Octave Nitkowski – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Thu, 23 Jan 2020 17:17:57 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Octave Nitkowski – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Un an après la victoire du FN, en immersion à Hénin-Beaumont avec Octave Nitkowski https://www.lapeniche.net/hb/ https://www.lapeniche.net/hb/#comments Wed, 06 May 2015 21:25:18 +0000 http://lapeniche.net/?p=28281 Octave Nitkowski devant la mairie d’Hénin-Beaumont.
Octave Nitkowski devant la mairie d’Hénin-Beaumont.

“Hénin-Beaumont FN” : dans les suggestions Google, cette ville de 26 000 habitants située dans le Pas-de-Calais, entre Douai et Lens, est presque immédiatement associée au parti de Marine Le Pen.

Il faut dire que ce bastion de gauche historique est devenu en quelques années l’emblème de l’implantation locale du Front national. En 2007, Marine Le Pen en fait son fief. En 2009, à l’occasion d’une élection municipale partielle, la liste FN de Steeve Briois, le leader local, obtient 47,6% des voix. En juin 2012, la ville est le terrain d’une “guerre des Fronts” qui voit s’affronter deux ex-candidats à la présidentielle : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais aucun n’en ressort victorieux : M. Mélenchon est battu au premier tour, et au second tour Mme Le Pen voit son siège à l’Assemblée nationale lui échapper à 118 voix près, face au candidat socialiste.

Si la défaite a un goût amer pour le Front national, les municipales de 2014 à Hénin-Beaumont lui offrent une nette revanche : avec 50,25% des voix, le candidat Steeve Briois est élu dès le premier tour. Une première dans l’histoire du Front national.

A l’instar des journalistes qui se pressent dans le Nord pour disséquer “la question FN“, nous avons pris l’autoroute le 13 mars dernier jusqu’à Hénin-Beaumont. Notre camarade sciencepiste Octave Nitkowski, qui partage son temps entre Sciences Po et La Sorbonne où il étudie l’Histoire, y est né et y retourne tous les week-end.

Dans son Hénin natal, la parole du sciencepiste a du crédit : la dernière fois que nous l’avions rencontré, deux mois avant les municipales, en janvier 2014, un sondage venait de sortir et annonçait le défaite de Steeve Briois. Octave, lui, assurait que le sondage était peu crédible et que non seulement Briois l’emporterait, mais qu’il l’emporterait dès le premier tour. Une analyse confirmée par les résultats. Auteur d’un essai sur la montée du FN dans sa ville, La France perd le Nord, il nous a accompagnés pendant ces deux journées, en immersion dans le bassin minier.

Place du centre-ville d'Hénin-Beaumont.
Place du centre-ville d’Hénin-Beaumont.

Un FN conquérant sur fond de crise économique et sociale

“La souffrance qu’il y a ici… Je ne m’attendais pas à ça. Pourtant, en banlieue on en voit des choses… c’est là que j’ai milité pendant des années… Mais ici les gens, qu’est-ce qu’ils morflent.” Jean-Luc Mélenchon l’admettait lui-même à des journalistes, pendant la campagne des législatives de 2012 : les habitants d’Hénin-Beaumont sont confrontés à des difficultés d’une grande ampleur.

Car le basculement politique d’Hénin-Beaumont est avant tout la conséquence de la profonde crise économique et sociale qui touche l’agglomération. Dans cette commune, au cœur de ce que l’on nomme le “bassin minier”, la gauche gouvernait depuis la Libération. Berceau historique du socialisme, bastion du mouvement ouvrier, la ville a même vu naître à sa frontière Maurice Thorez, secrétaire général du parti communiste de 1930 à 1964.

Mais la fin des Trente Glorieuses, dans les années 1970, a été particulièrement brutale : les industries minières, sidérurgiques et textiles ont fermé. Le chômage a augmenté, jusqu’à atteindre aujourd’hui 35% pour les jeunes du Nord-Pas-de-Calais. ”Ici il n’y a plus rien, tout ferme, il n’y a que des pizzerias. C’était une ville qui était bien florissante avant, mais c’est terminé depuis que les mines ont fermé”, abonde dans ce sens une personne âgée qui vit depuis quarante ans dans le centre-ville. “Maintenant, même les petits commerçants ferment, à cause de l’installation d’Auchan dans la zone industrielle.”

"eux très belles photos d’Hénin-Beaumont qui permettent de prendre conscience du riche passé de la ville avec de nombreux terrils aujourd’hui disparus" note Octave Nitkowski.
« Une ancienne photo d’Hénin-Beaumont qui permet de prendre conscience du riche passé de la ville avec de nombreux terrils aujourd’hui disparus » note Octave Nitkowski.

