À l’attention des lycéens et des lycéennes
des territoires ultramarins
Chère Jeunesse ultramarine,
“Ô jeunesse, jeunesse ! Je t’en supplie, songe à la grande besogne qui t’attend. Tu es l’ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d’équité, posés par le siècle finissant.”
Ainsi s’exprimait Émile Zola dans sa lettre à la Jeunesse. Vieux de deux siècles, ces mots résonnent aujourd’hui pour toi, Jeunesse des Outre-mer.
Le départ vers l’ailleurs s’impose souvent à toi alors, tu dois partir tôt et loin de ta terre natale, t’éduquer et travailler. Tantôt mal orienté ou peu informé, le vœu d’intégrer une grande école peut être intimidant et exigeant comme une sorte de rêverie irréalisable.
Il est vrai que cela demande courage et volonté afin de défier le déterminisme social et géographique des populations de l’ultrapériphérie. Pourtant, c’est à cette force, à cette résilience que l’on te reconnaît, jeunesse des Outre-mer.
Nous t’écrivons pour te dire que tu n’es pas seule. Autour de toi, nombreux sont ceux qui sont disposés à t’aider et à t’accompagner dans ta quête du savoir. Diverses associations sont là pour t’accompagner tout au long de ta scolarité. Partir à l’étranger pour étudier ne signifie pas oublier tes origines. Sciences Ô est l’association des Outre-mer de Sciences Po. À ce titre, nous remplissons deux missions : celle d’accompagner les étudiants ultramarins et l’autre de promouvoir la culture des outre-mer au sein de Sciences Po. Depuis dix ans, nous proposons aux jeunes ultramarins désireux de rejoindre Sciences Po une préparation personnalisée. Au travers de nos correspondances avec les lycées et les enseignants des lycées conventionnés, nous travaillons afin d’aider un plus grand nombre de jeunes.
La rentrée 2020 marque un pas de plus vers l’ouverture et la démocratisation de Sciences Po. En effet, à partir de cette année, les candidatures à Sciences Po se feront par la plateforme nationale Parcoursup. Cette disposition permettra à un plus grand nombre de lycéens de candidater. Désormais, le format de l’admission se réalisera en deux temps; premièrement, les lycéens candidats sélectionnent Sciences Po parmi leurs vœux. Sciences Po prendra en compte les résultats en continu de la seconde à la terminale ainsi que les résultats des épreuves écrites du baccalauréat. Outre la performance académique, le profil du candidat, sa motivation et son projet professionnel seront examinés dans le dossier de candidature. Après une première phase d’admissibilité, les candidats auront à passer un entretien oral avec des représentants de Sciences Po. Cette réforme est une nouvelle chance pour les lycéens ultramarins. Jusque là, Sciences Po comptait dans le cadre de la convention d’éducation prioritaire (CEP) 106 lycées dont 19 des Outre-Mer, Guadeloupe, Guyane, Martinique et Nouvelle-Calédonie confondus. Si cette ouverture sociale est possible par le renforcement du dispositif CEP, cela résulte aussi de l’engagement de Sciences Po à recruter à minima 30% de boursiers chaque année.
Cette réforme et le contexte unique dans lequel elle s’articule nous demande, associations, lycées partenaires et équipes pédagogiques, de renforcer notre collaboration. C’est ainsi qu’il nous sera possible d’informer et de mobiliser les jeunes sur ces nouvelles perspectives d’excellences. Ensemble, donnons-leur l’ambition de s’ouvrir un nouveau champ des possibles.
Ainsi, Jeunesse, tu te rendras compte des opportunités qui s’offrent à toi et tu deviendras l’ambassadeur de ton territoire. Face au retard de développement de nos territoires, aux inégalités sociales de plus en plus croissantes et la fuite des cerveaux devenue systématique, Jeunesse, réveille-toi.
Nul ne saura mieux que toi ce que signifie vivre en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à la Réunion, à Saint-Martin, à Saint-Pierre-et-Miquelon ou encore à Wallis et Futuna.
Nul ne pourra mieux que toi identifier les enjeux de ton territoire et y apporter des solutions, tes solutions. Que ce soit au pays ou à l’international, nul ne pourra mieux que toi, faire rayonner les territoires ultramarins.
Alors ose ! Ose l’excellence car ton potentiel est si grand. Crois en toi, bats-toi, élève-toi. Ainsi, tu montreras au monde ce que tu as de meilleur à offrir et tu offriras à ton territoire un avenir meilleur. Crois en toi car toi aussi tu es doté des aptitudes nécessaires pour bâtir des choses exceptionnelles. C’est à toi de faire entendre ta voix et de sublimer le monde.
Pôle accueil de Sciences Ô
Lettre à retrouver sur le site de Sciences Ô.
