Pour commencer et pour éclairer nos lecteurs, quelles sont les 5 propositions phares de Nova ?
Il faut savoir que nous défendons une cinquantaine de propositions qui sont le fruit d’un travail que nous menons depuis 5 ans maintenant, et nous continuons à avoir des ambitions fortes. Sur l’écologie, nous estimons que Sciences Po doit être l’école qui forme les décideurs de demain en matière de transition environnementale. Nous avons déjà obtenu la mise en place du Bachelor of Sciences et nous défendons la création d’une École de l’environnement et du développement durable qui permettrait de centraliser en master l’ensemble des disciplines relatives à l’écologie, avec une faculté permanente qui y serait adossée.
Sur l’égalité des chances, notre mesure phare est la création d’un fond de solidarité destiné aux étudiants en situation de rupture familiale, afin de les accompagner et de les exempter de frais de scolarité. Nous nous sommes rendus compte que bien souvent ces étudiants ont du mal à saisir la Commission de suivi sociale chargée d’analyser leur dossier à cause de critères trop restrictifs, et de la complexité de la procédure.
Sur la réussite, nous demandons des équipements adaptés et fonctionnels : assez de prises électriques dans tous les amphithéâtres, et de meilleurs serveurs pour un wifi stable par exemple.
Sur le respect et l’inclusion, nous souhaitons poursuivre le travail qui a été mené sur les Violences Sexistes et Sexuelles (VSS). Nous proposons d’améliorer la formation à la sensibilisation en petits groupes plutôt que sur Zoom, et de l’accroitre pour les responsables associatifs qui sont bien souvent seul face à ces problèmes.
Sur la cohésion et la vie associative, nous souhaitons créer un budget participatif, un peu sur le modèle de la Mairie de Paris afin de financer des associations et des projets de vie étudiante. L’idée serait de mieux utiliser la CVEC parce qu’elle représente un effort financier important pour les étudiants et qu’on ne sait pas toujours clairement à quoi sont alloués les fonds récoltés.
Pour finir sur le bien-être, la santé et l’épanouissement, nous réclamons la mise en place d’un psychologue joignable à distance pour les étudiants en 3ème année qui sont bien souvent confrontés à des situations difficiles où ils peuvent se sentir seuls, abandonnées. Et c’est la responsabilité de Sciences Po qui les envoie à l’étranger de pouvoir les accompagner sur le plan de la santé mentale si besoin.
Pour rebondir sur ce dernier aspect de la santé mentale, la crise sanitaire a révélé un mal-être chez beaucoup d’étudiants de Sciences Po. Est-ce suffisant de se concentrer sur les 3A alors que tous en ont souffert ? Préconisez-vous d’autres mesures pour les autres ?
Nous avons commencé par les étudiants de troisième année parce qu’aujourd’hui rien n’existe pour eux. Mais il faudrait également augmenter les moyens alloués au Pôle santé du campus de Paris, qui sont aujourd’hui insuffisants. Il y a également une vraie inégalité entre les campus qu’il faudrait corriger. Il faudrait qu’il y ait au moins un psychologue disponible toute la semaine sur les campus en région. Pour celui de Paris, il faudrait renforcer les effectifs pour qu’il y ait une offre vraiment suffisante par rapport à la demande.
Par rapport à l’écologie, vous dites vouloir mener Sciences Po à être une école « zéro carbone ». Concrètement, que comptez-vous faire pour atteindre cet objectif ?
Nova défend une ambition zéro carbone à l’horizon 2030. Il y a trois paliers à atteindre pour mener à bien cette ambition. L’objectif est d’atteindre aujourd’hui le 1, à terme le 2, puis le 3. C’est vraiment très complexe et c’est pour cela que nous avons présenté une feuille de route à l’administration dans laquelle nous détaillons la manière dont on ambitionne le zéro carbone. Il s’agit d’abord de faire un travail majeur sur les sites afin de réduire au maximum leur empreinte carbone. C’est une rénovation des bâtiments, une meilleure optimisation des flux chaud-froid l’hiver et l’été. C’est ensuite une politique de compensation carbone à la hauteur des besoins de Sciences Po. Nous proposons également de privilégier des labels reconnus, une compensation des forêts françaises à proximité des campus et revoir la politique transport. Il nous paraît aujourd’hui aberrant d’envoyer des enseignants en avion à Menton pour une journée de cours, et cela nécessaire de développer une faculté permanente adossée à chaque campus, et de meilleures synergies avec les universités autour.
Pour atteindre la neutralité carbone, faudrait-il aussi envisager de reconsidérer la 3A à l’étranger pour laquelle beaucoup d’étudiants prennent l’avion pour se rendre à l’autre bout du monde ?