A Hénin-Beaumont, cette crise économique et sociale s’est doublée d’une crise politique et d’affaires de corruption. En 2008, le maire Gérard Dalongeville a été mis en examen pour détournement de fonds, faux et usage de faux et favoritisme, avant d’être condamné en 2013 à quatre ans de prison, dont trois ferme, et à 50 000 euros d’amende pour détournements de fonds publics.

Pendant ce temps, le Front national tractait sur le marché, en la personne de Steeve Briois. Lui-même fils d’ouvrier et petit-fils de mineurs, il a adhéré au FN en 1988 et s’est présenté à chaque élection depuis 1995. L’implantation du Front à Hénin, c’est lui. En 2007, il est rejoint par Marine Le Pen, nourrie de l’ambition de faire de la ville un laboratoire politique et la vitrine du frontisme municipal.

Si la plupart des habitants d’Hénin-Beaumont n’auraient probablement jamais épousé les thèses libérales du “Reagan français” Jean-Marie Le Pen dans les années 80, ils sont en revanche sensibles aux thèmes sociaux développés par Marine Le Pen, qui défend la retraite à 60 ans, l’augmentation des bas salaires, les nationalisations stratégiques et la préférence nationale avec le slogan “les nôtres avant les autres.“ Huit ans après ce parachutage, l’objectif est atteint : les héninois ont investi Steeve Briois à la mairie, ils ont voté à 55% pour la liste de Marine Le Pen aux élections européennes et ont élu quatre conseillers départementaux FN en mars 2015.

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Christopher Szczurek dans l’hôtel de ville d’Hénin : il est 4ème adjoint au maire, délégué à la vie culturelle, associative et citoyenne ; à la démocratie directe ; aux relations internationales et jumelages

 Szczurek, le fils d’ouvrier devenu adjoint au maire frontiste

Parmi eux, Christopher Szczurek, 29 ans, élu un an plus tôt 4ème adjoint au maire, délégué “à la vie culturelle, associative et citoyenne ; à la démocratie directe ; aux relations internationales et jumelages.” Il nous a reçu à l’hôtel de ville, dont le balcon extérieur est soutenu par quatre statues de mineurs. Un rappel du passé de la ville et de ses habitants.

Christopher Szczurek est lui-même issu d’une famille ouvrière. “Ma famille a vécu à Darcy, ancienne cité de mineurs devenue quartier d’Hénin-Beaumont. Mon père était ouvrier et ma mère femme au foyer. Ils pouvaient autant voter Laguiller que Le Pen.” Le jeune adjoint n’a rien d’un lepéniste de la première heure : en 2002, il est dans la rue pour manifester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Deux ans plus tard, aux élections régionales, il soutient la liste UDF de Valérie Létard.

Le balcon extérieur de l'hôtel de ville est soutenu par quatre statues de mineurs. Un rappel du passé de la ville et de ses habitants
Le balcon extérieur de l’hôtel de ville est soutenu par quatre statues de mineurs. Un rappel du passé de la ville et de ses habitants

“Mon basculement politique a eu lieu en 2005 : j’ai été stupéfait du traitement partisan par les médias du référendum sur la Constitution européenne. Il y avait une sorte de mépris pour ceux qui étaient contre, une sorte de mépris de classe“ indique-t-il. “Puis, en 2007, j’ai été sensible au discours de Valmy de Jean-Marie Le Pen : il y parlait de l’assimilation et de la République. En tant qu’immigré polonais, ça m’a beaucoup parlé.“

C’est justement en 2007 que tout change : alors étudiant en droit et japonais à l’Université de Lille, il envoie un mail à Steeve Briois pour rejoindre les rangs frontistes. En moins de 24 heures, l’actuel maire lui répond. “La rapidité de la réponse m’a vraiment surpris : le monde politique me paraissait beaucoup plus lointain que ça.“

A l’époque, le FN est dans le creux de la vague. C’est l’époque de la déroute aux législatives de 2007, suivie par la mise en vente du siège, les procès avec l’imprimeur Rachinel, le départ de certains cadres comme Carl Lang. Nicolas Sarkozy se targue d’en avoir « terminé » avec le FN. Cet affaiblissement du parti permet à Christopher Szczurek d’émerger rapidement : il fait campagne dès les municipales de 2008.

Depuis, l’ascension électorale du parti lui a permis de travailler au siège du FN à partir d’août 2011, de devenir adjoint au maire d’Hénin-Beaumont en mars 2014 et d’intégrer le comité central du parti en novembre 2014. Le 1er mai 2015, place de l’Opéra à Paris, il est sur la tribune pendant le discours de Marine Le Pen, avec la soixantaine d’autres nouveaux conseillers départementaux. A Hénin-Beaumont, on dit qu’il est le dauphin officieux, l’héritier naturel de Steeve Briois, le potentiel futur maire.

