occupation – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 21 Feb 2025 15:50:56 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png occupation – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 27 Millimètres souffle sa première bougie : retour sur leur première projection-conférence https://www.lapeniche.net/27-millimetres-souffle-sa-premiere-bougie-retour-sur-leur-premiere-projection-conference/ Fri, 21 Feb 2025 15:50:30 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56798 Aux élections des initiatives étudiantes de janvier 2024 s’était présenté le ciné-club 27 Millimètres. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Cinq conférences ont été organisées et l’initiative étudiante a acquis le statut d’association reconnue. De Robert Guédiguian à Thierry Lhermitte en passant par Noé Debré, Sciences Po a mis à l’honneur le septième art, associé à la politique et à l’histoire.

Légende image : Soudjay Horwitz-Chénieu, Eliott Offenstadt, Robert Guédiguian et Jean Vigreux (de gauche à droite). Crédit photo : Mathilde Micoud-Watkinson et Quentin Cluet.


Mercredi 20 mars, 17h, amphi Jean Moulin. Un mois jour pour jour après l’entrée de Missak Manouchian au Panthéon, l’initiative étudiante ciné-club de Sciences Po 27 millimètres diffuse L’armée du crime, film qui retrace le chemin de combat de ce résistant arménien ainsi que ses frères d’armes, « morts pour la France ». S’ensuit une discussion riche avec le réalisateur Robert Guédiguian ainsi que Jean Vigreux, historien spécialiste du communisme rural, des gauches européennes et de la Résistance.

Ouvrier immigré, mais aussi poète et intellectuel, Missak vit à Paris avec sa compagne Mélinée, arménienne comme lui. Communiste convaincu, il est contraint, sous l’Occupation, d’entrer dans la clandestinité. En relation avec un groupe de résistants étrangers, il va progressivement abandonner son pacifisme. En mars 1942, il prend les armes pour la première fois. Pour son film, Guédiguian a cherché à s’entretenir personnellement avec la famille de Missak. 

Si L’armée du crime a été retenue par 27 millimètres et à cette date, c’est parce que son récit résonnait tout en justesse avec une actualité marquante : l’histoire de Missak Manouchian refaisait surface en février 2024.

En effet, le mercredi 21 février, la dépouille de Missak Manouchian quitte le Mont-Valérien, sur les hauteurs de Suresnes, pour rejoindre la capitale. Le Mont-Valérien, c’est le lieu de son exécution par les nazis en 1944. Et c’est celui de ses 21 frères d’armes, les membres du « groupe Manouchian », eux aussi panthéonisés. Cette « armée du crime », comme l’avait baptisé l’occupant nazi sur la célèbre Affiche rouge, était cosmopolite. Ils étaient 23 – juifs, polonais, hongrois, italiens, espagnols, roumains et français. Ensemble, ils combattirent la barbarie du Troisième Reich. Ensemble, ils furent traqués par les brigades spéciales de la police française jusqu’à leur arrestation. Et ensemble, ils périrent sous les balles allemandes. Celestino Alfonso, Olga Bancic, Joseph Boczor…

Le cercueil, recouvert d’un drapeau français, est ensuite transporté sur l’esplanade du Mémorial de la France combattante. Devant l’imposante croix de Lorraine ornée de la phrase du général de Gaulle, « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance ne s’éteindra pas », les personnalités se relaient pendant plus de deux heures auprès du cercueil. Parmi elles, des membres du Gouvernement, des élus, le chef d’état-major, des familles de résistants. Puis s’ouvre une cérémonie présidée par Emmanuel Macron. Le cercueil du résistant, couvert d’un drapeau français, est alors installé aux cotés de celui de son épouse Mélinée. 

Tous deux reposent désormais aux côtés de Jean Moulin et d’autres grandes figures de la Résistance. Comme un symbole, le film a été projeté dans l’amphithéâtre Jean Moulin.

Depuis, quatre conférences ont été organisées par le ciné-club 27 Millimètres. Thierry Lhermitte, David Bertolotti et Christian Lequesne ont discuté de Quai d’Orsay de Bertrand Tavernier le 22 avril. Noé Debré, Michael Zindel et Milo Lévy-Bruhl ont discuté du film Le dernier des juifs de Noé Debré le 4 novembre. Xavier Lacaille, Marie Toussaint et Jean-Marc Germain ont discuté de la série Parlement de Noé Debré le 14 novembre. Enfin, Pierre Schoeller, Baptiste Carrion-Weiss et Gilles Boyer ont discuté de la série Dans l’ombre de Pierre Schoeller le 20 novembre.

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Interruption du Conseil Scientifique, levée des absences… retour sur un mardi de rentrée mouvementé https://www.lapeniche.net/interruption-du-conseil-scientifique-levee-des-absences-retour-sur-un-mardi-de-rentree-mouvemente/ Wed, 29 Jan 2020 06:58:28 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40367 BREVE. Hier midi, mardi 28 janvier, des étudiants, doctorants et enseignants de l’IEP de Paris se sont réunis à Sciences Po dans le cadre de la première Assemblée Générale. Cette dernière avait lieu un contexte social intense. En effet, au-delà du mouvement contre la réforme des retraites, qui s’inscrit déjà comme l’un des plus long depuis plusieurs années, la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) dont les contours se dessinent progressivement provoque dans la communauté de la recherche un nouveau vent de contestation.

