
Celui qui se rêvait cowboy n’a jamais perdu l’attrait des bonnes références, tout en tirant des remarques spirituelles plus vite que son ombre. Même s’il ne chaussera pas ses santiags rehaussant « son petit gabarit » comme le souligne Irina Kratz, lauréate du prix 2014, il promet de faire la loi en finale : « les autres devraient se méfier » d’après Pierre Chellet, président de Sciences Polémiques, après une prestation « extraordinaire en demi-finale ». Espérons que cet aventurier des temps modernes ne jouera pas la sécurité, comme le craignent certains, pour qu’il puisse déployer ce qu’Irina qualifie de « puissance impressionnante », prenant dans son lasso un public qu’il « arrive à faire pleurer de rire comme à émouvoir ».

Elle dit ne pas parvenir « à garder les pieds sur terre », préférant pour la deuxième année consécutive les poser sur l’esplanade de Boutmy. Grâce à une « maîtrise formelle parfaite » selon les dires de Pierre-Noël, ancien président de Sciences Polémique, elle a su gravir de nouveaux les échelons de la finale. Pierre voit surtout en elle « beaucoup d’intelligence et de sensibilité », la passionnée de poney shetland fera donc certainement galoper sa plume sur des « textes magnifiques », qu’Irina juge également dotés d’un « humour noir incroyable ». Lola n’est ainsi que contrastes : amoureuse de Patapouf et rêvant d’un cabinet d’arnaque, difficile de déceler sa réelle « sincérité », « muscler le fond de ses discours » apparaît donc comme un éventuel défi à relever selon Pierre-Noël.

Dès le départ, le mélange promettait d’être explosif : celle qui se décrit comme un « mix relativement acceptable de gènes bretons et algériens », « apporte une originalité et un ton frais différents des autres candidats » d’après Pierre-Noël. Salomé a donc beaucoup d’atouts à faire valoir, gageons qu’elle saura user de son « grain de folie » et de son « vrai caractère », tels que présentés par Irina, pour nous convaincre. Il s’agit en effet de prouver que malgré son statut de 1A, elle demeure une « redoutable » adversaire selon Pierre, qui « n’a pas peur de se mettre en danger ». Cependant, il lui sera nécessaire de canaliser cette énergie et l’émotion, parfois source de stress, allant de pair. Pour ce faire, une seule solution : « avoir confiance en elle ! ».

Bien qu’il déplore sa condition de « belge-marnais », il demeure « ce que l’éloquence rémoise nous fournit de mieux » selon Pierre. Vous serez certainement subjugué par son « charisme fou », d’ailleurs, ne gardez-vous pas en mémoire sa prestation sur Pierre François en demi-finale ? C’est dit, « il peut mettre Boutmy en feu » s’exclame le président, Irina misant également sur son « culot incroyable ». Attention toutefois à ne pas tomber dans la caricature pour celui qui compare son côté provincial à celui de Trump: il s’agit avant tout de « convaincre le jury qui n’a pas toujours les mêmes attentes que le public » comme le souligne Pierre-Noël. Un soupçon supplémentaire de finesse et de sincérité feront ainsi de lui un conquérant de la capitale.

Les campus sont définitivement partie intégrante de cette finale, comme en témoigne la présence du havrais, sélectionné sans hésitation pour son humour et ses traits d’esprits : « il sait faire rire de tout », tout en ayant « une grande profondeur » selon Irina. Sa botte secrète réside dans son calme face à la pression que peut exercer cette finale, puisqu’il n’hésite pas à « rentrer dans un vrai dialogue avec le jury, dans une attitude étonnamment sereine« . Maxime fait ainsi preuve d’une grande maîtrise du discours « sans être désarçonné par les questions » rajoute Pierre. Sera-t-il néanmoins capable de faire vibrer la salle ? Telle est la question du président, se demandant s’il est « susceptible d’amener le public avec lui ».