Steeve Briois, le maire d’Hénin-Beaumont et son adjoint Christopher Szczurek. Crédits : Steeve Briois

 “Les gens se sentent écoutés”

Bien que le recul manque, seulement un an après l’accession du FN à la mairie d’Hénin-Beaumont, la question d’un premier bilan est inévitable. Sur le marché, elle fait réagir. ”Ils ont une politique qui répond aux demandes immédiates des administrés. Ils s’occupent des problèmes concrets, ils réparent les nids-de-poule, ils vont au devant des attentes des héninois” nous confie un ancien colistier de la liste d’union de la gauche d’Eugène Binaisse, le précédent maire. Dans la bouche d’un opposant, le bilan est flatteur.

Une professeure d’arts plastiques à la retraite partage ce constat : “quand je vais chez le coiffeur, les gens sont ravis, ils disent qu’on a jamais été aussi bien à Hénin-Beaumont. Ils se sentent écoutés, les courriers reçoivent des réponses alors qu’avant il y avait beaucoup moins de suivi des administrés.“ Pour elle, le succès de FN repose surtout sur cette présence auprès des habitants : “ils ont repris à leur compte ce que faisaient les communistes : ils ont quadrillé le quartier, Briois est sur le terrain depuis 25 ans, il connaît sa ville et les gens, il fait danser les mamies et ça leur plaît tout à fait.“

Octave Nitkowski, l’enfant du bassin minier, insiste sur cette bienveillance et cette considération du FN local à l’endroit des habitants : “les gens ont surtout besoin d’être écoutés et Steeve Briois a le langage des gens d’ici. Pendant que l’ancien maire achetait ses huîtres sur le marché, Briois s’adressait à tout le monde. Il y arrive, il a un truc, il a la “tchatche” avec les gens du coin.” Et dans cette “France des oubliés” qu’aspire à représenter Marine Le Pen, le FN est vu par certains habitants comme une deuxième famille : “Marine Le Pen sait que faire de la politique, c’est avant tout créer un rapport humain et le développer sans relâche. Ici, le frontisme est un humanisme.”

Au-delà de l’écoute des habitants, Mathieu, un jeune héninois, cite la baisse de 10% de la taxe d’habitation depuis l’arrivée du nouveau maire. Une baisse supplémentaire de 5% est prévue pour l’année 2015. Alain, un habitant de 66 ans interrogé dans l’édition du 23 mars de La Croix, considère qu’”Il y a déjà du changement. La ville est devenue d’un seul coup plus propre, il y a plus de présence policière. Il faut attendre de voir sur le long terme mais je trouve qu’on va dans le bon sens.” Selon un sondage Ifop publié le 12 mars, 73% des habitants des communes administrées par le FN se disent « satisfaits » de leur maire.

Facile dès lors pour Christopher Szczurek de défendre son bilan. “Les gens voient leurs élus maintenant. Par exemple, nous sommes allés voir dès notre élection le club d’entrepreneurs qui n’avait pas vu d’élus depuis des années.” Il se félicite également d’”une gestion de bon père de famille : on a fait des économies là où il fallait en faire, en ne remplaçant pas les départs à la retraite et en renégociant des marchés. Et honnêtement, ça s’est mieux passé qu’on ne l’aurait cru. Nos élus étaient matures et préparés.”

Une opposition en difficulté

Ce qui peut surprendre, c’est moins l’autosatisfaction de l’équipe municipale que la difficulté de l’opposition à attaquer l’équipe en place sur les dossiers municipaux : “ils sont désarmés“ constate Octave Nitkowski. Sur le marché, un conseiller municipal d’opposition peine à citer une mesure contestable de la nouvelle majorité, tout en affirmant qu’il faut “être sur nos gardes et résister face au vrai visage du FN.“

A défaut de porter sur la politique menée elle-même, il semble en fait que les critiques concernent davantage la manière dont est menée cette politique : l’opposant dénonce une politique de l’instantané, du coup-par-coup, reprise par une communication active. “Il suffit de voir le journal local. Ils disent rue par rue ce qu’ils font : réparer un nid-de-poule, remplacer une bouche d’égout, voilà leur travail pour l’instant.“ La nouvelle majorité a en effet créé un magazine municipal mensuel, rénové le site internet de la ville et apporte un soin particulier aux affiches promotionnelles des événements de la ville.

Steeve Briois en une du magazine municipal.
Steeve Briois en une du magazine municipal.