C’est dans ce cadre de mouvement social national que l’assemblée générale s’est réunie, à l’appel de plusieurs organisations, dont les doctorant-es mobilisé-es de l’IEP de Paris et Solidaires Etudiant-e-s Sciences Po. Selon ces derniers, 180 personnes étaient réunies pour débattre des options de mobilisation. Il n’y avait donc pas uniquement des étudiants : des doctorants mais aussi des enseignants titulaires étaient présents. L’une des revendications principales qui émerge est la levée des absences lors des journées de manifestation, afin de pouvoir se mobiliser sans avoir à être inquiété. Afin d’appuyer la demande, il est alors suggéré de rencontrer Frédéric Mion.

Le Conseil Scientifique de Sciences Po, réunissant différents représentants du personnel, de la direction et des doctorants, qui se réunit au même moment sous la présidence du directeur de Sciences Po, est alors interrompu par la délégation envoyée par l’assemblée générale. Objectif : réclamer la suspension d’assiduité pour les journées de mobilisations.

D’après une courte séquence postée par Solidaires, Frédéric Mion s’engage devant la délégation à lever les assiduités pour le lendemain : « nul ne se trouve injustement sanctionné pour avoir été absent demain et lundi à l’heure de l’assemblée générale ». Les absences sont donc banalisées pour le mercredi 29 janvier, jour de mobilisation nationale, et lors de la prochaine assemblée générale.

Ce nouveau moment de rassemblement est prévu le lundi 3 février à 12h30. Après un premier semestre caractérisé par une certaine torpeur dans le milieu politique et syndical à Sciences Po, il apparaît que les péripéties de mardi marquent la rentrée d’un second semestre qui s’annonce riche en événements.

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Exchange students : qu’ont-ils pensé de l’occupation du 27 ? https://www.lapeniche.net/exchange_students_occupation/ Mon, 23 Apr 2018 18:00:04 +0000 http://lapeniche.net/?p=38400

Une transcription en anglais de cet article est disponible ci-dessous. Nous remercions chaleureusement Camille Maindon pour la traduction, et Geoffrey Elbaz pour la relecture !

You will find the english translation of this article below. Thanks to Camille Maindon for the translation, and to Geoffrey Elbaz for the editing !

La semaine dernière, le symbolique bâtiment du 27 rue Saint-Guillaume a été occupé par un groupe d’une centaine d’étudiants. Ces derniers étaient mobilisés contre une série de réformes du président Emmanuel Macron, et en particulier contre le controversé projet de loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants). Cette mobilisation s’est étendue au 56 rue des Saints-Pères, dont l’accès se fait par le bâtiment du 27, et au 28 rue des Saints-Pères dans la journée de jeudi. Sciences Po Paris a donc rejoint les dizaines d’autres universités et écoles françaises engagées dans ce mouvement, faisant beaucoup parler les médias venus interroger les étudiants français de Sciences Po, qu’ils soient favorables ou opposés à l’occupation. Pourtant, on ne s’est pas demandé ce qu’en pensaient les étudiants étrangers de Sciences Po Paris, alors que ces derniers représentent près de la moitié de la population estudiantine. Voici donc un bref aperçu, qui se veut impartial, des avis de ces derniers.

Une occupation vue comme antidémocratique

Sur les réseaux sociaux, de nombreux étudiants internationaux de Sciences Po expriment leur opinion à propos des événements qui se sont déroulés depuis mardi soir dernier. Un grand nombre d’entre eux contestent le moyen de protestation en lui-même : « Je pense que c’est une bonne chose que les étudiants soient engagés politiquement et qu’ils expriment leurs opinions sur les réformes, mais je ne suis pas certain que [le blocus] soit un moyen approprié », confie Geoffrey, étudiant américain en échange en 3e année. « En effet, je pense que l’université est une bonne plateforme pour exprimer ses inquiétudes sur les changements sociétaux mais la manière avec laquelle ce groupe en marge agit est inacceptable. Je suis déçu de ne pas pouvoir aller en cours et en tant qu’étudiant en échange, ma présence ici est limitée ; je perds de précieux moments que j’aurais pu avoir avec les professeurs, les étudiants et les amis ».

« Bloquer l’accès à l’université, en particulier à la bibliothèque, pénalise surtout les étudiants les plus pauvres alors que les plus riches peuvent étudier chez eux et continuer à progresser. » 

Camilo, étudiant chilien actuellement en programme d’échange à Sciences Po Paris

Geoffrey n’est pas le seul à trouver que l’occupation et le blocus de Sciences Po pénalisent les étudiants. « Ayant participé moi-même à des blocus, je ne suis pas d’accord avec ces étudiants. Bloquer l’accès à l’université, en particulier la bibliothèque, pénalise surtout les étudiants les plus pauvres alors que les plus riches peuvent étudier chez eux et continuer à progresser. », commente Camilo, ancien leader des manifestations lycéennes et étudiantes de 2011 et 2016 au Chili et actuellement en échange à Sciences Po. Selon lui, non seulement les étudiants sont pénalisés, mais cette démarche est antidémocratique et qui ne changera rien.

