Au terme du premier tour de la primaire organisée par le PS et ses alliés dimanche 22 janvier, Benoît Hamon arrive en tête avec environ 35 % des voies, suivi par Manuel Valls à 31 %, les deux se qualifient pour le second tour, dimanche prochain. Loin derrière, Arnaud Montebourg, le candidat-marinière, fait moins de 20 %. Parti pour rassembler, Vincent Peillon regroupe environ 6% des électeurs. Les autres candidats font chacun moins de 4 %.
Ils sont au Collège universitaire ou en master, ne veulent pas faire de la politique leur métier ou en font déjà un temps-plein. Dans la primaire de « la Belle Alliance Populaire » – qui, de l’aveu même de l’un d’eux, n’est active qu’à Paris – quatre candidats se détachaient à la veille du scrutin que tous voyait incertain. Maëlle Gelin, pour Montebourg voyait s’esquisser un second tour sans Manuel Valls et avec son champion. Raté.

Militant PS depuis la fin de sa première année, Simon Fauquembergue, en master à l’école d’affaires publiques, soutenait Vincent Peillon depuis l’annonce de sa candidature. Suite au renoncement d’Hollande, il a vu dans le professeur de philosophie « le seul capable de rassembler ». Le rassemblement, c’est son mantra qu’il répète à tout va. Mais tout les militants qu’on rencontre connaissent bien leur discours. Julie Vincent, en deuxième année et soutien de Benoît Hamon, déroule pendant deux minutes un argumentaire parfaitement huilé lorsqu’on la questionne sur le revenu universel, cher à son candidat.
Même chose chez Margot Antoniazzi, dans l’équipe de campagne de Manuel Valls et fondatrice du mouvement jeune qui l’accompagne. De la tension autour de la candidature de l’ex-Premier Ministre ? « Oui, quelques incidents » nous accorde-elle, lâchant s’être elle-même prise de la farine « dans la gueule » à Strasbourg lors du déplacement du candidat le 22 décembre. Mais malgré ce climat « haineux », « revanchard » de la part de « petits groupes identitaires », l’ex-collaboratrice parlementaire de Carlos da Silva (un très proche de Manuel Valls qui l’a « embarquée » sur la campagne) l’assure : « il y a quand même une dynamique » depuis le second débat télévisé entre les candidats.

Les autres ne sont pas tout à fait du même avis, formant ce qui ressemble à un front « tout sauf Valls ». Julie Vincent, celle qui milite pour « Benoît », nous décrit un groupe de jeunes avec Valls ayant reçu de la farine alors qu’ils tractaient. « C’est normal qu’il clive » justifie-t-elle en arguant des revirements sur le 49.3 : « Forcément ça énerve les gens ». Pour Simon Fauquembergue, il est clair que c’est « une candidature qui patine totalement ». Finalement moins que celle de son candidat, qui cumule environ 6 %.
Ce dernier, depuis son engagement auprès des Jeunes avec Peillon, enchaîne tractage entre Paris et la Vienne de ses parents « pour convaincre les indécis ». Pas des plus optimiste, il concède que son candidat « n’est pas celui qui fait lever les foules » face à Valls « qui clive » face à Hamon et Montebourg, « très établis dans les médias ». « C’est dur de mobiliser autour de lui, on essaye de faire de la pédagogie », conclut-il.
Maëlle Gelin, secrétaire de section du PS Sciences Po, est engagée depuis la fin du printemps aux côtés d’Arnaud Montebourg. Après quelques années de tractage, elle avait envie de « passer à autre chose », et préfère « travailler ici sur du fond ». Au pôle argumentaire de la campagne, elle rédige des notes et des éléments de langage pour l’ex-Ministre de l’économie. Quelques jours avant le premier tour, elle voyait déjà la « bonne dynamique » autour de Benoît Hamon, “il faut être prudent”.