]]>Pour les étudiants ultramarins, l’arrivée de l’hiver peut être synonyme « d’angoisse, de solitude et parfois de tristesse, […] parce que l’ampleur du changement est immense. » C’est ce que nous confie Rébecca, étudiante originaire de Martinique ; pour elle, l’éloignement, le froid, la frénésie de la vie étudiante sont autant de facteurs qui influent sur le moral des étudiants originaires d’outre-mer : « Regardons la vérité en face : ce que nous étudiants ultramarins subissons – en nous éloignant de nos racines, de notre famille, de nos habitudes, en découvrant tout à la fois l’hiver, les cinquante nuances de nouilles instantanées et le soleil qui ne semble jamais se lever – est un déracinement des plus brutaux qui soient. » Ainsi, devant tant de nouveautés à appréhender et à apprivoiser, le doute s’installe : on sort alors du cadre des préoccupations « techniques » (comment s’habiller ? comment se prémunir contre les maladies ?) pour en venir à questionner sa place dans cette nouvelle vie et sa capacité à s’y adapter. Sur ce point, Rébecca tient à rassurer : « il faut toujours garder à l’esprit que ces états d’âmes sont tout à fait normaux et ne préjugent en rien d’un échec individuel, encore moins d’une place illégitimement acquise que manifeste souvent le « syndrome de l’imposteur ». »
Cependant, parfois, le premier hiver n’est pas seulement porteur d’une déprime passagère mais bien d’une dépression. La nuance est à connaître : se sentir déprimé correspond à un état passager que chacun est susceptible de connaître à plusieurs moments de sa vie. En revanche, la dépression est une maladie qui se caractérise par des symptômes durables qui altèrent sensiblement et sur le long terme la vie de l’individu. Il est donc important et nécessaire de savoir différencier déprime et dépression, pour ne pas surestimer ni sous-estimer ses symptômes. À ce sujet, Chloé, étudiante d’origine guadeloupéenne, se souvient : « ça a été compliqué dès le départ. Parce qu’il y a la tentation de se dire que ça va passer, que c’est juste un coup de mou, un coup de blues. Après on se rend compte qu’on dort plus que d’habitude, qu’on n’a envie de rien, que c’est de plus en plus difficile de juste faire les choses basiques du quotidien : le ménage, les courses, les cours, même l’hygiène au jour le jour ; tout est une épreuve. Au début, j’ai pris des vitamines, pour moi c’était une baisse d’énergie banale. Ça n’a pas marché. J’ai changé mon alimentation, je me suis forcée à sortir, à voir du monde. A la fin j’annulais toujours tout pour rentrer chez moi et manger un menu happy meal. C’est en rentrant pour le break d’hiver que j’ai pu aller mieux. »
Rébecca et Chloé s’accordent donc toutes les deux pour dire que le premier hiver est une épreuve. Mais cette saison peut aussi constituer une période difficile pour les habitués du 0°C. En effet, la baisse de luminosité pendant l’hiver pourrait être à l’origine d’un trouble affectif saisonnier (ou TAS), c’est-à-dire un épisode dépressif qui surviendrait spécifiquement pendant cette saison. Une moindre exposition à la lumière entraînerait une perturbation de notre horloge biologique, ce qui jouerait un rôle dans l’apparition du TAS. Si ce trouble demeure rare au sein de la population, il est plus fréquent chez les personnes ayant quitté une région ensoleillée pour un climat plus froid.[1] La caractéristique première qui permet de soupçonner un TAS est son expression cyclique : « L’année suivante c’est revenu, je redoublais ma première année, c’était un cauchemar. C’est là que j’ai consulté, que j’ai demandé de l’aide. Reconnaitre le caractère sérieux et répétitif m’a beaucoup aidée », nous dit Chloé.