Affiches exposées dans la bibliothèque du 27, rue Saint-Guillaume. Crédits photo : Pierre-Alexandre Bigel

« [Le blocus] devrait être le dernier ressort et majoritairement accepté. Sinon, c’est juste autoritaire. C’est aussi inefficace sans coordination étendue. Au Chili, le climat politique n’a changé que lorsque littéralement toutes les universités publiques étaient occupées, pas seulement quatre. […] Même si je ne suis pas d’accord avec les politiques de Macron, occuper une école pour cette raison n’est pas démocratique. » 

Des étudiants qui sont aussi favorables au mouvement

De son côté, Melanie, étudiante allemande en première année de Master à l’Ecole d’Affaires publiques, défend un avis plus nuancé, que ce soit sur la méthode de protestation utilisée comme sur les revendications : « Une partie de moi comprend et accepte ce que font les bloqueurs, l’autre trouve ça embêtant d’avoir autant de cours annulés juste avant les examens. Je trouve que certaines politiques proposées par le gouvernement de Macron ne sont pas bénéfiques pour les français et les autres personnes vivant ici. »

Un autre étudiant allemand, Philippe, en 3e année en échange, soutient entièrement cette initiative, même s’il n’y participe pas : « Je comprends absolument l’idée d’un blocus à Sciences Po en solidarité avec les autres universités. Il est logique que ‘l’usine à élites’ devienne un lieu de lutte et le blocage est un moyen très puissant pour protester : les jeunes personnes peuvent difficilement prendre part au processus politique formel, donc ce genre de manifestation est très utile pour faire pression sur les politiciens. » Philippe, ayant fait l’expérience des occupations d’universités à Amsterdam en 2015, suggère qu’il serait intéressant d’inviter des personnalités pour débattre dans « l’Institut Clément Méric », selon ses propres mots (nouveau nom donné par les occupants et bloqueurs pour désigner Sciences Po). Quant à la question démocratique, il répond aux anti-occupation : « La désobéissance civile est une valeur que la société devrait cultiver, surtout dans les temps de crise. Et c’est une valeur très démocratique en son essence. »

« Je comprends absolument l’idée d’un blocus à Sciences Po en solidarité avec les autres universités. Il est logique que ‘l’usine à élites’ devienne un lieu de lutte et le blocage est un moyen très puissant pour protester. » 

Philippe, ancien étudiant à l’université d’Amsterdam et actuellement en échange à Sciences Po Paris

Néanmoins, la moyenne des étudiants étrangers reste critique envers les revendications des étudiants bloqueurs et occupants, comme Melanie : « Je ne suis pas d’accord sur le fait que Sciences Po préfère les étudiants d’origines privilégiées : je suis la première de ma famille à aller à l’université et je reçois une bourse relativement importante qui me permet de couvrir mes dépenses. »

Les revendications à faire valoir chez les exchange students

Pourtant, cette question de bourse ne fait pas l’unanimité. En effet, il a été remarqué que les étudiants américains ne recevaient pas d’aides financières de la part de l’école. Andrew, étudiant américain en master de l’Ecole d’urbanisme, en a fait l’expérience : « Je me sens exploité en tant qu’étudiant international, courtisé pour venir ici. J’ai l’impression que Sciences Po veut se donner l’image d’une école qui veut aider les étudiants internationaux mais ne venant pas d’une famille riche, c’est très difficile de payer les frais de scolarité. J’emprunte tout ce que je paye. Quand je suis allé demander une aide financière, on m’a répondu ‘Eh bien, on suppose que les étudiants américains qui viennent ici ont des revenus et qu’ils n’ont pas de problème’. Ils ne font aucun effort pour nous aider financièrement ou pour le logement. »

« J’emprunte tout ce que je paye. Quand je suis allé demander une aide financière, on m’a répondu ‘Eh bien, on suppose que les étudiants américains qui viennent ici ont des revenus et qu’ils n’ont pas de problème’. »

Andrew, étudiant américain en Master à l’École d’Urbanisme

Andrew va même plus loin, remettant en cause les méthodes de Sciences Po : « Je ne trouve pas ça démocratique que mon programme (Governing the Large Metropolis) nous oblige à travailler gratuitement pour des clients sans nous révéler ce qu’ils ont payé pour nos services et sans respecter le temps de travail limite. »  Ce à quoi Melanie répond : « C’est injuste. Les bourses devraient être données à qui en a besoin, peu importe d’où il ou elle vient. Il est vrai que je ne pense pas que les étudiants internationaux soient vraiment concernés par les réformes de Macron. Cependant, les revendications à propos des méthodes utilisées par Sciences Po concernent tous les étudiants. »

Affiches dans la bibliothèque du 27, rue Saint-Guillaume. Crédits photo : Pierre-Alexandre Bigel

Andrew, habitué à manifester aux Etats-Unis et ayant déjà fait l’expérience de travailler pour les hommes politiques locaux aux Etats-Unis pendant 4 ans, a rejoint le mouvement mardi soir pour différentes raisons et notamment sur la loi ORE : « Je n’apprécie pas la manière dont les Etats-Unis gère les études supérieures, c’est incroyablement biaisé en terme de classes et inaccessible pour des enfants intelligents qui viennent de familles avec peu de revenus comme moi et mes amis. J’admire le système français et je ne veux pas que Macron le supprime : je comprends les réformes comme un moyen de rendre les universités encore plus sélectives, menant la France vers un modèle plus proche de celui des Etats-Unis, ce qui est mauvais. ».

