mobilisation – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 30 Jun 2023 12:45:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png mobilisation – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Tribune inter-IEP : Pour des Sciences Po à la hauteur des enjeux écologiques https://www.lapeniche.net/tribune-inter-iep-pour-des-sciences-po-a-la-hauteur-des-enjeux-ecologiques/ Fri, 22 May 2020 08:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40633 La crise sanitaire que nous vivons rappelle la vulnérabilité de notre modèle de civilisation, déjà fragilisé par la crise écologique et sociale. Au vu de l’urgence, les Sciences Po doivent s’engager dans une transition écologique concrète, ambitieuse et collective. Les Sciences Po, qui aspirent à former leurs étudiant.e.s aux grands enjeux contemporains, doivent prendre en compte les enjeux écologiques, sociaux et démocratiques. Ils ont la responsabilité d’agir, dès aujourd’hui, pour engager, au sein de l’enseignement supérieur, une transition écologique concrète et planifiée. Depuis des décennies, la communauté scientifique, relayée par la société civile, nous alerte. Plus que jamais, nous devons engager un changement conséquent de nos modes de vie. Or, jusqu’ici, les efforts faits à la marge ne sont pas suffisants pour atteindre les objectifs des accords internationaux et rectifier la trajectoire écocidaire sur laquelle nous nous sommes engagé·e·s. Le temps des petits pas est désormais révolu.

Artificialisation des sols, réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, inégalités climatiques : la crise écologique et sociale fait désormais partie de notre quotidien. Il est temps d’agir. Collectivement. Face à la mesure du changement à atteindre, nous appelons nos établissements à prendre leurs responsabilités et à agir de manière participative et concrète.

Avec le concours d’associations et de collectifs, les étudiant·e·s s’activent déjà depuis de nombreuses années afin de faire évoluer les pratiques de leurs écoles respectives, sensibiliser à la crise écologique et sociale mais, surtout, montrer qu’une autre voie est possible.

 Nous souhaitons aujourd’hui répondre à l’appel lancé par les étudiant.e.s de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye pour une convergence des mouvements écologistes dans tous les Sciences Po. Pour ce faire, nous avons constitué un collectif composé de l’ensemble des associations écologistes des Sciences Po. De manière concertée, nous avons donc établi une liste de 10 propositions à mettre en œuvre d’urgence. 10 propositions pour une transition écologique concrète et planifiée. 10 propositions pour que les Sciences Po soient enfin à la hauteur des enjeux écologiques.

Pour une gouvernance écologique, inclusive et éthique

1. Écrire une Charte contraignante et commune à tous les Sciences Po, faisant des enjeux écologiques et sociaux une de leurs priorités. Conditionnée à la participation de la communauté étudiante, enseignante et des membres du personnel ; la rédaction de la Charte doit être précédée de la réalisation d’un « Grand Baromètre » de l’établissement (créé par le collectif Pour un réveil écologique).

2. Rédiger, ou mettre à jour, le « Plan Vert » (loi Grenelle I, 2009). Celui-ci doit être rédigé ou mis à jour par le Comité mentionné dans la proposition 4, et reprendre les éléments déjà établis par le Référentiel et le Canevas de « Plan Vert » en établissant des objectifs précis. Il doit faire l’objet d’une révision régulière, adaptée aux spécificités de chaque campus.

3. Créer dans chaque campus des Sciences Po, selon le mode de gouvernance correspondant, un poste de chargé·e de mission de la transition écologique, aux compétences décisives. Accompagné·e du comité mentionné dans la proposition 4, iel sera chargé·e de mettre en œuvre le « Plan Vert » (loi Grenelle 1, 2009) de l’établissement. Membre du Conseil d’Administration, iel veillera à ce que toutes les décisions soient désormais pensées à travers le prisme des enjeux écologiques et sociaux.

4. Créer un comité de planification de la transition écologique et sociale, chargé d’élaborer le « Plan Vert » de l’établissement et de contrôler sa mise en œuvre. Il serait composé à ⅓ d’étudiant·e·s, ⅓ de membres de l’administration (direction, équipe pédagogique, équipe administrative, membres du personnel) et ⅓ de scientifiques extérieur·e·s à l’établissement.