C’est vrai que la neutralité carbone nécessite d’envisager vraiment l’ensemble des empreintes carbones de Sciences Po. Je pense que revenir sur le principe de la 3e année même pour des impératifs écologiques serait risqué. Néanmoins, encourager les étudiants à utiliser des mobilités plus douces, à prendre le train lorsqu’ils le peuvent, à se déplacer autrement, c’est quelque chose que Sciences Po doit faire, et c’est aussi l’intérêt des cours sur l’écologie : c’est irriguer la formation à l’écologie pour les étudiants. Mais je pense qu’ils sont déjà très alertes et informés, et c’est très bien comme ça.
Passons à la précarité étudiante. Les distributions alimentaires Linkee sur le campus Saint-Thomas octobre ont battu des records cet octobre en termes de fréquentation. Avec l’inflation, on peut s’attendre à ce que les étudiants soient encore plus fragilisés financièrement que d’habitude. Que comptez-vous faire ?
La précarité étudiante est un sujet national conjoncturel, mais plus largement systémique. C’est quelque chose qui a été mis en lumière pendant la crise sanitaire mais qui existait déjà. Ce que nous avons fait à l’échelle de Sciences Po en lien avec l’administration, c’est développer ces dispositifs de distribution solidaire. Dès la crise sanitaire, nous nous sommes tournés vers l’association Cop1 de la Sorbonne. On a aussi de longue date, défendu la création d’une épicerie solidaire, ce qui a été mis en place avec la Grenade il y a deux ans maintenant. En Conseil, nous nous assurons que la CVEC lui soit constamment dédiée pour qu’elle bénéficie à un nombre maximal d’étudiants. Je pense que la CVEC peut vraiment être un outil pour renforcer cela.
Nous demandons aussi la mise en place d’un budget pluriannuel de 3 à 4 ans pour la Commission de suivi sociale afin d’octroyer des baisses de frais de scolarité aux étudiants qui peuvent en bénéficier légitimement. J’y ai siégé les deux dernières années, et déjà le budget était insuffisant. Plusieurs fois, j’ai refusé de siéger si on ne l’augmentait pas, et il a été augmenté en conséquence. Le problème c’est qu’il est alloué pour une année, donc les étudiants qui demandent des baisses de scolarité en septembre ont plus de chances de les obtenir que ceux qui les demandent en août. C’est complètement inégalitaire et assez absurde.
Par rapport à la praticabilité du nouveau campus Saint-Thomas d’Aquin, beaucoup d’étudiants se plaignent de dysfonctionnements, avec un nombre de places insuffisantes à la bibliothèque, des files d’attentes interminables à la cafétéria, etc. Avez-vous déjà fait remonter ces problèmes à l’administration ? Que comptez-vous proposer ?
Nous avons maintenant à peu près un an de recul sur l’appropriation du campus, avec une particularité qui est que le premier semestre de l’année à Sciences Po est généralement plus en tension puisque beaucoup d’étudiants de master sont en stage au deuxième semestre. Et l’on observe effectivement une véritable tension ce premier semestre. Le campus est magnifique, il offre des conditions de travail assez incroyables aux étudiants. Il y a des choses qui sont très bien, notamment la mise en place du guichet unique au 13 rue de l’Université, qui était une demande que nous avions depuis longtemps et qui a été respectée. Par contre, il y a vraiment des choses qui ont été mal conçues, et les étudiants sont d’une certaine manière les grands perdants de ce campus. Les espaces dédiés aux étudiants sont en sous-sol et sans fenêtre, il y en a moins que pour les enseignants et les chercheurs. Il est encore temps de rééquilibrer cela. C’est pour ça que nous avons fait remonter à l’administration dès la rentrée les tensions que nous avons pu constater, notamment à la bibliothèque ou sur les salles de travail. On peut clairement optimiser la bibliothèque, il y a des espaces vides où l’on peut rajouter des tables. Il y a des salles de cours qui sont souvent vides, mais qui restent fermées. Il faut pouvoir les ouvrir et les mettre à disposition des étudiants en dehors des heures de cours. Nous proposons de mettre en place un système de réservation où l’on aurait de la visibilité sur les salles vides comme dans une entreprise où l’on peut réserver des salles de réunion.
Quant à la cafétéria, nous ne pouvons pas faire grand-chose en termes d’espace. En revanche, ce n’est pas normal qu’il n’y ait qu’une seule caisse ouverte la plupart du temps et ça nous l’avons fait remonter à la direction de l’immobilier et au Crous. Ce n’est pas normal et Sciences Po doit faire pression sur le Crous.