Haro sur la politique libérale du gouvernement

Ce n’est pourtant pas son seul combat. Le semestre dernier, il s’est porté volontaire pour aider les réfugiés à Porte de la Chapelle et a réalisé à quel point ils étaient mal traités et complétement ignorés par l’Etat. C’est donc pour cela qu’il s’oppose à la loi sur l’immigration. Pour lui, toutes ces réformes font partie d’un agenda très similaire à celui des Etats-Unis. Par ailleurs, Andrew défend d’autres revendications en AG, même si elles sont moins mises en avant et donc moins connues des autres étudiants, qu’ils soient bloqueurs ou non, internationaux ou non : il dénonce le modèle d’entreprise de Sciences Po et le coût que les études ici représentent pour les étudiants internationaux.

Une de ses camarades de l’occupation, Lily, étudiante britannique en 3e année en échange, dit s’être impliquée dans cette lutte car elle est anti-capitaliste et en solidarités avec toutes les luttes contre l’influence néolibérale, que ce soit à la fac ou ailleurs. Elle s’est engagée dans ce mouvement depuis le tout début, assistant à toutes les AG et occupant également le bâtiment du 27. « Occuper une fac, je pense que c’est toujours fort en symbolique, en pratique ça dépend. Si on a des demandes concrètes pour l’administration, c’est utile de bloquer et de déranger. Les occupations ouvertes sont cool parce qu’elles nous permettent de créer notre propre espace éducationnel pour toutes et tous. On veut un monde différent, il faut commencer à le créer chez nous. », affirme Lily.  Andrew, sur la question de la méthode utilisée, souligne que si les étudiants en sont venus à occuper le bâtiment, ce n’était pas par choix mais par nécessité : « Je ne pense pas que les étudiants de l’AG préfèrent manger de simples crackers à chaque repas pendant plusieurs jours, dormir quelques heures par nuit sur le sol ou se disputer avec les appariteurs. C’est évidemment le résultat de ne pas se sentir écouté, de ne pas avoir une influence égale sur le pouvoir. Alors, l’action collective est nécessaire pour attirer l’attention. »

« C’est évidemment le résultat de ne pas se sentir écouté, de ne pas avoir une influence égale sur le pouvoir. Alors, l’action collective est nécessaire pour attirer l’attention. »

Face aux remarques des autres étudiants internationaux, Andrew répond que lui aussi paye ses frais de scolarité tout en n’ayant pas cours, mais que garantir des infrastructures politiques progressives et sociales est plus important que manquer quelques cours. Pour Lily, il y a tout de même un soutien relatif envers les bloqueurs de la part des étudiants internationaux puisqu’ils viennent apporter de la nourriture, s’informent, même s’ils sont très peu finalement à prendre part aux AG.

L’opinion des étudiants internationaux de Sciences Po Paris semble être plutôt mitigée, même si dans l’ensemble elle penche plutôt vers une condamnation de ce blocus. On pourra néanmoins en tirer une leçon comme Surman, étudiante chinoise en 3e année en échange : « Alors que je constate l’agonisme dans cette occupation, je fais l’expérience de comment la participation politique fait grandir les gens ».

English translation

What do foreign students at Sciences Po Paris think about the occupation and blockade of their school?

Last week, a group of about one hundred students has occupied our emblematic building at 27 rue Saint-Guillaume to protest against planned reforms by President Emmanuel Macron, including the controversial ORE law (Orientation and Success of Students). This mobilization has been extended last Thursday to the building located at 28 rue des Saints-Pères. Sciences Po Paris thus joined the social movement led by other universities and schools throughout the entire country. This string of protests has obviously caught the attention of the French media, who have carried out several interviews with Sciences Po’s French students to determine their thoughts on the occupation. However, what does Sciences Po’s sizable foreign student body think about the blockade? Here is a short and impartial glimpse into their perspectives.

An occupation considered antidemocratic and disadvantageous to students

On social media, many international students from Sciences Po gave their opinions on the events that started last Tuesday night. A large number of them challenged the blockade’s validity as a productive means of protesting: “I think it’s great that university students are politically active and express their views on these issues, but I’m not sure that it’s appropriate when a majority is against a blockade”, says Geoffrey, a 3rd year American student from UCLA who is on exchange at Sciences Po Paris. “In effect, I believe that universities are great platforms to express concerns about societal changes but the manner in which this fringe group is protesting is unacceptable.  I am disappointed that I can’t attend many of my courses. Moreover, as an exchange student, my time here is rather limited and I’m losing out on precious moments that I’d normally spend interacting with professors, students and friends.”

Affiches dans la bibliothèque du 27, rue Saint-Guillaume. Crédits photo : Pierre-Alexandre Bigel

Geoffrey is not the only student to think that the occupation and the blockade of Sciences Po put students at a disadvantage. “Having participated in blockades myself I don’t agree with these students. Blocking access to the university, particularly the library, hurts poorer students the most, while rich students can just study at home and keep their academic performance going”, commented Camilo, a former leader of high school and college students during the 2011 and 2016 protests in Chile, and currently a 3rd year student on exchange. According to him, students are not only penalized, but this mobilization is antidemocratic and won’t affect politics. “[The blockade] should be a last resort and mostly agreed measure. Otherwise, it is just authoritarian. It is also very ineffective without widespread coordination. In Chile we didn’t achieve a change in the political climate until literally all public universities were occupied, not just four. […] Even if I don’t agree with some of Macron’s policies, occupying a school for this reason doesn’t sound democratic.”