Mais cette communication est considérée par l’opposition comme de la « poudre aux yeux » qui masque l’absence de réel changement : “Pendant que le Maire communique, critique, se plaint, cumule les indemnités, la situation des habitants d’Hénin-Beaumont, elle, ne change pas, qu’il s’agisse de l’emploi, de la sécurité, du logement ou de la santé.“

Dans le journal municipal d’avril 2015, l’opposition estime également que les mesures prises jusqu’à présent ont en réalité été permises par le travail de l’équipe précédente : « les investissements étaient pour la plupart programmés avant son arrivée (…) Si (le maire) a pu continuer de baisser les impôts (après une première baisse en 2013) et financer sa communication princière, c’est parce que l’état des finances de la ville le permettait. »

La difficulté des autres partis à faire face à la nouvelle majorité s’explique aussi par l’état des forces d’opposition. A l’issue des élections, l’opposition disposait de sept sièges sur 35 au conseil municipal, et n’en possède plus que six. Unique élu de sa liste divers gauche, l’ancien maire PS Gérard Dalongeville a en effet démissionné en novembre 2014 et laissé son siège à un de ses colistiers. Mais celui-ci a rejoint deux semaines plus tard la majorité municipale, en déclarant à Libération : “J’ai découvert que le FN gérait bien la ville. Sans parler politique, ils ont de bonnes idées.“

Marine Tondelier, une des figures de l'opposition locale.
Marine Tondelier, une des figures de l’opposition locale.

Sur le terrain, l’opposition locale est surtout incarnée par Marine Tondelier, d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Le samedi matin, elle tractait sur le marché. Conseillère municipale d’Hénin-Beaumont et assistante parlementaire du groupe EELV au Sénat, elle a grandi à Hénin-Beaumont et se présente à toutes les élections depuis les législatives de 2012.

Elle tient un blog qu’elle actualise régulièrement pour rendre compte des conseils municipaux ou réagir à la politique de Steeve Briois. Au 1er tour des départementales, elle a obtenu 13% des voix dans la ville (6,5% dans l’ensemble du canton Hénin-Beaumont 1, qui comprend d’autres communes), en s’alliant avec le Parti de Gauche.

De son côté, le Parti socialiste semble absent de la scène politique héninoise : selon Octave, “le responsable PS de la ville est inexistant et vient de Carvin, à dix kilomètres.” Sur le marché, ce sont des militants PS venus des villes alentours qui nous ont distribué des tracts. Quant à l’UMP, elle est quasiment inexistante et a obtenu 3,88% des voix au 1er tour des municipales.

Quel est l’avenir de l’opposition à Hénin-Beaumont ? Surplombant la ville au sommet d’un terril, Octave nous explique qu’il est déjà trop tard : “le moyen de survivre pour les autres partis, cela aurait été de se réveiller juste après la victoire du FN. Le PS aurait dû faire d’Hénin un symbole de la reconquête. Ce n’est pas arrivé. Du coup, pour les municipales de 2020, c’est mal parti. Il n’y a pas de vision, pas de cohérence du côté de l’opposition… Ils ne savent pas faire autre chose que de crier au loup fasciste, et puis Briois ne leur donne aucune arme. Un comité de vigilance s’est créé pour guetter les erreurs et faux pas de Briois, mais ce n’est pas une démarche d’opposition positive. C’est de l’opposition stérile et revancharde, ils ne pourront pas gagner avec ça.”

Octave Nitkowski
Octave Nitkowski au sommet d’un terril dominant le bassin minier.

 Les relations houleuses avec la presse et la polémique du “mur”

Depuis un an, l’opposition cible régulièrement les rapports pour le moins houleux entretenus par l’équipe municipale avec La Voix du Nord, le titre de presse quotidienne régionale.

Accusés d’avoir fait le jeu du Front national avant les municipales en raison de leur couverture de l’affaire Dalongeville, des journalistes de La Voix du Nord se disent depuis “victimes d’attaques virulentes sur les réseaux sociaux et dans la ville”.

Il est vrai que lorsqu’il s’agit de La Voix du Nord, Steeve Briois ne pèse pas ses mots. En février 2015, dans un communiqué sur son blog, il dénonçait ainsi “la méthode, inédite jusqu’alors, consistant à susciter le mécontentement au sein de manifestations ou de décisions prises par l’équipe municipale. Cette technique, que La Voix du Nord n’applique à aucune autre commune, va jusqu’à manipuler et tronquer les propos des habitants.“

En mars dernier, le journal municipal de la ville Hénin Beaumont, c’est vous ! a même consacré un encadré entier à “la désinformation” pratiquée par le journal local.

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Capture d’écran du compte Twitter du maire Steeve Briois.

