pré-rentrée – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 30 Jun 2023 13:18:20 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png pré-rentrée – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Leçon inaugurale des 1As – L’esprit sur terre https://www.lapeniche.net/lecon-inaugurale-des-1as-lesprit-sur-terre/ Thu, 05 Sep 2019 08:00:35 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=39829 Silence. Des visages connus s’affairent. Un seul d’entre eux, dont on ne connaît pas le nom, attend de prendre la parole devant le pupitre de l’amphithéâtre Boutmy. Les chuchotements et murmures se suspendent à nos lèvres curieuses. Qui cela peut-il être ? Un dérangeur, un négateur, ou bien un démystificateur prononce un M. Duhamel qui se délecte du suspense insoutenable. Ce drôle de personnage aux cheveux grisonnants, à la barbiche blanche accompagnée de sourcils épais, affiche un sourire énigmatique. Dans un ultime souffle, suivant une énumération de professions aussi improbable qu’impressionnante, l’homme au dictionnaire annonce un prénom singulier, presque trop singulier : Bruno Latour. Presque trop singulier car ce nom ne fait pas de bruit, il est simple et silencieux, tout l’inverse du personnage. Un visage, un nom, qu’en est-il de l’homme en lui-même ?

 « Vous êtes des extraterrestres car vous êtes des milléniaux ». L’étonnement et la surprise se lisent sur nos visages. Revenons au sens du mot « extraterrestre » selon M. Latour : qui n’a pas les pieds sur terre, qui n’y est pas attaché. Comment ne peut-on pas être attachés à la terre, nous qui subissons les effets du changement climatique ? C’est la technologie qui nous éloigne de cette terre, que l’on appréhende désormais à travers l’écran de notre téléphone. Ainsi, dans un ton qui se fait de plus en plus grave, il nous explique notre défi, en tant qu’élèves de Sciences Po : répondre au problème colossal du changement climatique planétaire. Colossal, on l’aura tous compris, est son mot préféré. « Ce n’est pas un exposé sympa » poursuit-il, contrastant ce commentaire ironique d’un regard paternel. La terre se meurt sous nos yeux, comment dévoiler cette vérité autrement ? Ses yeux à lui sont doux et calmes, il se doute que l’on ne peut résoudre ce problème seulement avec de la bonne volonté et de l’espoir. Il ne s’adresse pas à nous par hasard, au contraire, tout cela est réfléchi car la terre entre en politique. Et cela, pour la deuxième fois de notre histoire, après la révolution scientifique galiléenne du XVIIème siècle, ayant engendré un bouleversement religieux. Le titre de son exposé, « les politiques de la Terre », prend désormais tout son sens.

 Le qualificatif « éclaireur » est bien choisi par M. Duhamel. En effet, sa pièce de théâtre Cosmocolosse, écrite en 2013 en collaboration avec Chloé Latour et Frédérique Ait-Touatti, se veut novatrice : le « cosmocolosse » est en réalité une entité vivante, d’origine humaine, conséquence de notre capacité à modifier en profondeur la terre. Pollution, déchets, réchauffement climatique constituent celui-ci. On peut ainsi parler d’allégorie de l’anthropocène, allégorie devenue réalité incontrôlable. Aujourd’hui, cette situation révolutionnaire, dont la cause est ce « cosmocolosse », se veut paradoxale : il s’agit d’une révolution que tout le monde subit et provoque. Silence dans l’amphithéâtre. On peut difficilement être insensible à cette réflexion poussée plus loin que l’antagonisme classique écologisme-capitalisme.