Dans leur ouvrage Une Jeunesse engagée, Anne Muxel et Martial Foucault ont montré que les étudiants de Sciences Po se positionnaient en majorité à gauche, voire à l’extrême-gauche de l’échiquier politique. Nova, que vous avez crée il y a 5 ans dans le courant de l’élection d’Emmanuel Macron se veut « ni de droite, ni de gauche », et apolitique. Alors, est-ce vraiment bonne stratégie d’être apartisan aujourd’hui ?
Je pense qu’il faut vraiment différencier la politisation des étudiants de Sciences Po et leur volonté d’avoir des organisations représentatives étudiantes apolitiques. Ce que veulent les étudiants, c’est plus de caisses aux Crous, plus de prises électriques dans les amphis, un campus plus vert, des masters sur l’écologie, des espaces de travail. Et tout cela, c’est complètement indépendant de leur affiliation partisane. Ils peuvent être de gauche, de droite, du centre ou pas du tout engagés politiquement, et ils se mettent tous d’accord là-dessus. Et c’est de cette idée qu’est né Nova : apporter des solutions concrètes au quotidien des étudiants, quelle que soit leur affiliation politique.
Et je pense que l’érosion des syndicats partisans à Sciences Po montre que ce modèle est en perte de vitesse. Les étudiants en ont marre des polémiques politiciennes et des sujets nationaux. Ils préfèrent des élus qui soient engagés au quotidien pour améliorer leurs conditions de travail et de vie. Parce que Sciences Po c’est aussi un espace de vie.
Beaucoup vous reprochent votre proximité non avouée avec Renaissance ! (LREM). Votre ligne est en soi la même que celle de LREM, et beaucoup de vos représentants ont soutenu Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle de 2022. Que répondez-vous à cela ? Reconnaissez-vous une proximité avec le parti présidentiel ?
Je pense que la meilleure réponse que l’on puisse faire à cette critique – que l’on nous fait depuis cinq ans alors qu’il est à la fois clair dans nos statuts, notre charte des valeurs que nous sommes indépendants de toute affiliation partisane – c’est qu’il suffit de regarder notre liste, regarder nos élus étudiants, regarder les étudiant qui sont engagés à Nova. Nova présente aujourd’hui la liste la plus diverse, c’est la seule liste 100% Sciences Po. C’est la seule liste qui présente des étudiants engagés politiquement, non-engagés politiquement, engagés associatifs. Regardons nos élus actuels, nous avons effectivement des étudiants engagés chez Amnesty, En Marche, la France insoumise, les MJS, EELV, ainsi que des LR. Nous avons aussi des étudiants internationaux qui sont de fait plus éloignés du système politique. Nos étudiants sont de tous les campus, de tous les partis politiques, de tous les engagements. Nous avons des étudiants qui défendent des causes écologiques, des représentants des Jeunes pour le climat, des militants pour l’inclusion. Nous avons des étudiants qui étaient à la marche contre la vie chère, et nous avons des étudiants qui étaient engagés pendant la campagne d’Emmanuel Macron. Ce qui compte c’est la diversité, et c’est là la force de Nova.
Note de La Rédaction : les interviews des listes candidates sont publiées sans ordre particulier. Leur publication dépend uniquement de leur date de réalisation et donc de la disponibilité des syndicats.
]]>La gouvernance de Sciences Po repose sur un modèle hybride :
Le Conseil de l’Institut (CI) administre Sciences Po. Il comprend 22 membres élu·e·s des différents collèges électoraux (enseignant·e·s, doctorant·e·s, étudiant·e·s, personnel·le·s), dont huit étudiant·e·s. Il comprend également dix autres membres non élus (direction, représentant·e·s extérieur·e·s…).
Le Conseil de la vie étudiante et de la formation (CVEF) a un rôle institutionnel moins important. Il est décisionnaire sur la vie étudiante, mais consultatif sur la pédagogie. C’est également lui qui a la charge des commissions disciplinaires, avec les étudiants du CI. Il comprend huit représentant·e·s enseignant·e·s, huit représentant·e·s étudiant·e·s et deux représentant·e·s du personnel. Historiquement, il est la continuation de la commission paritaire, résultat direct des événements de mai 68 à Sciences Po. Cette dernière était pensée comme une instance de cogestion par les usagers de Sciences Po (étudiant·e·s, enseignant·e·s, salarié·e·s).
