Au vu de leur appartenance plus ou moins directe avec la sphère politique, nous leur avons demandé s’ils venaient assister à cet événement pour recruter leurs futures plumes. Si Mesdames Vallaud-Belkacem et Poirson ont saisi la blague et ont contre-attaqué innocemment qu’elles venaient voir « quels talents sont en train de pousser, et comment les aider à l’avenir », Monsieur Griveaux nous a sciemment rétorqué « pourquoi pas… D’ailleurs, je sors justement d’un entretien avec une potentielle future plume, peut-être serai-je ici encore plus conquis ! ». Madame Braun-Pivet, elle, a déjà ses plumes, mais nous a rapporté que celles-ci avait justement été « très intéressées par les sujets que Sciences Polémiques avait choisi pour la finale, qu’elles ont trouvé très stimulants ».
Les six finalistes, quant à eux, nous ont desservi des discours royaux et pleins d’âme. On rit encore en repensant à la mise en scène d’Antoine. A la manière d’un one man show, sa prestation fut une fois de plus d’une originalité déconcertante, provoquant le rire gras du sciencepiste du 13e rang comme celui du jury : pendant les premières minutes de sa mise en scène, il décida d’interpréter une cigarette, dénommée Ricky, et d’en conter les mémoires.
Abasourdissant d’un même coup le spectateur étonné et le jury charmé, il réussit à ne pas se faire allumer par le jury au moment des questions, notamment par la question de Najat Vallaud-Belkacem qui, rappelant que le jeune homme s’était présenté comme “ayant peur des petits suisses”, lui demanda s’il n’était pas xénophobe. Antoine démontra une fois de plus que l’humour n’inhibe pas l’intelligence, en établissant un savant parallèle entre l’emballage particulier de ces desserts et la position du pays éponyme sur la scène géopolitique internationale.

Romane, comme en demi, s’est imposée par son style décapant et brûlant de réalité : axé sur les inégalités et les violences faites aux femmes, son texte poignant s’est emparé des mots pour jongler avec. Des “espoirs avortés de l’Argentine”, aux “mots roses qui devraient être bleus”, notre oratrice poitevine s’est, une fois de plus, illustrée dans la poésie et l’engagement. On a particulièrement apprécié son envolée vers la fin de son discours, presque théâtrale mais en même temps très empreinte de véracité. Et c’est le surgissement furtif d’un foulard vert, comme sorti tout droit de sa poitrine et tendu avec fierté par Romane déclamant “Hasta la victoria, siempre !” qui vint conclure une performance qui nous a marqués. Elle voulut donner un visage aux femmes, avec leurs doutes, leurs peurs, leurs joies et leur refus de l’injustice ; elle le réussit parfaitement.

Le quatrième candidat à défiler sous nos yeux ébahis n’était autre que Clément, élève en deuxième année et membre de l’association Sciences Polémiques. Ce dernier a pu discourir sur une citation de la poétesse suédoise Karin Boye : « Sens comme est proche la Réalité ; elle respire tout près d’ici dans les soirs sans vent. »

Sa prestation qui lui valut d’atterrir à l’excellente seconde place du podium commença fort avec une imitation du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner ivre, rappelant la sortie de celui-ci en boîte de nuit parisienne. De quoi décoiffer Benjamin Griveaux ! Décapant, Clément brilla par ses traits d’esprits tous plus farfelus et spirituels les uns que les autres : se comparant à « Sire lance-l’eau l’hydraté », en passant par Depardieu ou Baudelaire, l’orateur aura su nous faire goûter aux paradis artificiels. Plus sage au niveau des questions, Clément rappela avec justesse un des travers potentiels de l’art oratoire : celui de s’entendre parler. Qu’on le rassure, ce fut loin d’être le cas !
L’élocution de Martha nous a également beaucoup plu. Partie pour donner des conseils avisés sur comment faire du catamaran, l’oratrice s’empara de sujets d’actualités comme ce que certains appellent la crise migratoire : “ aux dernières nouvelles, un texte de loi, ça ne flotte pas” dit elle rageusement à propos des législations européennes qui embourbent l’arrivée et la bonne prise en charge des réfugiés à Lampedusa. Celle qui “aime [se] battre avec les flots pour envoyer au tapis l’idée que le monde est figé” séduisit le Jury, qui lui accorda la première place de l’édition 2019 du Séguin.