However, numerous international students seem to emphasize with or even support the movement

Melanie is a first-year German master student in the School of Public Affairs who is more moderate in her opinions. She sees the pros and cons of both the methods utilized by the protesters to express their discontent and their numerous grievances: “One part of me understands protesters and accepts them, [while] the other part thinks it’s kind of annoying that so many classes are cancelled such a short time before the exams. I think some policies by the Macron government are not beneficial for the French people or others who are living here.”

Another 3rd year German student on exchange, Philippe, lent his entire support to this initiative, even though he didn’t take part in it: “I absolutely understand the idea of a ‘blocus’ of Sciences Po in solidarity with all the other universities on strike. It is logical that the « factory of elites » becomes a site of struggle and this blockade is a very powerful way to protest: young people can hardly ever properly participate in formal political processes, so this kind of protest is very helpful in putting pressure on politicians.” In 2015, Philippe experienced university occupations in Amsterdam that eventually resulted in the protestors inviting Dutch politicians to a debate at their university. He suggested that it could be interesting to similarly invite several politicians for a debate at the French “Institut Clément Méric,” a new name adopted by Philippe and numerous protesters to designate Sciences Po. To respond to the argument that this blockade is undemocratic, he answered: “I think civil disobedience is a value which a society should cultivate, especially in times of crisis. And it is a very democratic value at its core.”

Nonetheless, the average international student is very critical towards the claims of the protesters. Melanie insists: “I don’t agree on the fact that Sciences Po favors students from privileged backgrounds: I am the first one in my family who has attended university and I receive a rather generous scholarship to pay for my living expenses.”

Let’s take a look back at the claims of our diverse group of protesters, including many that remain unclear to our large student body

Financial aid seems to be a major issue. Indeed, it has been noticed that American students can’t receive financial assistance from Sciences Po. Andrew, an American master’s student at the Urban School, experienced this situation: “I feel exploited as an international student, courted to come here. I feel that Sciences Po portrays itself as willing to help international students but as I am not from a wealthy family, it’s a hardship to pay full tuition. I’m borrowing 100% of what I pay. When I went to the student welfare officer to ask for some financial help, they said: ‘Well, we assume Americans that come here are wealthy and wouldn’t have a problem’.  They make no effort to assist us financially or with housing.” Andrew even criticizes Sciences Po’s methods: “I don’t think it’s democratic that my program (Governing the Large Metropolis) provides us as free labor to clients without disclosing what they paid for our services and without honoring the time limits that are supposed to be in place.” Something to which Melanie answers: “It is unfair. Scholarships should be given to students who are in need, no matter where they come from. It is true that I think exchange students shouldn’t be too concerned about Macron’s reforms. However, claims regarding methods used at Sciences Po are matters of concern to all students.”

Andrew used to regularly protest in the US and worked in local politics for four years. He joined the protest movement on Tuesday night for different reasons, including countering the new ORE law: “I resent how the US handles higher education; it is incredibly class-biased and not accessible for many smart kids from low income families like me and my friends. I admire France’s model and I resent that Macron would try to take that away: I understand the reforms as a way to make schools more selective, ultimately leading France to a model closer to the US, which I think is bad.”

A critic of the liberal policy led by the State

It isn’t his unique struggle. Last semester, he volunteered to help refugees at Porte de la Chapelle and realized how harshly they were treated and completely ignored by the State. That’s why he is opposed to the immigration law currently discussed at the National Assembly. According to him, all of these reforms are very similar to the United States’ current agenda. Moreover, Andrew has other claims for the AG (General Assembly), including many that are not widely known by the protestors and international students alike. In particular, Andrew criticizes the business model of Sciences Po and the prohibitive cost faced by many international students in France.

One of his colleagues during the occupation, Lily, a 3rd year British student on exchange, says she got involved in this struggle because she is anti-capitalist and in solidarity with all the struggles against neoliberalism’s influence, whether at the university or in the workplace. She has been involved in this movement since the very beginning; she has attended every general meeting and occupied the 27 building. “Occupying a university, I think it’s always a strong symbol, in practice, it depends. If we have concrete claims for the administration, it is useful to block and to disturb. Open occupations are cool because they allow us for creating our own educational space for everyone,” affirms Lily. Andrew, responding to the questions raised about the methods used to protest, underlines that if students occupied the building, it wasn’t because they wanted to but because they had to do it: “I don’t think any of the AG students would prefer to eat crackers for meals for several days, sleep a few hours a night on a floor, or clash with security guards. Obviously, this is the result of feeling as if you’re not being heard and not having an equal influence on power structures. Then collective action is needed to draw attention.”

Facing remarks from other international students, Andrew responded that he also pays his tuition while currently missing several of his classes, but reaffirms that guaranteeing progressive socialist political structures is more important than perfect attendance. For Lily, there is still relative support from the international students for the protesters because the former came to bring food to the latter and tried to be informed, even though there were few foreign students who took part in general assemblies.

The opinion of international students of Sciences Po Paris seems to be rather lukewarm, even though the majority seems to condemn this blockade. We could still learn lessons from it like Surman did, a 3rd year Chinese student on exchange: “As I see the agonism in the occupation, I experience how political participation makes people grow.”