“Dès qu’un article déplaît, des affiches sont placardées sur les fenêtres” nous confie une salariée du quotidien dans un café héninois. “C’est très différent de la gestion de l’ex-maire Binaisse, qui était plus ouvert à la discussion lorsqu’un article ne lui plaisait pas. Il nous appelait mais ne nous menaçait jamais.“

L’objet de la discorde ? Le traitement par le journal de la mise en place d’un mur de gabions dans un lotissement touché par des cambriolages. Ce mur visait à couper une route et à empêcher les véhicules des cambrioleurs de rejoindre rapidement l’autoroute.

Selon la municipalité, La Voix du Nord a “monté en épingle les protestations de deux habitants sur près de 200 satisfaits afin de souligner la division sur cet aménagement.“ Cet article a ensuite été repris par la presse nationale et même internationale.

Un habitant du lotissement explique : “Ce sont les gens mal intentionnés qui créent la polémique parce que le maire est étiqueté FN. Ce mur, c’était une demande des habitants en raison des nuisances et des cambriolages : un voisin s’est fait cambrioler trois fois en une semaine. 169 personnes ont fait la demande d’installer le mur, un seul s’est opposé. Le maire n’a fait qu’appliquer la demande. Depuis, il n’y a pas eu de cambriolages.”

Le "mur" de la discorde à Hénin-Beaumont.
Le « mur » de la discorde à Hénin-Beaumont.

Après avoir déploré une “solution simpliste et ridicule pour lutter contre les cambriolages“, “facteur de division“, l’opposante Marine Tondelier a affirmé avoir “entendu“ et “compris les arguments (des riverains).“ Selon elle, ce retentissement est lié à la médiatisation de la ville depuis l’arrivée du FN à la mairie : “La Voix du Nord n’est pas responsable du fait que depuis que le FN en a fait sa vitrine, et encore plus depuis que notre maire a été « élu local de l’année », les projecteurs soient braqués sur notre ville.“

Une volonté affichée de redynamiser la vie culturelle locale

Au-delà des questions de sécurité, la nouvelle mairie affiche ses ambitions en matière de politique culturelle. Hénin-Beaumont dispose d’une salle de théâtre, L’Escapade, mais le cinéma a fermé en 2009. Il faisait partie de l’Espace Lumière où étaient aussi organisées des expositions.

Une ex-conseillère municipale de gauche rencontrée sur le marché en faisait partie. Elle se souvient : “Ça marchait super bien, on faisait plein de soirées ; on était une centaine, ça vivait, c’était souple. On voulait faire quelque chose de culturel à la portée des gens : expos, films d’art et d’essai…” Désormais, les habitants doivent prendre la voiture pour se rendre dans le multiplex de la zone industrielle. Alors pourquoi ne pas rouvrir cet espace culturel bénévolement ? “Parce que je ne veux rien avoir à faire avec le FN, parce que c’est municipal, je veux être libre, je n’ai pas envie d’être tenue.”

C’est pourtant cette liberté de ton que revendique désormais Christopher Szczurek, l’adjoint au maire chargé de la culture : “Nous sommes parvenus à établir un lien de confiance avec les acteurs de la vie culturelle. Celle-ci était dans un état catastrophique et était utilisée de manière partisane. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.”

"Nous sommes parvenus à établir un lien de confiance avec les acteurs de la vie culturelle. Celle-ci était dans un état catastrophique et était utilisée de manière partisane. Ce n’est plus le cas aujourd’hui" note Christopher-Szczurek.
« Nous sommes parvenus à établir un lien de confiance avec les acteurs de la vie culturelle. Celle-ci était dans un état catastrophique et était utilisée de manière partisane. Ce n’est plus le cas aujourd’hui » note Christopher-Szczurek.

Il revendique la pérennisation des subventions du théâtre, et exprime son intention de rouvrir le cinéma : “on est en train de voir. Il n’a pas été entretenu depuis cinq ans, donc une mise aux normes de deux millions d’euros s’impose. Il y aurait une salle d’art et d’essai, une salle de films tous publics, comme auparavant, mais nous ferions peut-être une salle pour le fonds d’art contemporain. On a fait l’audit du patrimoine artistique de la ville et on a découvert des choses incroyables : des litographies de Ladislas Kijno, un tableau de Paul Jouve qui vaut entre 40 000 et 50 000 euros…”

Lorsqu’on lui fait remarquer que certains élus du FN sont hostiles aux subventions versées à l’art contemporain, Christopher Szczurek répond qu’”il ne faut pas tomber dans une vision réductrice de l’art contemporain. Il y a tout un système spéculatif et de copinage qui existe, c’est une évidence, mais il existe de très bonnes choses. Il ne faut pas faire de généralités.”

