poésie – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 12 Feb 2025 22:01:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png poésie – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 « Ferme la fenêtre » https://www.lapeniche.net/ferme-la-fenetre/ Thu, 24 Oct 2024 15:15:35 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56418 C’est une des premières choses qu’on t’apprend à faire : marcher. Et même avant, même en rampant, c’est un réflexe inné de vouloir avancer. Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi maintenant je veux plus. Pas un pas de plus. Aucune impulsion dans mon corps ne veut m’éloigner de ça. Pas de passage vers autre chose. Je n’avancerai plus qu’à reculons. Les yeux rivés vers toi. Quand ton visage deviendra trop flou, je continuerai les yeux fermés. Chaque action que j’entreprends est comme un pas en arrière. Et putain, ça devient tellement loin quand j’y pense. Mais ce n’est que temporaire. Je ne suis que de passage.

on se retrouve vite épris par jeu de perspective

idylle des jours passés fait place à paradis perdu

espoir lointain, joies éphémères

c’est con

fantaisie passagère

nostalgie éphémère ; flashbacks gratuits 

je ne peux pas être ton ami

tu ne changeras rien 

aucun mal—entre nous.

propre exode prend trop de place à ton goût

c’est fou

comment c’est

c’est facile 

pour toi

c’est flou

Dis-moi ton prénom ?

Mais je vais jamais le retenir !

Quoi ?

Mais la musique elle est beaucoup trop forte !

Je ne vais jamais m’en souvenir !

Mais moi je me souviendrai du tien. 

plus tard

pas maintenant

pas comme ça

mais pas à pas

La fenêtre est ouverte. J’ai un délire avec les nuits d’été. Je vois les lumières de la défense avec des reflets un peu flous sur les côtés des gratte-ciels ; en grandissant tu lèves moins les yeux au ciel dans les moments de silence, ça devient un peu tes étoiles. Il y a une infinité de moments en dix-huit ans d’existence qui m’ont fait penser que je n’étais pas à ma place. C’est assez illogique de chercher un ancrage terrestre dans des corps célestes. Pourtant ça m’a toujours rassuré, allez savoir pourquoi c’est un peu un motif récurrent, le fait de se dire qu’il doit bien y avoir une métaphore quelque part là-dedans. 

À six ans, le ciel était pour moi partout sur terre. La grande casserole, suprême prêtresse angélique était la seule entité en laquelle j’avais réellement foi. À sa vue seule, mon corps était pénétré par une sérénité qui devrait être constante à l’enfance. J’étais sur Terre au moins, sûre. Trouver la lumière dans le noir, c’est un symbole fort aussi surconsommé soit-il. En observant la nature, on se rend rapidement compte qu’il n’y a que l’homme pour s’infliger le noir opaque et total. C’est pas naturel. 

Il fait chaud dehors,

Il y a un rideau blanc,

FIN

très fin

mais j’ai pas faim, juste soif ;

braquage d’or bleu

fin

enfin, voilà

Rideau de Fin. 

AVANCE 

petits pas

pas de loup

j’ai vendu mon dernier justaucorps

il ne me va plus

rien ne me va plus

rien ne me va

rien ne va plus

au choix

Pas à pas. Je te tendrai la main une autre fois. Mais pas aujourd’hui. C’est trop tôt. Je revois tout quand je marche, sans faire exprès. C’est presque plus sa ville. C’est presque comme si on avait vraiment acheté une maison ici. T’es propriétaire de chacun de mes pas dans cette ville. Et je te déteste tellement pour ça. 

Je laisse toujours la fenêtre ouverte maintenant.

