Présidentielle 2022 – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Sun, 16 Oct 2022 12:15:24 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Présidentielle 2022 – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Poème – programme électoral https://www.lapeniche.net/poeme-programme-electoral/ Mon, 25 Apr 2022 13:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54494 Lundi 25 AVRIL. Exercice : à l’aube du second tour, un programme électoral imagé et grandiloquent.

Chères et chers vous, voulez-vous avoir la pêche ? 

Je ne serai pas comme tous ces candidats qui pètent plus haut que leurs culs ; je vous propose mon programme.

À ceux qui restent sur leur faim, je proposerai un trajet gratuit d’avion pour se mettre la tête dans les étoiles, service repas compris. Vous pourrez légalement avoir les yeux plus gros que le ventre.

À ceux qui ont le moral à la traîne, je proposerai ces petites pilules aujourd’hui illégales qui permettent de faire l’autruche et de danser comme des diables.

À ceux qui passent du coq à l’âne, je proposerai de devenir végétarien : se prendre des prunes et des marrons sera ma révolution.

À ceux qui pleurent à tire larigot, je proposerai de l’aligot, puisque personne n’a trouvé mieux que les Aveyronnais quand il s’agit de donner du baume au cœur.

À ceux qui se déchirent de tendresse, je proposerai du fil, votre cœur battra la chamade et vous vous pourrez vous rendre à votre amour.

À ceux qui ont des papillons dans le ventre, je dirai que c’est normal : vous venez de me rencontrer.

Crédit image : ©Yvette Bufferne

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NATHAN

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Sarah au pays des Soviets: Compte-rendu de la Fête Rouge https://www.lapeniche.net/sarah-au-pays-des-soviets-compte-rendu-de-la-fete-rouge/ Mon, 25 Apr 2022 10:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54534 “Je ne savais pas qu’il existait encore des associations ou des réunions comme ça”, remarque mon petit ami, qui feuillette les brochures de Trotsky, Beethoven, et Marx posées sur la “table politique”. Après avoir longuement discuté avec l’étudiant du Cercle marxiste de Nanterre qui tient la table, à demi-convaincu, il finit par acheter une brochure, pour “financer la cause”.

Le samedi 16 avril s’est tenue la fête rouge, organisée par le TMI (Tendance Marxiste Internationale), et les Cercles marxistes de Nanterre, Sciences Po, et Paris 8. Dans un bâtiment sobre, couvert d’affiches syndicales et marxistes, au siège historique du CICP, une réunion a rassemblé une cinquantaine d’étudiants, travailleurs, syndicalistes, bref, des camarades, pour discuter des actions à prendre suite aux résultats retentissants du premier tour. 

Quelques-uns étaient désillusionnés, d’autres en colère, et tous, franchement déçus.

En entrant dans la petite salle pleine à craquer, je regarde autour de moi, pour essayer d’observer ce que je m’imagine, naïvement, être le “type” du révolutionnaire communiste.

Premier choc: personne n’est habillé tout en rouge. Pire, en vérité, tout le monde est habillé normalement. Deuxième choc: ni l’Internationale, ni le Chant des partisans ne sont chantés. Bien que j’en sois quelque peu déçue, le meneur du débat porte un pull rouge (c’est déjà ça), et le contenu de la réunion et la pluralité des propos des intervenants dépassent largement mes attentes. 

La réunion est tout d’abord menée par Jérome, qui expose la situation actuelle: le dilemme du choix entre Macron et Le Pen, qui disent incarner des visions et des projets différents, mais qui ne représentent pas les intérêts d’une classe ouvrière démunie. Les positions du NPA, de Roussel, du Front Populaire et de la CGT sont tour à tour évoquées et commentées: si Roussel défend le vote pour Macron pour faire barrage à une montée du racisme, comment accepter un renouvellement du mandat de Macron, faisant passer sous silence une “propagande anti-musulmane” et une “croisade raciste” opérée sous Darmanin, qui n’a fait qu’intensifier et exacerber les tensions durant ces 5 dernières années ? Où se trouve la cohérence d’une critique fustigeante du mandat Macron, suivie immédiatement d’un appel à voter pour lui ? Ainsi, la naïveté de Roussel est violemment critiquée: au lieu d’un appel à la mobilisation et organisation de la jeunesse et un renforcement des syndicats, sa position (ou “imploration”) de voter pour Macron est perçue comme futile, car il est quasiment sûr que ce dernier, une fois élu, ne représentera pas les intérêts de la gauche. La CGT, elle aussi, est visée, pour sa position “indépendante, mais pas neutre”, qui n’a pas appelé à voter Mélenchon au premier tour, mais appelle à présent à voter Macron face à l’extrême droite. 

Après avoir (gentiment) charrié ces déclarations et consignes de vote, la conversation se tourne vers l’orientation et le projet de reconstruction de la gauche. Alors, la question qui hante les partis d’extrême gauche depuis les résultats est posée: sans véritable représentation de la gauche, pour qui doit-on voter au second tour ? 