 

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Mai 68 à Sciences Po, second épisode : L’amphithéâtre Che Guevara https://www.lapeniche.net/mai-68-a-sciences-po-episode-un-lamphitheatre-che-guevara/ Thu, 19 Apr 2018 13:00:44 +0000 http://lapeniche.net/?p=38337

Il y a un an, La Péniche publiait un magazine papier pour ses dix ans. L’enquête d’ouverture, signée Ulysse Bellier, était consacrée à la vie de Sciences Po pendant les événements de mai 1968. À l’occasion du cinquantenaire des événements, La Péniche republie l’enquête, feuilletonnée sur toute la semaine, accompagnée d’interviews et d’encadrés.

Aujourd’hui, second épisode : L’amphithéâtre Che Guevara

Le lundi 13 mai, sous un soleil magnifique, s’ajoute à la grève générale la grande manifestation de la gauche, rassemblant Mitterrand, Mendès France et les communistes. Cette mobilisation massive fait basculer l’opinion publique en faveur du mouvement, et entraîne Sciences Po – cette fois-ci pour plus longtemps – dans la fièvre lyrique de l’occupation.

Le lendemain, mardi 14, la « vive agitation » du samedi précédant reprend place toute la journée, raconte à l’été 1968 le directeur de l’époque, Jacques Chapsal, dans la revue des anciens. Après qu’un « commando » à drapeaux rouges venant de la Sorbonne a tenté de forcer les grilles de l’Institut, fermées de justesse avant leur arrivée, les sciences-pistes prennent les bâtiments de la rue Saint-Guillaume. L’occupation durera jusqu’au 29 juin.

Banderole dans la rue Saint-Guillaume pendant les événements. Photographie Jade Verges, a partir d’un cliché de Daniel Legendre

Sciences Po devient alors « l’Institut Lénine », l’amphithéâtre Emile Boutmy est baptisé « Che Guevara » et l’imagination s’affiche sur les murs de l’école (enfin pas directement sur les murs : la révolution oui, mais sans dégrader les bâtiments, se souvient un étudiant). Des étudiants de l’Atelier des Beaux-Arts, à 10 minutes de là sur les quais de Seine, tapissent de leurs affiches les murs du nouvel Institut Lénine.

L’école des dandys se transforme en camp sommaire, une cuisine s’organise, on apporte des matelas. « Il y avait des discussions partout », raconte Jean-Alain Rault, un brin nostalgique. « On y dormait la nuit, on avait des réunions dans les salles où on écoutait des chants révolutionnaires, beaucoup de chants latino-américains. Ça a été ma découverte de la culture révolutionnaire. »

Une future énarque raconte « des gens qui levaient le poing mais se trompaient de main ».

« Une nuit, continue-t-il, poussé par la curiosité, je suis monté dans l’escalier d’honneur de Sciences Po, je voulais voir ce qu’il se passait dans les étages. Et là, j’ai vu un fantôme qui s’est dressé sur un lit. » L’administration avait installé un lit de camp dans le bureau du directeur, au premier étage. Dans une vidéo récente, Frédéric Mitterrand, étudiant actif à l’époque, raconte, sourire au coin, avoir « défoncé la porte » de ce « saint des saints ».

Professeurs et membres de la direction s’y relaient jour et nuit durant sept semaines pour défendre et tenir locaux administratifs, bibliothèques et standard téléphonique. Face à eux, les halls, salles de conférences et amphis sont occupés par les étudiants.

Comme partout dans le pays, les langues se libèrent, les gens se mettent à discuter, à refaire le monde. « Soudain, les relations entre patrons, cadres, employés, ouvriers, enseignants, élèves se transforment, les dialogues s’établissent », écrit Patrick Rotman dans Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu. Grève générale pour les ouvriers, rêve général pour les étudiants, même débutants.

« J’ai trouvé que les gens de Sciences Po étaient assez comiques », se souvient une étudiante, future énarque, arrivée à Sciences Po de la fac de Nanterre, qui souhaite garder l’anonymat. « Voir des gens qui levaient le poing mais se trompaient de main, chantaient des chants révolutionnaires alors que leur famille ne l’était pas du tout – on avait plus l’impression d’une espèce de comédie. »

Certains, cependant, ont le rire jaune. Philippe Jouan est de ceux-là. Il nous donne rendez-vous au Basile, ce « lieu de perdition », autour d’un chocolat chaud. Alors en deuxième année, il habite au 59 ter, rue Bonaparte. « J’étais plutôt un gentil bourgeois de province », lâche-t-il. « Il est interdit d’interdire, la gauche prolétarienne… Moi j’étais plutôt sur l’histoire des droites en France. » Sa hantise était de se faire prendre au piège dans des petites rues comme la sienne lors des manifestations, alors régulières. « On sentait de l’hostilité » de la part des « gauchistes » de l’école, raconte le professeur à Dauphine, aussi dans l’immobilier.

Une vieille dame, un jour, passe rue Saint-Guillaume et jette un coup d’oeil à la façade de l’Institut, pleine d’affiches et arborant deux drapeaux, l’un rouge et l’autre noir. « Vous ne savez pas ce qui vous attend ! », lance-t-elle. L’archipel du goulag de Soljenitsyne n’est pas encore paru, pourtant nombreux sont ceux qui déjà connaissent cet archipel, pas aussi paradisiaque que certains à gauche voulaient le penser. Paul-Henri Ravier, l’énarque de la Cour des comptes, était déjà allé en URSS, « un pays où strictement rien ne fonctionnait, et où la présence policière était totale, absolue, permanente. De mon point de vue, c’était tout sauf un paradis. »

Dans la tête des leaders, le mouvement ne peut déboucher sur des changements réels que par le lien entre étudiants et ouvriers. Ils sont quelques dizaines de Sciences Po – de l’Institut Lénine, pardon – à être passés à Boulogne-Billancourt voir les ouvriers de Renault. Mais face à des grilles fermées, la tentative de dialogue est un échec. Il fait pourtant bon de s’afficher avec eux : un jour, un SDF du coin est porté sur la tribune de l’amphi, un carton le désigne ouvrier. Mais, complétement ivre, il urine derrière le bureau.