Beaucoup regrettent une campagne trop courte, où seulement quelques portes-à-portes ont pu être organisés, les vacances ayant coupé la campagne. Margot Antoniazzi ne s’est pas arrêté jusqu’à ce samedi, « seule journée de libre » depuis des semaines. Mais qu’a-t-elle fait au siège du candidat ? « La mobilisation des élus, de la coordination… », un peu gênée, elle ne souhaite pas donner plus de détails. Heureuse d’avoir pris sa césure en cette année électorale, « c’est une certitude », elle s’engagera pour son candidat si celui-ci vient à gagner, tous comme les autres jeunes militants.
Cette primaire touche-elle l’unité de la section PS de Sciences Po ? Sa secrétaire, Maëlle Gelin, assure de l’absence de tension : « Ça a toujours été comme ça ». Avec un centre de gravité plus à gauche que le parti, les militants s’unissent autour de l’opposition à la politique du gouvernement. Aucun militant actif de la section ne s’est rapproché de l’ancien Premier ministre. « Il y un une ligne contre Valls », une « fracture » nous confiait-elle. Quelle positions alors de la section en cas de victoire de Valls au second tour ? Réponse dimanche prochain.
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Chacun l’aura compris, le diable se cache donc dans les détails. Cela tient au degré d’ajustement de ces réformes. Lorsque François Fillon promet de réduire les dépenses publiques de 110 milliards d’euros, Alain Juppé place lui barre à 85 milliards d’euros. Tout est une question de degré, finalement.
À rebours d’un Nicolas Sarkozy, également candidat à la primaire, qui promeut une vision de l’identité figée, Alain Juppé entend défendre l’intégration contre l’assimilation. Concept obscur, en apparence, l’identité heureuse qu’il défend se définit comme « ouverte sur son voisinage et sur le monde » selon un discours prononcé à Strasbourg le 13 septembre dernier. Et de déclarer pour expliciter davantage sa vision de l’identité : « Que serait la France sans Marie Curie venue de Varsovie, Apollinaire, né sujet polonais de l’empire russe, Picasso qui vit le jour en Espagne, Ionesco, enfant de Roumanie ou François Cheng, arrivé à Paris à la fin de l’adolescence après avoir grandi en Chine ». La rupture est donc profonde avec la conception de l’identité défendue par Nicolas Sarkozy. Résolument européen, Alain Juppé en appelle à une « Europe debout ». Il dénonce les « démagogues nationalistes », tout en appelant à une relance du projet européen pour faire face aux « trois crises » qui frappent aujourd’hui le Vieux Continent. En somme, au moment où la parole politique s’essouffle, devenant le commentaire de la marche du monde sans avoir de réelle prise sur elle, le prochain président de la République aura pour première nécessité de réconcilier la France, devrions-nous dire les France qui se regardent aujourd’hui en chiens de faience. Gageons qu’Alain Juppé s’inscrive dans cette optique.
La position actuelle d’Alain Juppé est singulière. Largement favori dans les sondages nationaux, talonné dans les intentions de vote des sympathisants Les Républicains, Alain Juppé semble tout de même faire la course en tête avec 37% des voix au premier tour, selon un sondage réalisé par le Cevipof (Sciences Po), en collaboration avec Le Monde et Ipsos-Sopra, et 56% des voix au second tour – grace à des reports de voix très favorables. Cependant, le maire de Bordeaux est tout à fait minoritaire au sein de l’appareil du parti – la majorité des militants et des cadres Les Républicains étant acquis à Nicolas Sarkozy. Il devra donc composer avec une base militante qui lui est, par moment, plutôt hostile, l’accusant de chasser sur les terres de la gauche. Cette configuration inédite lui permet, néanmoins, d’engranger, les voix des militants centristes – que lui dispute aussi Emmanuel Macron. Au fond, l’exercice de la primaire, qui n’est étranger à la culture politique de la droite, voit se redéfinir les alliances et les postures. Le gaullisme semble rendre là son dernier souffle.
Finalement, celui qui enfant avait pour ambition de devenir « Pape » entend aujourd’hui accéder à la fonction suprême de notre République laïque. Paradoxale ironie pour un homme politique que l’on croyait enterré depuis 2004, année de son exil au Canada. D’une spiritualité à une autre, il n’y a décidément qu’un pas. Enfin, pas sûr que la grâce divine ne lui soit d’un grand secours dans cette course effrénée qu’est l’élection présidentielle. Mais l’avenir ne se lit pas dans les cieux, se plaît-on à répéter.