Étonnamment, l’appel qui est lancé est celui de ne voter ni Macron, ni Le Pen. D’ailleurs, c’est la une du journal mensuel publié par le TMI pour avril, intitulé: “Ni l’un, ni l’autre!” illustré par un photomontage à la Two-Face, avec d’un côté, Macron, et de l’autre, Le Pen, à droite, évidemment. Voter Macron pour faire barrage à l’extrême droite, c’est créer une démobilisation, et donc un renforcement de l’adversaire et du système en place. Pour le porte-parole du TMI, il faut mettre en mouvement une grève générale et interprofessionnelle, un élan déjà insufflé par les couches les plus opprimées et exploitées pendant la crise des gilets jaunes, mais un mouvement qui avait été accaparé par l’extrême droite. L’intérêt de la bourgeoisie pour un second mandat Macron est également évoqué: Le Pen, tout comme Trump, n’effraie pas la bourgeoisie à cause de ses idéologies fascistes, mais à cause du risque d’instabilité sociale et d’intensification des mouvements étudiants et ouvriers que son élection risque de susciter. L’ennemi, c’est bien le patronat, et le système capitaliste et bourgeois – défendus et qui seront maintenus par les deux candidats à l’élection présidentielle.

Désillusion donc, avec une position assez radicale sur le vote et l’action à prendre: ne pas donner de pouvoir ou de légitimité, ni à Macron, ni à Le Pen. Pourtant, quelques voix s’élèvent lors de la discussion qui suit la présentation: en effet, c’est là, la beauté de la gauche – comme nous l’avait dit un professeur d’histoire-géo en première, la droite, c’est une hiérarchie: seul le maître domine et impose sa vision. La gauche, c’est l’Oréal: tout le monde le vaut bien, donc tout le monde participe, et toutes les visions ont le mérite d’être entendues.

Instituteurs, étudiants, ouvriers, travailleurs donnent leur avis: quelques-uns confirment cet engagement de refuser de voter Macron, et donner un vote à contre-coeur. Ainsi, ils défendent une action révolutionnaire, une transformation profonde du système économique et politique bourgeois actuel, non pas par les urnes, mais extra-parlementaire, qui passe par les manifestations et les blocus, d’autant plus qu’aucun intérêt de gauche n’est représenté au second tour. D’autres, plus pragmatiques, émettent un doute sur le fait de “gâcher” leur vote au lieu de faire barrage à l’extrême droite, et remettent en question la stratégie proposée par le TMI. En effet, on peut très bien voter blanc ou s’abstenir pour montrer son mécontentement. Mais au bout du compte, l’un des deux sera forcément élu. Donc, pourquoi ne pas choisir le “moins pire” des deux ?

D’autres sujets sont également abordés: la crainte de la généralisation et de l’intensification du racisme dans le cas d’une présidence Le Pen, exprimée par plusieurs jeunes étudiants, déjà présente, et qui ne sera que renforcée sous un régime ouvertement raciste, se référant au traitement des Algériens en 1961. La question de la police, et de sa potentielle transformation sous Le Pen est également évoquée par un avocat pénaliste, qui souligne le soutien puissant de la police pour Le Pen, et exprime son inquiétude sur une montée de l’autorité et de la violence policière. La problématique du traitement et de l’intensification de la violence, symbolique et réelle est également mentionnée, ainsi que le souci de l’avenir, de l’héritage et de l’environnement politique que nous allons laisser aux générations futures. “Je veux pouvoir justifier mes actions et mon vote aux élections de 2022, dans 20 ans, à mes élèves”, déclare une jeune étudiante, souhaitant devenir professeure d’histoire-géographie. 

Ainsi, un débat sérieux, nourri d’interventions intéressantes et réfléchies, agrémenté de petites punchlines et de piques, se clôt par l’ouverture du bar, un concert, et des discussions enflammées entre sympathisants et camarades. Tout cela dans une ambiance chaleureuse, festive, avec de la bonne nourriture, de la bonne compagnie, de la bonne bière et de la bonne musique. 

Cette expérience laisse une impression puissante sur moi: cet engagement, cette discussion si ouverte, qui mêle des voix de tout âge, avec des perspectives différentes, pour modéliser et reconstruire un monde plus juste, me donne espoir et prouve que non, les gens (et surtout les jeunes) ne sont pas désintéressés ou désillusionnés par la politique. L’esprit révolutionnaire n’est pas mort, il reprend juste son souffle, après s’être fait tabasser par le patronat depuis…bien trop longtemps.

Il y a donc des opinions et des positions divergentes sur les actions à prendre ce dimanche, et chacun avance une raison légitime et compréhensible. Cependant, une ligne directrice, et des valeurs et idées essentielles les unissent: il faut en finir avec le système capitaliste, lutter contre le racisme, et construire un monde plus juste et égalitaire, pour nous et pour les générations à venir, pour subvenir aux besoins du plus grand nombre, et non pas être au service d’une poignée d’élite. Ah oui, et les lasagnes de Pablo sont vraiment bonnes. 

Quelques phrases assez marquantes et évocatrices: 

  • “Sous Macron, on peut combattre. Sous Le Pen, on se fait abattre.”

