Pourquoi avoir souhaité créer une section de l’UEC, ici et maintenant, alors qu’il existe une antenne du Front de gauche à Sciences Po dans laquelle vous pourriez vous sentir représentés ?
En effet, jusqu’à présent je pense qu’il n’y avait tout simplement pas assez de communistes à Sciences Po pour récolter les 120 voix de la procédure de reconnaissance. Pour revenir un petit peu en arrière, les effectifs de l’UEC comme ceux du mouvement communiste dans son ensemble se sont effondrés dans les années 1990. Ce n’est que depuis les années 2000 que le mouvement se rebâtit. Chaque année de nouveaux secteurs s’ouvrent et cette année c’est Sciences Po. Cela me semble d’autant plus important qu’il y a en ce moment beaucoup de crispations que ce soit au niveau des frais de scolarité ou des problèmes de gestion comme le montre la condamnation de Monsieur Casanova. De façon plus générale je pense qu’il y a pas mal de gens à Sciences Po qui ne sont pas issus de la bourgeoisie et qui ont envie de se reconnaître dans des mouvements progressistes. Contrairement à la section du Front de gauche qui est une organisation politique ayant vocation à inviter Jean-Luc Mélenchon ou d’autres, nous cherchons vraiment à militer pour les étudiants sur les questions estudiantines propres à Sciences Po. Et d’autre part bien sur, à faire vivre la pensée marxiste à Sciences Po, à casser, avec nos outils, le carcan idéologique qui règne ici, en invitant des chercheurs, des syndicalistes, des gens que l’on ne voit pas beaucoup dans cette école comme les kurdes.
Vous partagez quelques combats avec l’UNEF…
Nous avons bien sur de forts liens avec l’UNEF. Beaucoup de militants communistes ont des doubles cartes avec l’UNEF et Sud, voire même avec L’UEC et le Front de gauche. Notre rôle n’est pour autant pas le même. L’UNEF est un syndicat qui a vocation à siéger aux conseils, alors que nous sommes plutôt une force de proposition. Notre objectif est de peser dans le mouvement étudiant, d’agir à la manière d’un lobby.
Récemment diverses associations se sont mobilisées pour protester contre la hausse des frais de scolarité, vous y avez participé : quelles sont vos revendications sur ce sujet ?
Cette mobilisation est portée par l’Unef, en réaction au projet de Sciences Po. En revanche de notre côté nous avons travaillé depuis l’été dernier sur ce sujet en lien avec tous les autres IEP puisque l’UEC est maintenant présente dans tous les IEP de France. Donc nous avons mis en place une coordination nationale pour réfléchir aux solutions à proposer pour une autre réforme des frais de scolarité à Sciences Po. Nous avons abouti à des propositions simples. Tout d’abord supprimer la Fondation Nationale de Sciences Politiques qui gère le financement de l’école : c’est une fondation privée et nous considérons que l’enseignement supérieur est un bien public dans lequel les intérêts privés ne peuvent interférer. D’autant plus qu’au sein de cette fondation on retrouve de nombreux membres du patronat et du Medef, qui selon nous n’ont pas vocation à représenter les étudiants et les professionnels de l’enseignement supérieur. Enfin l’objectif est bien sûr de tendre vers la gratuité de la formation pour les étudiants, comme dans toutes les facs.
Avez-vous milité pour la campagne des élections régionales ?
En effet nous avons pris part à la campagne pour les régionales en militant pour Pierre Laurent, candidat PCF-Front de gauche, avec le Front de gauche.
Dans le milieu étudiant j’ai l’impression que le discours Front National et le discours très à droite de Valérie Pécresse en Ile-de-France rencontrent peu de succès. Je pense qu’il n’y a pas non plus beaucoup de crédibilité au PS. Les gens ont vraiment envie de quelque chose qui change. C’est pour cette raison qu’ils peuvent adhérer au programme de Pierre Laurent, qui comprend beaucoup de propositions ambitieuses: la gratuité des transports en commun, la construction de 50 000 logements étudiants, mais aussi de nombreux projets culturels orientés vers la jeunesse.
Comment voyez-vous l’entrée du FN à Sciences Po ?