Avant

maintenant

aller de l’avant

avènement

amèrement

passablement

laisser passer

pas à pas 

je te déteste tellement pour tout

mais j’ai peur des papillons 

depuis que mon grand frère me les a montrés au microscope

alors j’ai encore plus peur de leur effet

je ne m’attarderai pas sur ce sujet

et je garderai tout

et mon dira que c’est trop destructeur

 pour parler de nostalgie 

et je m’en fous 

sans cap on finit toujours par chavirer

rien n’amortit le naufrage sur la terre ferme

À première vue, ces deux termes semblent antinomiques. En effet, la concurrence n’existe qu’à partir du moment où les acteurs s’affrontent à ceteris paribus. Entre la concurrence parfaite et le monopole pur : l’emprise totale de l’entité sur une autre. 

Je me penche plus sur les balcons.

Je me demande trop ce que je pense de ma propre conscience. Si mon regard porté sur le reflet était une version si antérieure, à même de ne pas douter de son affection pour moi. Quand le concept m’échappait encore tout seul. Tout était un peu moins casse gueule. On étudiait peut-être déjà les gueules cassées. Ou alors j’avais lu un livre dessus et ça m’était resté. La guerre n’était qu’une notion très éloignée. Une sorte d’élément de scénario facile et glorifié. Ma vie n’est qu’éternelle relecture, en sachant parfaitement que ceux qui apercevront les pages que je noircis ne parlent pas ma langue maternelle. Je suis la même gamine butée. 

Mais tu leur expliqueras, 

Ils te donneront raison.

Et je n’écrirai plus rien sur toi.

Alors je ne te rends pas ton nom.

Jamais.

Plus un seul pas en ta direction.

déchirement minuit passé

de te laisser ainsi à Morphée

quitte ses bras dès l’aube : je t’en conjure

délaissée

lassée,

mais que d’elle même

toujours pareil

Dis-moi ton prénom ?

Mais je vais jamais le retenir !

Quoi ?

Mais la musique elle est beaucoup trop forte !

Je ne vais jamais m’en souvenir !

Mais moi je me souviendrai du tien. 

Le silence n’est qu’outil des anges. Je cherche la clef des enfers monsieur. J’ai l’extrême honneur de ne plus jamais vous inviter ici. Je vous informe par la présente missive que nos photos sentent encore la citronnelle. Ils m’exileront au nom d’une hystérie, nous ne pourrons plus jamais correspondre. Ne m’oubliez plus. Vous l’avez tant fait déjà. Je n’oublierai pas, je ne le peux, mais un jour je vous le pardonnerai. Un jour je vous pardonnerai tout. Et on me le reprochera sans doute.

Les règles de votre jeu m’échappent. Pourquoi vous retirez ainsi après tous ces étés passés joints. Jamais je ne vous avais embarrassé du fait accompli, et pourtant vous voilà ainsi malgré tout. J’aurais pensé votre peine bien plus légère. Peut-être me suis-je trop peu soucier de votre voyage ? Pourquoi me laisser ainsi sans mot de votre esprit que j’estime ? Je ne saurai plus qu’être maladroite dans l’expression de ma peine. Pardonnez-moi de ne savoir comment vous excuser dès à présent. 

Elle y pensait souvent,

Au fait qu’elle se peignait les lèvres,

Comme une enfant.

Finalement, j’ai dansé ce soir. Pourtant j’avais pas encore su trop boire. J’avais plus de jus de pomme que d’autre chose dans le sang. Je l’ai fait pour le moi de quand j’étais enfant. J’avance. Je me suis levée sur une musique que je connaissais pas. Y’a que quand je me suis rassise que j’ai accueilli l’adrénaline. J’avoue, j’y ai repensé. On joue mieux à deux, mais il reste que moi sur ma chaise ; table quarante-deux. Il me glisse à l’oreille que pourrais jouer beaucoup mieux. Le grand restaurant est témoin de mon sourire. Les murs par-dessus tout, m’entendent grandir. L’accoudoir retient ma tête. 

Il fait chaud,

t’as pas chaud?

On ouvre la fenêtre?

les moustiques

ok

Je reviens.

Ils disent que les cheveux retiennent les souvenirs. Je me découvre des nouveaux problèmes depuis que les miens sont longs.