Petite variation:

  • “Sous Macron, on peut perdre un oeil. Avec Le Pen, on perd les deux, et même sa vie. C’est pas la même sauce.”
  • “Je suis jeune depuis 1984, enfin, depuis Le Pen père.”
  • “Grosso merdo, on nous dit qu’on ne doit voter ni Macron, ni Le Pen. Mais au final, on va se retrouver avec l’un des deux…Donc autant voter pour celui qui n’est pas fasciste et raciste.”
  • sur Roussel: “Si il y a quelqu’un sur lequel on peut compter pour faire une gaffe, c’est lui (…) Franchement, il bat des records…”

Présentation de du TMI:

Qui sommes-nous ? – Révolution : Tendance marxiste internationale

Lien pour soutenir la cause:

Le marché rouge – Révolution : Tendance marxiste internationale

Et pour la bonne ambiance: 

Didier Super (notre oncle cool à toutes/tous) 

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Blocage de Sciences Po : les étudiants délogés par des groupuscules d’extrême droite https://www.lapeniche.net/blocage-de-sciences-po-les-etudiants-deloges-par-des-groupuscules-dextreme-droite/ Thu, 21 Apr 2022 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54515 Après le campus de Nancy, la Sorbonne et l’ENS, des étudiants de Sciences Po ont bloqué l’accès au 27 rue Saint-Guillaume jeudi 14 avril dernier, pour protester contre « le faux choix entre le capitalisme néolibéral et autoritaire de Macron, ou contre le capitalisme réactionnaire et xénophobe de Marine Le Pen », selon le communiqué de Solidaires. 

Alors que le blocage se déroulait dans une ambiance bon enfant au son de slogans bien connus des militants antifascistes « pas de quartier pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers » ou « la jeunesse déteste le Front national », des militants de groupuscules d’extrême-droite sont intervenus pour déloger les occupants vers 15h30. Certains étaient munis de manches de pioches, de parapluies et de gazeuses à main dissimulés sous leur veste et dans leurs sacs, comme le rapporte le journal Le Monde.

Avertis sur le réseau Télégram de l’arrivée immédiate de 30 à 40 militants cagoulés ou masqués, les occupants d’extrême gauche se sont enfuis afin d’éviter la confrontation. « Le blocus s’était essoufflé, tout le monde était parti, on était plus que 10/15 » témoigne Gilles (nom d’emprunt), étudiant en master. « Ils en ont profité, ça faisait une à deux heures qu’ils attendaient dans le square Boucicaut [ndlr : situé entre la rue de Sèvres et le boulevard Raspail] qu’on soit moins nombreux ». 

« J’ai entendu gauchiste parasite, on te pendra »

« On a vu une bande de militants d’extrême-droite marcher au pas en criant « Siamo tutti fascisti » [Ndlr : « nous sommes tous fascistes » en italien, en référence au slogan antifa « Siamo tutti antifascisti »]. On a eu peur, on s’est enfuis pour la plupart au 28 rue des Saints-Pères ».  Les flics les ont regardés, ils ont juste fait un appel au calme. J’ai entendu « gauchiste parasite, on te pendra », mais les autres camarades n’ont pas entendu la même chose que moi ».  Un journaliste de Valeurs Actuelles était également présent à leurs côtés comme le certifie cette vidéo https://twitter.com/Valeurs/status/1515065283714727940?s=20&t=Ig_DtQji-ejG-eFwVeHLLw

L’action a été revendiquée par la Cocarde étudiante, qui aurait été épaulée par des membres de l’Action française, de l’UNI et de Génération Z. Certains seraient d’ailleurs étudiants à Sciences Po. La Cocarde s’est félicitée « d’avoir mis les gauchistes hors d’ici » dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le jour même et savamment montée, entre musique épique, fumigènes et slow motion https://www.instagram.com/reel/CcXiCHfAkTS/.

Matthias Vicherat a ordonné l’ouverture d’une enquête administrative

Selon un communiqué diffusé par l’administration, le directeur de Sciences Po, Matthias Vicherat, « a ordonné l’ouverture d’une enquête administrative pour identifier les étudiants ayant participé à ces actes pour que soient engagées des procédures disciplinaires ». Les premières auditions auraient commencé ce mardi.

Fondée le 6 mai 2015 au sein de l’université Panthéon-Assas, la Cocarde étudiante ambitionne de réunir les étudiants de la « droite authentique » au sein des universités afin de lutter contre le « gauchisme culturel » et ce qui « en découle intellectuellement (progressisme, libéralisme, laïcisme, etc) ». 

Son ex-président, Luc Lahalle, est l’assistant parlementaire de l’eurodéputé Jordan Bardella, actuellement président par intérim du Rassemblement national. Après avoir soutenu le candidat Eric Zemmour lors du premier tour, la Cocarde a appelé à voter pour Marine le Pen ce dimanche 24 avril.

crédit image : La Cocarde étudiante

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Nicolas Dupont-Aignan « Moi président, il n’y aurait sans doute pas eu d’invasion russe en Ukraine » https://www.lapeniche.net/nicolas-dupont-aignan-moi-president-il-ny-aurait-sans-doute-pas-eu-dinvasion-russe-en-ukraine-parce-que-jaurais-fait-respecter-les-accords-de-minsk-par-les-ukrainiens/ Fri, 01 Apr 2022 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54310 La Péniche recevait le député et candidat à l’élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, le 22 mars 2022. Dans cet entretien, il revient, entre autres, sur la situation actuelle en Corse et en Russie, sur ses positions quant à l’Europe ainsi que sur son engament pour la cause animale.