Dans les différentes instances, le rôle des représentant·e·s des étudiant·e·s est multiple : non seulement il porte les voix et revendications de la communauté étudiante, mais il est également important dans les « groupes de travail », organes aussi discrets que décisifs dans l’évolution des négociations. La confidentialité des échanges tranche avec ceux des instances, dont les procès-verbaux sont publics. Le poids électoral et institutionnel y est capital pour pouvoir peser dans les décisions.
Les récentes élections d’octobre marquent un tournant dans l’histoire syndicale de l’institution : outre un contexte sanitaire inouï, les organisations historiques (UNI et UNEF) signent des résultats parmi leurs plus faibles depuis 20 ans. De l’autre côté, Solidaires Étudiant-e-s n’a jamais eu autant de suffrages sur la même période (résultat en % des votants multiplié par 2 en 4 ans), et NOVA, liste se présentant comme transpartisane, s’installe dans le paysage syndical, sans pour autant y être majoritaire (pratiquement un tiers des votants, augmentation de 33% depuis la dernière élection).
Néanmoins, l’équilibre politique reste inchangé : comme à la dernière mandature, cinq sièges sur huit sont tenus par des organisations syndicales classées à gauche. De plus, la participation n’a pas significativement évolué. Malgré cette permanence, le tableau dessiné par l’élection laisse entrevoir une radicalisation de cet équilibre politique, l’UNEF devant cette fois-ci s’appuyer sur deux sièges de Solidaires Étudiant-e-s dans les rapports de force, si l’on exclut l’hypothèse d’une alliance avec NOVA.
De son côté justement, NOVA a raté son troisième siège de peu : si Solidaires Étudiant-e-s avait eu 50 suffrages de moins, NOVA aurait eu l’égalité en sièges avec l’UNEF, compte tenu de la règle de répartition des sièges selon le plus fort reste. Grosso modo, c’est l’équivalent de deux triplettes, ou d’un étage de la bibliothèque du 27 rue Saint Guillaume, hors restrictions sanitaires.
Une double percée minoritaire, une majorité affaiblie, des rapports de force recomposés, voilà pour le contexte. Le renouvellement des instances appelle à un renouvellement de différents postes, notamment dans les commissions.
Conformément aux textes, l’UNEF conserve ses deux sièges au CA de la FNSP en tant que liste majoritaire, ce qui lui permet – a minima – une importante tribune concernant les orientations stratégiques et financières de Sciences Po.
Au CVEF, la présidence est partagée entre une présidence enseignante et une présidence étudiante. Depuis des dizaines d’années, l’usage implique que c’est la liste ayant obtenu le plus de suffrages obtient la présidence étudiante. Lundi 16 novembre 2020, c’est la tête de liste de NOVA qui est élue, avec les voix des enseignants, contre les 5 voix des élus UNEF et Solidaires Étudiant-e-s.
Le lendemain matin, mardi 17 novembre, le CI a élu comme vice-président étudiant la tête de liste de NOVA, confirmant la dynamique de la veille de laisser une place particulière à la nouvelle organisation syndicale. Seuls certains enseignant·e·s, les doctorant·e·s et les 5 élu·e·s étudiant·e·s UNEF et Solidaires Étudiant-e-s ont soutenu la candidature de l’UNEF. Précisions ici que dans les instances universitaires, ce sont souvent des élu·e·s minoritaires qui deviennent vice-président·e·s, mais, là encore, ce n’était pas l’usage à Sciences Po.
Ces deux élections marquent ainsi un changement institutionnel à Sciences Po : une place plus importante, voire décisive, est accordée à une liste minoritaire. Dans certains rapports de force d’envergure, la majorité électorale devient une minorité institutionnelle.
Des attentes conformes à l’usage, des bouleversements à la suite des élections. Reste qu’il est important de souligner que l’usage n’est pas la norme. L’usage requiert également un processus de négociations, de discussion avec les autres membres des conseils, pour obtenir les voix nécessaires. C’est, peut-être, l’un des points qu’il s’agirait d’interroger dans ce renversement. Mais il n’est pas le seul.
Cette double élection est-elle uniquement symbolique ? C’est tout le contraire : elle s’accompagne de multiples conséquences pratiques. Le changement d’orientation syndicale à ces postes peut suggérer des évolutions profonde dans la nature des projets qui seront engagés.
La présidence du CVEF a la main sur l’ordre du jour, et sur la conduite des débats durant les séances. La présence d’un·e élu·e étudiant·e permet d’orienter une partie de l’ordre du jour, selon les souhaits qui lui sont propres.
Le changement de présidence au CVEF et de vice-présidence au CI marque aussi un changement de la présence syndicale dans la commission de suivi social, organe chargé d’accorder des exonérations de frais de scolarité en fonction des situations. La précarisation du corps étudiant, du fait de la crise en cours, fait que cette commission est plus que jamais stratégique dans l’action que peut avoir un syndicat, puisque ce sont ses représentant·e·s qui y défendent les étudiant·e·s.