Le deuxième dossier culturel que doit gérer la municipalité est la rénovation de l’église de la ville. Celle-ci surprend dès l’arrivée au centre-ville, par sa taille et son architecture néo-byzantine. Mais le visiteur qui souhaite y pénétrer trouve la porte close : l’église est en rénovation. La nouvelle mairie compte poursuivre les travaux : “Deux tranches de travaux ont été mises en œuvre, la troisième puis la quatrième tranche seront bientôt engagées. On peut espérer une réouverture pour 2018. Il ne faut pas la voir seulement comme un objet cultuel : c’est un monument historique et on pourra y organiser des concerts”, souligne l’adjoint à la culture.

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L’Église Saint-Martin à Hénin-Beaumont, actuellement fermée pour cause d’importants travaux.

Une gestion municipale désidéologisée

Finalement, à Hénin-Beaumont, la vie politique semble être devenue un long fleuve tranquille : la mairie FN se sait observée plus que n’importe quelle autre commune en France et n’ayant pas le droit à l’erreur, elle veille à mener une politique particulièrement pragmatique.

Octave Nitkowski nous explique que la politique de Steeve Briois est même à certains égards une “politique de l’apaisement.“ Vis-à-vis de la communauté musulmane notamment, le nouveau maire semble ménager les susceptibilités : “Steeve Briois poursuit sans relâche cette stratégie d’ouverture permanente à la population musulmane. Hénin-Beaumont, contrairement à d’autres communes frontistes, n’a pas vu éclater de polémique à propos du porc ou des « doubles-menus » dans les cantines scolaires” expliquait-il ainsi dans une tribune pour le Huffington Post.

Apaisement, politique pragmatique, gestion de bon père de famille, volonté de désidéologiser la gestion des dossiers municipaux… Le maire d’Hénin-Beaumont mène finalement une politique d’élu de terrain divers droite assez commune, avec un bilan positif selon les habitants, loin du statut exceptionnel et hors du commun que les médias ont accordé à la ville. Les médias qui s’étonnent de l’absence de « marqueur FN » sur la politique menée oublient que les compétences municipales n’offrent que de faibles marges de manœuvre à Steeve Briois et son équipe, et que les attributions du maire semblent pousser de manière structurelle à la désidéologisation.

Pourtant, pour être un bon maire, suffit-il de réagir au quotidien aux demandes de ses administrés ? Est-il nécessaire qu’un maire porte également des valeurs et une vision, au-delà de la seule gestion de la ville, ou l’exigence de cette vision est-elle seulement réservée aux élus nationaux ? D’ailleurs, être maire, est-ce encore faire de la politique ? La réponse dépend indubitablement de la taille de la ville. Mais toutes ces questions soulevées par cette enquête dans le bassin minier restent ouvertes.

Il ne faut pas non plus omettre que la priorité, pour beaucoup d’habitants d’Hénin-Beaumont, est de sortir de la misère sociale, de trouver un emploi ou de faire face aux dépenses quotidiennes . Quel est le pouvoir d’une municipalité pour répondre à ces problèmes ?

Steeve Briois aux côtés de Marine Le Pen
Steeve Briois aux côtés de Marine Le Pen.

Hénin-Beaumont, au cœur de la stratégie nationale 

Ne pas faire de vagues : cette préoccupation du Front National est d’autant plus prégnante qu’Hénin-Beaumont est au cœur de la stratégie de conquête du pouvoir de Marine Le Pen.

Selon Octave Nitkowski, “Briois veut faire tâche d’huile sur les communes environnantes. Il veut exporter son modèle de présence sur le terrain, et s’implanter petit à tous les échelons : département, région, pour que Marine Le Pen conquière à terme l’Elysée. Dans la tête de Briois, Hénin-Beaumont est un déclencheur. Mais ça prendra du temps pour tisser une toile de militants à même de s’implanter localement. D’autant qu’il n’y aura pas le facteur Dalongeville partout : à Hénin, ce qui a fait passer le FN de 45 à 51%, c’est Dalongeville. Donc ce sera un travail de longue haleine pour conquérir la région. Briois, ça fait vingt ans qu’il est en campagne permanente !“

Que le FN fasse d’Hénin-Beaumont sa capitale nationale d’où il essaimera petit à petit en Nord-Pas-de-Calais-Picardie puis en France, c’est un objectif du FN dont la réalisation reste de l’ordre de la spéculation. En revanche, c’est prendre peu de risques que d’affirmer qu’à Hénin-Beaumont, Steeve Briois et son équipe ont très certainement trouvé un bastion pour les décennies à venir. Aujourd’hui, aucune figure ne semble faire le poids face à la domination du Front national. A moins que…

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Octave Nitkowski et son livre « Le Front national des villes et le Front national des champs » dans l’amphi Boutmy. Photographie par Amal Ibraymi.
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Essayiste, polémiste, science piste : portrait d’Octave Nitkowski https://www.lapeniche.net/octave-le-science-piste-qui-fait-trembler-le-fn/ https://www.lapeniche.net/octave-le-science-piste-qui-fait-trembler-le-fn/#comments Mon, 27 Jan 2014 07:00:14 +0000 http://lapeniche.net/?p=15772 1604754_384803704997547_747842160_n
Octave Nitkowski et son livre « Le Front national des villes et le Front national des champs » dans l’amphi Boutmy. Photographie par Amal Ibraymi.

