son originalité tout en appuyant le développement de nombreuses innovations : ouverture sociale, internationalisation du corps étudiant et enseignant, affirmation de l’autonomie financière, développement de la recherche. »
Jean-Claude Casanova a été condamné en décembre 2015 à 1 500€ d’amende par la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF) de la Cour des Comptes dans « l’affaire Sciences Po« des salaires Descoings. Malgré des circonstances atténuantes, la CDBF a considéré que le salaire de l’ancien directeur a été validé par une procédure irrégulière, dans laquelle le conseil d’administration n’exerçait pas son rôle. M. Casanova a depuis annoncé contester la décision. Le montant même de la rémunération, considéré par la Cour comme « particulièrement élevé », le dossier soumis à la CDBF ne permettait pas d’établir un avantage injustifié.
]]>[Article mis à jour le 4 décembre 2015, à 14h41, pour inclure la réaction de Sciences Po.]
La condamnation fait suite à un rapport de la Cour des Comptes de 2012, dans lequel étaient dénoncés salaires et bonus excessifs, accordés à Richard Descoings notamment, directeur de Sciences Po jusqu’à son décès à New York en 2012. La CDBF considère que le salaire de l’ancien directeur a été validé par une procédure irrégulière, dans laquelle le conseil d’administration n’exerçait pas son rôle.
L’arrêt considère que il incombait à « (Jean-Claude Casanova), en sa qualité de président du conseil d’administration de la FNSP, de mettre un terme à cette irrégularité et de veiller à ce que le conseil d’administration soit mis à même d’exercer ses compétences. »
La Cour remarque dans son arrêt que « le conseil d’administration de la FNSP n’était pas saisi des rémunérations individuelles des cadres dirigeants de Sciences Po et ne délibérait jamais explicitement à leur sujet. »
La CDBF a aussi relevé une procédure irrégulière lors de la mission de concertation sur la réforme du Lycée, que l’ancien Président Nicolas Sarkozy avait confiée à M. Descoings. M. Casanova aurait du saisir sans délai le conseil d’administration, ce qu’il a omis de faire, juge la Cour.
En effet, même si la FNSP a été remboursée par l’Etat, les frais pour cette « mission extérieure à l’objet de la fondation » ont été inscrits au budget de la fondation sans en informer son conseil d’administration, remarque la Cour.
Monsieur Casanova a cependant bénéficié de deux circonstances atténuantes. La mise en place d’une « commission des rémunérations » a donné un « caractère collégial à la détermination » des rémunérations qui « relevaient jusqu’alors exclusivement du président du conseil d’administration [M. Casanova] et de l’administrateur de la FNSP et directeur de l’IEP de Paris. »
Quand au montant même de la rémunération, considéré par la Cour comme « particulièrement élevé », le dossier soumis à la CDBF ne permettait pas d’établir un avantage injustifié, et donc une infraction relative à l’article L. 313-6 du Code des juridictions financières.
Dans un email à La Péniche, « la FNSP prend acte de la décision de la Cour de discipline budgétaire et financière. Elle se réjouit de la mise hors de cause de M. Aurélien Krejbich. Elle regrette que la CDBF ait prononcé une sanction à l’égard de M. Casanova, en dépit des circonstances atténuantes qu’elle avait elle-même reconnues. La FNSP note que cette sanction n’est motivée que par un défaut de consultation de son conseil d’administration. »
Dans son rapport, la cour des Comptes avait écrit que « l’indemnité mensuelle de Richard Descoings ne repose sur aucun contrat formel et n’a pas été votée en conseil d’administration. » L’ancien directeur avait perçu 537 247€ en 2010. À l’issu du rapport, M. Casanova et le directeur en charge des ressources humaines, Aurélien Krejbich, ont été renvoyés devant la CDBF.
Aurélien Krejbich, poursuivi pour diverses irrégularités dans la gestion des enseignants-chercheurs (primes, service, heures complémentaires), a été relaxé.