Avec plus de recul, il aurait été possible d’anticiper une telle crise pour le syndicat historique de Sciences Po. Les événements de cette semaine sont le résultat d’un processus d’affaiblissement progressif depuis plusieurs années. Une série de départs puis une scission ont conduit à affaiblir la section locale, autant dans la compétence de sa force militante que sa capacité de structurer l’opinion publique étudiante.
Une autre raison invoquée par certains acteurs ayant porté leurs voix pour NOVA serait l’insuffisance de sérieux dont certain·e·s élu·e·s issu·e·s de la liste UNEF auraient fait preuve à la fin de la mandature précédente. Des mises en retrait en partie dû à des désengagements progressifs, résultat d’un désenchantement des possibilités finalement restreintes de changement. De plus, depuis quelques mandats, plusieurs vice-président·e·s et président·e·s étudiants UNEF se sont inscrits en rupture avec la tendance majoritaire du syndicat, générant un manque de confiance vis-à-vis de l’administration.
Autant de phénomènes ayant conduit à accélérer l’ascension d’une nouvelle génération de militants, et à générer du scepticisme auprès des autres acteurs. En ce sens, ce renouvellement s’est aujourd’hui payé au prix fort, celui qui a préféré une élue NOVA minoritaire déjà présente depuis deux ans au CVEF à une primo-élue UNEF majoritaire. Mais cette différence peut-elle justifier un tel renversement institutionnel ?
L’apparition d’une nouvelle organisation syndicale à Sciences Po n’est pas un événement majeur. Très régulièrement, des nouvelles listes se portent candidates, au côté des organisations syndicales traditionnelles comme l’UNI, l’UNEF ou plus récemment Solidaires Étudiant-e-s. Il y a quelques années, ce fut le cas du syndicat international The Alliance, depuis plus de deux ans c’est le cas de NOVA.
Le développement rapide de cette nouvelle organisation interroge, d’autant que la crise traversée par l’UNEF n’est pas suffisante pour expliquer une telle dynamique. Le discours de NOVA séduit, aujourd’hui presque un tiers des votants, il répond à une certaine demande de la communauté étudiante. Ces postes viennent lui apporter une nouvelle reconnaissance.
De plus, ces votes apparaissent comme un soutien institutionnel à une organisation syndicale, dont les raisons sont visiblement autres que la légitimité électorale. Si la majorité des membres des conseils se sont exprimés en faveur des candidatures de NOVA, quelles en seraient les raisons ? Les témoignages publics, puis les publications des procès-verbaux dans quelques mois, pourraient apporter des éléments de réponse à un surprenant coup de force car, faute d’argument démocratique, l’institution s’en est remise à autre chose. Et c’est cette inconnue qui, aujourd’hui, crée le scandale dans le milieu syndical.
La répartition du pouvoir dans les instances dirigeantes n’est ni systématique, ni acquise. Au contraire, elle fait l’objet de tractations, souvent imperceptibles par la communauté étudiante. Elle fait pleinement partie de la politique syndicale, et implique forcément un rapport idéologique, puisque les manœuvres se fondent sur des stratégies, conscientes ou inconscientes. Et l’indépendance partisane ne doit pas invisibiliser le caractère logiquement politique de ces fondements.
Les stratégies ayant menées à la double victoire de NOVA, conduite par différents agents, seraient à interroger en miroir des forces ayant soutenu les candidatures de l’UNEF. Avec, en filigrane, la question du caractère démocratique, légitime, et évidemment d’efficience de ces stratégies. Car, outre les importants enjeux de valeurs que chacune des stratégies choisies soulève, témoignant d’une conception singulière du respect des institutions, il serait également pertinent de questionner les choix d’efficacité stratégique choisie par chacune des organisations.
La responsabilité d’un tel événement est-elle imputable au système tout entier, ou au comportement de certaines organisations ? On serait tenté·e d’exclusivement jeter l’opprobre sur l’une ou sur l’autre, soutenir la légitime contre la légale, présenter l’administration contre la communauté étudiante. Or, la réalité est bien plus complexe que cela. Elle est le résultat de dynamiques de fond du tissu politico-syndical sciences-piste, souvent invisibles, conjuguées à des circonstances favorables à la réunion d’intérêts communs.
NOVA, et par extension leurs soutiens, ont franchi une frontière, ont déplacé les limites de l’acceptable. Lorsqu’une institution sociale s’affaire à une telle redéfinition sans auparavant obtenir une forme de validation collective, sans au moins le communiquer à la communauté, il ne reste plus grand-chose dans lequel croire. Le danger apparaît quand il devient possible de ne plus rien attendre d’une institution.
