Politiqu’elles – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Tue, 20 Feb 2018 20:24:51 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Politiqu’elles – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Elles prennent la parole https://www.lapeniche.net/elles-prennent-la-parole/ Fri, 18 Nov 2016 18:21:36 +0000 http://lapeniche.net/?p=36048 Chaque année, des formations sont organisées par les associations Sciences Polémiques et Politiqu’elles de Sciences Po afin de permettre aux femmes de prendre confiance en leur prise de parole et de s’améliorer à l’oral. En trois séances, les formateurs (des étudiants membres de Sciences Polémique s’étant illustrés au prix Philippe Séguin) font un état des lieux, partagent leurs astuces pour s’exprimer avec éloquence puis invitent les participantes à les mettre en pratique immédiatement. Retour sur la formation qui donne la parole aux femmes.

 

Une formation féminine

Cette formation n’est pas un cours de rhétorique classique : il ne s’adresse qu’à des femmes. Le postulat de départ vient d’une observation simple : même à Sciences Po où les étudiantes sont majoritaires, les hommes ont plus de facilité à prendre la parole. Leur voix n’est en théorie pas plus pertinente, ils ne savent pas nécessairement plus de chose que leurs consœurs, pourtant peu d’entre eux ressentent de la gêne à l’idée de s’exprimer à l’oral. Cette inégalité, déjà criante pendant les études, se renforce dans le milieu du travail. Prendre la parole lors d’une réunion, oser négocier une hausse de salaire, défendre un projet sont autant de défis qu’une femme sera amenée à rencontrer dans sa carrière.

La couleur est annoncée dès la première séance : il faut apprendre à s’imposer, prendre confiance en soi en maitrisant les codes de l’éloquence et surtout oser pratiquer. Réunies en petit groupe, les participantes peuvent prendre la parole sans peur d’être jugées et peu à peu les langues se délient.

Première séance : état des lieux et analyse des difficultés des oratrices

Réunies pour la première fois, la gêne est palpable. Pour détendre l’atmosphère, mettre les participantes en confiance et faire un premier bilan de leurs difficultés, l’exercice est simple : prendre la parole spontanément pour se présenter, expliquer les motivations qui ont poussé à s’inscrire et enfin raconter une petite anecdote amusante. Après chaque passage, les conseils pleuvent sur la posture, la voix, le regard ou encore la respiration et les silences. De la bienveillance, toujours, mais une réelle exigence.

Sont mis en lumière des réflexes de protections qui montrent le malaise que ressente certaines étudiantes au moment de se mettre en avant. Beaucoup se positionnent en retrait, la cage thoracique fermée et se contentent de petits gestes pour ponctuer leur discours. Du point de vue vocal, peu parviennent déjà à faire porter leur voix jusqu’au fond de la salle. Les discours sont plutôt bien construits sur le fond, mais la gestion du débit de parole et des silences apparaissent comme une difficulté majeure. Toutes ont eu l’occasion de prendre la parole : les potentiels sont immenses mais les talents restent à polir.

 

Deuxième séance : connaissances théoriques et jeux oratoires

La deuxième rencontre a pour but de transmettre les connaissances théoriques de base pour construite un discours, le déclamer avec éloquence et tenir son auditoire. Loin d’un cours magistral, il s’agit plutôt pour les formateurs de transmettre leurs astuces et leurs conseils. Comment se tenir, comment prendre de l’espace, comment jouer avec les silences pour créer une attente, comment construire son discours sont autant de choses qui s’apprennent et se travaillent.

Travail rime également avec pratique. Immédiatement après cet exposé des techniques de l’oral les plus efficaces, des jeux sont mis en place pour s’entrainer. Pour améliorer sa diction et sa capacité à faire vivre un texte, les participantes volontaires doivent lire des arrêts de la cour de cassation avec des phrases interminables en tachant d’emporter son public. Pour apprendre à accompagner son discours d’une gestuelle efficace, une personne lit un discours de François Hollande les mains dans le dos tandis qu’une autre se place derrière elle et doit réagir en illustrant ce qui est dit en reconstituant les gestes correspondants. Enfin, pour apprendre à se détacher de son texte, le dernier exercice consistait à lire un texte à trou en improvisant une histoire cohérente. Tous ces jeux visent à préparer les oratrices à l’échéance qui les attend la semaine suivante : présenter un discours en appliquant les conseils prodigués.