La cour considère en effet qu’il « ne contribuait pas à la définition du service des enseignants et enseignants-chercheurs affectés à l’IEP de Paris » et n’avait donc « ni compétence ni moyens pour contrôler a postériori » la régularité des décisions.
La décision de la CDBF a été publiée aujourd’hui au journal officiel. Le procureur avait initialement demandé une amende de 3 000€ pour Jean-Claude Casanova. L’audience, pendant laquelle étaient entendus, en plus de M. Casanova, Michel Pébeareau, Louis Schweitzer et Frédéric Mion, s’est tenue vendredi 6 novembre 2015.
Jean-Claude Casanova s’y est défendu : « Je n’ai jamais trahi ni l’idée que je me fais de l’université ni les statuts de Sciences Po. L’université française, pour qu’elle monte dans les classements internationaux, doit avoir une liberté de gestion. »
Le procureur général a cependant soulevé des questions quant aux procédures de validation des salaires. Une commission financière prenait les décisions, que le conseil d’administration ne venait que valider.
« Nous n’étions jamais informés de la rémunération individuelle de tel ou tel dirigeant ou directeur, et personne en cherchait à l’être », a commenté Olivier Duhamel, membre du conseil d’administration, cité comme témoin devant la CDBF.
La CDBF ne prononce que des amendes de cinq chiffres maximum. La décision peut être contestée devant le conseil d’État, selon le site de la Cour des comptes.
[Correction, 4 décembre 2015, 15h05: la décision de la CDBF peut être contestée et non pas attaquée devant le conseil d’État. Le procureur général, et non pas le procureur, avait demandé l’amende de 3.000€.]
]]>Une interview conduite dans la joie et la bonne humeur par Malte Penot-Lacassagne, Romane Franche et Marin de La Rochefordière.

Quels sont les premiers retours sur l’arrivée du programme Europe-Afrique ?
Olivier Chopin : Excellents ! J’ai vu une dizaine d’étudiants de deuxième année lors du Welcome Program. Tous avaient le sourire. Ils se disent qu’ils vont être bien ici en termes d’espace, de vie quotidienne, de matériel…
Pourquoi avoir choisi Reims ?
O.C. : Le développement de l’Afrique s’insère dans la mondialisation. À cet égard, le campus de Reims nous est apparu comme la jonction la plus adaptée entre l’Afrique et le Monde. Il nous reste encore à voir comment nous ouvrirons et articulerons notre programme avec l’arc atlantique traité au sein du programme Europe-Amérique. D’autre part, le développement du programme aurait été plus compliqué à Paris. Ce déménagement permet de lui redonner du souffle : nous sommes désormais pleinement maîtres de l’évolution de nos enseignements. A terme, je souhaiterais que notre programme à Reims devienne une référence comme la SOAS, à Londres.
Quels acteurs ont financé le campus ? A quelle hauteur ?
Nathalie Jacquet : Trois collectivités territoriales ont financé le campus à part égales : la ville de Reims (qui reste toujours propriétaire des lieux), le département de la Marne et la région Champagne Ardenne. Elles s’y sont engagées en signant une convention quadripartite, en 2009. Le montant total des travaux tourne autour de 76 millions d’euros. Le cabinet d’architecture Reichen et Robert, spécialisé dans la rénovation du patrimoine historique, a mené les travaux.
Il y avait donc très tôt un projet rémois d’ampleur…
N.J. : Effectivement, nous avons su avant même l’ouverture des lieux qu’il y allait avoir plus de programmes que le seul Euro-Américain ici. Richard Descoings avait dès le début des années 2000 la certitude qu’il fallait désengorger Paris. Frédéric Mion est convaincu que l’avenir du Collège Universitaire se jouera pour une très large part sur les campus internationaux .
Le Collège des Jésuites de Reims, un lieu d’études d’excellence qui date du XVIIe siècle, nous est apparu propice à l’installation d’un campus de Sciences Po. C’est aujourd’hui un vrai campus du XXIe siècle, au recrutement international. Frédéric Mion a précisé le projet en 2013 et a tranché sur le dimensionnement final du campus de Reims.