Nommons clairement le problème : c’est la disruption, comme rupture inattendue des attentes démocratiques dans un système qui crée les conditions d’un rejet. Et NOVA ne doit pas être vue comme l’unique responsable, loin de là. L’imputabilité, tout comme la responsabilité qui nous revient, est collective, car il a été choisi de charger une minorité d’étudiant·e·s de se saisir de la question politique, et cette minorité s’est repliée sur elle-même. À nous de rouvrir le champ des possibles.
On pourrait supposer que les élu·e·s, nos élu·e·s, investis par les urnes, remplissent leurs mandats comme iels l’entendent, dont nous aurions à accepter aveuglément cette délégation. Mais on pourrait aussi appeler à une meilleure transparence de l’action syndicale dans les instances, afin de restaurer la confiance dans les institutions de la vie étudiante, et stimuler la participation active de la communauté étudiante sur les questions qui les concernent. Mais cela nécessiterait une presse étudiante plus active sur ces sujets, une meilleure structuration syndicale, un engagement étudiant plus coordonné que de simples échanges sur les réseaux sociaux. En clair : une motivation collective à faire de la politique.
Toutes ces conditions sont, hélas, loin d’être remplies. À moins d’un sursaut de la communauté étudiante, il faudra s’attendre dans un tel contexte à ce que des événements de ce type se reproduisent, au risque de développer de nouveaux antagonismes répondant bien plus à l’indignation de l’instant qu’à un souhait de transformation durable de nos conditions matérielles d’études.
]]>En 2020, les étudiant.es ont dû choisir huit représentants au Conseil de l’Institut et huit autres au Conseil de la vie étudiante et de la formation. Comment définir ces deux instances ?
Le Conseil de l’Institut est chargé de l’administration de l’IEP (à distinguer de la Fondation nationale des sciences politiques, l’ensemble des deux formant Sciences Po). Ce Conseil est composé de 32 membres : 22 membres élus, 5 membres de droit et 5 personnalités extérieures. Parmi les membres élus, on compte un.e représentant.e pour les doctorant.es et huit représentant.es pour le reste des étudiant.es, élu.es pour deux ans.
Le Conseil de la vie étudiante et de la formation a quant à lui « un rôle décisionnel en matière de vie étudiante et un rôle consultatif en matière de pédagogie. Il est compétent en matière disciplinaire. »[1] Il est composé de 18 membres, dont huit représentant.es des étudiant.es (doctorant.es compris.es).
Pour les deux Conseils, quatre listes étaient proposées aux étudiant.es : Sciences Po Écologique et Solidaire – Unef et associations ; Solidaires étudiant-e-s (et doctorant-e-s pour le CVEF), le syndicat de luttes et de quotidien ; NOVA – Écologie, Égalité, Pluralisme ; UNI pour Sciences Po. Les différentes listes ont mené campagne sur le campus durant les semaines précédant le scrutin mais également en ligne. Quelques jours avant l’ouverture du vote, les étudiant.es ont reçu par mail les instructions nécessaires au bon déroulement de l’élection, ainsi que les messages de campagne des candidats et candidates.
Au terme de ces trois jours de vote, les résultats pour les représentant.es des étudiant.es sont les suivants :
Conseil de l’Institut
Conseil de la vie étudiante et de la formation
Au-delà des enjeux antérieurs à la situation sanitaire actuelle, comme la question des frais de scolarité, la pandémie de Covid-19 et maintenant le retour du confinement sont synonymes d’enjeux nouveaux pour les élu.es entrant.es. Aménagements de scolarité, conditions de validation et de travail, respect des mesures sanitaires, situation des 3A : autant de problématiques au cœur de l’action des élu.es depuis mars dernier et qui demeurent sur la table cette année. Cependant, les particularités de la crise sanitaire ne doivent pas faire oublier d’autres enjeux importants, comme la précarité étudiante ou la lutte contre les discriminations, préoccupations notamment évoquées par les différentes listes lors du débat organisé le 15 octobre dernier.
Avec le reconfinement, point de présence en péniche pour les représentant.es, pour qui 2020 assoit définitivement l’importance de la communication électronique. C’est donc une nouvelle mandature sous le signe de la représentation « en distanciel » et des gestes barrières qui débute cet automne.