LA PÉNICHE. – Vous avez récemment dénoncé depuis Ajaccio « la manœuvre préélectorale » et « l’amateurisme » du gouvernement quant au statut de la Corse. Quelle solution proposez-vous à ces tensions qui trouvent en toile de fond la question de l’autonomie, voire de l’indépendance, du territoire Corse ? 

NICOLAS DUPONT-AIGNAN. – Ne jamais céder aux pressions de la violence, et déjà faire des états généraux de la Corse pour voir exactement ce qui a été utilisé par l’autorité de Corse des nouvelles compétences — parce que ça ne sert à rien d’en donner des nouvelles si on utilise pas les anciennes —, quel a été le bilan, qu’est-ce qu’il manque, sur quoi est-ce qu’on pourrait améliorer les choses, quels sont les transferts financiers, qui paie quoi… Et au bout de six mois, quand on aura une photographie exacte, je pense que certains seront beaucoup moins gourmands en autonomie.

Vous vous dites engagé pour la dignité animale, et Brigitte Bardot vous a récemment qualifié de défenseur des animaux. Que pensez-vous de la question de la chasse, ou encore de celle de l’élevage et de l’abattage des animaux ? 

Les chasseurs ne sont pas les ennemis des animaux, contrairement à ce que l’on dit puisqu’ils participent d’une régulation et entretiennent le milieu rural, donc moi je n’oppose pas les deux. Il y a des excès qui peuvent exister, et je les combats. Mais je pense en revanche que tout l’accent doit être mis sur la gestion des abattoirs, notamment sur l’étourdissement qui doit être préalable à tout, avec une négociation avec les cultes, comme ça s’est fait dans certains pays comme le Danemark ou la Suède. Et il y a quantité d’importations d’animaux de compagnie qui ne respectent pas les normes, il y a la question de la gestion des refuges, il faut aider les bénévoles… J’ai un plan très complet sur le bien-être animal et la protection animale, qui n’a pas seulement été reconnu par Brigitte Bardot mais aussi 30 millions d’amis il y a quelques années, qui a élu ma ville et mon action comme exemplaires.

Pourquoi vouloir interdire la viande de cheval ? 

Les chevaux, c’est interdit en Angleterre par exemple, et on ne mange pas son chien ou son chat…

En parlant de la crise sanitaire, vous déclariez récemment à Ouest France “Cette crise m’a fait horreur”. Nombreux ont alerté sur la situation des étudiants durant cette période. Comment comptez-vous lutter contre la précarité étudiante ?

Par le travail universel. Moi, je ne suis pas favorable au revenu universel parce que j’estime que, pour les grands comme les petits, un revenu sans contrepartie n’est pas digne. Mais j’estime qu’il faut bâtir le travail universel : c’est un revenu, à mi-temps par exemple, en échange d’un vrai travail d’intérêt général, qui complèterait les petits boulots habituels. Il y aurait donc à la fois les petits boulots de la vie économique normale, et aussi la possibilité pour les jeunes d’être embauchés dans les communes, dans les hôpitaux, dans les refuges… pour mener une tâche d’intérêt général. Ça leur permettrait de financer leurs études, d’être utile à la collectivité et ça rendrait service. Je l’ai fait dans ma ville, où je finançais la moitié du permis de conduire par un travail de quinze jours en mairie.

Voulez-vous conserver un service public audiovisuel ? 

Oui à condition qu’il redevienne neutre, sinon il faudra arrêter. Si il est neutre et qu’il y a une égalité de temps de parole, pourquoi pas, au contraire. Je ne suis pas hostile au service public par essence, en revanche il y a une dérive, notamment de Radio France, qui ne respecte aucune des règles de l’Arcom.

Vous voulez remplacer l’Union européenne par une communauté des nations libres et des projets à la carte. Mais concrètement, comment cela fonctionnerait ? Ne serait-ce pas un frein lors de crises comme celle que nous vivons actuellement en Ukraine ? 

Aujourd’hui, l’Union européenne ne sert à rien en Ukraine, et on voit bien les résultats de cette union américaine… En fait, ce que je veux simplement, c’est abandonner la supranationalité, supprimer la commission de Bruxelles, rétablir la primauté du droit national sur le droit européen, et ensuite faire des coopérations comme en a fait Airbus, Ariane, mais dans plein de domaines : la politique de développement en Afrique, la transition énergétique, le numérique où l’on est très en retard par rapport aux américains et aux chinois… Bref, je veux une Europe des projets, et que tout le reste revienne aux nations, qui doivent se gérer démocratiquement — puisque l’Union européenne pour moi n’est pas démocratique.

Si vous êtes élu, vous entendez refuser l’application de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour européenne des droits de l’homme. Quitter l’Union Européenne ne serait-il pas plus simple que de réviser ses traités constitutifs ?

Non parce que je pense que les peuples des membres de l’Union européenne veulent tous changer le système qui ne marche pas. Il ne s’agit pas de faire un Frexit — ça on le fera si nos partenaires ne veulent pas négocier —, mais je pense que ces murs sont utiles pour se concentrer sur des vrais objectifs de puissance pour affronter la Chine et les États-Unis. En revanche, il faut laisser les nations vivre : si la France a envie d’avoir un service public postal, si l’Allemagne a envie de recycler ses bouteilles de verre… Chaque pays doit pouvoir se gérer comme il veut. Pourquoi tout concentrer ? Ça ne marche pas. En plus, ça nous coûte une fortune. Je ne vois pas l’intérêt de dépenser de l’argent pour 10 milliards par an, soit quasiment le prix de l’enseignement supérieur en France, pour une organisation qui ne marche pas et qui nous fait du mal. En revanche, si on me demandait de l’argent pour investir dans de vrais projets sur les cinquante ans qui viennent, ensemble à trois ou quatre pays, à géométrie variable, alors oui bravo. Moi, je ne suis pas hostile à des coopérations européennes, je suis hostile à une supranationalité bureaucratique, ultralibérale et anti-écologique. 