Sous la rose.

Le nouvel ascenseur est tellement lent que j’ai l’impression de pouvoir mourir dedans. On a dû démonter l’évier. J’ai saigné du nez. Et j’ai jeté le mouchoir à la poubelle. C’est l’été maintenant : il n’y a plus que des cadavres. Cerises. Pastèque. 

Je vais rentrer chez moi.

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Souvenirs fuyants de journées oubliées https://www.lapeniche.net/poesie-dun-jour/ Tue, 06 Feb 2024 13:51:30 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56165 Demain

Je serais mort

Sans amour ni regret

Sans regret ni remord

J’ai eu tort de tarder

Sans main pour refermer

Mes paupières immobiles

A la croisée des routes

Qui mènent toutes à jamais

Demain je serais mort

Sans l’amour convenu 

Je serais l’inconnu 

Dont on oublie le corps

Pendant bien des années

Je l’ai trop attendu 

Cette illusion charnelle

Ne m’est jamais venue

Mes rêves m’ont menti

Ils m’ont fait des promesses

J’ai vécu d’espérances

Je meurs avec tristesse

Cent fois j’ai revécu 

Nos belles retrouvailles

Avec toi

Mon amour

Qui ne m’as jamais vu

Demain

Je serais mort

Et la pourpre éphémère

Qui sur moi flotte encore

Fuira de mes artères

J’ai fait le deuil de tout

Mon lit est déjà fait

J’ai attendu l’amour

Trop longtemps pour aimer

.

Ivresse

Je glisse comme l’oie et sa plume d’albâtre,

Coulante et trébuchante et bâillée par le vent ; 

Le sol, me happe, froid ; le blanc ciel, de son âtre, 

Écrase ma rétine et ma noirceur se tend. 

Et je m’en vais, malade, écrasé par la pluie, 

Le sable, les passants, la pâle odeur du bruit. 

Mon sang se tasse et prend l’essor avec le temps

Qui file et effile mon corps tressaillant. 

Moi, plume, me déplie et maudis les ténèbres, 

Ces pompes gémissantes, ô combien funèbres, 

Qui pleurent sous la bruine et ignorent l’orage. 

Je veux qu’après minuit, leur soupir chronophage

S’étouffe et puis se noie dans le vide béant ; 

Celui qui trop m’effraie, ce silencieux néant. 

.

Âme sœur 

Il en a fallu des chances, des circonstances, 

Pour qu’entre des milliards de gens, de lieux, d’années,

Ce fût toi, celui-ci, aujourd’hui, qui soit né.

Nous nous sommes trouvés dans une foule immense.

Il en a fallu des hasards, pour que le monde 

S’effondre devant nous. Des milliers de naissances

Qui nous ont donné vie ; des amoureux, des danses

Tous perdus dans l’oubli. J’entends leur sang qui gronde.

Te souviens-tu des amants, mignons, benêts,

Qui, il y a mille ans, dans l’ondée d’un ruisseau,

Ont à jamais mêlé leurs deux écrins de peau ? 

Sans ce plaisir, combien ne seraient jamais nés ? 

Il en a fallu des rencontres avortées

Pour qu’à la place des autres, ce soient tes yeux

Qui m’aient paru d’abord les plus merveilleux.

Le hasard a la main sur nos éternités.

Si j’étais né ailleurs, qui donc m’aurait aimé ? 

Pourrais-je rencontrer ces femmes inconnues

Qui, dans une autre vie, m’auraient déjà vu nu ? 

Si vit une âme sœur, m’aurait-elle trouvé ? 

Ou errons-nous encor en nous accommodant 

De timides bonheurs ou de rêves ardents ? 

Que meure la patience abrutissante et morne ! 

Il faut se dépêcher de cueillir son bonheur : 

Trop d’âmes attendent, bien qu’il soit déjà l’heure.

Que s’effondrent la peur et les ennuis qui l’ornent !