[1] https://www.sciencespo.fr/%C3%A0-propos/gouvernance-budget#L’IEP%20de%20Paris
]]>Malheureusement, étant donné la situation de crise sanitaire, nous n’avons pas pu mener à terme cette série de photos. C’est pour cela qu’il y a une surreprésentation de certains syndicats par rapport aux autres, notamment Solidaires. Mais, pour reprendre les mots de Giles Duley, photojournaliste anglais, « on ne finit jamais de raconter une histoire ». Nous espérons donc reprendre ce travail de documentation concernant les élections syndicales dès la réouverture des portes de Sciences Po.








Les 17, 18 et 19 mars prochains, les représentants étudiants seront renouvelés au sein du Conseil de l’Institut et du Conseil de la vie étudiante et de la formation, chaque Conseil accueillant respectivement huit représentants.
Parce que les élections syndicales étudiantes approchent à grands pas et qu’il n’est pas facile de choisir pour quel syndicat étudiant voter, la Péniche a reconstitué l’historique des organisations en compétition.
Depuis longtemps installée dans le paysage syndical, l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) se revendique aujourd’hui être un syndicat “indépendant des administrations, des partis politiques et des gouvernements.” Cependant, il demeure historiquement situé à gauche, très proche de la gauche socialiste et compte même dans ses rangs des partisans de l’extrême gauche.
L’UNEF est créé en 1907 et est depuis plus d’un siècle une organisation étudiante très influente ; il s’agit aujourd’hui de l’une des premières organisations étudiantes françaises.
À l’origine, l’UNEF est une organisation apolitique et asyndicale dont le seul but est d’être la porte-parole des étudiants dans les organes de décisions. Après 1945, l’organisation se politise, s’organise en syndicat et se rapproche notamment de la Gauche. Une importante scission du syndicat s’opère dans les années 1970. En 2001, deux organisations revendiquent le nom de l’UNEF : l’Union nationale des étudiants de France – Indépendante et démocratique (UNEF-ID), où sont représentés l’essentiel des courants de la gauche sauf ceux liés au Parti Communiste Français, et l’UNEF dite Solidarité Étudiante (UNEF-SE), dirigée notamment par des étudiants issus de l’organisation politique l’Union des Etudiants Communistes (UEC). Si beaucoup des militants sont partisans d’une unification des deux organisations, chez l’UNEF-SE certains y sont totalement opposés. Après plusieurs rapprochements, le 24 juin 2001, une assemblée générale réunissant les deux unions syndicales aboutit à la fusion de l’UNEF-ID et de l’UNEF-SE sous le nom de l’UNEF dont l’ancienne présidente de l’UNEF-ID Carrie Seiler reprend la direction. En mai 2019, 86 militants de l’organisation issus de la Tendance unité et action syndicale (TUAS) quittent l’UNEF pour cause de désaccord. Suite à cette séparation, ces militants fondent la Fédération syndicale étudiante (FSE). Il s’agit de “la première scission [de l’UNEF] sur sa gauche depuis la réunification du mouvement en 2001”.2
L’Union Nationale Inter-universitaire, créée en 1969, est une organisation étudiante traditionnellement proche de la droite.
Elle se présente même comme « le fer de lance de la droite dans le combat des idées et des valeurs. » Avec son slogan « Par l’Éducation, pour la Nation » et son journal L’Action Universitaire, l’UNI revendique vouloir lutter contre “La mainmise de la gauche sur la jeunesse, le monde associatif et l’éducation”
Si nombre des membres de l’UNI sont des membres du parti Les Républicains (LR) et que certains adhèrent même au Rassemblement National (RN), le syndicat revendique son indépendance vis à vis des partis politiques, malgré un appel au vote en faveur du parti LR au moment des élections européennes notamment, et rejette également tout lien avec des organisations d’extrême-droite.
L’organisation est fondée en 1969 sous l’impulsion d’un professeur de Paris IV à la suite des évènements de mai 1968. Selon François Audigier, universitaire spécialiste du gaullisme et auteur d’un ouvrage intitulé Histoire du SAC (Service d’Action Civique) paru en 2003, l’UNI aurait été fondée à la suite d’un entretien dans le bureau de Jacques Foccart à l’Elysée. La réunion fondatrice aurait même eu lieu dans le bureau du patron du SAC, « association ayant pour but de défendre et de faire connaître la pensée et l’action du général de Gaulle » créée à l’origine pour constituer une « garde de fidèles » dévouée au service inconditionnel du général. Selon lui, l’UNI est initialement créée dans le but de « Lutter contre la loi Faure en préparation. Celle-ci multipliait, à leurs yeux, les compromis à l’adversaire (la gauche étudiante) et créait du désordre au lieu de rétablir l’autorité dans les universités».