Que pensez-vous des sanctions prises à l’égard de la Russie ? Vous président, qu’auriez-vous fait ?

Moi président, il n’y aurait sans doute pas eu d’invasion russe en Ukraine, parce que j’aurais fait respecter les accords de Minsk par les ukrainiens, ce qui n’a pas été fait. J’aurais ensuite proposé un statut de neutralité de l’Ukraine, et je n’aurais pas fait avancer l’OTAN si proche de l’Ukraine. En tout cas, la France n’aurait pas été alignée comme cela sur les États-Unis. À partir de ce moment-là, j’approuve les sanctions contre les oligarques, parce que je condamne l’intervention en Ukraine, mais je n’approuve pas les sanctions économiques qui se retournent contre nous et qui sont absurdes. Ces sanctions n’ont qu’un objectif : vendre du gaz américain et qatari, donc on substitue le Qatar comme modèle de démocratie à la Russie… Je ne vois pas trop la différence.

Questions dans le cadre de l’émission de RADIO GERMAINE

RADIO GERMAINE. – Vous êtes ici en prime time, pour tous nos auditeurs. Je vous ai vu sur Elysée 2022 jeudi dernier, le 17 mars, et vous déploriez l’heure tardive de votre interview en disant « c’est pour les insomniaques ». Il était 23h30. Pensez-vous que votre éléctorat soit constitué d’insomniaques ou plus généralement, comment le définiriez-vous cet électorat ? 

Je n’en sais rien. Simplement je conteste. J’ai eu 15 heures de télévision et de radio depuis le premier janvier quand Emmanuel Macron et Marine le Pen en ont eu 150. Et quand madame Hidalgo en a eu 50 alors qu’elle est derrière moi dans les sondages. Donc madame Hidalgo a de la chance, elle a pu parler aux gens éveillés, aux travailleurs. Parce que quand on travail dur, on ne regarde pas la télé, surtout après une heure d’Hidalgo c’est fatiguant. Donc on ne commence pas à 23h20 à regarder la télévision. Pas besoin de somnifères, il y avait Hidalgo. 

On vous accuse souvent de relayer des thèses un peu complotistes notamment à la suite de vos propos au plus fort de la crise du COVID. Vous vous en défendez parfois en disant que vous êtes surtout contre les mesures liberticides du gouvernement Macron et que certains chercheurs ont dit que l’ivermectine marchait. Ma question est simple, pensez vous qu’on peut faire confiance aux scientifiques quand il s’agit de questions un peu pointues comme l’épidémiologie ou les sciences de l’environnement ? Par exemple, est-ce que vous savez ce qu’est une méta-analyse ?

Je vais vous dire, les scientifiques cherchent, doutent, trouvent et cela change. C’est pourquoi je ne fais pas confiance béatement à un scientifique. Et sur la crise du COVID j’ai écouté tous les scientifiques, simplement j’ai regretté qu’à la télévision on en voit que certains et pas les autres. Je pense que les français étaient assez grands pour entendre des scientifiques qui pensaient radicalement différemment. Mais on n’avait le droit qu’à Madame Lacombe qui s’est plantée sur tout et on n’avait pas le droit à monsieur Raoult qu’on prenait pour un dangereux personnage. Je ne dis pas que Raoult avait raison sur tout mais c’est intéressant de tout écouter. Et ce que j’ai constaté, c’est que tout a été fait pour empêcher les français de se soigner avec des médicaments pas coûteux. Parce qu’on voulait nous vendre le vaccin, qui est une catastrophe notamment pour les jeunes et je trouve ça déplorable. Je l’ai dit et on m’a traité de complotiste. L’ivermectine est utilisée dans tous les pays du monde sauf en France où elle a été freinée. Il y a un site internet Ivermectine, vous avez 300 études, il y en a 76 qui sont enthousiastes, d’autres qui sont contre, d’autres qui sont pour. Moi je connais beaucoup de médecins qui ont traité à l’ivermectine, moi-même j’ai été traité à l’ivermectine. En 3 jours c’était fini. Peut-être que sans ivermectine ça aurait été fini en 3 jours. Mais c’est curieux que tant de pays l’utilisent et que ça ait marché formidablement bien dans des pays, comme en Inde, au Mexique et ailleurs.

Voilà, je ne suis pas médecin, je demandais juste pendant cette crise que l’on est le droit de penser, de s’exprimer et quand on voit les mensonges d’Etat qui se sont succédés pendant deux ans, je ne pense pas avoir autant menti que monsieur Véran, plutôt l’inverse.