Dans une seconde partie, basée sur les solutions possibles face à ces nouveaux défis politiques, M. Latour renfile son costume d’humoriste. « On ne va pas tous mourir, c’est une bonne nouvelle » lâche-t-il au milieu de rires étouffés. Plus sérieusement, il fait le constat alarmant d’un désaccord planétaire : on n’est pas d’accord sur le monde dans lequel l’on vit. Reprenant les parallèles historiques, il compare cela à la guerre de ‘40, « curieux mélange de mobilisation totale et de calme total ». Mobilisation totale sur les réseaux sociaux, avec l’exemple récent de l’Amazonie, et calme total dans la mesure où les actions politiques et publiques sont lentes et peu efficaces, à l’image de Donald Trump. Cela est lié, selon lui, à la corruption de l’espace public et plus particulièrement à la désinformation sur la situation climatique. En effet, à l’ère des fake news et du brainwashing politique en vue des réélections, il est difficile d’accéder à de réelles informations fournies par des spécialistes et journalistes compétents. Pour y remédier, il faut « mettre en bulle les énoncés flottants », un de ses concepts célèbres. Cela signifie qu’il faut attribuer aux énoncés simplificateurs et mensongers un locuteur, un interlocuteur et une situation cohérente d’interlocution : il faut situer dans le temps et l’espace les énoncés médiatiques tout en leur donnant un caractère neutre, scientifique, et non catégorique. Cela favorise une pensée construite et réfléchie et plus généralement permet de ne pas céder au climatosepticisme. La mise en bulle des énoncés flottants est une des solutions, selon M. Latour, pour s’accorder sur la vérité à laquelle l’on est confronté.

Connaître la terre sur laquelle on marche, vit et respire n’est qu’une première étape dans la résolution de cette urgence climatique. Contempler silencieusement nos pas sur cette terre, qu’il faut désormais protéger, est simple, mais essentiel pour renouer le lien a cette terre que l’on a perdu au profit de la technologie. Se plonger dans la littératerre de M. Latour permet de se confronter différemment au « cosmocolosse » que l’on a créé.

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Le résumé politique de l’été – Partie 1, la France https://www.lapeniche.net/le-resume-politique-de-lete-partie-1-la-france/ Thu, 29 Aug 2019 08:00:16 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=39812 Avec deux mois (voire trois ou quatre…) de vacances, de farniente, de voyages, de grasses-matinées, de cocktails et d’apéros à tout-va, l’actualité politique de l’été est peut-être passée au-dessus de vos priorités. Mais pas de panique ! Pour être au taquet dans vos cours et débats sciencepistes, La Péniche vous a concocté un résumé en deux temps pour briller. Aujourd’hui, premier épisode : le résumé estival de la politique française en moins de huit minutes, montre en main.

De Rugy battu par les homards

L’année dernière c’était Benalla. Cette année De Rugy. Certes, l’affaire n’a pas duré tout l’été, mais elle est venue donner un nouveau coup de massue à un gouvernement déjà fragile, à peine sorti de la crise des Gilets Jaunes qui a animé la France pendant plusieurs mois. Tout commence le 10 juillet, au matin, lorsque Mediapart révèle que le désormais ex-Ministre de la Transition écologique et solidaire a reçu des proches une dizaine de fois lors de dîners payés aux frais de l’Etat entre 2017 et 2018, alors qu’il était Président de l’Assemblée Nationale. Sur la table : des homards, du champagne ou encore des vins de la cave du Palais Bourbon. Invité chez Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV et RMC deux jours plus tard, François de Rugy se défend sur le menu et affirme : « Je ne suis ni connaisseur ni amateur de grands crus. Je n’ai jamais acheté une bouteille de vin de plus de 30 euros de toute ma vie ! […] Le homard, je n’aime pas ça, j’ai une intolérance aux crustacés et aux fruits de mer ! Je n’aime pas les huîtres, je déteste le caviar. Le champagne, ça me donne mal à la tête donc je n’en prends pas ! ». Ces déclarations n’ont eu de cesse d’indigner l’opinion publique, surtout quand l’épouse de l’ancien Ministre d’Etat justifie ces dîners par la nécessité de « ne pas se couper de la société ». D’autre part, dans l’article du site d’investigation, l’ex numéro deux du gouvernement remet en cause la nature des convives. D’après lui, il s’agissait de « dîners informels liés à l’exercice de ses fonctions avec des personnalités issues de la société civile » et non des proches. C’est aussi ce qu’a conclu l’enquête parlementaire dont le rapport a été rendu public le 23 juillet dernier. Le journaliste Jean-Michel Aphatie a d’ailleurs reconnu avoir été reçu par le couple de Rugy.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là, au contraire elle ne fait que commencer. Le lendemain matin, Mediapart dévoile le prix des travaux engagés à la demande de François de Rugy dans son appartement de fonction entre fin 2018 et début 2019 : 63 082 euros pour refaire de la peinture, des moquettes et parquets, les salles de bain, et construire un dressing d’une valeur de 16 996 euros. Alors que Nicolas Hulot, ancien locataire du logement, assure que « l’appartement était nickel et surdimensionné, mais triste », de Rugy soutient que les peintures « craquelées » et les « taches et traces d’humidité » nécessitait des travaux.