A l’heure où la gauche est plus divisée que jamais, se pose cependant la question des candidats à la primaire du 17 janvier prochain. Elle mettra en lice la « gauche de gouvernement »‘ qui est constituée du PS, du Parti radical de gauche (PRG) et des écologistes pro-gouvernement, afin de désigner leur candidat à l’élection présidentielle de 2017. Face aux quatre personnalités ayant annoncé leur participation, Benoît Hamon tente de conjuguer désaccord envers les décisions de l’exécutif et ancrage dans la lignée du Parti socialiste. Mission impossible ? La Péniche vous dresse le portrait de celui ayant pourtant l’ambition de « rassembler la gauche » à l’aube de la primaire.

Tout d’abord, le député des Yvelines propose un certain renouvellement pouvant raviver les espoirs déçus de 2012. Son programme très orienté vers les questions sociales considère que le gouvernement a essuyé un échec concernant leur gestion. Celui-ci parle ainsi de créer un revenu universel d’existence, de réduire le temps de travail mais aussi d’abroger la loi travail qui selon lui « fragilise les salariés ». Il le dit, il souhaite centrer sa campagne sur « des questions importantes comme le chômage ou la pauvreté ».
Cette aspiration est cohérente avec le désir de regagner la confiance d’une grande partie de l’électorat de gauche qui n’a cessé de se sentir trahi, que ce soit pour la déchéance de nationalité, la loi travail ou encore l’utilisation jugée abusive du 49.3. Benoît Hamon souhaite aujourd’hui reconquérir toute cette frange de la gauche en lui proposant un retour vers davantage de socialisme, proposé comme un changement de cap face aux décisions gouvernementales. Il souhaite ainsi « dépasser l’angoisse identitaire » en se reconcentrant notamment sur les problèmes sociaux cités précedemment.
Cependant, les similitudes de son programme avec d’autres candidats font qu’il n’est pas aujourd’hui le seul potentiel visage d’un renouvellement des idées au Parti socialiste. On pense notamment à l’ancien Ministre de l’Economie Arnaud Montebourg avec qui il partage un certain nombre d’idées comme celle de refonder le système démocratique. Les deux se positionnant aujourd’hui à la gauche du Parti, ils officient pour un même électorat, pouvant créer d’éventuelles divisions qui nuiraient à leur candidature.
On peut se demander concernant les idées de Benoît Hamon, comment celui-ci sera capable de les faire valoir face à une droitisation de l’échiquier politique quand la campagne présidentielle s’annonce très axée sur les questions identitaires et de terrorisme. De même, François Hollande, au moment de son élection parlait lui aussi de chômage et de pauvreté. Malheureusement, il a échoué dans sa lutte contre ces derniers. Ainsi, celui-ci pourrait, même s’il est élu, ne pas être en mesure de faire ce qu’il promet et ternir un peu plus les espoirs socialistes.
D’autre part, il est possible de s’interroger sur son souhait de rassembler la gauche et son aspect réaliste. En effet, le Parti est aujourd’hui clairement divisé et les idées des uns et des autres paraissent peu conciliables. On peut ainsi se demander si Benoit Hamon fera le choix d’un consensus pour tenter d’être réellement le candidat de toute la gauche, ne pouvant alors que peu se démarquer du gouvernement en fonction. Ou bien si, au contraire, il décidera d’assumer ses idées jusqu’au bout, symbolisant alors le retour d’une « véritable » gauche sociale.
Au final, c’est une candidature soulageant une partie conséquente de l’électorat qui s’inquiétait de ne voir comme potentiels candidats à la primaire socialiste que des politiques considérés comme « traîtres » à ce qu’ils estiment être la « vraie gauche » (François Hollande, Manuel Valls ou Emmanuel Macron). Néanmoins, comme mentionnées plus haut, certaines incertitudes viennent assombrir l’espoir d’un véritable renouveau. Si « le changement, c’est maintenant » a déjà eu son temps, gageons que l’innovation sera, et devra être au cœur de la campagne de Benoît Hamon pour se démarquer.
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