Le parti gaulliste RPF, puis le RPR de Chirac et enfin l’UMP soutiendront ouvertement l’UNI ce qui permit à l’organisation syndicale de s’imposer rapidement dans les facultés françaises.
Solidaires étudiant.e.s – syndicats de luttes est une fédération de syndicats étudiants français, membre de l’Union syndicale Solidaires (SUD). S’inscrivant dans le syndicalisme de lutte, elle se veut être un outil d’unification du syndicalisme de lutte étudiant. L’organisation est réputée pour être proche de la gauche radicale, mais se dit avant tout attachée à l’indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques.
L’organisation étudiante est née en 2013 de la fusion de deux syndicats. D’une part, la Fédération syndicale étudiante (FSE) fondée 2000 et issue de structures dissidentes de l’UNEF refusant de fusionner avec l’UNEF-ID. Et d’autre part, l’organisation Sud étudiant, appelée SUD (pour « solidaires, unitaires, démocratiques »), créée en 1996 dans le sillage des grèves de 1995 contre le Plan Juppé.
Les deux organisations se disent en lutte pour la reconnaissance des droits de tous et pour la transformation sociale. En 2006 et 2008, SUD Étudiant et la FSE, avant même d’être unifiés, s’étaient engagés ensemble dans les mouvements contre la loi pour l’égalité des chances et contre la loi relative aux libertés et responsabilités des universités. Ainsi les deux organisations coopéraient depuis plusieurs années sur plusieurs domaines, notamment la lutte contre la précarité étudiante.
NOVA était le petit nouveau du paysage syndical de Sciences Po en 2018 et commence à s’affirmer parmi le reste de la cohorte. Seul candidat à n’être présent qu’à Sciences Po, l’organisation étudiante se veut “au-delà des clivages partisans et des étiquettes”. L’orientation idéologique de NOVA peut se résumer par son slogan : “Écologie, Égalité, Pluralisme”. Le syndicat définit revendique aussi une méthode qui lui est propre, à la fois “participative” “constructive” et “transpartisane”.
L’idée de NOVA est celle d’un étudiant de 3A souhaitant “proposer une alternative à l’UNEF et à l’UNI.” Quelques mois avant les élections de 2018, une “équipe de gens de tous horizons” se constitue pour mettre en place le projet avec un programme se voulant notamment novateur et “résolument tourné vers l’écologie”. Ainsi, en 2018, ils présentaient un programme fondé sur quatre piliers “nourrir une ambition d’égalité, c’est notre pilier social ; organiser, enfin, la baisse des frais, c’est notre pilier économique ; vouloir une école durable, c’est notre pilier écologique ; et assurer à chacune et chacun respect et épanouissement, notre pilier sociétal.” Deux ans plus tard, NOVA compterait dans ses rangs, selon son président, “une cinquantaine de personnes mobilisées sur tous les campus et dans toutes les promotions”.
Crédit image : Sciences Po
Sources
1. UNEF, “La démarche de l’UNEF”, 3 mai 2017 consulté le 15/03/2020 http://unef.fr/2017/05/03/la-demarche-de-lunef/
2. “La Fédération syndicale des étudiants fait scission avec l’Unef” de Kim Hullot-Guiot pour Libération, publié le 28 mai 2019, consulté le 15/03/2020 https://www.liberation.fr/france/2019/05/28/la-federation-syndicale-des-etudiants-fait-scission-avec-l-unef_1730123
3. Site internet de l’UNI, https://www.uni.asso.fr/spip.php?rubrique3 consulté le 11/03/2020
4. Loi Faure du 12 novembre 1968 ayant pour but de faire des universités de véritables établissements autonomes et pluridisciplinaires. Avec notamment la création d’un « Conseil universitaire », le CNESER auquel participent notamment des délégués des étudiants.
5. page 142 de l’ouvrage Histoire du S.A.C : La Part de l’Ombre du Gaullisme
6. Le syndicalisme de lutte est une doctrine syndicale qui considère que l’action et la mobilisation (par la grève notamment) priment sur la négociation pour obtenir des avancées sociales. Il s’oppose au syndicalisme réformiste qui privilégie la négociation et le dialogue social.
7. Interview de NOVA pour l’article “Élections syndicales : que proposent les listes candidates ?” de Alice Bergoënd, publié par La Péniche le 8 mars 2018
8. Programme de NOVA pour les élections des 17, 18 et 19 mars 2020.
9. Les propos cités sont ceux du fondateur de NOVA, recueillis par La Péniche.
10. “Élections syndicales : que proposent les listes candidates ?” de Alice Bergoënd, La Péniche, 8 mars 2018