Nous avons évidemment regretté leur arrivée, mais plus encore le battage médiatique qui a eu lieu autour. Cela m’a paru démesuré ! De simples étudiants de Sciences Po invités au Grand Journal, c’est assez dingue ! Nous avons de notre côté quelques articles sur notre reconnaissance, mais c’est en grande partie parce que le FN était reconnu. Je trouve ça assez intriguant. Ca nous interroge sur la manière dont fonctionnent les médias aujourd’hui. On voit arriver des journalistes qui cherchent à montrer une forte mobilisation étudiante derrière le FN à Sciences Po et dans la réalité ce ne sont que quatre opportunistes issus de formation politiques diverses qui sont allés là où ils pouvaient faire carrière. Lorsque le FN Sciences Po a organisé sa première réunion après avoir été reconnu, des camarades de l’UEC et de l’UNEF sont allés voir, et en tout il n’y avait que 7 personnes, si vous comptez leur bureau, vous n’arrivez pas loin du compte ! Sans vouloir faire de comparaison, quand l’UEC a fait une conférence, la salle était pleine.
La prolongation de l’état d’urgence : pour, ou contre ?
C’est une question qui a beaucoup divisé le PCF et le FDG. Un gouvernement qui sous prétexte de pragmatisme a demandé à ce que la politique nationale s’arrête, tout en avançant dans le même temps des réformes extrêmement importantes comme une révision de la Constitution. Il est très dur de savoir comment réagir à ça. Tout cela alors que les médias tournaient en boucle et que les gens n’étaient pas aptes émotionnellemment à réfléchir. La grosse difficulté a été de trouver comment mettre un peu de réflexion au milieu de tant d’émotion.
Juste après les attentats le gouvernement a eu raison de prendre des mesures d’exception car le danger était réel. En ce qui concerne la prolongation de l’état d’urgence, qui a été votée par les députés communistes, je pense que c’est une dramatique erreur ! Cela renforce énormément l’exécutif alors même que devant l’islamisme radical et l’extrême droite qui montent, il nous faut réconcilier les Français avec la démocratie. Les assignations à résidence de militants écologistes, les interdictions de manifestations et les gardes à vue sans fondements ne me paraissent pas être le bon moyen de le faire. La solution, et je pense parler au nom de tout les communistes de Sciences Po en disant cela, c’est plus d’intégration : sans faire de misérabilisme il faut reconnaître que l’essentiel des terroristes qui ont frappé notre pays sont des gens qui viennent des quartiers populaires, des quartiers qui sont mis au ban de la société, frappés par le chômage et la misère, particulièrement la jeunesse. Cette jeunesse désabusée et sans repères fait le lit d’entrepreneurs identitaires qui se nourrissent des humiliations des uns et des autres. Plus d’intégration passe par des politiques éducatives, par la culture, tout simplement par de l’argent qui doit être investi dans ces zones, pour sortir de ce système qui met en compétition les aires urbaines : ghetto de riches versus ghetto de pauvre, pour toujours plus de malaise social.
Avez-vous personnellement pris part aux manifestations de la COP21 ?
Oui, nous avons participé à la chaîne humaine pour protester contre les mesures prises contre les militants écologistes durant l”état d’urgence. Certains de nos camarades ont d’ailleurs été placés en garde à vue. Une telle instrumentalisation de l’état d’urgence par le gouvernement, dans une analyse communiste, c’est le signe d’un capitalisme qui ne sait plus où il va et qui détruit jusqu’à la Terre sur laquelle on vit. Ce que l’on croit c’est que l’écologie ce n’est pas simplement demander aux particuliers de faire de petits efforts mais aussi contrôler les entreprises pour qu’elles prennent en compte la contrainte écologique.
Revenons à Sciences Po. Le président de la FNSP, Jean-Claude Casanova, a récemment été condamné par la Cour de discipline budgétaire et financière. Qu’est-ce que c’est décision dit de Sciences Po ?