« S’ils m’attaquent pour atteinte à la vie privée, on en parlera encore plus ». Pari gagné. Assigné par le Front National devant le tribunal de grande instance de Paris, Octave Nitkowski -en première année à SciencesPo- a connu ces dernières semaines une exposition médiatique assez rare pour un jeune étudiant de 17 ans.

La publication de son essai, Le Front national des villes et le Front national des champs a en effet été interdite pour avoir révélé l’homosexualité de Steeve Briois -tête d’affiche du FN d’Hénin-Beaumont- et de son compagnon dont nous préférons taire le nom : il semblerait que le FN soit allé jusqu’aux bureaux australiens du journal Metro pour se plaindre après que le gratuit ait révélé l’identité du compagnon de Briois.

 

Un coming-out qui fait débat

Finalement, le livre d’Octave est paru en librairie début janvier dans une version expurgée des passages contestés. Les péripéties judiciaires de l’essai ont d’ailleurs offert à Octave une com’ inespérée tout en renforçant la visibilité d’un coming-out qui aurait pu passer inaperçu : Steeve Briois n’a pas gagné grand-chose dans cette affaire, si ce n’est de figurer dans la très longue liste des victimes de l’effet Streisand. Octave, lui, a bénéficié d’un nombre important de soutiens, à l’image d’Olivier Duhamel ou de l’Association des journalistes LGBT qui regrettait que « l’homosexualité devait forcément être tue, cachée.» C’est justement au nom d’une « vision décomplexée »  de l’homosexualité qu’Octave justifie sa démarche, saluée par Têtu et Hétéroclite : une véritable icône gay en puissance.

Marine Le Pen et Steeve Briois, probable futur maire d'Hénin-Beaumont.
Marine Le Pen et Steeve Briois, tête d’affiche du Front National  à Hénin-Beaumont.

Vision décomplexée ou dérive en matière de transparence ? La question mérite d’être posée. Pour le compagnon de Briois, conseiller obscur qui n’a ni page Wikipédia ni page fan Facebook (c’est dire !) l’affaire a évidemment eu des conséquences importantes sur sa vie privée. Dans ce cas, la transparence absolue ne va-t-elle pas à l’encontre du droit des individus à garder secret ce qu’ils désirent ne pas voir s’ébruiter : peut-on vraiment dénier ce droit à l’ami de Briois au nom d’une vision « décomplexée » qui n’est visiblement pas partagée par les principaux concernés ?

Un autre argument est alors avancé par Octave et son éditeur pour justifier la démarche du livre : c’est l’homosexualité de ces deux conseillers influents de Marine Le Pen qui explique le faible engagement de la présidente du FN dans la bataille contre le mariage pour tous. Mais là encore, l’argument est contestable. La position de Marine Le Pen sur le mariage gay dépend de bien d’autres facteurs, ce qu’Octave analyse parfaitement également : il n’hésite pas à rappeler que « ça n’est pas ça en premier lieu qui explique le positionnement de Marine Le Pen » mais que la position de l’électorat FN, loin d’être unanime sur la question, a également pesé dans la balance. Ainsi, d’après un sondage du CSA pour BFM datant de mai 2013, seuls 56% des électeurs de Marine Le Pen en 2012 étaient favorable à l’idée d’abroger le mariage pour tous. Soit moins que chez les électeurs de Nicolas Sarkozy.

 

Un essai jugé « extrêmement intéressant et nécessaire »

Mais à force d’évoquer les mésaventures judiciaires d’Octave qui l’ont contraintes à reporter son oral d’IP  pour aller au Palais de Justice (ce qui est avouons le, l’excuse la plus swag au monde.), on en oublierait presque son livre. Un essai jugé « extrêmement intéressant, passionnant, salutaire et nécessaire » par Michel Field. A Libération, Quentin Girard fut moins enthousiaste : le livre est « plutôt décevant » se contentant « de grandes analyses générales et quelques visions prophétiques». Le constat est sévère  : les analyses qui y sont développées, tout en rejoignant celles des politologues les plus confirmés, de Pascal Perrineau à Nonna Mayer, se distinguent également par un vrai talent pour la vulgarisation.

