Organisée sous la forme d’un échange de question-réponse, la conférence s’est distinguée par la pertinence des problématiques soulevées et des débats engendrés.
Tout d’abord, Najat Vallaud-Belkacem a souhaité clarifier un enjeu majeur de la discussion : elle n’aime pas le terme « d’égalité des chances », qui nierait selon elle le contexte social dans lequel baignent les individus.
Si le mérite a pour elle son importance dans la réussite scolaire, il ne fait pas tout et ne suffit pas à balayer à lui tout seul les enjeux de réussite à l’école. Outre ces préoccupations sémantiques et théoriques, nous sommes rentrés directement dans le vif du sujet lorsque l’ancienne ministre a été prise à partie sur la réforme du lycée et la suppression des filières, ainsi que sur la présence d’un grand oral au baccalauréat. L’invitée du soir a souhaité réhabiliter l’utilité des filières au lycée, et mettre en garde contre la réforme actuelle, susceptible d’orienter trop tôt (dès la classe de seconde) les élèves. À15 ans seulement, un âge où l’on manque potentiellement de maturité, des choix effectués trop tôt pourraient influencer le parcours professionnel post-bac de lycéens encore en plein questionnement. Elle juge aussi que le grand oral du baccalauréat est indéniablement discriminant car les élèves n’y sont pas préparés.
La conférence a été aussi l’occasion d’aborder des thèmes tels que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles à l’école ou la réforme des programmes. Constatant l’échec des abécédaires de l’égalité sous François Hollande, accusés d’inculquer la « théorie du genre » à l’école, Najat Vallaud-Belkacem a pu ajouter que le mouvement #MeToo et les récentes affaires de La Ligue du LOL montrent une volonté d’afficher une totale intransigeance envers les violences faites aux femmes, intransigeance encore en bourgeonnement pendant le précédent quinquennat socialiste.
Il faut aussi selon elle réformer les programmes, même si ce sont des réformes passionnelles qui cristallisent les tensions, afin d’inclure plus de femmes et de personnes issues de l’immigration.
La seconde partie de la conférence a été l’occasion pour des associations de Sciences Po en lien avec l’éducation de prendre la parole et d’interroger l’ex-ministre.
Des membres Des Territoires aux Grandes Ecoles, Ariane, Ambition Campus et Prométhée Éducation se sont ainsi succédé sur la scène de l’amphithéâtre Émile Boutmy.
Ces échanges ont permis de mettre en lumière des problématiques telles que l’inégal accès aux grandes écoles dans les territoires ruraux isolés, l’importance du milieu social dans la réussite ou encore la définition même de la « réussite », se cantonnant trop souvent à des trajectoires scolaires rectilignes dans des prépas ou des grandes écoles, niant les filières d’études technologiques et le mérite qui pourrait y être associé.
En bref, la conférence a montré une ancienne ministre sans langue de bois, lucide et clairvoyante face aux problèmes d’égalité dans le milieu scolaire. Si Najat Vallaud-Belkacem a pu montrer que l’école ne peut pas tout résoudre en matière d’égalité des chances, elle réaffirme qu’elle n’en demeure pas moins un vecteur imparfait, certes, mais ô combien nécessaire de mobilité sociale.
Sabine Audelin
]]>Un article écrit avec Ulysse Bellier.
La décision a été prise hier mercredi 23 mars 2016, à l’occasion d’une nouvelle assemblée générale du mouvement contestataire « Sciences Po contre la Loi Travail ». Dès six heures ce matin, une cinquantaine d’étudiants ont bloqué l’accès aux deux bâtiments principaux de Sciences Po, au 27 rue Saint Guillaume et au 56 rue des Saints-Pères. Tous les cours qui devaient y être tenus ont été annulés.

Une quinzaine de policiers ont été dépêchés pour assurer la sécurité de la manifestation. En milieu de matinée, deux des trois minibus de police sont partis, laissant moins de dix agents. Ils resteront en place jusqu’à 13:00.
L’administration de Sciences Po a, quant à elle, « émis des hypothèses sur la base desquelles les différents parties peuvent potentiellement discuter » à l’instar d’une liste des étudiants-manifestants qui pourrait être utilisée par le jury de fin d’année pour lever certaines défaillances. Cette proposition a été rejetée par les étudiants, par crainte « d’être listés ».
Ceux-ci réclamaient une dispense d’assiduité pour les journées de manifestation et pour la durée des AG. Cette demande est la même depuis lundi soir, début de l’occupation de l’amphithéâtre Caquot. L’administration a refusé car il s’agirait d’un « traitement inégalitaire ». Les manifestants ont libéré cet amphithéâtre mercredi soir, avec de petites dégradations aux abords de l’amphi.
Un tel blocage, une première à Sciences Po, est loin de faire l’unanimité parmi les étudiants. C’est ainsi que de nombreuses réactions plus ou moins hostiles ont été exprimées sur Twitter et Facebook, au travers du hashtag #OccupyScPo.
Honte aux #OccupyScPo qui empêchent étudiants d’accéder aux cours. Soutien aux forces de sécurité mobilisées malgré état urgence
— LesRépublicains ScPo (@LesRep_ScPo) 24 mars 2016
Le syndicat UNI-MET Sciences Po est même allé plus loin en déclarant que « Notre établissement ne doit pas céder aux méthodes violentes de groupuscules d’extrême gauche qui veulent importer à Sciences Po les violences récemment à Tolbiac et à Nanterre. »
Séraphin Elie, secrétaire de section du PS Sciences Po juge « qu’ils ont changé le clivage. On est passé de pour ou contre la Loi Travail à pour ou contre le blocage de Sciences Po. Or, dans une école qui défend le débat, ils sont voués à l’échec. »
Du côté de l’UNEF Sciences Po, enfin, son président Josselin Marc précise : « Force est de constater que si une majorité écrasante d’étudiants est contre cette loi et cette même majorité ne se reconnaît pas necessairement dans ce mode de mobilisation à l’heure actuelle. La réussite de ce mouvement, le retrait de la loi travail, ne peut passer que par l’implication du plus grand nombre. Nous nous efforceront en conséquence de faire vivre le cadre de l’assemblée générale comme moyen d’expression et de décision de tous les étudiants »
Pour beaucoup la lisibilité et le bien fondé d’un tel blocage exaspèrent. Différentes revendications se confondent au sein de cet embryon contestataire : retrait de la loi, critique de certains enseignements à Sciences Po jugés « trop libéraux », des obligations d’assiduité en cours…
Vers 12:30, la cinquantaine de manifestants a majoritairement voté le départ à la manifestation, sous les applaudissements d’autant d’étudiants opposés au blocage. Alors qu’en début de matinée, les slogans « On ne lâchera pas » allaient bon train, vers 13:15 les poubelles, les pancartes et les affiches ont été retirés des grilles du 27 rue Saint Guillaume, par les manifestants eux-mêmes et d’autres étudiants opposés à ce blocage.
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