Pour un enseignement et une recherche à la hauteur des enjeux écologiques

5. Intégrer les enjeux écologiques et sociaux à tous les enseignements. Il s’agit également d’inclure dans les maquettes fondamentales, de manière obligatoire, des enseignements sur les enjeux actuels afin de nous préparer aux défis du XXIème siècle. Nous attendons un corpus sur les limites planétaires et l’écologie scientifique, sur les humanités environnementales, sur l’histoire, l’économie et les pensées écologiques ; avec une attention particulière portée aux problématiques sociales. Il serait établi sur l’ensemble des années de formation des étudiant·e·s. Ouvrir le champ des projets professionnels en relation avec la transition écologique et sociale aux étudiant·e·s dès la 1ère année.

6. Créer un pôle de recherche liant les sciences sociales et l’écologie, qui serait commun aux Sciences Po et à des établissements de recherche dans le domaine des sciences de la Terre et du vivant.

7. Développer des partenariats avec des établissements de l’enseignement professionnel, technologique et d’ingénierie afin d’adopter une approche pluridisciplinaire dans une démarche écologiste et sociale, notamment dans les domaines suivants : rénovation thermique, conservation de la nature, paysages, gestion de l’eau et méthodes de recyclage.

Pour des campus éco-responsables

8. Décarboner les activités des Sciences Po, en réalisant notamment dans chaque campus un bilan carbone annuel public qui ne reste pas lettre morte, ainsi qu’une réduction des déplacements obligatoires polluants (mobilité internationale des étudiant·e·s, déplacements obligatoires des salarié·e·s, professeur·e·s et intervenant·e·s).

9. Eco-responsabiliser les campus, en mettant en place des solutions spécifiques à la situation de chacun d’entre eux. Il s’agit, entre autres, d’établir un plan végétalisation et biodiversité, de réduire les déchets, mais aussi de mettre à disposition des étudiant·e·s une restauration soutenable, éthique et locale en collaboration avec les acteurs concernés.

10. Conditionner les partenariats financiers, logistiques et professionnels à un cahier des charges public établi par le comité de planification de la transition écologique et sociale.

Nous exigeons la mise au vote d’une déclaration de principes reprenant nos propositions lors du prochain conseil d’administration de nos écoles respectives. Notre collectif s’est rassemblé pour faire résonner la voix de l’écologie dans les Sciences Po et interpeller nos directions dans une démarche publique et transparente.

Nous nous sommes nourri·e·s des travaux menés par nos associations respectives ainsi que d’initiatives inspirantes telles que les Fridays For Future, les « Plans verts » mis en place par certaines écoles et universités, ainsi que la proposition de loi sur l’intégration des enjeux écologiques à l’enseignement supérieur (2019). Nous espérons ainsi contribuer, comme d’autres étudiant·e·s l’ont fait auparavant, à la transformation écologique de l’enseignement supérieur français.

Pour signer l’appel du Collectif Ecologiste Inter-IEP: https://framaforms.org/pour-des-sciences-po-a-la-hauteur-des-enjeux-ecologiques-1589971713

Liste des premiers signataires :

Associations écologistes des Sciences Po de France

Association pour la Protection de la Nature et des Animaux (APNA) et Sekoïa de Sciences Po Aix ;
Echo’logik de Sciences Po Bordeaux ;
Agir Alternatif de Sciences Po Grenoble ;
La Ruche de Sciences Po Lille ;
Volonterre de Sciences Po Lyon ;
Collectif pour la Décroissance, Ecophilia, Sciences Po Environnement et Sciences Po Zéro Fossile de Sciences Po Paris ;
Les Décaenté·e·s et Révol’vert de Sciences Po Rennes ;
le Comité d’Action pour le Système-Terre (CAST) et Solidarités de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye;
Alter’bureau de Sciences Po Strasbourg ;
et Gaïa de Sciences Po Toulouse.