Le soir, Mediapart publie un nouvel article et l’affaire de Rugy semble prendre la tournure d’une série. Cette fois, il s’agit d’un « logement à vocation sociale » que le Ministre loue depuis juillet 2016 à Orvault en Loire-Atlantique (où il a été réélu député en 2017) pour vivre avec ses deux enfants les week-ends où il en a la garde, sans respecter certaines conditions, notamment celle du revenu permettant d’y avoir accès. D’autant plus surprenant que la veille, il exigeait la démission de sa directrice de cabinet Nicole Klein après que Mediapart ait révélé qu’elle occupait un logement social à Paris depuis 2001, alors que de 2006 à 2018, elle ne vivait plus dans la capitale. A nouveau, le Ministre d’Etat s’est vu contraint de se justifier, arguant qu’il ignorait qu’il s’agissait d’un logement social, échanges d’e-mails et documents à l’appui : « Lorsque j’ai loué cet appartement, on ne m’a JAMAIS communiqué une telle information ».

Dans la foulée, Ouest-France révèle l’existence de « dîners secrets » non inscrits à l’agenda avec des lobbyistes, et Le Parisien rappelle que le Ministre a effectué des achats défrayés par l’Assemblée lorsqu’il y était Président : des appareils à raclette (200,57 euros), un vélo elliptique (768,99 euros), un troisième chauffeur pour le conduire à Nantes. De même, le quotidien ajoute que le couple de Rugy a acquis un sèche-cheveux doré à la feuille d’or de 499 euros « sur l’argent de l’Assemblée nationale ». Malgré de nouvelles justifications à ce sujet, un nouvel article est venu achever le Ministre de la Transition écologique et solidaire.

Le 12 juillet, Mediapart annonce en effet que de Rugy n’a pas payé d’impôts sur le revenu en 2015. Pour cause, pendant toute l’année 2014, il a versé 1 200 euros par mois à Europe-Ecologie-Les Verts (EE-LV), comme tous les autres députés du parti. Ces dons ont été retenus à hauteur de 8 477 euros par EE-LV, lui permettant une réduction d’impôt de 4 061 euros. Avec les crédits d’impôts liés à la garde d’un enfant, le total atteint un chiffre supérieur à la somme imposable des députés (5 713 euros à l’époque). Alors que de Rugy semble passer outre cet article lors du week-end, des questions de Mediapart sur son indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) qu’il aurait en partie reversé à EE-LV (la pratique n’était pas illégale en 2014, elle l’est devenue en 2015), le poussent à démissionner lundi 16 juillet. Très vite, Elisabeth Borne, Ministre chargée des Transports, est nommée pour reprendre le poste. François de Rugy est quant à lui redevenu un député lambda.

Plus que jamais, et au terme d’un mouvement de Gilets Jaunes particulièrement intense, le besoin de transparence et d’exemplarité dans la vie publique s’est fait ressentir. Cette exigence a été d’autant plus forte que François de Rugy, lorsqu’il est arrivé au poste de Président de l’Assemblée, s’est montré intransigeant sur l’image renvoyée des députés aux Français. Après la démission de Nicolas Hulot à la fin août 2018 et celle de de Rugy onze mois plus tard, l’affaire interroge également sur la capacité du gouvernement à mener des mesures en terme d’environnement.