Qu’entendez-vous par “précisé le projet” ? S’agit-il du déménagement du Collège Universitaire à Reims ?
N.J. : Bénédicte Durand (NDLR : la nouvelle Doyenne du Collège universitaire de Sciences Po) travaille en ce moment sur ce que le Collège universitaire va devenir. L’ensemble du Bachelor va être repensé, tout en veillant à ce que chaque cursus conserve une identité propre.
Est-ce que tout ce qui correspond au programme général actuel se déplacera à Reims ?
N.J : Il n’y aura pas de délocalisation complète du programme général à Reims. Il restera toujours des étudiants à Paris. Nous n’aurions de toute façon pas la place d’accueillir autant de monde.
Combien d’étudiants comptez-vous aujourd’hui ?
N.J. : Nous comptons en cette rentrée 500 étudiants du programme Euro-Américain, répartis sur deux promotions, 120 Eurafs et 200 exchange students sur l’année.
De nombreuses interrogations accompagnent le déplacement du CU à Reims chez les étudiants. Paris offre une vie étudiante passionnante, riche et variée. La vie culturelle rémoise n’est-elle pas moins attrayante que celle de Paris ?
N.J. : Reims n’est pas dépourvue de théâtres et de musées ! De plus, l’ambiance est très studieuse sur le campus et entre les exigences académiques et la richesse de la vie associative et étudiante, il ne semble pas que les étudiants du campus de Reims soient en manque d’occupations.
Qu’en est-il des invités et des grandes personnalités reçues sur le campus ?
N.J. : Il faut changer les habitudes de déplacement, et nous sommes au milieu du chemin. Nous avons déjà à Reims de nombreux conférenciers internationaux, c’est dans l’ADN du campus.
De nombreux étudiants en deuxième année travaillent en dehors de leurs cours : Assemblée Nationale, Sénat, médias… Ces expériences contribuent à enrichir un profil Sciences Po “général”. Ne pensez-vous que l’arrivée des étudiants à Reims soit dommageable sur ce point ?
N.J. : Encore une fois, tous les étudiants du Collège universitaire ne viendront pas à Reims. Mais de toute façon, au regard de la charge de travail et de la richesse de la vie associative, nous déconseillons à nos étudiants de prendre un véritable job à côté, en dehors des positions de vacataire à la bibliothèque ou à la cafeteria.. Et puis n’est-ce pas prématuré de travailler si tôt ? Ne vaut-il mieux pas attendre le master ?
Pensez-vous que ce déplacement des deux premières années d’études à Reims puisse tout de même conduire à une baisse de candidats au Collège universitaire ?
N.J. : Nous ne l’envisageons pas, au contraire : nous voulons développer une offre de formation attractive, dans un environnement international. La localisation deviendra alors une question secondaire. Vous savez, vue de l’autre côté de l’Atlantique, l’opposition Paris-province est largement supplantée par une véritable perspective internationale et la volonté de construire une éducation globale. Nous avons par ailleurs de vrais arguments à proposer : la qualité de la vie, la facilité à trouver un logement, la vie de campus… Pour des jeunes qui ne parlent pas le français et qui quittent leur pays pour la première fois, c’est l’option idéale. Les maîtres-mots sont internationalisation et modernité.

Le campus de Reims ressemble à une grande famille, on y trouve un esprit très fraternel d’après ce que nous avons pu remarquer et ce que nous ont confié vos étudiants. Ne craignez-vous pas de perdre l’esprit familial qui règne sur le campus en accueillant plus d’étudiants ?
N.J. : 250 étudiants par promotion dans chaque programme nous semble être un maximum que nous tâcherons de ne pas dépasser. L’administration veille à ce qu’ils trouvent tous un logement par exemple, et plus largement à leur bien-être. Lorsque le programme Europe-Afrique est arrivé, nous avons travaillé en amont avec le BDE, le BDA et l’AS pour que les bureaux des associations permanentes soient paritaires avec autant d’élèves du programme Euro-Américain que d’étudiants du cursus Europe-Afrique. Nous voulons nous assurer que l’intégration des nouveaux étudiants sur le campus de Reims est garantie.