Personnalités

Yann AGUILA – Juriste, avocat et professeur de droit public ;
Manon AUBRY – Eurodéputée La France Insoumise et co-présidente du groupe parlementaire confédéral GUE/NGL ;
Dominique BOURG – Philosophe et directeur de la rédaction de la revue La Pensée écologique ;
Valérie CABANES – Juriste internationaliste et présidente d’honneur de Notre Affaire à tous ;
Marine CALMET – Juriste, présidente et co-fondatrice de Wild Legal ;
Alain GRANDJEAN – Économiste et président de la Fondation  pour la Nature et l’Homme ;
Jean JOUZEL – Climatologue et directeur de recherche émérite au CEA ;
Arthur KELLER – Expert et consultant des vulnérabilités systémiques et de la résilience ;
Corinne LEPAGE – Avocate et ancienne Ministre de l’Environnement ;
et Marie TOUSSAINT – Eurodéputée Europe-Ecologie – Les Verts.

Associations et organisations de jeunesse

CliMates, Pour un Réveil Écologique, RÉseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD), Together For Earth, Youth For Climate France.

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Tous mobilisés pour nos invisibles contaminés https://www.lapeniche.net/tous-mobilises-pour-nos-invisibles-contamines/ Mon, 20 Apr 2020 07:55:21 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40592 Image : L’équipe mobile sanitaire Précarité Covid-19 prenant ses dispositions pour les dépistages

Et si nous profitions, en cette période troublée, de ce bel élan de solidarité pour nous intéresser aux « oubliés » ? Ceux à qui l’on ne pense pas mais qui, eux aussi, sont touchés par le virus COVID-19 qui frappe actuellement la France et le monde.

Je veux parler des « vulnérables », les « sans chez soi », ces personnes en situation de précarité extrême et qui n’ont même pas cette « chance », ignorée par certains, de pouvoir seulement se confiner. La solitude et le manque de considération, ils connaissent. Ils vivent cela chaque jour, masqués par le tourbillon de vie qui anime nos rues et nos villes. Mais là c’est différent. Les quartiers sont maintenant déserts, de nombreuses maraudes se sont arrêtées. L’espoir de croiser un regard s’éteint et cela fait quelques jours que des yeux ne se sont pas posés sur eux. Le fameux hashtag #stayathome, ils ne connaissent pas. Où s’enfermer si l’on a pas de « chez soi » ? comment se protéger si on n’en a pas les moyens ? Avec quelles armes ?

J’ai eu la chance de suivre la belle aventure de médecins niçois qui, comme bien d’autres soignants, ont décidé de tenter de rendre à ces oubliés leur visibilité. De leur apporter un peu de calme et de les mettre à l’abri de cette tempête qui nous bouleverse tous.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une mise en situation est nécessaire.

Lorsque le SRAS-Cov2, le virus à l’origine du Covid-19, a commencé à se propager rapidement en France au début du mois de mars, la Direction Générale de la Santé (DGS) a envoyé des directives santé pour la prise en charge des sujets « sans chez soi » (c’est ce terme qui a été retenu, plutôt que le terme habituellement utilisé de Sans Domicile Stable).

La question des personnes testées positives au coronavirus et sans domicile s’est alors posée. L’accueil et la prise en charge des plus vulnérables n’ont rien d’innovant, c’est déjà le rôle des Centres d’Accueil de Jour/Nuit et des dispositifs d’hébergement d’urgence à charge des services intégrés d’accueil et d’orientation (SIAO). Cependant, ces hébergements (déjà insuffisants en temps normal) ne suffisent plus en période de crise. 

Alors, la solidarité s’organise pour trouver plus de lieux où accueillir les sans-abris : gymnases, salles des fêtes, chambres d’hôtels. L’Etat affirme le 2 avril dernier que c’est près de 7 600 nouvelles places qui ont été trouvées pour héberger les concernés

Un problème persiste

Malgré la volonté de faire respecter les fameuses « mesures barrières » et la distanciation sociale, les difficultés apparaissent rapidement. La propagation du virus est trop importante dans ces hébergements collectifs où le confinement est difficile à gérer. De plus, l’accès au soin et le suivi médical de ces « oubliés » restent toujours complexe, tout comme le dépistage.