Greta Thunberg fait polémique à l’Assemblée

D’ailleurs, c’est aussi l’environnement qui a été au cœur de cet été 2019. A plusieurs reprises, la question du réchauffement climatique s’est posée. Avec les deux épisodes de canicule, dont le premier à contraint le Ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse à repousser les épreuves du Brevet des Collèges, mais aussi avec la venue de Greta Thunberg en France pour faire passer son message auprès du public et de la classe politique.

Initiatrice des grèves scolaires pour le climat, la jeune suédoise s’est vue remettre le Prix Liberté à Caen le 21 juillet en compagnie de deux vétérans ayant pris part au Débarquement de Normandie, Léon Gautier et Charles Norman Shay, ainsi que du président de la région, Hervé Morin. Lors de son discours, la militante a ainsi déclaré : « Le minimum que nous puissions faire pour les honorer est d’arrêter de détruire cette planète pour laquelle Charles, Léon et leurs amis se sont battus pour nous sauver ». Mais alors que beaucoup se félicitent de l’engagement de la jeune activiste, la droite et l’extrême droite se sont montrés très réticents à sa venue à l’Assemblée Nationale quelques jours plus tard.

Sur son compte Twitter, Guillaume Larrivé, député et candidat à la présidence des Républicains (LR), a appelé au boycott du discours de Greta Thunberg à l’Assemblée, de même que son collègue Julien Aubert, et a écrit : « Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n’avons pas besoin de gourous apocalyptiques mais de progrès scientifique et de courage politique ». Au-delà de ses discours attisant la peur, c’est la légitimité de la Suédoise à venir dans l’hémicycle qui a été remise en question. « Ce terrorisme intellectuel […] est bien symbolisé par la petite Greta, cette gamine de 16 ans devant laquelle il faut plier le genou […] et qui vient faire la leçon aux politiques. […] Ce n’est qu’une enfant de 16 ans qui ferait bien d’étudier », s’énerve Sébastien Chenu, député du Rassemblement national (RN) au micro de France Inter. Son autisme a lui aussi été pointé du doigt. Face à ces critiques qui ne sont pas nouvelles, Greta Thunberg avait déjà réagi en février dernier sur Facebook : « Si tout le monde écoutait les scientifiques et entendait les faits que j’évoque constamment, personne n’aurait à m’écouter ou à écouter les centaines de milliers d’autres écoliers en grève pour le climat dans le monde. On pourrait tous retourner à l’école ». A l’inverse, les députés de gauche n’ont pas émis d’avis défavorables à la venue de la militante suédoise. Ces attaques seraient-elles alors une stratégie de la droite pour réaffirmer un clivage gauche/droite ? C’est en tout cas ce que pense Daniel Boy, directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) : « Cette dualité reste pertinente aujourd’hui pour comprendre la perception des enjeux environnementaux sur l’échiquier politique. La droite ne nie pas le réchauffement climatique, mais elle y a toujours été moins sensible que la gauche ». Sauf que certaines personnalités identifiées à gauche ont aussi taclé Greta Thunberg, à l’image d’Isabelle Attard, ancienne écolo et membre de Nouvelle Donne de 2013 à 2015. Dans une tribune publiée dans Reporterre en février 2019, elle écrit que la militante serait l’ambassadrice cachée de « We don’t have time », start-up cofondée par Ingmar Rentzhog, accusé de « greenwashing ».

Quoi qu’il en soit, Greta Thunberg a prononcé son discours à l’Assemblée Nationale le 23 juillet, a appelé les politiques à s’unir derrière les scientifiques et a été applaudie. Avant que les députés ne votent le Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA) l’après-midi même.

Des permanences LREM dégradées

               Et il faut dire que ce vote ne plait pas à tout le monde. Le nombre de dégradations de permanences des députés de la République en Marche (LREM) ayant accordé un bulletin favorable à l’accord en témoigne. Chaque matin, ce n’est plus une surprise d’apprendre que la permanence de tel ou tel député LREM a été taguée, emmurée, parfois presque incendiée. Le 7 août, on pouvait lire « CETA faute », « C’est une trahison » ou encore « CETA mère la pute » sur la devanture de la permanence de Sira Sylla, députée LREM de Seine-Maritime. Mais alors fqui e cache derrière ces actes ?