« A l’opposé du discours aseptisé », « ovni du concours », « politiquement incorrect » : les mots se bousculent dans la bouche d’Irina pour qualifier ce finaliste à la « plume exceptionnelle ». N’y voyez pas un côté exagérément tribun, puisqu’il a su conquérir le jury de la demi-finale avec une extinction de voix. Alors, comment saisir ce pictavien ayant grandi entre les livres et « les parcs à huîtres » ? Il faudrait déjà réussir à infiltrer Sciences Polémiques Poitiers, qualifié de « secte » par Pierre : quand « tout le campus est membre de l’asso », comment s’étonner qu’il ne recule devant rien ? Il a, en effet, « un côté totalement dérangé, ce garçon », qui l’enjoint à « pousser l’absurde à un point très intéressant » rajoute-t-il. Espérons qu’il sache développer encore plus ce « grain de folie » en finale, comme l’attend Pierre-Noël.
Ils étaient 268, à la fin, il n’en restera qu’un : les belles paroles demeureraient-elles des paroles en l’air, seules compteraient celles victorieuses ? Il faut gagner, c’est sûr, mais surtout le cœur des sciencespistes et de l’expérience. « La véritable victoire, c’est celle d’être arrivé en finale » déclare Pierre-Noël, où il faut savoir prendre du risque dans une situation déjà périlleuse. Autre fait d’arme, la collaboration des campus. C’est « une grande première », puisque la moitié des finalistes seulement viennent de Paris. Il faudra donc de démarquer, repousser les limites de l’éloquence, « oser toujours plus » comme le prône Irina, pour sortir glorieux de cette dernière « étape symbolique ».
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Les sélections de la sixième édition du Prix Philippe Séguin 2015 commencent aujourd’hui. Le match d’ouverture d’une compétition de trois semaines qui donnera à Irina Kratz un(e) successeur(e) parmi la crème de la crème de l’éloquence sciencepiste. Pour patienter, nous sommes allés rencontrer Bertrand Perier, avocat au barreau de Paris et personnalité incontournable du gratin de l’éloquence sciencepiste pour évoquer le grand orateur qu’était Philippe Séguin.
Lors du PPS 2011, Henri Guaino lui-même à la tribune reconnut que Philippe Séguin parlait d’une « voix sourde et monocorde ». Didier Migaud à la même tribune expliqua aussi que Séguin avait « voix sourde ». et qu’« il fallait souvent lui approcher le micro ». On peut donc être un grand orateur avec une voix sourde et sans savoir parler dans un micro ?
C’était d’abord un homme sincère, ce n’était pas un orateur d’estrade, de tribune. Lorsqu’il parlait, c’était une sorte de roulement de tambour permanent, il bougonnait en permanence, mais il y avait chez lui une sincérité du propos qui attirait inévitablement l’attention.
Et puis au delà de ça, il avait une plume, une langue très précise, très châtiée qui était au service d’un message très fort. Le souvenir le plus marquant, c’est évidemment la campagne sur le référendum du traité de Maastricht en 1992 où il faisait campagne pour le “non” et se retrouvait isolé. Philippe Séguin avait une vraie authenticité et c’est de là que vient sa force de conviction : il était très sincère dans son engagement.
Il faut parler d’une chose, c’est le débat de 1992 sur Maastricht. Séguin se fait manger. Mitterrand est cavadérique. Et Séguin n’ose pas attaquer parce que ce n’est pas un requin de la politique, la fin ne justifiait pas les moyens. Séguin a accepté de se faire manger parce qu’il a décidé de ne pas utiliser les moyens qui s’offraient à lui c’est à dire de profiter de la faiblesse physique de François Mitterrand.
Séguin était connu pour avoir une grande culture politique, historique et littéraire. Est-ce que ça compte pour être un grand orateur ?
Oui bien sur. Il n’y a pas d’orateur sans épaisseur culturelle, sans verticalité : nous sommes des nains sur des épaules de géants.

Ce n’est pas forcément le cas de Nicolas Sarkozy pourtant …
C’est vrai. Or Nicolas Sarkozy est un orateur exceptionnel. Je ne sais pas quel est le niveau de sa culture mais c’est un orateur d’une grande efficacité. Son meilleur discours, c’est celui de la Mutualité. Il y a chez lui une énergie exceptionnelle, une vista, c’est impressionnant.
Pour Philippe Ruitort, “les origines sociales et le milieu dans lequel a évolué Philippe Séguin dans son enfance étaient un atout pour pouvoir s’adresser à des publics assez composites. Autrement dit, pour ne pas tenir un « discours d’énarque »”. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
On ne peut pas comprendre la parole et la pensée de Séguin si on ne prend pas en compte deux éléments de son histoire personnelle que sont la Tunisie et la perte du père. Je crois que sans doute, les grands orateurs sont tous des orphelins : les orphelins sont surprésentés chez les grands orateurs, il doit forcément y avoir un lien ! C’est de la psychanalyse de bazar mais la perte précoce du père y est pour quelque chose.
Il faut regarder par exemple le discours bouleversant qui a été fait pour moi par Serge Moati dans l’amphi Boutmy lors du prix Philippe Séguin, c’était exceptionnel, c’est bouleversant d’émotion.
Henri Guaino avait affirmé en 2011 lors de la remise du PPS qu’ « on ne juge pas un discours aux applaudissements » asséna-t-il. Il ajouta que pour lui un discours est bon « s’il est écouté religieusement ». L’applaudimètre est trompeur au PPS ?
Evidemment ! L’applaudimètre peut récompenser d’autres qualités que celles qu’on attend véritablement d’un orateur. L’applaudimètre récompense le bon copain, celui qui aligne des calembours. L’orateur c’est celui qui impose le silence et l’écoute.
Les deux discours d’Alexis Goin et d’Irina Kratz (NDLR : les deux derniers gagnants) étaient pourtant très drôles …
Je me souviens très bien du discours d’Alexis Goin. Son discours avait les qualités d’Alexis : il est intelligent, drôle, facétieux, il a une forme d’autodérision. Mais très clairement, la vraie chose formidable dans la finale d’Alexis Goin, c’est la réponse qu’il fait à la question sur l’éloquence. Il y a une vraie profondeur du propos qui pour un garçon de 17 ans à l’époque impressionne.

A l’inverse, l’autre grand énarque du RPR des années 90, avec qui ne s’entendait d’ailleurs pas très bien Philippe Séguin, c’est Alain Juppé. Il vient à Sciences Po jeudi. A quoi faut-il s’attendre ?
Bonne nuit.
Aujourd’hui dans l’échiquier politique français qui arrive au niveau de Philippe Séguin ?
Personne. Personne parce que personne ne porte plus cette sincérité là, cette authenticité là, cette vérité du discours, cette élégance et puis il faut le dire, cette vision de la France. Séguin est quelqu’un qui a toujours mis son éloquence au service de la France et personne ne promeut plus cette vision là : il n’a pas d’hériter.
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