La direction de la santé propose alors de monter des « Équipes Mobiles Sanitaires Covid-19 » sur tous les territoires, en liaison avec tous les acteurs locaux de la précarité dans le but de renforcer l’action des maraudes sociales. L’objectif est de tester les « sans chez soi » susceptibles d’être porteur du virus. Des équipes de médecins et d’infirmières arpentent désormais nos rues et se rendent dans les centres d’hébergements collectifs et dans les places d’urgence pour dépister les possibles nouvelles victimes du Covid-19. Toute une coordination se met en place : gestionnaires d’hébergements, maraudes sociales, Samu social, 115 et associations… Tous se mobilisent pour alerter ces équipes mobiles de cas pouvant être suspects.

Une fois contaminées, où vont ces personnes ?

C’est à ce moment que les Centres d’Hébergement Spécialisé Covid entrent en jeu. Avant la création de ces nouveaux établissements en mars dernier, il était demandé aux centres d’accueil et/ou d’hébergements collectifs médico-sociaux de faire comme ils le pouvaient : s’efforcer, avec les moyens du bord, d’isoler un patient positif au Covid-19 afin qu’il puisse être confiné et sans contact avec le reste des résidents. Cette situation était souvent complexe car les chambres dans ces centres sont souvent aménagées pour deux voire quatre résidents. Ce défi a mis en évidence toutes les difficultés organisationnelles  que rencontrent ces établissements, où les résidents, le plus souvent, adhèrent peu aux mesures barrières et au confinement.

Que faire devant cette situation difficile à gérer dans les Centres d’Accueil, et comment éviter la formation de clusters viraux ingérables dans les hébergements collectifs ? Le but est d’extraire ces patients testés « Covid+ » et de les conduire dans un Centre d’Hébergement Spécialisé covid. Là-bas, les conditions d’hébergement et le personnel seront adaptés pour ces patients. 

Ici, un médecin de l’équipe mobile de la PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé du CHU de Nice) teste un homme présentant les signes du coronavirus.
 Le patient séjourne dans ce Centre d’Hébergement d’Urgence, confiné avec mesures barrières,  en attendant les résultats.

Quels sont les critères retenus pour que le patient soit reçu dans le Centre ?

  • Être testé et diagnostiqué positif au Covid-19
  • Être « sans chez soi »
  • Ne pas présenter de symptômes graves auquel cas, le patient est directement hospitalisé.

Le premier de ces « centres d’isolement sanitaire » a ouvert le 17 mars dernier à Paris. Rapidement, les directives de l’Etat, qui finance le projet, se sont étendues sur l’ensemble du territoire, chargeant ainsi les préfets et les ARS (Agence Régionale de la Santé) de se coordonner afin d’ouvrir au plus vite ces centres. Le nombre d’établissements spécialisés dépend des besoins de chaque département : deux centres seront probablement créés dans les Bouches-Du-Rhône, en raison de la forte population « en précarité » sur Marseille alors qu’un seul centre est prévu actuellement dans les Alpes-Maritimes.

Où se trouve le Centre d’Hébergement Spécialisé Covid dans les Alpes-Maritimes ?

Niché sur les hauteurs de Nice, entouré par une belle nature verdoyante (parfait pour apporter un peu de lumière dans cette période de confinement morose), le centre se trouve sur la commune de Falicon, au Mont-Chauve. C’est un établissement de vacances qui sert habituellement aux personnels EDF de toute la France. Aux vues des circonstances, le gestionnaire associatif a souhaité faire preuve de solidarité, comprenant bien que les vacances de ses adhérents, cet été, seraient singulières…

Vue d’une chambre et entrée du centre d’accueil spécialisé Covid. 