Last but not least, Hicham, élève en première année sur le campus de Paris, allia poésie et humour sur un sujet de l’autrice libanaise Nadia Tuéni : « Mes yeux ont la couleur ouverte des absences. » Maniant avec brio les codes de l’humour Internet et l’amour des jolies phrases, Hicham délivra une véritable ode aux rêveurs. Si le jeune orateur s’agace volontiers des « à quoi tu penses ? » lorsque celui-ci paraît dans la lune, il se montre plus vulnérable en admettant que dire « je t’aime », c’est « marcher sur des œufs. » Remportant la troisième place du prestigieux concours, Hicham nous montre que son potentiel ne peut que continuer à mûrir en deuxième année, et nous sommes les premiers impatients de le voir délivrer de nombreux autres discours, tous plus pétillants les uns que les autres.

Comme le rappela Bénédicte Durand, cet événement qu’est le Prix Philippe Séguin permet à “la joute de devenir un jeu, aux paroles d’être une fête”. Merci donc aux six finalistes pour leur audace, leur talent, leur maîtrise des cordes du vocal, et surtout, pour s’être confiés à nous, seuls sur la scène illuminée, le cœur rayonnant de bon mots.
Sabine Audelin et Etienne de Metz
Photos de Louise Raillard
]]>Martha – la véhémente Fée des mots
S’il est un cheval de course sur lequel tout le monde misait dès les sélections, c’est bien Martha. Saluée pour sa présence certaine au sein de Sciences Polémiques, sa présence en finale reste une surprise pour l’intéressée, qui nous confie que ses amis ont « plus fantasmé sur [sa] capacité à aller en finale [qu’elle-même] ». Elle voulait qu’on l’apparente à Tortipouss, pourtant c’est bien à l’Elément Métal qu’on l’a associée ; sa maîtrise solide des ficelles du jeu du discours la caractérisent tout autant que sa franchise. Grande lectrice, Martha puise depuis peu son inspiration dans le rap francophone ou les textes de grands lyricistes.
Elle aurait bien aimé avoir Christiane Taubira dans le jury, mais son admiration pour la politicienne est telle qu’elle nous confie « qu’elle aurait eut beaucoup trop de pression pour réussir l’exercice sereinement » si cette dernière avait été présente. Son objectif ? Proposer à son auditoire quelque chose qui lui fasse plaisir à elle avant tout. L’émotion risque d’être de la partie pour cette oratrice qui nous livre que « c’est peut être là [son] dernier discours » avant son départ à Londres pour la 3A.
Antoine – l’inattendu et absurde Luron
Antoine aime surprendre et faire rire. Proposer dès les sélections, et encore plus en demi-finale, des discours qui renversent les codes de l’éloquence s’est donc imposé comme une évidence pour ce talent de première année. Pour lui, « la liberté d’écriture, dans le cadre d’un discours, est immense, infinie… ce qui permet à l’orateur de participer à un mouvement de parole par l’assemblage de mots qui n’auraient pas forcément grand-chose à voir au début, mais qui finalement provoquent le rire ! ».
C’est parce qu’il s’est livré à cet exercice même au cours de son entretien avec La Péniche, dissertant sur l’objet de la Plante, que nous l’avons associé à cet Elément ; d’apparence tranquille, Antoine se révélera pourtant sur scène, en vous démontrant que les mots du sujets ne traduisent pas forcément ce qu’on attend d’eux, le tout à travers un format atypique : un véritable Bulbizarre.
Elyon – l’Artiste à la grande voix
En digne descendant de Brel, c’est sa voix qui vous marquera dès les premières phrases qu’il prononcera. Son timbre coulera dans vos oreilles comme l’eau vive d’un ruisseau, ou le bruit chaud des rouleaux d’une marée d’été. C’est un peu le poète de cette finale. Lecteur de Zweig ou Kundera, ce qu’il apprécie surtout dans les romans qu’il lit, c’est « quand l’auteur met autant l’Homme à nu qu’il peut le tourner en dérision ». Elyon, c’est aussi celui qui se présentait tout le temps aux élections des délégués sans jamais être élu ; « à force de faire des discours galvanisants en bougeant les mains et en parlant avec animation, les autres choisissent parfois de se tourner vers un élève qui semble plus sain d’esprit », nous confie-t-il.