Sur la crise du COVID encore, sur le plateau d’Elysée 2022 vous avez évoqué le thème de la sécurité, nous aimerions revenir notamment sur le thème des violences faites aux femmes que vous aviez évoqué brièvement et qui est cher à votre programme. Que proposez-vous de faire pour réduire ce qui a été appelé « une épidémie dans l’épidémie » car ces violences ont augmenté pendant les différents confinements ?

Ce qui est fait en Espagne. On a la chance d’avoir eu un modèle espagnole qui, suite à des violences abominables, a pris en main le problème et l’a, pas traité, mais corrigé. Alors qu’en France on est toujours dans le discours. Donc c’est une enquête en 72h et un jugement dans les 15 jours. Pour aller vite car ce sont des actes de violence inacceptable où on peut aller vite. Je demande des tribunaux dédiés comme en Espagne, je demande que le bracelet protection et le téléphone grand danger ne soient pas stockés dans les caves du Ministère de la justice. Je demande que la justice française prenne au sérieux ce qui se passe. Ce n’est pas totalement la faute des magistrats, il y a un problème culturel je pense mais il n’y a pas que ça. On a si peu de moyen dans la justice française qu’ils sont complètement débordés. Et puis des logements d’urgence comme j’en avais fait dans ma ville quand j’étais maire. Si toutes les communautés de commune avaient un ou deux logements d’urgence ça aiderait beaucoup les familles, et il n’y a pas que les femmes, il y a aussi les enfants.

Votre programme est très fourni et complet. J’ai notamment noté une mesure sur l’envoi au bagne aux Îles Kerguelen réservées pour les faits de terrorisme. Concrètement comment vous comptez mettre cela en place ?

Très simplement, vous savez qu’aux Kerguelen il y a un centre de recherche, il y a une rotation et les djihadistes au lieu d’assassiner Yvan Colona, comme ce djihadiste dangereux qui circulait dans une prison à Arles, ils seraient aux Kerguelen et y resteraient le temps de leur peine. Il ne s’agit pas de créer un bagne, c’est le terme mais il s’agit de dire que quand on est en guerre contre la France et la République, on n’est pas considéré comme un prisonnier de droit commun. Comme je ne veux pas ouvrir le débat sur la peine de mort, j’organise un emprisonnement éloigné mais sous contrôle judiciaire avec une fin programmée. Il ne s’agit pas de les faire périr aux Kerguelen, il s’agit symboliquement de dire, c’est une guerre, ce sont des terroristes et pas des délinquants comme les autres.

Mais ce n’est pas non plus comme un envoi au Goulag ? 

Non, rassurez-vous.

Vous êtes connu pour l’excellent rapport parlementaire que vous avez fait en 2013 avec le sénateur communiste Eric Bocquet sur la lutte contre les paradis fiscaux et donc contre la fraude fiscale et l’optimisation fiscale. Pourtant cette lutte là, semble être de moins en moins au coeur de vos discours. Pourquoi ?

Parce qu’il y a eu des progrès d’abord. Notamment avec l’accord de l’OCDE sur la taxation des entreprises pour éviter les prix de transfert, encore que ça continue avec McKinsey et les copains de monsieur Macron. Mais d’une manière générale il y a eu des progrès, il faut continuer, notamment sur la fraude à la TVA et j’en parle, autant que la fraude sociale. Je parle des deux à la fois. Le haut et puis partout. Je continue. Les Voleurs de la République c’est un livre que j’avais publié. Je suis le dossier. Vous avez peut-être raison, j’en parle moins mais il faut en parler parce que la fraude, notamment les escroqueries à la TVA c’est 20 milliards, c’est colossal. Et les données, et les multinationales qui ne payent pas l’impôts. Mais dans mon livre Où va le pognon le dernier, il y a trois chapitres dessus. Mais ce qui est intéressant, c’est le problème médiatique, les trois chapitres sur la fraude fiscale, aucun journaliste n’en parle jamais. Et ils me posent toujours les questions sur les deux chapitres sur la fraude à la sécurité sociale. Donc je réponds aux questions. 

Pour rebondir sur une réponse que vous avez apportée à La Péniche, madame Pécresse est souvent qualifiée de Madame 20h02, en référence à son éventuel appel au vote au second tour pour monsieur Macron. Est-ce que vous êtes le Monsieur 20h02 de Marine Le Pen ?

Non parce que moi j’ai mis 4 jours, ça a été plus long, j’ai réfléchi, j’ai modifié le projet. Contrairement à ce qui a été dit à l’époque, il y avait eu une vraie négociation. Donc ce n’est pas du tout la même chose. Chacun sa manière de faire. Moi j’estime que quand on est candidat au premier tour, c’est difficile de dire au second tout aux gens « vous vous allez voter, mais moi je m’en lave les mains, je suis Ponce Pilate ». J’en ai pris plein la figure mais je ne regrette pas ce que j’ai fait, j’ai été cohérent parce que je suis plus proche de son projet que de celui de monsieur Macron. Et après-coup on a vu que c’était pas l’ange qu’on avait dit en 2017 ni le mec efficace si je puis m’exprimer ainsi. 

Propos de la première partie recueillis par Caroline Renaux et Ambre Bertocchi.