C’est une décision très juste, très symptomatique de la gestion de Sciences Po qui a déjà été éclaboussé par des scandales de ce genre par le passé. Cette gestion, épinglée par la Cour des Comptes, est rendue possible par le régime d’exception, opaque, qui entoure Sciences Po contrairement aux autres universités. Cette affaire renforce d’autant plus la nécessité de la réformer: l’existence de dérives financières, alors même que les étudiants sont saignés pour financer leurs études, cela me semble simplement révoltant. Il faut que l’administration cesse d’infantiliser les étudiants qu’elle s’entête à appeler élèves, et les associe vraiment à la gestion de Sciences Po.
Quel bilan pour l’UEC à la fin du premier semestre ?
Je dresserai un bilan mitigé de ce premier semestre. Nous avons été très heureux d’être reconnus, ce n’était pas gagné d’avance! D’autant plus heureux que, même si je n’en fais pas une gloire, nous avons été reconnus avant d’autres associations politiques implantées ici depuis bien longtemps. Il y a donc eu un départ très prometteur, surtout que de nombreux étudiants nous ont rapidement rejoint, pour apprendre à nous connaître et apprendre à connaître les théories communistes, qui ne sont pas des choses que l’on apprend beaucoup à Sciences Po. Le point négatif est que nous n’avons pas pu organiser beaucoup de conférences à cause de blocages de l’administration, mais également du fait des attentats. Heureusement, le second semestre se présente bien, des militants motivés sont déjà en train de prévoir les conférences que nous organiserons : notre évènement majeur sera la semaine de la pensée marxiste, un cycle de conférence sur le thème du progrès qui se déroulera à la fin du mois de mars.
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Le 30 septembre 2015, Critique de la Raison Européenne organisait à Sciences Po une conférence débat sur la politique étrangère de l’Union européenne. Les deux personnalités invitées à confronter leurs points de vue étaient le député des Républicains Jacques Myard, spécialiste de politique étrangère, et l’économiste Jacques Sapir, spécialiste des questions européennes et de la politique extérieure de la Russie. Tous deux, convaincus et cherchant à convaincre, illustrant leurs propos d’anecdotes plus ou moins récentes, se montrent pessimistes quant à une Europe unifiée. Ils n’excluent pas une prise d’indépendance de la France. La réaction de l’UE face aux conflits est jugée inefficace en raison de la division des Etats membres et serait dirigée par la volonté des Etats-Unis. La question de l’attitude à adopter à l’égard de la Russie est aussi posée. Et au fil de la conférence le rôle de la France est présenté comme insignifiant.
Jacques Sapir considère que la politique étrangère européenne est dans une impasse depuis le traité de Lisbonne de 2007. Celui-ci renforçait la coopération des Etats de l’Union européenne dans l’objectif d’une politique étrangère commune. Depuis cette date, l’Europe se voit donc contrainte, au nom de la solidarité européenne, de conduire des politiques contraires aux intérêts nationaux de certains Etats, dont la France, de toute évidence.

Face à ce concept étroit de solidarité européenne, certains pays comme la Russie adoptent une attitude défensive. La situation est tendue, et d’après lui « pire que dans les dernières années de la guerre froide », durant lesquelles se réalisait le démantèlement progressif du bloc de l’Est. La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 en fut l’évènement emblématique.
Aujourd’hui, la confrontation avec la Russie voulue par les Etats-Unis est reprise par l’UE. Les sanctions contre la Russie ont conduit à des contre sanctions. Leur objectif protectionniste a produit des effets indésirables comme la crise agricole. Cela de manière directe par l’arrêt des exportations en Russie, et indirecte par l’interdiction faite aux pays de l’Union Européenne d’accéder au marché Russe. C’est en effet la hausse de la concurrence au sein de l’Union Européenne qui est un des facteurs de la baisse des prix des produits agricoles.
La question est posée par Jacques Sapir. Les Russes ne sont pas « blancs comme des agneaux qui viennent de naître ». Vladimir Poutine dénonce un coup d’Etat lors du départ du président Ianoukovitch, bien que cet oligarque « n’ait jamais été soutenu par la Russie ».

Une partie de l’Ukraine n’est-elle pas russe ? A l’époque de l’Union soviétique, un contrepoids à la Russie est trouvé, mais sans l’accord des populations. La partie orientale de l’Ukraine est majoritairement russophone et soutient une politique pro-russe.