Il trouve dans l’art oratoire un plaisir qui rejoint sa passion pour le rap. Pour lui, la maîtrise de la parole poétique, l’envie de se soucier au fond aussi bien qu’à la forme, qu’à la manière de dire les choses, est inhérent aux deux formes de parole. C’est pour cette raison qu’il serait heureux de voir dans le jury quelqu’un proche du monde de la musique. On ne peut qu’attendre de lui qu’il donne corps à ses mots comme le chant des grenouilles une nuit d’été. A cet effet, Ptititard, c’est lui !
Clément – le Penseur aux multiples visages
Sa moustache et ses lunettes suffisent à elles seules pour décrire le personnage à l’allure de philosophe. Orateur à ses heures perdues, Clément est avant tout un grand lecteur. Lui-même le dira : il ne peut passer un jour sans avoir lu quelques lignes, que ce soit un article de journal, un page de roman ou une recette de cuisine ! « Camus, c’est ma came », nous avoue-t-il au détour de notre conversation, elle-même digne des Chemins de la philosophie sur France Culture. Le travail de l’écriture pour cet étudiant en deuxième année, est une véritable phase d’introspection. S’il se dit de nature assez réservée, Clément n’hésite pas, au moment de discourir, à empoigner le pupitre fermement, et à s’accaparer son texte. Pour lui, « c’est similaire au théâtre ; le rôle de l’orateur est de donner un visage à ses mots, on n’est pas vraiment soit. On présente les idées portées par notre discours plus que l’on ne se présente au public ».
Son autre atout, que pointent du doigt ses camarades finalistes, c’est sa capacité à délivrer un discours à la teneur certainement sociale, sans pour autant verser dans la moralisation. Il vient plus partager une réflexion, quelque chose d’injuste ou de paradoxale, dont il a envie de discuter avec son auditoire. Sa facilité à donner des imitations de n’importe quel politicien ou personnalité publique sur demande, autant que son approche intelligente des mots, se couple à une grande humilité. C’est un peu la flamme bleue de la gazinière : discrète, mais efficacement ardente. C’est le Pyroli de notre finale.
Romane – la Fougue au galop
Romane est vraiment inspirée par son sujet de discours ; vraiment beaucoup. Les mots de la poétesse argentine Alejandra Pizarnik trouvent un écho en notre finaliste, qui apporte à cette finale une franche fraîcheur poitevine. Sa rencontre avec l’art oratoire se produisit durant ses premiers jours à Sciences Po. Pour s’introduire auprès des premières années durant la semaine d’inté, SPK Poitiers leur projetta le discours de Simon Hervé, (vainqueur du PPS 2016). Romane fut immédiatement charmée ; depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et elle occupe la coprésidence de l’antenne poitevine de Sciences Polémique avec Noé (qu’on salue pour sa performance en demi-finale 2019). Pour Romane, tout le monde doit pouvoir s’exprimer ; c’est d’ailleurs un des ses chevaux de bataille à Sciences Polémique Poitiers. En organisant le Descoings 2019, l’association a effectivement choisi de sujets qui puissent être porteurs d’engagements. Romane est pareillement pleine d’engouement pour cette course à l’émancipation de la parole féminine à Sciences Po. Elle veut apporter la lumière sur des réalités tues, avec autant d’étincelles que la crinière de Ponyta.
Elle déplore une chose en revanche ; elle dit ne « pas réussir à faire rire dans [ses] discours. Mais justement, la finale n’est pas le moment de s’inventer une nouvelle identité dans l’éloquence ». Si provoquer le rire du public lui semble un défi de trop grande taille, elle peut toutefois compter sur son sens de l’engagement qu’elle a déjà réussi à exprimer en demi-finale. Elle aurait bien aimé voir Florence Foresti siéger parmi les jurés, elle qui « a su prendre la parole dans un monde d’hommes ». Pour l’avoir vue performer en demi-finale, on ne peut qu’avoir confiance en sa capacité à partager ses doutes et convictions, avec une esthétique proche du sentimental.