Car le moindre inconnu cache en lui, sans le voir,

Une sœur à notre âme espérant notre histoire. .

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Hors-saison Épisode 3 : printemps https://www.lapeniche.net/hors-saison-episode-3-printemps/ Mon, 11 Apr 2022 10:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54431 Épisode 3 : printemps 

Que la lumière soit, et le printemps fut. Répondant au rappel mécanique d’une heure, le soleil ralentit sa course pour s’accrocher au ciel. L’hiver, celui de l’immensité homogène, du froid assassin, s’en est allé. Son glas est comme la chute d’une couverture grise qui enfin laisse les couleurs germer. Après une saison dont le pas semble souvent trop long, retardant avec douleur une impatiente renaissance, les fleurs nouvelles sont le signal tant attendu : il est temps. L’hiver est la scène de suspense, le couloir au bout duquel on cherche l’issue alors que la pression s’alourdit. Enfin, presque par surprise, le monde se remet en mouvement ; digne de tout retour, bienvenue au printemps.  

« Ô rajeunissement du réveil, ô lumière
Qui laves les noirceurs, les fanges, les chagrins,
Qui donnes des splendeurs au bourbier de l’ornière
Et mets une ombre d’or sur nos charniers humains.
 »

Cécile Sauvage, « Le jour »[1]

Naissant dans un flagrant contraste, le printemps, face à l’hiver terne ou blanc, ne peut être qu’une saison de lumière, mais une lumière vive, chaleureuse. « Les noirceurs, les fanges, les chagrins » s’étaient fait une place de choix depuis l’automne, voilà qu’un rayon doré vient d’un coup tous les déloger. Le printemps a quelque chose de thaumaturgique : c’est une éclaircie divine face à laquelle on ne peut rien, et surtout pas pleurer. Le sillon entamé par l’automne semblait avoir creusé nos entrailles les plus profondes, laissé une marque indélébile, mais les démons sont remerciés et leurs racines arrachées. La page que l’on avait presque oubliée de tourner depuis la brume d’octobre enfin se lève, et d’une force transcendante. L’automne célébrait la tristesse pour la tristesse, le printemps, lui, ne la voit que pour en finir. « Ombre d’or », rien de plus clair : cacher le morne par la lumière. Telle est la traditionnelle idée de renaissance, l’identité lavée de sa fange. 

« Le miracle est partout.
Le miracle est en moi qui ne me souviens plus.
Il fait clair, il fait gai sur les bourgeons velus ;
Il fait beau – voilà tout.
 »

Sabine Sicaud, « Printemps »[2]

            Tout est si neuf qu’on croit à l’amnistie, mieux encore, à l’amnésie. Si l’hiver était l’occasion de s’enfermer, de tout ressasser, faute de pouvoir se dégager d’un fond partout blafard, le printemps est une porte de sortie. Mais cette échappatoire n’est pas une licence inconditionnée, car ces deux saisons partagent leur même élan englobant, lissant les particularités farouches. D’un côté tout s’efface contre la neige et la glace, de l’autre tout s’éclipse qui n’est éclairé ou doré. Car l’innocence du printemps n’est pas seulement un abandon au passé, c’est un oubli, une sortie de l’être. Dans cette tentative de reboot, le printemps va peut-être trop loin, faisant comme si rien avant lui n’avait existé, comme si toutes les peines qui constituent un passé n’avaient jamais fait pleurer. Folie démiurgique, le printemps a donc lui aussi sa parole dirimante ; c’est un roi en son royaume et la nostalgie est son ennemi. « Il fait beau – voilà tout » : première et dernière leçon, qui ne s’y retrouve pas n’est pas digne d’être sauvé.  

« Il semble que tout rit, et que les arbres verts 

Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers. 

Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ; 

Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre, 

À travers l’ombre immense et sous le ciel béni, 

Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini. »

Victor Hugo, « Printemps »[3]

            Voilà ce qu’est le printemps : un chant. Pas une mélopée ou une élégie, non, une poésie qui n’a rien à regretter, qui regarde devant soi et qui dit « oui ». L’amour a son domicile au printemps, sous les couronnes de fleurs et les sourires brillants. Tout est prêt pour déclamer après avoir tant réclamé. Le silence était devenu insupportable, il faut virer de bord dans les cris et les rires. La scène est connue : il suffit d’un coucher de soleil, d’un air doux, de quelques pétales colorés, pour croire, non sans clichés, au printemps passionné. Et si ce n’est pas l’amour au moins est-ce le bonheur. Car dans cette vision idéale – disons-le, utopique – du printemps, la joie sort des foyers comme dans les vieux films Disney. C’est une ataraxie qui en devient presque insupportable, niaise, et dont la formule sans cesse revient : « Le temps est bon, le ciel est bleu / Nous n’avons rien à faire, rien que d’être heureux »[4].  

« Le ciel est pur, la lune est sans nuage :
Déjà la nuit au calice des fleurs
Verse la perle et l’ambre de ses pleurs ;
Aucun zéphyr n’agite le feuillage.
 »

Chateaubriand, « Nuit de printemps »[5]

            Mais ce bonheur de cristal peut aussi se perdre dans l’immobilité. Bien sûr il y a la contemplation des fleurs, des paysages qui s’animent, mais pas de grandes manœuvres. « Aucun zéphyr n’agite le feuillage » : le monde est mort à nouveau. Les couleurs émergentes qui forment un relief inconstant paraissent dès lors trop vives. Comme tout vivant cherche à se faire remarquer, plus rien n’apparaît distinctement. C’est une masse informe, chamarrée à en devenir brouillonne. La renaissance n’aura donc pas duré longtemps. Il aura suffi de se persuader d’une exaltation supérieure pour tout écraser sous l’abondance et revenir à une image figée. Le printemps s’est ici vautré dans le confort et la tranquillité. À force d’être prié, d’être idolâtré comme un coup d’éclat, le printemps est peut-être devenu un autel érodé. 

« Nous n’osons plus parler des roses : 

Quand nous les chantons, on en rit ; 

Car des plus adorables choses 

Le culte est si vieux qu’il périt. »

Sully Prudhomme, « Printemps oublié »[6]

[1] Cécile Sauvage. « Le jour », Tandis que la terre tourne. Mercure de France, 1910.

[2] Sabine Sicaud. « Printemps », Les poèmes de Sabine Sicaud. Stock, 1958. 

[3] Victor Hugo. « Printemps », Toute la lyre. Hachette Livre BNF, 2012 [1888].

[4] Bon Entendeur. Le temps est bon [vidéo en ligne]. YouTube, 8 novembre 2018. 

[5] François-René de Chateaubriand. « Nuit de printemps », Tableaux de la nature. Acamédia, 1997 [1828].

[6] Sully Prudhomme. « Printemps oublié », Stances et poèmes. Ararauna, 2020 [1865].

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Introduction au projet « 7j/7 poèmes illustrés » https://www.lapeniche.net/introduction-au-projet-7j-7-poemes-illustres/ Mon, 04 Apr 2022 12:17:50 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54324 Note éditeur.

Pourquoi le poème ?

Parce que pour moi le poème,

Est la toile de FRIDA – 

Toile suspendue surplombant corps-cellule.

Âme emmurée – 

Feu chancelant, mourant, braise ardente. 

POÈME-PHÉNIX !

Au milieu des cendres source de vie. 

Piégée dans la tour d’ivoire 

J’hurle haut et fort, pour moi et moi seule – 

Frénésie de papier – 

Le poème comme exutoire. 

Chasseur de mots-papillons : dans mon épuisette des mot-valise. 

Mots-souffrance ; mots-censure ; mots-honte et mots-tristesse.

Poème toile d’araignée, 

La reine dévore, avale, digère et recrache 

En petites boules – 

Le magma incandescent devenu risible.