Suite au troisième épisode : L’assemblée générale

La fronde des chercheurs

La fronde des jeunes chercheurs du CEVIPOF, Centre d’Études de la Vie Politique Française, et du CERI, Centre d’Études des Relations Internationales, se focalise sur la gestion de la recherche qu’ils jugent « paternaliste », notamment en matière de gouvernance des laboratoires et de gestion des carrières (recrutements, promotions). Le rattachement des deux laboratoires au CNRS en 1968 permet de surmonter les différends à travers plus d’autonomie pour les chercheurs, la mise en place de conseils de laboratoire et de procédures de désignation de leur directeur.

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Mai 68 à Sciences Po, premier épisode : Le réveil du 27 https://www.lapeniche.net/mai68_scpo_episodeun/ Wed, 18 Apr 2018 15:00:05 +0000 http://lapeniche.net/?p=38266

Depuis hier soir 17 avril, le 27, rue Saint-Guillaume est bloqué par des étudiants s’opposant notamment à la loi sur l’université.

Il y a un an, La Péniche publiait un magazine papier pour ses dix ans. L’enquête d’ouverture, signée Ulysse Bellier, était consacrée à la vie de Sciences Po pendant les événements de mai 1968. À l’occasion du cinquantenaire des événements et de ce récent blocage, La Péniche republie l’enquête, feuilletonnée sur toute la semaine, accompagnée d’interviews et d’encadrés.

Aujourd’hui, premier épisode : Le réveil du 27

Debout sur la péniche, ils se relaient pour appeler au boycott des examens, haranguant la foule qui se presse dans le hall pour passer les épreuves de langues. Une banderole faite de bric et de broc annonce la couleur : « Libérez nos camarades ! », slogan repris en chœur par les étudiants contestataires. Un grand chauve essaye tant bien que mal de faire rentrer les élèves dans l’amphithéâtre Boutmy, attenant au hall. C’est Jean Touchard, le secrétaire général de Sciences Po. Un vote à main levée semble avoir été organisé dans le hall, une majorité se dégage : les élèves ne composeront pas, ils discuteront. La direction, complètement dépassée, laisse faire.

Ce samedi 11 mai 1968 au matin, le Quartier latin se réveille groggy de sa première nuit des barricades. Jusqu’au petit jour, des affrontements violents opposent cinq cents CRS et quelques centaines d’étudiants. Pavés contre matraques, puis cocktails Molotov contre grenades offensives, les barricades sont prises et reprises. Les reporters du Monde décrivent des « pavés des rues arrachés » et « des grilles [qui] barrent toujours la chaussée. » Des dizaines de carcasses de voitures calcinées jonchent les environs du Panthéon.

Au matin du 11 mai 1968 en péniche. Photographie Jade Verges, à partir d’un cliché de Guy Michelat.

Mais à Sciences Po, ce samedi 11 mai est un faux départ. Le dimanche marque une respiration, avant un lundi de grève générale où l’école reste fermée. Le lendemain, mardi 14, l’école prend finalement le train en marche, les étudiants occupent les locaux, qu’ils tiennent un mois et demi durant. L’illusion révolutionnaire s’est installée dans les amphis, en péniche, dans les esprits d’étudiants si conformistes, dévots du plan en deux parties, deux sous-parties. Elle bouscule la direction, interdite, et les professeurs, stupéfaits. De là débouchera une nouvelle école ouvertement politisée et où les étudiants participent, enfin, à la gestion de l’établissement.

Sciences Po, avant ce samedi matin, était resté en retrait du mouvement étudiant, déclenché à Nanterre quelques semaines plus tôt. Certains ont participé aux manifs au début du mois, mais les examens se rapprochant, ils bachotent. Lors de la manif du 6 mai, alors que les pavés volent à Mabillon, les stylos grattent rue Saint-Guillaume. Les sciences-pistes d’alors sont proches des affrontements, mais loin des revendications estudiantines. Dans le Sciences Po des années soixante, les costumes en tweed de Frédéric Mion passeraient inaperçus.

Quand vous entriez au 27, « il y avait des dames qui prenaient vos vêtements, qui les suspendaient à un clou, qui vous donnaient un ticket, c’était la première chose que l’on faisait en arrivant » raconte Paul-Ravier

Dominique Cendre-Gouteron, en troisième et dernière année en mai 1968, était arrivée de Pantin à 17 ans en première année, après avoir entendu parler de Sciences Po dans un bus. « J’ai alors découvert un endroit qui n’était pas comme ailleurs ». Chez les hommes, petite majorité de cravates. « Les jeunes filles, raconte-t-elle, étaient en twinset de cachemire acheté aux Laines Écossaises boulevard Saint-Germain, avec un petit collier de perles et un catogan de velours dans les cheveux. » Située entre la rue des Saints-Pères et la rue Saint-Guillaume, à côté d’un drugstore, c’était la boutique branchée du moment. On a vu plus révolutionnaire.