Hicham – le Cadet rayonnant
On ne vous le présentera plus… Tout le monde le connaît… En fait non. Ce n’est pas parce qu’on remporte avec brio les triplétades et qu’on s’impose rapidement comme un bon orateur qu’on peut se passer de présentation. Hicham est en première année, et son sourire communicatif et son sens de l’humour ne masquent pas un réel talent, à l’image du reste des finalistes. Pour lui, « c’est toujours un plaisir de faire des discours avec des sujets drôles. Si j’écris peu d’habitude parce que je n’en ressens pas le besoin, cela me plaît d’interpréter, de me mettre en scène derrière les mots. ». En vue de la finale, il se dresse toutefois un autre challenge, celui d’écrire un discours qui « change de d’habitude ». Il se prépare à la finale avec l’idée de ne pas rester dans un moule, et de s’accommoder à la formalité de l’exercice.
Hicham vient d’une famille où on parle beaucoup ; pas surprenant que « trop bavard » soit la mention que l’on retrouve sur tous ses bulletins ! Parler donc, oui, mais blaguer, encore plus. On retient en tout cas pour le moment des discours d’Hicham un contraste recherché par rapport aux codes préétablis. Un parti est pris, quand il nous fait voyager dans notre enfance, en colorant ses textes de références à nos bêtises et autres questionnements d’écolier. Et c’est avec la diction « inconsciemment empruntée » à Nora Hamzaoui – qu’il verrait bien dans le jury – qu’il nous délivre des paroles d’un parfait angélisme, avec le regard de Psykokwak.
Une chose nous est garantie : chacun de ces finalistes a un style différent, propre à lui-même, qu’il ne manquera pas de mobiliser pour vous transporter dans son discours et vous faire vibrer de sa parole. Tous les six ont un message à vous faire passer, il ne leur manque qu’un auditoire – vous – pour que mercredi soit mémorable. Vous êtes donc attendu pour passer la soirée en bonne compagnie, que ce soit pour admirer le talent de nos éloquents camarades, ou découvrir les membres d’un jury de qualité qui les attend de pied ferme.
Etienne de Metz
Photos de Louise Raillard
NB : La Péniche ne se tient pas responsable de l’outrageuse méconnaissance des Pokémon de ses rédacteurs.
]]>En amont de la demie, La Péniche est donc partie à la rencontre de Salomé Lecroc (Présidente de Sciences Polémique et ancienne finaliste 2016), et Manon de Cabarrus (Vice-présidente organisatrice du Prix 2019, et ancienne finaliste 2018). La troisième organisatrice, Lucie Truchet, n’était pas présente, mais ses deux collègues ont tenu à rendre hommage à son travail.
La Péniche : Un PPS, ça prend combien de temps à organiser ?
Manon : Ça se prépare toute l’année, mais le gros du travail commence en janvier. Il y a toute une partie administrative à faire, puis il reste à contacter les jurés, créer les formulaires… A partir du moment où on lance les événements, le boulot s’intensifie : il faut répartir, donner un sujet à chacun, trouver un créneau pour chaque personne… On ne réutilise (presque) jamais les mêmes sujets.
Salomé : Le PPS, ça occupe ton esprit tout le temps parce que tu sais que ça va être la plus grosse douille de ton année associative ! Concrètement, on commence en janvier pour le calendrier et les partenaires. Dès début février, ça devient plus intense encore, avec le contact des campus pour organiser les sélections, il faut réfléchir aux visuels, programmer la communication sur Facebook… Je dirais que ça prend trois mois, et un an de charge mentale. Nos partenaires sont Vae Solis et La Française qui nous accompagnent depuis maintenant 7 ans, et EY depuis 2 ans. Ces partenaires promeuvent eux-mêmes au sein de leurs entreprises la prise de parole ; soutenir le Prix Philippe Séguin est un moyen concret de le faire à l’extérieur. Ils sont absolument essentiels, parce que sans eux on ne pourrait rien faire, on a besoin d’eux pour envoyer nos jurys dans les campus, faire venir les étudiants en région à Paris pour la demie et la finale, pour financer le trophée… Ce dernier est réalisé par Bernard Venet, et gravé chaque année avec une phrase en hommage à l’éloquence. C’est un objet assez prestigieux !