               Pour la plupart, ce sont des agriculteurs, mécontents et inquiets de voir leurs produits concurrencés par une agriculture canadienne qui dispose de normes plus souples. Interrogé par France Bleu, le secrétaire adjoint de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles de Haute-Garonne-Garonne (FDSEA 31), déclare : « Aujourd’hui, cet accord est suicidaire pour nous les agriculteurs et fera baisser toutes les normes de qualité, au détriment de notre agriculture, qui sera toujours plus concurrencée ». Ce sont aussi des Gilets Jaunes, qui au-delà du CETA, visent les dirigeants politiques et leur façon de gouverner.

               Alors que le nombre de dégradations des permanences ne cesse d’augmenter et que le projet de loi de ratification du CETA n’est pas encore passé au Sénat, le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a appelé à l’apaisement sur BFMTV, dès la fin du mois de juillet. Affaire à suivre.

Lucie Dupressoir

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Apprendre le sciencepiste pour les nuls https://www.lapeniche.net/apprendre-le-sciencepiste-pour-les-nuls/ Wed, 28 Aug 2019 08:00:58 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=39807 Tu pensais que pousser les portes du numéro 27 de la rue Saint-Guillaume suffirait à faire de toi un mouton indissociable du troupeau ? Une goutte dans l’océan ? Un sciencepiste conforme à tous les sciencepistes ? Détrompes-toi ! Il te faut maintenant t’approprier le dialecte de ces individus étranges qui feront désormais partie de ta vie quotidienne pour te faire comprendre d’eux.

Mais parce qu’on sait qu’il n’est pas toujours évident de communiquer avec des êtres dont on ne maîtrise pas la langue, La Péniche, ton journal étudiant, s’est chargé pour toi de décoder certains mots et expressions que tu entendras (puis emploiera) entre douze et quatre-vingt dix fois par jour.

La péniche : les sciencepistes sont des créatures qui pensent la complexité inhérente à leur condition, c’est pourquoi beaucoup de mots qu’ils utilisent ont un double sens. Tu remarqueras rapidement que la « péniche » est à la fois le hall principal de Sciences Po, à cause du banc éponyme et vaguement ovale situé en son centre. Mais également le nom de ton journal préféré qui rythmera toute l’année ton quotidien étudiant à Sciences Po, par la publication d’articles variés traitant aussi bien de l’actualité du campus, que porteurs de messages plus subjectifs type billets d’humeur, tribunes, etc… La Péniche (journal) sera la voix qui relayera et synthétisera pour toi les évènements se déroulant à Sciences Po. Une conférence intéressante à laquelle tu n’a pas pu participer s’est déroulée en Boutmy ? Pas de panique, file sur la page Facebook de La Péniche, un article traitant du sujet est sûrement paru !

13U, 27, 28, et 56 : pour se donner un genre « cool », le sciencepiste adore donner des surnoms aux bâtiments dans lesquels il étudie. Cela peut lui permettre d’atténuer la douleur d’aller à un cours d’économie à 8h du matin par exemple, voire même d’y simuler une joie pour les plus rugueux d’entres-eux. Le 27 est donc une adorable manière de nommer le 27 rue Saint Guillaume, où tu passeras bientôt plus de temps que chez ta mère … idem pour le 13U (13, rue de l’Université), le 56 (56, rue des Saints Pères), le 28 (28, rue des Saints Pères). Les plus fantasques d’entres tous gazouillent « 9chaise » pour désigner le 9, rue de la Chaise, autre bâtiment particulièrement apprécié pour (re)passer tes cours non validés en vue du.des rattrapage.s.

“En” : tu le sais maintenant, le sciencepiste adore s’investir d’un vocabulaire travaillé. Tu observeras que cette locution prépositionnelle précède systématiquement le nom d’un lieu qu’un sciencepiste t’indiquera. Tu n’iras plus à la bibli, mais « en bibli », plus en amphi mais « en Boutmy » … Les puristes pousseront jusqu’à dire « en jardin » ou « en cafet’ ». NB : n’est pas utilisé pour désigner un nom de bâtiment.