« C’était terriblement un univers de l’entre-soi », raconte Paul-Henri Ravier, s’y reconnaissant lui-même : lycée Henri-IV, Sciences Po, puis l’ENA. Amusé, il nous raconte depuis son austère bureau de la Cour des comptes son premier souvenir de mai 68, avant la révolte à Sciences Po. Un matin de mai, alors que le futur énarque déposait ses affaires au vestiaire (« Il y avait des dames qui prenaient vos vêtements, qui les suspendaient à un clou, qui vous donnaient un ticket, c’était la première chose que l’on faisait en arrivant »), il voit débouler un ami de la fac d’Assas. « Il s’en était fait jeter assez énergiquement par les étudiants qui occupaient la fac, en lui disant ‘Camarade, on a pris le pouvoir, il n’y a plus d’examens, plus de concours, dégage ! Tu n’as plus rien à faire ici.’ »

Quelques jours plus tard, ce fameux samedi 11 mai, les examens sont reportés sine die à la suite du boycott des étudiants. Le soir même, le Premier ministre Georges Pompidou rentre d’un voyage officiel en Afghanistan. Selon un étudiant de l’époque, l’agitation au sein de l’Institut d’Études Politiques aurait fait changer la position de Pompidou, ancien étudiant de l’École Libre des Sciences Politiques (Sciences Po avant 1945). Il décide d’accéder aux revendications du mouvement : dégagement des forces de police du Quartier latin, réouverture de la Sorbonne et libération des étudiants arrêtés. De fait, il légitime la révolte étudiante.

Suite dans le second épisode : L’amphithéâtre Che Guevara

Sciences Po à la veille des événements

En 1967, l’école compte environ 3 300 étudiants répartis sur trois années d’enseignements : une année préparatoire et deux années dans une des quatre sections existantes (Service public, Relations internationales, Section économique et financière, Section politique et sociale). Le diplôme de sortie est alors assez sélectif (un tiers d’échec) et classant. Au-delà d’enseignements dont les fondamentaux n’ont pas beaucoup changé depuis, l’école innove, comme l’illustre ce nouveau cours sur « les ordinateurs et le traitement automatique de l’information ».
Enfin, face à l’augmentation des effectifs, le 27 rue Saint-Guillaume est surchargé ; il est décidé de transférer l’année préparatoire à Nanterre à la rentrée 1968. Mais après ce mois de mai, le transfert se fait vers Dauphine, nouvellement créée et plus rassurante pour le pouvoir.

INTERVIEW : Marie Scot, historienne à Sciences Po

Y-a-t-il une vie politique étudiante à Sciences Po avant mai 1968 ?
Il y a toujours eu de la politique à l’École Libre des Sciences Politiques [1872-1945] et à Sciences Po. Après 1945, la Guerre froide, les crises de la Quatrième République et la Guerre d’Algérie ont été autant d’occasions de politisation pour les étudiants.
Mais, avant 1968, les activités politiques et syndicales des étudiants n’étaient pas officiellement reconnues par la direction. Le militantisme, notamment politique, se faisait à la marge et en dehors de l’institution (affichage, tractage, réunions). Cela pose d’ailleurs un sérieux problème de sources, car on trouve très peu de traces de ce militantisme dans les archives administratives et institutionnelles de Sciences Po. Il faut recourir aux témoignages des élèves pour appréhender ce pan important de la vie étudiante.

Richard Descoings écrit dans Sciences Po, de la Courneuve à Shanghai (2007), qu’avant 1968, « le directeur de Sciences Po règne et gouverne ». Est-ce juste ?
Si l’on suit à la lettre des statuts (d’octobre 1945 et de janvier 1969) régissant Sciences Po, ce n’est pas le cas. Le Président du Conseil d’administration de la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP, fondation de droit privé) est la plus haute autorité de la Maison ; mais, dans les faits, il délègue tout ou partie de ses pouvoirs (de représentation, d’instruction et d’exécution des décisions des Conseils, d’engagement financier) à l’administrateur de la FNSP – directeur de Sciences Po. Ce dernier est donc puissant, mais par délégation.

Qui était Jacques Chapsal, le directeur de Sciences Po en mai 1968?
Déjà secrétaire général de l’École en 1939, il devient directeur en 1947 et le restera jusqu’en 1979. Jacques Chapsal est considéré comme le second père fondateur de Sciences Po, en raison de son rôle au moment de la refondation de Sciences Po en 1945, de la longévité de son directorat et de son œuvre de bâtisseur d’institution autant que de campus urbain : on lui doit l’expansion immobilière de Sciences Po rue des Saints-Pères, rue Saint-Guillaume et rue de la Chaise. Juriste de formation, c’est un homme distant et réservé, d’une autorité incontestable mais bienveillante. Les événements de mai 68 arrivent de façon assez inattendue, après plus de vingt ans passés à la tête d’une école peu remuante. Lui, comme l’équipe de direction composée des deux secrétaires généraux de la FNSP et de l’IEP, respectivement Jean Touchard et René Henry-Gréard, n’étaient pas préparés à comprendre ce qui leur arrivait. Mais, en définitive, leur gestion de l’événement – par la négociation, le recours à la médiation enseignante et la temporisation – a été plutôt efficace et a permis de contourner les revendications étudiantes en matière de cogestion et de « pouvoir étudiant », même s’ils ont pu être durablement affectés, à titre personnel, par les événements.

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