Au lieu de négocier, les dirigeants de Kiev ont provoqué une guerre civile nécessitant l’intervention de la Russie au profit des régions soulevées. Bien que la Russie ait repris le contrôle de la Crimée qui était ukrainienne depuis soixante ans, elle ne semble pas chercher à scinder l’Ukraine. Elle refuse par exemple de reconnaitre l’indépendance des régions DNR et LNR (Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk).
La situation militaire ukrainienne échappe à l’Union européenne, ce qui provoque des désordres économiques et engendre le risque que la Russie se détourne de l’Europe et se tourne vers l’Asie. « Il est urgent de trouver une formule qui serait peut-être une variante des accords de Minsk », lance l’économiste.
Jacques Myard affirme, en effet, l’existence d’une politique étrangère de l’UE puisqu’une multitude de textes sur la sécurité commune et la défense sont en vigueur. Seulement, l’article 47.2 du traité de l’union européenne met en contradiction le principe de l’union même. « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies. Cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres. Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. » C’est en réalité l’OTAN qui choisit les politiques étrangères.

Jacques Myard prend l’exemple de la livraison des Mistrals à la Russie, annulée par solidarité européenne. Le refus de la vente étant contraire à ses intérêts, la France se retrouve dans une impasse.
A propos de la Syrie, il considère que François Hollande tient un discours n’offrant aucune perspective de repli et mettant la France hors-jeu.
L’Europe a été conçue comme un bloc qui écarte la Russie et les Etats-Unis. Or un bloc ne peut être hétéroclite. Jacques Delors lui-même disait que « L’Europe puissance est une utopie » et savait qu’une politique étrangère commune était impossible. Il est difficile de converger à quinze et encore plus dans une union élargie.
Jacques Sapir conclut en prônant (comme à son habitude) la solution de l’indépendance des Etats, l’éclatement de l’UE, et l’éventualité d’un rapprochement de la France avec un certain nombre de pays comme l’Espagne et l’Italie. Une grande alliance entre pays européens ne serait pas nécessaire sauf peut-être au sujet du climat. Et sur ses réjouissance, le spécialiste des questions européennes appelle aussi à un « Front de libération nationale » contre l’euro, faisant toute sa place au FN.
]]>LA QUEER WEEK 2014
La Queer Week 2014 avait pour thème le plaisir. Accueillant chercheurs tels que Mathieu Trachman, chercheur ayant fait sa thèse sur le travail pornographique, enseignant à l’EHESS, militants et artistes, la semaine a cette année allié conférences, table-rondes, ateliers et performances artistiques un peu partout dans Sciences Po, du lundi 24 au vendredi 28 mars. Dans le contexte d’une société française qui s’est profondément divisée autour du « Mariage pour tous », l’association organisatrice déjà confrontée les années précédentes à des protestations marginales a tenu sa ligne. « Rituel d’Activation de Fétiches », réflexion sur le travail pornographique, « histoire des objets de plaisir », performances artistiques incluant des drapeaux de la Manif pour tous : force est de constater que les thèmes proposés n’étaient pas consensuels.
L’IRRUPTION DE BÉATRICE BOURGES
La protestation a été à la hauteur des enjeux. Les années précédentes, seules quelques contestations marginales et solitaires avaient été émises. Cette année, c’est Béatrice Bourges qui a fait le plus parler d’elle en intervenant lors de la table ronde de clôture. Interrogée par La Péniche, celle qui déclare être venue « pacifiquement, pour discuter » est arrivée quelques minutes après le début de la conférence, avec un groupe réduit d’accompagnants (ils étaient huit), et d’une caméra. Elle avait été invitée par Nicolas Bauer, étudiant à Sciences Po qui affirme avoir participé à la Manif pour tous, mais « ne déclare pas » s’il est engagé dans un parti politique. « Le combat à l’intérieur de Sciences Po, on l’a laissé à d’autres » explique-t-il, « mais on aimerait lancer un débat sur le gender à l’université« . Une position précisée par Béatrice Bourges : « Il est important de faire la différence entre les Gender Studies et la théorie du genre, on veut mélanger les choses, et c’est là la malhonnêteté » explique-t-elle, » Les gender studies sont l’étude sociologique des genres, l’évolution du rôle des hommes et des femmes dans la société. Elles sont importantes, et je ne m’y oppose en rien. En revanche, la théorie du genre est une idéologie qui n’a rien à voir, et qui affirme qu’on choisit son sexe en fonction de son désir ».