Pour conclure, auriez-vous un modèle d’université américaine en particulier ?
N.J. : Je dirais spontanément Columbia à New York. C’est une université urbaine dont les bâtiments s’intègrent pleinement à la ville et dont la philosophie éducative a bien des points communs avec celle de Sciences Po.
Une interview relue et légèrement ajustée par Nathalie Jacquet dont le glissement dans une rubrique « Promotion d’un campus » nous titille encore les doigts…

« Chers tous, chers parisiens, chers élèves du campus de Poitiers et de Menton, le cours va commencer. » Heureusement qu’il reste ce cher Yann Algan pour saluer chaleureusement et avec la plus grande assiduité nos amis les « délocs », parce qu’il faut le dire, il n’y a pas que le jeudi matin en Boutmy qu’on a eu tendance à oublier qu’eux aussi suivent les mêmes cours et portent fièrement l’étiquette de Sciences Po Paris. Sauf qu’eux doivent bien souvent la justifier, l’expliquer : « c’est Sciences Po Paris, oui oui, mais pas à Paris ». Au CRIT, vous savez tous ce que les slogans parisiens disent des provinciaux. Mais de quels provinciaux parlons-nous ? Certainement pas ceux des campus de Sciences Po… Nous sommes élèves d’une même école et pourtant, d’un campus à l’autre, difficile de se comprendre tant les ambiances et les cours varient. A tel point que l’idée d’un « Sciences Po » devienne ambigüe, voir grossière. Se sentir déloc’, ça veut dire quoi ? Du Havre à Menton, entre sentiment d’isolement et volonté d’indépendance, retour sur les facettes des relations inter campus.
De l’attente insoutenable de l’oral d’admission dans les couloirs du 13U, il y a déjà fort longtemps, jusqu’aux galops d’essais – il n’y a malheureusement pas si longtemps et pour un bon moment – en passant par un logo controversé, nombreuses sont les choses qui forgent une identité de sciencepiste.
Debouts face aux IEP, à Paris comme en campus, les études et la marque restent les mêmes. « On se sent à Sciences Po Paris, déjà parce que Sciences Po le Havre, ça ne flashe pas », lâche avec une certaine lucidité Vincent Pérot, un élève du Havre « C’est comme être européen, et être français en même temps : ça n’est pas contradictoire. »
Sans oublier Frédéric Mion qui passe régulièrement leur rendre visite. Sur le plan officiel, les campus, malgré la distance, l’affirment haut et fort : Oui, ils font partie de l’école.
Mais vite, ces affirmations se nuancent. Dans de nombreux campus, un sentiment d’isolement face au géant parisien se fait entendre, surtout sur le plan associatif. Non pas que le dynamisme au sein des campus manque, loin de là. On constate simplement parfois une certaine néglience des élèves de Paris pour les délocs.
De façon significative, les campus ne sont pas du tout associés à l’événement phare de l’identité sciencepiste : le CRIT, alors même que l’association sportive parisienne se bat en leur nom.
Si les campus disposent chacun de leur BDE et de leur vie associative, les tentatives d’événements communs, ou même de mise en relation entre les associations sont maigres, et n’aboutissent généralement pas. Alors même que des associations semblables existent dans chaque campus.
« Il y avait un projet de week-end inter campus en Avril mais ça ne s’est pas fait. Nancy devait venir au Havre en début d’année pour une rencontre culturelle, et ça ne s’est pas fait non plus, par manque d’organisation entre les différentes associations » regrette Samuel Flambard, président du BDE du Havre.
Cet isolement reste relatif selon les campus. Reims, qui bénéficie par exemple de sa proximité avec Paris grâce au TGV ne semble pas en reste. Des invités de marque et des professeurs font le déplacement, tout comme les associations : Stop & Go est passé les voir en novembre dernier, tandis qu’en cette rentrée 2015 La Péniche travaille à un partenariat avec le Sundial, le journal du campus de reimois.