 

Piégée dans vents et marées – 

Le poème-bouée fend la tempête. 

Si pour toi le poème est amusement ; 

L’art pour l’art ; 

Coucher des mots hasardeux frénétiquement sur le papier ; 

Noircir tes cahiers pour le plaisir ; 

Chanter ton amour ; 

Rendre hommage ; 

Conter le beau ; l’agréable ou même le malheur. 

Si pour toi le poème est exercice ; 

Aiguise ta plume ; 

Dénonce, revendique,

Sculpte tes vers. 

Tant de mots sous un crâne, 

Qui tourbillonnent, 

Saisis-les, 

Couche-les sur le papier – 

Partageons-les.

 

Dimanche 3 avril.

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Hors-saison https://www.lapeniche.net/hors-saison-2/ Fri, 21 Jan 2022 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54018 Épisode 2 : hiver 

Alors que la nuit continue de nous surprendre aussi tôt, ayant grignoté le jour à ses frontières, que le froid est de plus en plus glacial, l’hiver est proclamé sans même s’en apercevoir. Dans son impasse, l’automne a été incompris, au point de nous amener à croire en un hiver interminable, comme si celui-ci n’était que la simple prolongation de l’automne, mélange de saisons depuis octobre. Bien au contraire, l’hiver n’est plus la saison qui s’approche d’un pas fatigué vers la fin d’un cycle, mais la fin elle-même, la saison qui clôt la scène et la pièce entière : « Winter is coming ». Au-delà de cette porosité du mois de décembre – l’hiver suivant l’automne avec docilité – les deux saisons sont loin d’être confondues dans les esprits : à l’automne morbide succède un hiver festif, mais encore bien encapuchonné. 

« Il neige

                        sur mon toit et sur les arbres

Le mur et le jardin sont blancs

                                                le sentier noir

                                    Et la maison s’est écroulée sans bruit

                                                Il neige »

Pierre Reverdy, « Souffle »[1] 

Comme l’automne a sa feuille morte, l’hiver a sa neige. C’est ici que réside la grande différence derrière la transition trop lisse de décembre. Alors que l’automne était la saison du « moi », de l’interrogation d’un for intérieur, la neige écrase tout de son teint monochrome. Le sol d’octobre fut tacheté d’orange, de jaune, d’un vert qui résiste ; l’hiver enrobe le monde dans sa couverture blanche. C’est à peine si, dans ses plus grandes œuvres, la neige laisse encore un arbre devenir un point noir, perdu. La neige est la saison de l’immensité, mais l’immensité dangereuse, qui terrifie en dissimulant tout repère. Ce n’est plus le temps de l’unicité mais de l’unité : dehors, le monde est un. « la maison s’est écroulée sans bruit », il n’y a plus rien. Que la neige. 

« Jolie neige nouvelle 

toi qu’arrives du ciel 

dis-nous dis-nous la belle 

ohé ohé ohé 

Quand est-ce qu’à Noël 

tomberont de là-haut 

des dindes de Noël 

avec leurs dindonneaux 

ohé ohé ého ! »

Jacques Prévert, « Noël des ramasseurs de neige »[2]

Le chant des enfants, celui des fêtes de fin d’année, est déjà le seuil de la mesquine cruauté de l’hiver. Cette saison, si froide, si brutale par nature, est devenue le siège de la lumière du foyer, de la famille réunie, des repas plantureux. En voulant corriger la glace de l’hiver, nous en avons fait le feu de la philia. Double visage de l’hiver : la disparition de la chaleur extérieure, de la proie de l’animal, a entraîné sa concentration autour de la tablée idéalisée. L’hiver est une saison en fête, mais des fêtes recroquevillées, bien à l’abri de l’extérieur venteux. Seulement voilà, cette frontière est loin d’avoir été si bien négociée. Le manque qui caractérise l’hiver – manque de chaleur, manque de soleil, manque d’argent – n’est pas partout compensé par le plaisir de douces retrouvailles. Car si l’on en vient encore à se demander « Quand est-ce qu’à Noël / tomberont de là-haut / des dindes de Noël », c’est que Noël n’est toujours pas un cadeau universel. Pour les uns, hiver coloré, pour les autres, hiver blanc. 