L'enfant du bassin minier qu'est Octave Nitkowski a bien accepté de nous recevoir au café de Flore. Photographie : Amal Ibraymi.
L’enfant du bassin minier qu’est Octave Nitkowski a bien accepté de nous recevoir au café de Flore. Photographie : Amal Ibraymi.

L’essai d’Octave Nitkowski dresse un portrait sociologique de l’électorat du Front National en France dont les caractéristiques se trouvent concentrées de manière étonnante à Hénin-Beaumont.

D’un côté, la prolétarisation du discours de Marine Le Pen lui permet d’obtenir des francs succès dans les bassins miniers et les villes ouvrières victimes de la mondialisation, à l’image de Hénin : Octave parle de « droite prolétarienne » pour qualifier ce nouveau discours frontiste, dans un esprit au fond similaire à celui de Raphaël Liogier qui voit ce FN ouvriériste comme un parti « national et socialiste« .

D’un autre côté, le FN croit également dans les territoires ruraux, en voie de désertification, à l’image du village agricole qu’est Beaumont. « La diagonale du vide de la Meuse aux Landes en passant par la Corrèze et la Dordogne offrent un terreau favorable à l’éclosion du FN » note-t-il. Le politologue Charles Fourquet dresse un constat tout à fait similaire  : en 2012, le FN a réalisé des percées importantes dans le « espaces périurbains voire ruraux , (…) regroupant les communes rurales et les petites villes situées entre vingt et cinquante kilomètres  des grandes agglomérations. »

Mais en dressant ce portrait d’un FN des villes ouvrières et d’un FN des champs ou plus généralement des espaces du grand périurbain, Octave fait un choix -assumé- de laisser de côté la troisième composante (et non la moindre) de l’électorat du FN qu’est le front sudiste, celui de Gilbert Collard et Marion Maréchal où le Front National reste ultra-libéral et poujadiste, dans la droite lignée du Le Pen des années 80 qui se faisait le porte-parole de Thatcher et Reagan : à l’opposé complet du FN nordiste d’Hénin-Beaumont où le candidat à la mairie est un fils d’anciens communistes qui n’hésite pas à saluer la mémoire de Pierre Mauroy… Ce grand écart entre le FN nordiste et sa variante sudiste illustre pourtant à merveille l’«hétérogénéité d’un électorat qui n’a de sens commun que la perte de repère» analysé par Octave.

 

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L’essai d’Octave Nitkowski est disponible partout (ne va pas non plus le chercher chez ton charcutier), même à la librairie de SciencesPo.

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Une année 2014 décisive pour Octave et Hénin-Beaumont

Pour Octave, qui enchaîne les plateaux télés et les cafés-débats dans le cadre de la promotion de son livre, l’année 2014 s’annonce chargée. Le second tome de son essai qui sera consacré à la fédération du Nord du Parti Socialiste (dont on connaît l’étendue du talent pour la prévarication) devrait sortir au courant du printemps 2014 avant de conclure la trilogie à la rentrée prochaine par un ultime ouvrage consacré aux élections municipales qui se tiendront à Hénin-Beaumont en mars prochain.

Déjà, le tout jeune essayiste annonce la couleur : il n’hésitera pas à égratigner un PS véreux et surtout Jean-Luc Mélenchon, qui après un parachutage peu concluant a complètement déserté la région : « il faut bien taper sur Mélenchon pour montrer que je suis pas simplement anti-Front National » nous dit-il le sourire aux lèvres.  De ce second tome, on attendra également des révélations sur les dernières élections législatives dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais où Philippe Kemel avait battu Marine Le Pen avec peu de voix d’écart (tout juste 118) mais beaucoup de soupçons de fraude à l’encontre du socialiste : de quoi nourrir la possibilité d’annuler l’élection, finalement rejetée par le Conseil Constitutionnel. 

Enfin, l’ultime essai de la trilogie nitkowskienne sera consacré à des élections municipales qui s’annoncent décisives. Dans la seule ville d’Hénin-Beaumont, Marine Le Pen avait obtenu 55% des suffrages au second tour des législatives et 48% au premier tour : de quoi nourrir des espoirs de victoire pour Steeve Briois. D’ailleurs, Octave en est convaincu, la mairie d’Hénin-Beaumont passera au FN, et ce probablement dès le premier tour, malgré un récent sondage donnant Briois perdant avec 46% des voix au second tour auquel il ne croit guère.  On saura dans moins de deux mois si ce pronostic était juste : l’occasion très certainement de retrouver la plume pleine de promesses qu’est celle d’Octave Nitkowski.

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