Deux vidéos de l’événement sont disponibles (voir ci dessous) : l’une, filmée par un proche de Béatrice Bourges au sein du Jour de Colère qui l’accompagnait, dure un peu moins de 4mn. Elle a été coupée, affirme Nicolas Bauer qui se défend de toute volonté de dissimulation, parce qu’une « vidéo de quatre minutes, c’est bien regardé« . Interrogée sur les raisons de sa présence, on y voit Béatrice Bourges interpeller les participants à la table ronde, avant d’être prise à parti par l’une des intervenantes qui crie « Ta gueule » et des participants qui vont la bousculer. La vidéo diffusée par la Queer Week montre l’intégralité de la séquence, avec un débat qui semble s’engager au début de l’intervention avant que certains participants décident de faire sortir la responsable du Printemps Français. Cette dernière est finalement escortée vers la sortie par les appariteurs.
UNE DÉMARCHE EN INTERNE DE LA PART DE L’UNI-MET
Mais Béatrice Bourges, si elle a été la plus médiatique, n’a pas été la seule à protester. L’UNI-MET de son côté, « a demandé que l’administration fasse un examen pour voir si ce qui s’est passé était en accord avec le droit » affirme Léo Castellote, qui exclut néanmoins tout recours en justice de la part du syndicat. Une action dénoncée en interne par certains membres de l’organisation, qui jugent que le débat n’a pas été respecté. Contactée, Françoise Mélonio, directrice de la scolarité, a confirmé que « la question a été abordée par les étudiants lors d’un groupe de travail”, groupe qui s’est mis d’accord sur la rédaction d’une “note rappelant la réglementation”.
UNE LETTRE CONFIDENTIELLE A FRÉDÉRIC MION
Des initiatives de plus petits groupes encore ont vu le jour telles cette lettre envoyée à Frédéric Mion, rédigée par des membres du Centre Saint Guillaume (CSG) à titre personnel, et signée par une vingtaine de personnes — sans que le CSG ne s’associe à la démarche. Alexandre Masson, président de l’association, précise que le CSG “désapprouve totalement l’intervention de Mme. Bourges”. La lettre visait plutôt à exprimer le « désarroi » de certains étudiants, blessés dans leur foi par certaines manifestations de cette semaine, même si les signataires de la lettre respectent la liberté d’expression et ne prônent pas l’interdiction de la Queer Week.
Nicolas Bauer et Béatrice Bourges ont une position plus tranchée : ils affirment avoir été choqués par une provocation anti-catholique récurrente et imposée lors des manifestations artistiques : “Quand on utilise des croix inversées, des chapelets, dans des rites chamaniques, il ne faut pas mentir. Ils n’assument pas la théorie du genre, ni les rites clairement anti-chrétiens”. La Queer Week dément l’utilisation de croix inversées. Si Jean Leydier, président de Plug and Play explique qu’il « s’agissait plus de création artistique et d’attaques contre la Manif pour tous plutôt que de véritables parodies de messes noires« , la Queer Week a néanmoins écrit sur sa page Facebook “on les avait pourtant exorcisés avec notre messe noire”, une phrase interprétée comme une attaque directe par l’autre partie.
Le CSG défend pour sa part une approche plus équilibrée de ces questions, en soutenant par exemple la conférence organisée par Coexister Sciences Po et Plug’n Play mercredi dernier, sur le thème : « Les religions condamnent-elles l’homosexualité ? ».