Crédit image : ©SciencesPhotos – Delia Dinca

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Diastème, Le Monde d’hier, « le pouvoir de la fiction c’est de tout interroger » https://www.lapeniche.net/interview-de-diasteme-le-monde-dhier-le-pouvoir-de-la-fiction-cest-de-tout-interroger/ Mon, 28 Mar 2022 10:07:59 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54303 Le Monde d’hier réalisé par Diastème sortira en salle le 30 mars prochain. Dix jours avant l’élection présidentielle, rien n’est laissé au hasard. Ce thriller politique joue avec notre monde, se joue de nos peurs, joue les troubles-fête. Cinq ans après Un Français, Diastème entame le chemin inverse, celui d’une société qui va de la peur à la haine et achève abruptement son périple dans les bras de l’extrême droite. Un cri du coeur vibrant et une exhortation à sortir de nos propres songes.

La Péniche a rencontré Diastème quelques jours avant la sortie officielle de son film.

La Péniche : « Mais tout ombre, après tout, est fille de la lumière et seul celui qui a éprouvé la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment vécu ». Vous empruntez cette citation à Stefan Zweig pour clore votre film. Le titre de votre long-métrage s’inspire également de l’oeuvre de cet auteur du XXe siècle. Avez-vous l’impression que, comme Zweig il y a plus de 100 ans, nous entrons dans une période de ténèbres ? 

Oui. Clairement. J’ai eu cette impression déjà il y a deux ans quand j’ai écris le scénario et depuis ça ne s’arrange pas. L’extrême droite en France est à 32 ou 33%, le fascisme politique ou religieux est à la tête de 70% des pays dans le monde, la Russie fait la guerre à l’Ukraine, les démocrates républicains sont absolument incapables de réponses pour faire en sorte que les gens ne partent pas à l’extrême droite. Je ne suis pas le seul à voir cela, on n’arrête pas, en ce moment, de parler de l’esprit munichois. Ma vraie réponse serait en fait : moi je pensais qu’on était en 33 et en fait on est en 39…

Comment expliquez-vous cette force de l’extrême droite alors même qu’avec la guerre en Ukraine, le besoin de tolérance est vibrant, brûlant même ? Comment expliquez-vous ces sondages ?

Les gens s’en foutent en fait. Ce n’est pas leur problème. Les gens sont en colère. Le peuple est en colère. Et ce peuple voudrait déjà bouffer, mettre de l’essence dans sa voiture, il n’a pas ces problèmes qui sont ceux de l’élite. J’ai fais un film, Un Français, qui parle de la montée de l’extrême droite et donc du Front national de 1983 à 2015. J’ai vécu cette période là, on est passé d’une extrême droite à 1,5% en 1983, avec quelques malades mentaux nostalgiques de la collaboration. Et elle fait 25% ou même plus maintenant. C’est la colère qui monte et c’est surtout les dirigeants qui ne répondent pas, ils n’écoutent pas les gens. L’humain n’est plus au centre et au bout d’un moment, lorsqu’il n’est plus au centre, l’humain s’en va.

Mais ce n’est pas nouveau, ça a toujours été le cas. Le fascisme existe depuis plus d’un siècle dans de nombreux pays et ça s’est toujours mal terminé. C’est toujours la même chose.

Ce n’est donc pas la première fois que vous choisissez de faire un film sur l’extrême droite en France. Un Français, sorti en 2015, retrace la vie d’un skinhead qui parvient peu à peu à se défaire de la haine et de la violence. Pourquoi cet intérêt pour un sujet si difficile à mettre en scène ? 

J’ai grandi dans une banlieue à Colombes avec des classes très populaires. Beaucoup de mes camarades de classe sont devenus des skinheads. Je les connaissais. Je me suis retrouvé à 18 ans à la fac de Nanterre avec des skinheads qui me poursuivaient avec des battes de baseball. C’est mon histoire personnelle mais ça n’a pas grand intérêt. La seule chose qui me pose question c’est pourquoi est-ce que Un Français en 2015 était le premier film français qui parlait du Front National ? On est en 2022, entre temps il n’y a eu qu’un seul film qui parlait de l’extrême droite, un film belge de Lucas Belvaux. Il n’y a pas eu d’autres films français. Ce qui est pour moi la plus grande menace à court terme pour notre société, notre pays, c’est l’extrême droite et mes camarades cinéastes, mes collègues l’ignorent. Ils ne veulent pas être menacés de mort sur internet. Mais moi je n’arrive pas à regarder ailleurs.

Pensez-vous que l’art, le cinéma en l’occurrence, est un moyen privilégié pour s’adresser personnellement à chaque individu ? 

C’en est un. Il faut s’adresser aux gens par tous les moyens nécessaires. Je ne suis pas ministre, moi je fais des films et j’essaye de faire ma part.

L’intrigue débute avec la menace d’une ingérence russe dans l’élection présidentielle. D’une certaine manière c’est ce qu’il se passe actuellement…

J’ai écris le scénario après Fillon donc il y a avait déjà eu l’ingérence russe. Mais c’était le cas depuis longtemps. Tout le monde ferme les yeux sur ce que fait ou a pu faire la Russie mais elle soutient toutes les extrêmes droites en Europe depuis maintenant plus de 10 ans. Tout le monde me dit « c’est incroyable d’avoir eu cette idée ». Mais tout le monde le sait depuis des années.

Dans Le Monde d’hier, Elisabeth, la Présidente de la République, est une femme. Cela a-t-il de l’importance ? 