 

Troisième séance : le discours final

Les discours sont tapés en police 20, les feuilles sont coloriées comme des partitions, les participantes sont prêtes. Les formatrices annoncent la couleur dès le début : « Vous êtes venues à toutes les séances, montrez-nous que vous êtes prêtes à aller jusqu’au bout. C’est l’occasion ou jamais de se donner à 800% ! ». Chacune vient discourir sur le sujet de son choix : le don d’organe, le harcèlement sexuel, le handicap mais on assiste aussi à un plaidoyer pour les poils, une ode à la confiance en soi ou encore à un réquisitoire contre les tongs.

Le verdict est sans appel : les progrès sont impressionnants. Des conseils sont tout de même donnés pour s’améliorer et se perfectionner mais les défauts principaux sont évacués. Toutes sont allées au bout de leur discours sans se dérober, ce qui était le principal objectif de la formation.

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Les femmes à SciencesPo, le réveil politique et associatif https://www.lapeniche.net/les-femmes-a-sciencespo-le-reveil-politique-et-associatif/ https://www.lapeniche.net/les-femmes-a-sciencespo-le-reveil-politique-et-associatif/#comments Wed, 29 Oct 2014 07:40:33 +0000 http://lapeniche.net/?p=23435 « Les femmes, c’est normal qu’elles ne fassent pas de politique. C’est un boulot prenant. Qui serait là pour éduquer les enfants ? ». Dit et entendu à Sciences Po puis retranscrit dans le cahier de doléances de l’UNEF mis en place l’an passé pour la journée de la femme. Ca vous étonne ?

Nous connaissons tous aujourd’hui le Sciences Po de la diversité, mais qu’en est il du Sciences Po de l’égalité ? Avec une majorité d’étudiantes féminines sur ses bancs, on pourrait penser que Sciences Po bouscule les idées reçues sur la place de la femme dans les hautes carrières administratives et politiques. Et pourtant, Sciences Po semble, comme bien ailleurs, reproduire les écueils de la société en matière de parité.

1919: entrée des femmes à Sciences Po
1919: entrée des femmes à Sciences Po

 

Dans les sections politiques, les femmes prennent le pouvoir 

Ainsi, côté politique, il semble qu’il y ait encore beaucoup à faire pour la parité dans les partis. Composés majoritairement d’effectifs masculins, les principaux partis politiques présents à l’IEP comptent peu de militantes, 30% seulement à l’UMP Sciences Po d’après le vice-président du parti Camille Chevalier.

Cette année à l’UMP Sciences Po, les quatre postes à la tête de la section sont d’ailleurs occupés par des hommes. Pour Camille Chevalier, l’un des trois vice-présidents, cette situation n’est la conséquence d’un manque de volonté ou d’un sexisme quelconque, mais bien le résultat du principe démocratique de méritocratie : « nous pensons que toutes les places de responsabilité doivent être pourvues par les personnes les plus méritantes, motivées et travailleuses sans considérations biologiques et sociales. Nous nous opposons à l’instauration de quotas de parité qui constituent en un nivellement vers le bas et ne rendent service à personne. Les quotas étiquettent les personnes qui en profitent comme « assistées, moins méritantes » et dévalorisent donc leur action ; et privent les plus méritants de l’accès aux postes de responsabilité, ce qui ne correspond pas à nos valeurs »

Le constat d’une inégale répartition des postes à responsabilité entre hommes et femmes au sein des partis à Sciences Po est frappant, et, tout comme l’UMP, le PS n’échappait pas à la règle… jusqu’à cette année ! En effet, c’est une jeune femme, Manon Chonavel, qui a tout récemment été élue secrétaire de section au PS, aux côtés de son trésorier Paul Bonmartin. Les postes statuaires au PS Sciences po sont paritaires cette année, tout comme le bureau.

Affiche de campagne de la section PS Sciences Po
Affiche de campagne de la section PS Sciences Po

Malgré un retard persistant en matière de parité en politique, force est donc de constater que quelques changements sont en marche à Sciences Po. L’année dernière, le bureau de l’UMP comptait ainsi deux étudiantes, Diane Kercker-Mourgues et V. L., aux postes de vice-présidentes. Du côté du PS, l’accent a été mis sur une meilleure maitrise du temps de parole lors des Assemblées Générales ou au cours de formations de prises de parole en public.