« LA POSITION DE L’ADMINISTRATION, ELLE EST TRÈS CLAIRE » FRANCOISE MELONIO

Face à ces troubles qui ont atteint une ampleur inédite, Françoise Mélonio tient à clarifier la position de l’administration : « Le principe a été réaffirmé par tous que Sciences Po était favorable à la liberté d’expression, mais à la liberté d’expression dans le cadre de la loi” explique-t-elle. L’association Queer Week se défend quant à elle de toute violation du droit, affirmant que Béatrice Bourges « n’est pas intervenue pour débattre du thème de la conférence : alliance émancipatrice. Elle était clairement là pour provoquer, et ses premiers mots ont d’ailleurs été accusateurs : elle parle d’une semaine de l’intolérance et de l’hétérophobie. Le mariage pour tous n’était pas le thème. Elle a été évacuée car sa présence provoquait de la discorde« .
La Queer Week, hétérophobe? Béatrice Bourges accuse les organisateurs d’être allés trop loin : “Quand sur la page facebook, et dans le hall, on voit une photo où de la bouche d’un enfant, sort “être hetero c’est la loose” : n’est-ce pas agressif ? Imaginez leur réaction si nous tenions les mêmes propos concernant l’homosexualité“. Un discours qui peut sembler ironique au vu de ses récentes déclarations où elle affirmait que la France devrait prendre exemple sur la Russie en matière de droit homosexuel, bien qu’elle soutienne ne se référer qu’à leur vision de la famille. Et qui peuvent expliquer, sans excuser, le rejet massif de sa présence lors de cette table ronde de clôture.
Jean Leydier, président de Plug’n Play, qui soutient la Queer Week, explique “qu’il était donc compliqué de contenir [leurs] émotions”, même si « répondre par la violence était inutile et regrettable pour la Queer Week, notamment parce que c’était exactement ce que Béatrice Bourges attendait« .
UN DIALOGUE DE SOURDS
La Queer Week a donc ressemblé, à bien des égards, à un dialogue de sourds. D’un côté, l’intervention de Béatrice Bourges était plus un coup médiatique qu’une véritable tentative de débat — sinon pourquoi ne pas être intervenue plus tôt dans la semaine alors que les organisateurs étaient présents en péniche ? De l’autre, certains interlocuteurs ne lui ont même pas permis de s’exprimer, laissant peu de place au débat contradictoire et lui permettant de se poser en victime. Au centre, des sciences-pistes qui, pour une large majorité, sont restés plutôt à l’écart des polémiques. Il est à craindre qu’au terme de cette semaine, ces querelles n’aient permis le débat ni avec les uns, ni avec les autres.
Paul-Emile Delcourt et Claire Manzano
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L’armée chilienne a-t-elle dérapé?
« Je tuerai des argentins, je fusillerai des boliviens et j’égorgerai des péruviens ». Les chants virulents de certains membres de la marine chilienne, diffusés mi-fevrier via Youtube, ont suscité une incroyable polémique en Amérique latine. Des propos chocs à la limite du racisme, sur lesquels revient un étudiant du campus de Poitiers ayant souhaité conserver l’anonymat.
« Argentinos mataré… bolivianos fusilaré… peruanos degollaré… ». Así se corea en la marina chilena actualmente. Polémica internacional ha generado un video de los marinos chilenos cacareando versos xenófobos que amenazan la integridad de nuestros hermanos argentinos, bolivianos y peruanos. Esto sucede en el marco de una integración paulatina de los países de Latinoamérica iniciada por los nuevos dirigentes progresistas de nuestro subcontinente, al cual Chile siempre ha sido hostil. Frente a este oprobioso suceso la Armada Chilena afirmó que « dichas prácticas se alejan de lo que se enseña en la Armada y de su doctrina como institución, por lo que las califico como inaceptables ». No obstante, el diputado UDI – partido de extrema derecha chileno – Gonzalo Arenas indicó que “la reacción de la Armada es una vergüenza. Esos cantos han estado siempre en todas las FF.AA. Yo fui cadete hace más de 20 años y se cantaba igual”.