En fait quand j’ai eu l’idée du film je voulais écrire un drame élisabéthain. Bêtement, je me suis dis que la présidente de la République allait s’appeler Elisabeth. Et Un Français était très violent, très masculin, là je voulais moins de virilité. J’aimais cette idée qu’il y ait moins de virilité dans l’approche du problème. Que ce ne soit pas un combat de deux hommes mais bien mixte.

Ensuite j’ai aimé l’idée que l’on n’est pas, en voyant le film, de référent direct puisque qu’il n’y a jamais eu de Présidente de la Ve République. C’est neutre.

Enfin, en cours d’écriture, j’ai pensé à Léa Drucker. Je la connais depuis 20 ans, elle était dans mon premier film, elle est pour moi une des plus grandes comédiennes françaises. 

Pourquoi Elisabeth est-elle malade ?

Parce que c’est un film qui parle de la mort et je voulais que la mort soit présente du début à la fin. 

Le récit n’est pas seulement politique et n’est pas fait que de mort. Il y a une histoire d’amour qui se joue en filigrane. Pourquoi ? 

Ce n’est pas vraiment une histoire d’amour mais c’est là depuis le début. Le film peut être vu comme ce qu’il est, un thriller politique. Mais j’ai aussi essayé d’en faire un conte gothique, une tragédie grecque, la fin ressemble à celle d’un film d’horreur. Mais il y a aussi cette histoire d’amour. On peut lire le film à travers une histoire d’amour, de manière extrêmement simple. Il l’aime encore follement et elle ne l’aime plus du tout.

Vous identifiez-vous au personnage du Secrétaire Général de l’Elysée qui tente sans relâche d’éveiller les consciences, de montrer le risque que représente l’extrême droite ? 

Oui mais je suis autant lui que elle. C’est ce qui est intéressant lorsqu’on écrit. On est tout le monde.

Il y a une référence dans le film, Les Justes, d’Albert Camus, un de mes textes préférés. Le Secrétaire Général est un peu Yanek. Il a gardé cette espèce de peur. C’est important dans ce contexte. Arriver à 30, 40 ou 50 ans et garder ses valeurs. Là je pense que le film, pour en avoir parlé avec Fabrice Lhomme et Gérard Davet, est un peu romanesque. Il n’y a pas cet aspect là en politique. C’est d’ailleurs ce qui m’intéresse, à partir de quel moment l’on devient vraiment la personne que l’on ne voulait pas être et à partir de quel moment on ne se pose même plus la question.

C’est quelque chose qui me fascine chez les politiques. Je pense que certains étaient des gens biens. Edouard Philippe par exemple, j’ai l’impression qu’il est un vrai type bien, humainement il a encore une partie de lui quelque part. De temps en temps elle surgit, quelque chose même de l’adolescence. Ce mec sympa qui avait des copains de gauche et aimait bien prendre la posture de celui de droite. Ce côté vraiment humain il l’a encore. Mais tu ne le retrouves plus ailleurs.

C’est ce qui manque aux politiques, ce côté humain ?

Evidemment. C’est ce qui manque à notre planète, l’humanité. Ce terme simple. Nous sommes des êtres humains et la seule chose que l’on doit mettre au centre c’est l’humain. L’équité, l’honnêteté, l’exemplarité. Des choses simples.

On est dans un moment où la vérité n’est plus une valeur, l’honnêteté n’est plus une valeur. La bonté également. C’est un terme fou. Etre bon. Un des plus beaux monologues du cinéma jamais écrit se trouve dans Le Dictateur, de Chaplin. Le monologue de fin. C’est une leçon de vie laïque. Il dit « le monde a besoin de bonté et de gentillesse », « si la violence gagne nous sommes perdus ». C’est si simple. 

Finalement, la question du pluralisme en démocratie est au centre de votre film. Pensez-vous qu’il doit y avoir une limite à la liberté d’expression ? 

C’est exactement les questions que je pose dans mon film. Faut-il tuer un candidat d’extrême droite ? Non évidemment. En ce moment tout le monde parle de tuer Poutine. Que faut-il faire ? C’est la question.

Mon film est une fiction et le pouvoir de la fiction c’est de tout interroger donc je pose des questions. Ce sont des questions morales, et même si l’on n’a pas de réponse, ne serait-ce que se les poser c’est commencer à vraiment réfléchir.

Je suis pour la liberté de parole. Seulement, jusqu’en 1985 le FN n’allait pas sur les services publics, les chaînes publiques. Cette parole dégueulasse est un cancer parce qu’elle va chercher le pire en toi, toutes tes erreurs, tes échecs et elle rejette la faute sur l’autre. Donc une partie de moi est pour la liberté d’expression la plus totale et une autre partie de moi non.

On retrouve Gérard Davet et Fabrice Lhomme dans l’écriture du scénario. Etaient-ils votre porte d’entrée dans l’intimité du politique ? 

Quand j’ai sorti Un français ils m’ont contacté et on s’est rencontrés. On a gardé un lien et quand j’ai eu l’idée de ce film je savais que je ne m’y connaissais pas assez, j’avais besoin de conseillers, de référents de l’intérieur. Au fur et à mesure que j’écrivais ils relisaient, on buvait un café, ils faisaient des remarques et on réécrivait. On a avancé comme cela, de cafés en réflexions, et en fait leur participation a été vraiment importante.

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