Alors que rien n’indique que Paris puisse prétendre à une suprématie quelconque sur ses voisins, une ambiguïté plane toujours au moment de la campagne BDE. Aux yeux de certains, il y aurait un jeu de domination des campus délocalisés. « Le BDE de Paris s’en fout un peu de nous, il a déjà plus de 4000 étudiants à gérer. On a beau être sur la plaquette, on se sent un peu oubliés » déplore Vincent, en 2A sur le campus du Havre. « On se sent appartenir à Sciences Po Paris, mais Paris ne nous le montre pas vraiment, ou se concentre uniquement sur l’élection du BDE. »
S’il y a une chose en effet qui semble irriter les déloc’s, c’est bien l’élection du BDE parisien. Pourquoi voter pour un BDE qui ne les concerne manifestement pas, en l’absence d’événements communs, alors qu’ils ont déjà le leur ? C’est cette ambiguité qui leur semble la plus insupportable.
L’élection d’un supra BDE ne leur profite pas mais semble affirmer la prépondérance du campus parisien sur les autres, alors qu’ils se sentent déjà constamment obliger de rappeler « qu’ils ne sont pas une sous branche de Sciences Po Paris ». Claire Doumnec, en 2A sur le campus de Nancy a l’impression que « les parisiens viennent nous voir seulement un jour ou deux par an, très sûrs de leur légitimité sur le campus, brandissant des propositions pour nous intégrer ». Un sentiment partagé par d’autres élèves, qui évoquent des airs de pitié condescendante des parisiens en visite, si bien qu’un déloc finit par lâcher « je n’ai pas voté, je les emmerde »
Comme ils le revendiquent, les déloc’s n’ont pas besoin de Paris. Leur identité de campus l’emporte : « Pour nous, l’événement phare de l’année, ce sont les Collégiades. A Nancy, nous avons nos chants, nos valeurs, une identité très forte ».
Vincent va plus loin en considérant que le campus de Paris et les délocalisés sont « deux mondes qui s’ignorent, n’ont rien à voir et ne se comprennent pas ». Alors que règne sur les campus une ambiance digne de l’Auberge Espagnole, grâce à des promotions à taille humaine où tout le monde se connaît, difficile à Paris de faire naître une telle unité. D’autant que le Collège Universitaire compte à lui seul près de 1500 élèves et que certains fréquentent à mi temps La Sorbonne. Pour les élèves de Paris, il n’y a pas de spécificité identitaire : seul l’idée d’un « Sciences Po Paris » existe.
Pourtant, lorsque Richard Descoings a crée dans les années 2000 ces campus délocalisés, le but était bien, outre accueillir davantage d’étudiants, de créer des campus unis par leur rattachement à une zone culturelle et géographie spécifique. Rattachement permis à la fois par des enseignements propres à ces régions, mais aussi par l’influence d’étudiants étrangers sur les campus. De ce point de vue le pari est réussi.
Mais quand est-il de la volonté de rencontre? Si les cristallisations de ces identités sont importantes, l’absence de relations entre elles est dommageable. Elle seule permettrait véritablement d’unifier les étudiants et de tirer profit au maximum de cette diversité. Les plus pénalisés sur ce point étant finalement les élèves de Paris, dont les contacts internationaux sont moindres.
« Le BDE parisien doit être un coordinateur, tout au long de l’année, sans interférer sur l’indépendance des campus », continue Samuel. Une conception du BdE que partage Milan Prée, nouveau responsable du pôle « campus délocalisés » au BDE: « Donner la possibilité aux élèves de tout le Collège Universitaire de se rencontrer est mon grand objectif pour l’année à venir, et fait partie intégrante de notre agenda. Je souhaite de tout coeur que des étudiants de Paris puissent rencontrer des étudiants de Reims, Nancy, mais aussi Poitiers, Dijon, le Havre. Il n’y a pas de supra-BdE, mais nous voulons une collaboration reposant sur une relation horizontale ». Il y a encore du pain sur la planche…
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