La indignación de la institución es por tanto una mera fachada para enmascarar el rostro xenófobo – y fascista – de nuestras Fuerzas Armadas. No está de más resaltar los dichos sexistas del parlamentario en los cuales contrapone la capacidad asesina de nuestros uniformados y el quehacer que otrora, y actualmente, se le ha delegado al sexo femenino: “Para evitar esos cantos ‘violentos’ de los marinos, le sugiero al comandante en jefe de la Armada que los inscriba en clases de bordado y punto cruz”. Según este compatriota, nuestros “marinos están para ir a la guerra”. ¿Qué guerra? ¿Una contienda por la independencia económica y soberanía política de nuestro país o un simple conflicto que buscaría oponer nuestras naciones en pos de la satisfacción de los intereses mezquinos y chauvinistas de nuestras burguesías-militares? Nuestros gobernantes cultivan las semillas del odio y el separatismo en nuestra región, obstaculizando de esa forma una integración continental de carácter solidario en lo económico, político y social. ¿Qué diría Simón Bolivar si supiese que en Sudamérica – cuya independencia sería posible gracias a su completa entrega y compromiso– hay hijos opositores a sus ideas de unidad? Este 11 de Septiembre, nuestro país festejaría, desde un bando, y lamentaría, desde otro, los cuarenta años desde el inicio de una dictadura militar que a punta de fusil asesinó el sueño, sembró el terror y fomentó la división. Vaya usted a saber querido lector si la ideología que se inculca hoy en nuestras Fuerzas Armadas es similar o no a aquella que articuló el accionar de los buitres carneros del sangriento régiment.
Este suceso coincide con la primera reunión del comandante en jefe (s) de la Fuerza Aérea de Chile (FACh), general de aviación Hugo Peña con el Movimiento de Integración y Liberación Homosexual (Movilh) con el fin de dar el primer paso en los procesos de capacitación “para educar a sus funcionarios sobre la Ley Zamudio – o ley de Antidiscriminación hacia las minorías sexuales – sobre la necesidad de prevenir prácticas discriminatorias, lo cual es una buena noticia, pues ya nadie podrá ser excluido arbitrariamente para ser parte de la FACh ». Es un paso importante pero no suficiente. Como estudiantes chilenos es nuestra responsabilidad exigir que se promuevan en todas las instancias educativas todas las herramientas para reconocer y combatir el sexismo. Asimismo, debiese promoverse una educación – estatal, laica y de excelencia por cierto – que excluya todo jingoísmo en las aulas.
Como latinoamericanos y seres humanos es nuestro deber condenar estos hechos. La ideología de estos marinos es, por desgracia, hegemónica en Chile y cristaliza el odio al interior de la futura Patria Grande que soñaron Martí y Bolivar. Etnitizan las relaciones sociales y oponen a los trabajadores entre si desviándolos de esta forma del camino a seguir. Como bien lo dijo Quilapayun en los años 1970: “Mi patria son mis hermanos que están labrando la tierra” y no las fronteras que se construyeron en la historia. Con conciencia y unidad sigamos adelante.
Viva Latinoamérica. Viva el Pueblo. Vivan los Trabajadores
]]>Chacun semble se comporter naïvement comme si, par je ne sais quelle forme de “droit naturel” lui incombant, il avait un droit spontané à, plus que d’avoir une bibliothèque, y avoir en plus une place pour étudier. Comme si finalement c’était là l’essence d’une bibliothèque , et qu’on devait laisser de coté design, grands espaces, “structure verticale”, et salles de réunion pour le seul bien-être d’élèves qui, non contents de déjà profiter d’ascenseurs qui parlent, exigent en plus pouvoir s’asseoir et étudier dans des conditions “décentes”.

Le voilà le scandale de notre siècle. Des élèves pourris gâtés, baignés dans cette culture nasillarde des droits-créances, et habitués à avoir le beurre et la cuillère en argent dans la cuisse de Jupiter. Oui, il est vrai qu’il faut tous les après-midis parcourir 8 étages et 2 bâtiments pour se rendre compte que la bibliothèque de Sciences Po a les sièges du fond qui baignent. Mais est-ce là une raison pour polluer les oreilles des chanceux stakhanovistes, à coup de soupirs violents et grotesques ? Et ce alors que des hectares entiers de moquette grisâtre et de linos poussiéreux attendent sagement le derrière des élèves, et qu’un grand escalier à la pierre alléchante décline ses marches désolées et sinistrées à nos dos fatigués ?