« Tout est dur, clair, sans voix, et mort ; 

l’hiver est fermé comme un livre. 

On dirait que la vie a tort 

de vouloir encor vivre. »

Guy-Charles Cros, « Croquis de janvier »[3]

Là paraît l’impassible façade de l’hiver. C’est le calme, le calme du cimetière qui persiste après novembre ; non celui qui repose après une vie bruyante, mais celui qui effraie, qui empêche d’entendre. Si l’automne était la décrépitude de la gaieté, l’hiver en est sa fin annoncée. La chute des feuilles, la pluie, tout cela n’était que l’atermoiement d’un monde qui ne peut éternellement fuir son ultime soupir. Les premiers flocons ne font plus la joie des enfants, c’est l’annonce de l’heure dernière. Aussi étonnant que cela puisse paraître lorsque l’on imagine l’hiver festif, cette saison semble retenir son souffle en attendant la renaissance prochaine. « l’hiver est fermé comme un livre », on attend d’ouvrir le suivant. Transition manquée. « sans voix, et mort », on attend. 

« Qu’il est doux, qu’il est doux d’écouter des histoires,

Des histoires du temps passé,

Quand les branches d’arbres sont noires,

Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !

Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s’élance,

Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher

L’immobile corbeau sur l’arbre se balance,

Comme la girouette au bout du long clocher ! »

Alfred de Vigny, « La neige »[4]

À défaut de vivre en hiver, cette introduction de Vigny montre qu’il est encore possible d’imiter la vie passée. Si le monde dehors s’est éteint, demeure celui de l’histoire, de l’imagination qui, d’un coup, brise la glace de l’immobile. L’aventure naît de l’inaction, le rêve, du sommeil. Avec les enfants qui demandent à leurs aînés d’animer d’histoires leurs visions moyenâgeuses, le fleuve tranquille de l’hiver est bouleversé, le trouble renaît. L’hiver n’est qu’un adulte trop sérieux, trop pâle. Il lui faut cette enfance, ces bonhommes de neige qui trouvent dans le vertige blanc un relief nouveau. Comme si, une fois de plus, l’humain avait voulu corriger le cycle des saisons, il donne à l’hiver la polychromie qui peut-être lui manquait. Si l’automne est naturellement en mouvement, l’hiver ne l’est que par artifice. C’est un temps retravaillé, fondu et forgé à nouveau pour équilibrer terreur blanche et rupture révolutionnaire. Saison énigmatique, c’est à ne plus savoir ce qu’il faut véritablement croire.

« Pour faire un grand bonhomme blanc, 

Tout le monde prend son élan. 

Après ça, bataille de neige ! 

On s’agite, on crie, on s’assiège. 

Et puis on rentre, le nez bleu, 

Pour se sécher autour du feu. »Lucie Delarue-Mardrus, « L’hiver »[5]


[1] Reverdy, Pierre. « Souffle », Sable mouvant et autres textes. Gallimard, coll. « Poésie », 2008 [1959].

[2] Prévert, Jacques. « Noël des ramasseurs de neige », Noël des ramasseurs de neige. Rue du monde, 2012 [1985].

[3] Cros, Guy-Charles. « Croquis de janvier », Avec des mots. Durand, 1928 [1927]. 

[4] Vigny (de), Alfred. « La neige », Poèmes antiques et modernes. Paleo Eds, 2013 [1826]. 

[5] Delarue-Mardrus, Lucie. « L’hiver », Poèmes mignons, pour les enfants. Gedalge, 1929.

Crédit image : ©Hans Braxmeier

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