LPN : Et les sujets, où les dénichez-vous ?
M : Pour les qualifications, ils sont issus de la conférence du Barreau, et ont été utilisés par des apprentis avocats. Ça nous permet d’avoir de bons sujets, sachant que c’est compliqué d’en trouver 150 différents ! Pour la demie et la finale, on prend chaque année un thème qui nous tient à cœur. Cette fois, nous avons choisi la Poésie. Pour la demie, les candidats étaient confrontés à des poètes, et la finale, ce seront des poétesses…
LPN : Justement, on a ouï dire que les sujets de la finale sont inspirés de femmes célèbres, pourtant on constate qu’il y a toujours plus de candidats que de candidates, même si on connaît l’existence des formations l’Oratrice, ces modules mis en place par Sciences Polémiques… Quel est votre message à toutes ces talentueuses étudiantes qui s’auto-censurent ? Et encore plus, en tant qu’anciennes finalistes ?
M : C’est vraiment dommage, parce qu’on a eu des soirées de sélections avec très peu de filles… et beaucoup de garçons qui prenaient vraiment de la place. C’est regrettable parce que je pense qu’il y a derrière un vrai problème : une fille va se sentir moins légitime de prendre la parole devant une assemblée, de se dire « je mérite d’être écoutée ». C’est quelque chose que je déplore énormément, surtout quand on voit le ratio homme/femmes à Sciences Po : plus de femmes que d’hommes dans l’école […]. D’ailleurs on n’a jamais eu de finale paritaire. Chères candidates, vous n’êtes pas moins légitimes que vos confrères ; votre parole compte, votre parole sera écoutée, et vous avez un message à faire passer. Chaque expérience vécue va nourrir votre pensée, votre discours, et vous servira toute votre vie. Si je m’étais pour ma part posé trop de questions, ça m’aurait freinée : aujourd’hui encore j’ai une sorte de réflexe d’autocensure, et je dois me répéter que si je me suis retrouvée en finale, c’est que ma parole avait autant de valeur que celle d’une autre personne. Tout le monde mérite d’être écouté.
S : Je leur dirais qu’il faut faire un pas dans le vide, parce qu’un pas dans le vide, c’est déjà un pas en avant ! On aura beau faire preuve d’exemplarité, essayer nous même de nous montrer en tant que femmes qui prennent la parole en public, c’est aussi à elles de le faire. On a été à leur place : moi-même en première année j’étais extrêmement inhibée, je ne voyais que des références masculines en tant qu’orateurs, et c’est vrai qu’il faut quand même parler. Commencez par choisir un domaine qui vous est cher et dans lequel vous vous sentez à l’aise ; par exemple faites un premier discours engagé, très sérieux si c’est là que vous trouvez votre confort. C’est à mesure que vous vous sentirez à l’aise que la poésie et l’humour viendront. Mais il faut que vous vous lanciez parce que c’est en montrant que vous parlez que vous encouragerez d’autres femmes à parler à leur tour. C’est pour ça justement que le thème de la finale est bien « les poétesses d’ici et d’ailleurs ». Pour nous, c’est un moyen de mettre la parole féminine en exergue.
LPN : On parle beaucoup du PPS en ce moment. Selon vous quelle place occupe-t-il déjà à l’école, et quelle place voudriez-vous lui donner cette année, en tant qu’organisatrices ?
M : Cette année c’est la neuvième édition du prix, et je crois que c’est la première fois qu’il est organisé par trois femmes. C’est quelque chose que je trouve vraiment beau. Au sein de l’école, le PPS est déjà une Institution ; je me souviens l’avoir vu la première fois en 5e ! Et quand j’ai rencontré Fatoumata (deuxième prix en 2017), j’ai totalement paniqué, j’étais super intimidée ! Je pense que ce PPS 2019, je vais tout autant l’aimer, même si il aura forcément une saveur différente : l’année dernière j’étais dans la course, j’étais candidate, je ne dormais plus, je révisais mon discours jusqu’à point d’heure… Cette fois-ci, je pense avoir gagné en maturité, je vois les choses différemment. Ce que j’aime particulièrement cette année, c’est le coaching ! Chaque demi-finaliste a un coach, et hier soir par exemple, on a fait une répétition sur les quais de Seine jusqu’à minuit… Cela me permet de garder les pieds sur terre, sur ce que c’est le PPS, et ne pas de me perdre dans l’organisation. Le PPS était extrêmement bien géré l’année dernière, cette année on veut faire au moins aussi bien, et j’espère que ça sera mieux encore ! Pour moi de toute façon, ces deux éditions sont très différentes, mais les deux auront été exceptionnelles.