Et ce n’est là que le début. Avez vous remarqué comme ces mêmes gens qui se plaignent de la surpopulation en bibliothèque rechignent ensuite à aller travailler dans le jardin qui n’attend qu’eux en plein mois de janvier ? Avez-vous pensé une seule seconde à utiliser les magnifiques toilettes qui sont mises à votre disposition comme sièges, certes de fortune, mais après tout fort fonctionnels ? N’avez vous pas remarqué que le trottoir de la rue Saint-Guillaume est d’un confort qui, bien que spartiate, saura largement combler nos fesses d’aventuriers ? Ouvrez les yeux bon sang ! Et vous verrez tout cet espace qui s’offre à vous. Ces étagères vides où les moins grands d’entre nous trouveront tout loisir de s’étaler confortablement. Les capots des voitures alentours, qui offrent en hiver le réconfort d’un peu de chaleur, et plus d’espace qu’un bureau pour étaler sa paperasse. Les canapés du Basile où, après que 3 serveurs vous auront craché dessus, vous trouverez aisément une table humide et collante pour déposer vos copies. Le local de Sciences Po Environnement qui, en dehors des 7 minutes par semaine où s’y tient une permanence, a tout pour accueillir une vingtaine d’élèves un peu chétifs. Et j’en passe.
Alors avant de venir casser des mauvaises langues sur le dos de l’administration, commencez donc par faire marcher un peu votre raison pratique, plutôt que de vous complaire dans la facilité et dans la protestation peu féconde. Mais ne croyez pas par là que j’exempte nos dirigeants de toute forme de responsabilité. En effet en pareille situation des mesures d’urgence s’imposent. A commencer par interdire l’entrée en bibliothèque à quiconque prétendrait devoir travailler des “humanités scientifiques” ou même de “l’écriture créative” . Détecter ce genre de fraudeur n’est pas chose difficile. Cela fait également trop longtemps qu’on réclame en bibliothèque la présence d’une police politique qui éjecterait les truands qui se permettent de mettre des cahiers à leur place le temps d’aller aux toilettes pour qu’on ne la leur prenne pas. Quand vous pensez qu’on laisse même impunément des élèves aller sur facebook. Dans quel monde vit-on ? Quel Sciences Po veut-on ? La voilà la question que nous posons aujourd’hui. Au tapis les saltimbanques qui ont le culot de parler à leur voisin, pour ne pas évoquer ceux qui se croient autorisés à rire entre les murs de la bibliothèque. Ces éradications en masse devraient libérer un espace substantiel pour les durs, les vrais, les gens de droit, qui viennent muselière et AK-47 en bandoulière. Pour ceux qui ont des lance-roquettes dans les yeux dès qu’on élève la voix, et qui ont devant eux plus de livres qu’un homme n’en pourrait lire en une année entière. On s’étonnera aussi que la bibliothèque trouve un espace infini pour stocker des livres dans ses fameux “magasins”, et pas un centimètre pour loger des élèves. Il est bien sympathique de vouloir nous donner l’accès au plus d’ouvrages possible, mais franchement, entre nous, ne pourrait-on pas scanner tous ces bouquins une bonne fois pour toute et faire des magasins des salles de travail ? Ça n’est tout de même pas demander la lune, il suffirait que quelques salariés de la bibliothèque en mettent un bon coup pendant une semaine avec quelques scanners et le tour est joué. Voilà bien une solution simple, efficace, et que tout le monde semble ostensiblement feindre d’ignorer. On est à l’ère du numérique par dieu ! Finis les grimoires et les reliures en peau de chèvre, nous sommes au temps du livre 2.0 et de la “cloud bibliothèque”.
Voilà, chers amis, un coup de gueule qui sort des tripes, pour vous montrer que, quels que soient ses manquements partiels, il est un peu facile de venir blâmer l’administration pour des maux qui, tout bien réfléchi, ne sont que l’invention d’étudiants partisans du moindre effort et praticiens de la contestation à outrance pour le plaisir de l’opposition. Il est plus que jamais de circonstance de rappeler les mots d’Alain : “C’est dans les bibliothèques qu’on étudie, pour à la discothèque être érudit”.
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