La cafet du 27: situé sous l’amphithéâtre Emile Boutmy, la cafét’ sera ton oasis dédiée à la consommation de chocosuisses, sandwichs tomate-mozzarella et autres thés à la menthe servis par les gracieuses « dames de la cafét’ ». Elle dispose également de nombreuses tables où tu feras semblant de travailler quand tu ne trouveras plus de place en bibliothèque. Voir également « local » et « cafet du 56 ».

La cafet du 56 : quand la queue pour choisir ton jambon-avocat-pomme de terre à la cafet du 27 atteindra une longueur faramineuse, n’hésites pas à traverser le jardin et à aller te restaurer à celle du 56. Les dames de la cafet du 56 sont les personnes les plus bienveillantes que tu rencontreras en ces lieux, aussi adorables et délicieuses que le prix du double-chocolat chaud dont elles ont le secret (par ailleurs moins cher qu’aux distributeurs automatiques).

Le local : dans le fond de la cafet se trouve le local (ou bocal, personne ne sait vraiment). C’est un espace clef de ta vie étudiante puisqu’il regroupe les espaces de gestion des quatre associations permanentes de Sciences Po : le BDE (Bureau des Elèves), l’AS (Association Sportive), SPE (Sciences Po Environnement), et le BDA (Bureau des Arts). Voir également « abréviations d’assos ».

Marcel : tout le monde le connaît, mais lui se fiche de tout le monde. Véritable icône du 13U, Marcel est l’âme, la personnification de la paresse qui s’emparera de toi lorsque tu auras 15 dm à finir mais une série à commencer. Maître-Félin, tu le reconnaîtras à sa fourrure gris-tigré. S’il ne te dédaigne pas autant que le commun des sciencepistes, il se peut qu’il vienne s’allonger mollement sur ta table en plein cours d’anglais.

Syllabus : personne ne les lit mais tout le monde fait semblant ; les syllabus sont les (trop longs) textes qui accompagnent presque chacun des CM.

CM : Cours Magistral est le doux prénom de ton date du lundi matin à 9h, puis à d’autres moments de la semaine, en amphi Boutmy bien évidement ! C’est une sorte de cours où la classe est constituée de 600 élèves, à savoir l’ensemble de la promotion (NB : au départ).

Confs : les Conférences de Méthode sont les cours que tu suivras avec ta triplette. Chaque CM est couplé d’une conf.

Triplette : ce mot désigne les vingt autres étudiants en première année avec qui tu partageras tes cours fondamentaux (autrement dit : l’Histoire, l’Economie et l’Institution Politique au S1 et la Sociologie et la Science Politique au S2).

Afterwork : étant donné que le sciencepiste a-dore se prendre pour un adulte débordé, il attribue à son quotidien un vocabulaire qui lui sied peu … Toi qui voyais en l’afterwork une institution établie dans les entreprises de cadres dynamiques qui se retrouvent pour un verre dans un espace de qualité après une dure journée de travail, mets-toi à jour ! Chez-nous, l’afterwork n’est autre qu’une pinte de mauvaise bière partagée en fin de journée, avec le motif de « présenter une association aux nouveaux arrivants ». En tout cas, on te conseille sincèrement d’aller faire un tour à ceux organisés par les associations qui te plaisent, ou d’y rejoindre des amis, car c’est une bonne excuse pour se voir et siroter ensemble.

Dîner de conf : aussi réel que la licorne pour certaines triplettes, mais rendez-vous habituel pour d’autres, le dîner de conf’, comme son nom l’indique, est un repas partagé avec l’ensemble des membres de ta classe et un ou plusieurs professeurs.

Abréviations d’assos : parce qu’il est déjà assez compliqué de s’y retrouver au début parmi cette multitude de belles assos, les sciencepistes se prêtent à compliquer un peu plus la tâche en nommant celles-ci par des sigles et acronymes farfelus. Tu reconnaitras Sciences Polémique à l’acronyme SPK, RVT pour Révolte-Toi, BTK pour la Batuka, SCPOTV pour SciencesPo TV, SPRH pour Sciences Po Refugee Help, SFS pour le SciencesPo Fashion Show, ASPA pour l’Association de SciencesPo pour l’Afrique, HP pour Hauts Parleurs, sans oublier LPN pour la Péniche !