S : Pour moi, le Prix a une importance profonde. J’aimerais qu’il symbolise la démocratisation de la prise de parole. Comme on peut le voir dans les résultats de la demi-finale, il y a beaucoup plus de personnes du Collège Universitaire qu’auparavant, il y a un peu plus de filles… ça fait plaisir de voir que l’art oratoire, ça plaît aux gens, et que ce Prix est une plateforme pour s’exprimer de différentes manières. C’est-à-dire qu’on n’attendra pas un type de discours ou une forme d’éloquence en particulier. Pour Sciences Po, c’est LE concours d’éloquence de l’année, c’est quelque chose d’officiel, d’instauré, et l’école attend un certain standing que nous nous efforçons d’atteindre chaque année.
LPN : Si le PPS était une chanson, qu’est ce que ça serait ? Ou un animal ? Une couleur ?
M [réflexions et reformulation de la question à voix haute, puis] : Extrêmement mauvais ça, si un candidat commence à répéter la question, c’est que ça va pas ahah ! Je ne trouve rien !
LPN : Et pourquoi pas Paroles, Paroles, Paroles ?
M : Justement pas ! J’y ai pensé, mais moi je veux arrêter avec Paroles, Paroles, Parole. Je pense qu’il y a plus que ça derrière : je préfèrerais Paroles, Réflexions, Femmes ! Et pour la couleur, rouge évidemment.
S : Pour moi, ça serait Je ne mâche pas mes mots de Camille. Pour l’animal, ça serait une panthère noire, et pour la couleur comme Manon, rouge passion.
LPN : Même si vous connaissez déjà la composition du jury de la finale, quelle personnalité aimeriez vous voir trôner parmi les jurés ?
M : J’aimerais énormément qu’il y ait Michelle Obama.
S : J’ai une femme et deux hommes en tête. Premièrement j’aimerais bien Fabrice Luchini : on le sait, c’est un virtuose des mots. Après ça n’est peut-être pas le genre de spectacle auquel il voudrait se prêter, il y a un côté un peut trop trivial à son goût la dedans sûrement. La deuxième personne c’est Gaël Faye, une personnalité engagée, qui a pareillement une maîtrise absolument époustouflante des lettres. Et enfin Virginie Despentes. C’est une grande figure, une femme qui a de la gueule, qui a de la force, une grande autrice que j’admire énormément… Mais de même, je ne sais pas si le contexte se prêterait à elle et à ce qu’elle porte.
LPN : Pourquoi avez-vous accepté cette mission d’organisation du Prix ?
M : On m’a beaucoup donné l’année dernière, et ce prix m’a énormément apporté. Ça me tenait à cœur de donner aux autres ce qu’on m’avait transmis.
S : Cette mission, elle est un peu inhérente au poste de Présidente ; ce que j’en attends c’est un bel événement avant tout, auquel les gens prennent plaisir à participer. Je veux que tout le monde le tente. S’essayer aux sélections, c’est une belle opportunité de prendre la parole en public, puis en demie et en finale, c’est l’occasion de venir voir des camarades qu’on ne s’attend pas forcément à voir sur l’estrade. Je souhaite aussi à chacun de venir entendre les textes des discoureurs, parce qu’ils ont une dimension profonde qui peut faire écho en nous. J’ai personnellement été marquée, alors que je préparais Sciences Po, par le discours d’une ancienne finaliste, discours que je n’oublierai pas !
LPN : Dernière question, avez-vous un petit conseil à donner aux six finalistes ?
M : C’est un des meilleurs moments de votre scolarité, alors profitez-en vraiment !
S : No limit ! No limit dans le respect des uns et des autres !
La Péniche : Et PS ?
Manon et Salomé : PS ? PPS !
Propos recueillis par Etienne de Metz
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