On peut également souligner cette année l’élection d’une seconde femme au poste de Présidente de parti : il s’agit de Marine Denis, à la tête de l’UDI. Entrée en tant que Secrétaire générale à la création de la section UDI à Sciences Po, cette dernière a progressivement su se faire sa place au sein du parti. Toutefois cela n’a pas toujours été sans difficultés, et elle regrette aujourd’hui que la nomination d’une femme à la tête d’un parti politique soit encore et toujours source d’étonnement. Selon elle, « la question de la parité ne doit plus uniquement être abordée du côté des femmes, mais aussi et surtout à travers les mentalités et les comportements masculins. »

 

Politiqu’elles, association féministe phare à Sciences Po

Qui n’a pas encore aperçu les tracts et affiches de Politiqu’elles en Péniche ? Créée en 2013 par Fatima El Ouasdi,  Alice Liogier et Alexandre Larnicol, Politiqu’elles est une association féministe citoyenne, qui agit pour la promotion des femmes dans la vie politique, et qui, seconde au classement, a d’ailleurs brille ment été reconnue début octobre.

L'équipe de Politiqu'elles pour l'année 2014-2015
L’équipe de Politiqu’elles pour l’année 2014-2015

Ce qui a poussé Fatima El Ouasdi à créer Politiqu’elles, c’est avant tout « des petites choses du quotidien » explique t-elle. Des petites choses, qui, agrégées ensemble, ont éveillé en elle un sentiment de malaise vis à vis de la position des femmes à Sciences Po. Pourquoi n’y a t’il pas de de Présidente du BDE ? Pourquoi cette amère sensation du pouvoir conjugué uniquement au masculin dans les partis politique ? Nombreuses sont pourtant les étudiantes à savoir se distinguer par le verbe rue Saint Guillaume.

L’objectif de Politiqu’elles est de créer un réseau de jeunes et d’ouvrir un dialogue le plus large possible autour du rôle des femmes dans l’univers politique. L’initiative est innovante et comme le rappelle Fatima El Ouasdi : « il faut changer les mentalités, mais par la force de l’esprit. »

Côté associatif, le vent du changement souffle donc sur Sciences Po ! Un bel exemple : l’année dernière et après trois années consécutives de victoires masculines, le prix Philippe Seguin pour les arts oratoires a été remis à Irina Kratz, qui a su prouver que l’éloquence n’est pas qu’une affaire d’hommes.

 

La parité au coeur de l’enseignement

Sur un tel débat de société qu’est l’égalité des sexes, Sciences Po se veut en avance sur nombre d’établissements de l’enseignement supérieur. Toutefois, l’égalité des sexes n’a pas toujours été d’une telle évidence à Sciences Po. Il a fallu attendre 1919, soit 47 ans après la création de l’Ecole libre, pour voir les premières femmes franchir les portes de l’école. Du côté des enseignants, c’est seulement en 1941 que la première, et unique enseignante jusqu’en 1968, Suzanne Bastide, accède à la chair de Sciences Po. Aujourd’hui, Sciences Po peut se vanter de compter parmi ses étudiants près de 60% de femmes.

Présence de Najat Vallaud Belkacem à Sciences Po à l'occasion d'une conférence sur la parité en 2012
Présence de Najat Vallaud Belkacem à Sciences Po à l’occasion d’une conférence sur la parité en 2012

La question de la parité reste en effet centrale au sein de l’IEP, et les enseignements proposés aux étudiants sont les premiers à le démontrer. En partenariat avec l’OFCE, Sciences Po développe depuis 2010 un programme pluridisciplinaire de recherche et d’enseignements autour de la question du genre.

De plus, dès la deuxième année du cursus universitaire et tout au long de leur master, les étudiants sont invités à assister à des cours électifs d’économie, de sociologie ou de droit centrés sur la question du rôle et de la place de l’homme et de la femme dans notre monde contemporain: «Initiation aux problématiques de genre à travers l’histoire de l’émancipation des femmes et des féminismes », le cours de Clémentine Autain, en est un très bel exemple. Enfin, on peut également souligner la création d’un poste de référent égalité femmes-hommes en mai dernier dans l’administration.

Nombreuses sont les questions qui restent encore à être posées sur l’épineuse question de la parité: quelles perspectives de carrières pour hommes et femmes ? Pour quelles différences de salaire ? Quelle place pour les hommes et les femmes dans l’enseignement et l’administration à la sortie de l’école ?

Si l’heure a longtemps été à la réflexion, aujourd’hui c’est l’action qui est de mise. Mesdemoiselles, pour vous, un seul mot d’ordre : osez ! Et pour vous, Messieurs, il me semble que l’on cherche encore des effectifs masculins chez les PomPoms…

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