Galop d’essai : tu ne veux pas savoir ce que c’est.

Papers : ceux d’entre nous qui se préparent déjà à partir outremer pour leur 3A, se familiarisent, à raison, avec la langue de Shakespeare. Toutefois, une grande majorité des sciencepistes te déblatèrerons  leur meilleur et irrésistible franglais, car c’est « tellement plus rapide pour se faire comprendre ! ». Paper désigne donc un devoir maison à rendre. Tu vois ? C’est si naturel !

WEI : Week-End d’Intégration, ou belle occasion de rencontrer plein d’autres membres de ta promo, de te faire tes (meilleurs) potes, sous le signe du soleil et des jeux organisés par ton BDE.

Appariteur : ces mesdames et messieurs consciencieux sont reconnaissables à l’élégante cravate rouge qu’ils arborent. Ils connaissent l’ensemble des bâtiments de l’école mieux que tu ne te connais. N’hésites pas à leur demander de l’aide si tu es perdu, ces âmes généreuses sauront te guider.

Arcueil : des immeubles gris, aux hautes façades cernées de grilles et percées de meurtrières vitrées, le tout rempli de tables symétriquement installées ; voici un portrait aussi fidèle que charmant de l’élégante Maison des Examens, petite sœur de Villepinte, dans laquelle tu auras la belle occasion de faire glisser ta plume sur quelques feuille (nombreuses on l’espère !), à l’occasion des galops et partiels.

CRIT : Compétition Rsystématiquement Igagnée TparParis. Le CRIT, cheval de bataille de l’AS, est une sorte d’olympiades qui réunit sur les terrains de sport tous les IEP de France et Sciences Po, et où on gagne toujours. Variante du CRIT : le mini-crit, avec les campus, qui se déroule en fin d’année après les partiels, et que tu ne veux pas rater…

Frédéric Mion : un homme au charisme inestimable, à l’élégance calibrée et à l’éloquence abasourdissante. On sait que tu veux le rencontrer, prendre une photo avec lui, et tutti quanti …

Inscriptions Pédagogiques : affectueusement raccourcies à « IP », on sait que tu ne veux plus en entendre parler et que tu sais désormais ce que c’est, mais on te le met quand même pour enfoncer le clou.

Recrutement : le fait d’accueillir des nouveaux membres dans les associations. La Péniche t’ouvres d’ores et déjà ses portes si tu veux prêter tes mots aux prochains articles publiés pour l’école ! Envoie nous un message ou viens nous voir si tu es intéressé, mais fais attention : nous essayer, c’est nous adopter !!

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Le petit guide du jeune 1A https://www.lapeniche.net/le-petit-guide-du-jeune-1a/ Tue, 27 Aug 2019 08:00:04 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=39799 Ça y est ! Vous êtes à Sciences Po ! Le rêve de votre année de terminale (voire de première, voire de toute votre vie) s’est réalisé et vous vous envolez enfin pour la rue Saint-Guillaume. Bienvenue dans votre nouvelle maison ! Mais vous n’en connaissez pas les us et coutumes ; c’est là que La Péniche intervient.

Bien sûr, la découverte fait partie des choses qui rendent les années Sciences Po si particulières et inoubliables. Tout — ou presque — ce que vous allez apprendre cette année sera nouveau, vos voisins de classe, inconnus, deviendront vos amis, etc.

Alors cet article n’a pas pour but de vous divulgâcher toutes les saisons de « Games of Péniche » mais plutôt de vous donner quelques conseils pour profiter au mieux de cette merveilleuse aventure !

La semaine de prérentrée

La fameuse semaine de pré-rentrée, entre nouvel établissement, nouveaux visages, nouvelles attentes et souvent nouvelle ville, est propice au stress inutile.