Une fois ce constat posé, une question demeure : comment prendre soin de sa santé mentale pour son premier hiver mais aussi les suivants ? Pour Chloé, mieux appréhender cette période passe d’abord par « une routine plus saine que d’habitude : légumes, repas chauds toujours, la diminution de la consommation de tabac (qui agit négativement sur le cerveau). » Il est également important de savoir reconnaître ses symptômes pour adopter le comportement que l’on estime être le plus bénéfique : « j’ai appris à prendre du recul aussi. Quand je sens que la dépression pointe le bout de son nez, j’évite le stress et les conflits pour me concentrer juste sur moi, je passe en mode automatique, jusqu’à ce que ça aille mieux. »
Pour les étudiants ultramarins, Rébecca tient à rappeler que ce changement drastique de vie est « aussi une chance. Une chance, car relever ces épreuves nous permet de mûrir plus vite que nos amis qui rentrent chez eux tous les soirs ou tous les weekends. Une chance, parce qu’on apprend ainsi à mieux se connaître : nos forces, nos faiblesses, nos limites. Une chance, qui deviendra fierté avec le recul, devant le chemin accompli et les obstacles déjoués. » Ensuite, elle insiste sur l’importance de parler des difficultés que l’on rencontre : « il ne faut pas hésiter à se tourner vers les autres qui ont partagé des expériences similaires. On s’est tous demandés à quelle fréquence changer nos draps, comment se couvrir quand le thermomètre chute en-deçà des 20 degrés, si une carence en vitamine D peut être dangereuse, pourquoi les « colipays » concoctés par notre famille mettent toujours tant de temps à arriver et pourquoi les billets d’avion sont désespérément si chers. Partager ses doutes et ses difficultés est fondamental parce que cela permet de réaliser que l’on n’est ni les seuls ni les premiers à vivre ces temps douloureux et que d’autres, comme nous bientôt, ont réussi à les surmonter. Notre différence est une force et, avec le soutien de nos pairs, il s’agit de montrer que l’on a chacun et chacune tant à apporter. N’hésitez pas à solliciter les « aînés » ! » Mais alors, où trouver ceux qui sont passés par là avant nous ? À Sciences Po, l’association Sciences Ô est un espace de promotion des cultures ultramarines au sein duquel se retrouve de nombreux étudiants aux parcours divers avec qui il est possible d’échanger et de confronter les expériences.
Enfin, parce qu’il est important de demander de l’aide lorsque l’on en ressent le besoin, nous vous proposons une sélection de structures gratuites d’accueil et d’aide psychologique pour les étudiants :
La Péniche revient bientôt avec un dernier article sur le
thème de l’hiver ! En attendant, pour continuer à vous informer sur la
santé mentale, n’hésitez pas un jeter un
œil du côté de l’Inno, une
initiative étudiante qui vise à sensibiliser à ces problématiques.
[1] http://santecheznous.com/condition/getcondition/Trouble-affectif-saisonnier
]]>La semaine des Outre-mers, qui se déroula du 12 au 16 février, était placée cette année sous le signe de l’ubiquité ! L’association avait notamment pris ses quartiers au 13, rue de l’Université. Y était organisées des expositions artisanales présentées par l’association UDJAMA et l’association Nous Vous iles mais aussi des expositions photographiques, à l’image de celle de Stéphane Dugast. Le photographe était venu présenter des clichés représentant les TAAF ( Terres Australes et Antarctiques Françaises ). On pouvait y admirer l’Antarctique et Clipperton. Mais ce n’était pas du tout : durant la semaine, des projections et conférences se sont déroulées aux quatre coins de l’école !
« Si les Outre-Mer ont leurs individualités, ils ont tout autant de choses à offrir et de potentiel à exploiter. » Ramachandra Ovide Siou, vice-président de l’association Sciences Ô
En définitive, il s’agit d’une édition se voulant davantage qu’une simple manifestation de vie associative, selon les termes de son Vice-Président, Ramachandra Ovide Siou, étudiant de l’université de Paris-Dauphine. « Au-delà de la participation à la vie associative bouillonnante de l’établissement, elle se veut force de réflexion sur des sujets qui devraient intéresser tous les futurs décideurs à Sciences Po spécifiquement mais aussi au-delà, car si les Outre-Mer ont leurs individualités, ils ont tout autant de choses à offrir et de potentiel à exploiter » a déclaré le responsable associatif à La Péniche.
Cette année, la Saint-Valentin s’est retrouvée pour la première fois sur la route de l’association, qui n’a pas hésiter à faire profiter les étudiants de Sciences Po d’une touche d’Outre-mer ! Vous avez probablement croisé ces fleurs majestueuses au détour d’un amphi ou en péniche ; il s’agissait des fameuses Arthuriums vendues par Sciences Ô ! Plus résistantes que les roses, mais aussi plus imposantes, les arthuriums sont des dames extrêmement rares que vous avez peut-être pu offrir à vos dulcinées à la faveur d’un coup de chance. En effet, cette jolie fleur ne pousse habituellement que dans les Tropiques.
Enfin, en ce fameux 14 février, vous aviez aussi la possibilité d’aller gratuitement voir une projection de « Soul rebels : l’histoire inédite du Ragga Dancehall » de Stéphane Delphin ou encore de « Aimé Césaire : une voix pour l’histoire » d’Euzhan Palcy. Deux projections qui ont été suivies de débats sur les principaux sujets abordés par les scenarii (un scénario, des scenarii- après chacun son français). Si vous avez manqués les projections, pas de panique : il est possible de retrouver lesdits films sur Internet !
C’est donc avec regret que nous avons vu venir la fin de la semaine, une peine vite consolée par les petits fours du cocktail de clôture, amuse-bouche engloutis en prêtant une oreille attentive au député de la Polynésie, parrain de cette édition: Moetaï Brotherson !
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