Si vous êtes d’un naturel angoissé, gardez à l’esprit que l’exposé sur site n’est pas une raison valable pour se mettre la rate au court bouillon. Profitez de cet exposé pour vous remettre dans le bain du travail, pour commencer à prendre l’habitude des exposés traditionnels de Sciences Po et pour en apprendre le plus possible sur le sujet choisi mais ne vous en faites pas s’il n’est pas parfait. Il n’est pas noté, vous ne reverrez probablement jamais le prof en question et parfois les élèves non plus !

Vous aurez le temps de tout faire !

Cheer Up, La Péniche, Révolte-toi, Solidaires, Melting Potes… Chacune des tables des centaines d’associations vous donne envie et vous hésitez maintenant à vous y inscrire. N’hésitez pas trop longtemps : la vie associative de Sciences Po est particulièrement enrichissante et la charge de travail suffisamment légère pour vous permettre de vous y impliquer à fond !

Si vous aimez le sport, que vous voulez en continuer un ou en découvrir un autre, passez aussi par la case AS, parfaite pour compléter son cercle d’amis et participer au légendaire Crit !

Saisissez aussi toutes les opportunités d’aller aux différents événements associatifs ; loin d’être du temps perdu, ce sont les meilleurs moments passés sur les bancs de Boutmy !

L’année commence

Maintenant que vous êtes inscrits dans 12 associations — et que vous avez participé à tous leurs afterworks —, que vous avez fait connaissance avec votre triplette et que vous vous êtes connectés à Moodle, l’année universitaire peut véritablement commencer !

Vous entendrez (assez vite) parler du NNB : le November Nervous Breakdown, ou période de stress de mi-semestre. En dépit d’une exagération toute sciencespiste, cette période — où galops et papers à rendre se chevauchent — est, il est vrai, propice au léger coup de blues. Pour y remédier : rien de tel que les événements de vos assos préférées, les pauses entre amis ou les sessions de sport ! Vous verrez, tout est bien qui finit bien et on finit par rire (au moins sourire) de cette semaine 8 qui nous a un temps stressés.

(F)Utile

Vous découvrirez bien assez tôt tous vos coins préférés de Sciences Po et de son quartier ; vous aurez votre place attitrée en Boutmy, votre go-to sandwich de la cafet’, pas de doute là-dessus. Mais voici quelques conseils pour vous éviter d’inutiles déconvenues.

Parlons d’abord des choses capitales : le chocolat. Après une consciencieuse comparaison je peux affirmer que le meilleur chocolat chaud est, sans l’ombre d’un doute, celui de la cafétéria du 56. Pour peu que vous ajoutiez de la chantilly, votre après-midi de révision est instantanément illuminé. Si la cafet’ est fermée, la machine du 9 rue de la Chaise pallie fort plaisamment aux urgences sucrées.

Entre deux chocolats, si vous avez cours au 28 rue des Saints Pères : bonne chance. Le bâtiment ressemble de près ou de loin à la maison des fous dans Astérix et Obélix : pour atteindre les salles H prenez l’escalier D, longez huit couloirs, évitez les bureaux du laboratoire d’économie, descendez une volée de marches et vous trouverez peut-être votre cours… Donc prévoyez le coup et soyez un peu en avance !

Si vous n’avez pas un sens de l’orientation aiguisé, vous pourriez passer à côté de la station de métro Rue du Bac (ligne 12), située bien plus près des bâtiments du 13 rue de l’Université et du 28 rue des Saints Pères que Sèvres-Babylone. Lorsque vous prenez la ligne 4 (depuis le Sud), s’il vous arrive d’être en retard, arrêtez-vous à Saint Sulpice plutôt qu’à Saint Germain : vous gagnerez de précieuses minutes !

Enfin, pour ne rien rater de l’expérience Sciences Po : caressez Marcel lorsqu’il vient faire sa sieste sur votre ordinateur en conférence d’Institutions politiques, finissez vos exposés de groupe dans le jardin de la bibliothèque, apprenez à vous servir du jargon de la maison, buvez une (des) pinte(s) au Basile et organisez des pique-niques de conf au jardin du Luxembourg, bref, amusez-vous !

Image : « La maison qui rend fou », Les Douze Travaux d’Astérix

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