Le plus remarquable dans cette aventure, c’est la rapidité de coordination dans la mise en œuvre du  centre : la DDARS06 (Délégation Départementale 06 de l’ARS), dirigée par M. R. Alexandre, a chargé Mme I. Virem de l’organiser avec la DDCS (Direction Départementale de la Cohésion Sociale) dirigée par M. H. Demai et Mme S. Reverre-Guepratte. C’était sans compter sur l’aide précieuse de l’association ALC (Agir pour le Lien social et la Citoyenneté), qui a répondu présente immédiatement, et sans laquelle rien ne serait possible.

M. Eric Jouan, le directeur d’ALC, est un habitué de l’aide aux personnes vulnérables. Ses équipes s’occupent régulièrement de foyers d’adolescents, de l’aide à l’enfance et de la régulation du 115. Autant dire que cette bataille contre le Covid-19, ALC ne pouvait pas l’ignorer. 

C’est aussi toute une logistique qui s’est organisée pour assurer l’intendance : prévoir le matériel médical nécessaire, les meubles, les draps, les plateaux repas (qui seront distribués dans les chambres) … Et tout cela pensé dans le respect des règles d’hygiènes et des essentielles « mesures barrières ». La directrice du Centre, Mme Doris Dugand, ne laisse rien au hasard ou à une quelconque négligence : les couverts sont jetables et le ménage est laissé à la responsabilité des futurs résidents dans leur chambre respective, afin d’éviter au maximum les contacts.

Kit distribué aux patients : gel hydroalcoolique, masque, mouchoirs et lingettes
Blouses réservées au personnel soignant

Au niveau médical, la DDARS06 a demandé au Centre Hospitalier de Nice (CHUN) de bien vouloir apporter son expertise sanitaire sur le site. Ainsi des infirmières du CHUN sont présentes sur les lieux de 9h à 14h et des médecins d’astreinte passent régulièrement pour suivre les patients. Une pharmacie a été mise en place. L’équipement est bien sûr prévu pour protéger au mieux les soignants et le personnel associatif : masques FFP2 pour les soins (les fameux !), masques chirurgicaux, gants, charlotte, sur-blouses et du gel hydro-alcoolique.

La Protection civile et la Croix Rouge ont répondu présents et sont aussi sur place, prêts à venir en aide au personnel et ce, 24 heures sur 24.

Réunion de crise du personnel de l’équipe médicale et de la Protection civile

 Le Centre est composé de 19 chambres individuelles, à la vue fort agréable. Deux chambres plus spacieuses, et comportant une porte communicante, sont réservées à une éventuelle famille contaminée. Un couple et deux enfants peuvent y être accueillis. 

Chambre individuelle au centre du Mont-Chauve

Et qu’en est-il des principaux concernés ?

Le personnel soignant doit faire face aux problèmes qu’il rencontre quotidiennement dans le contact avec ces personnes « vulnérables », tout en s’adaptant aux consignes de la lutte contre le virus. L’addiction, problème complexe lors d’un confinement, est également prise en charge dans le centre. Des équipes d’addictologie (associatives et du CHUN) passent à la demande pour une écoute et une prise en charge personnalisée. Les prises en charge psychiatriques et leurs suivis sont également organisés. A noter également, les animaux de compagnies sont autorisés et de la nourriture a été prévue.

 Un contact, un combat.

 Gilbert, sans-abri, vit dans la rue depuis sept ans maintenant. Il a, jusqu’à aujourd’hui, refusé tout accueil dans un centre d’hébergement. Mais ce matin, c’est différent. Il a été diagnostiqué positif au Covid-19.

Gilbert est fatigué, épuisé mais refuse catégoriquement l’aide proposée par les aides-soignants. C’est une part importante, pourtant souvent laissée dans l’ombre, que ce travail de négociation qui est à fournir par le personnel soignant et associatif. Tenter, parfois échouer, mais toujours essayer d’établir un lien entre ces personnes qui n’ont pas de « chez soi ». Ne pas avoir peur d’un échec et tenter à nouveau jusqu’à ce que la situation se débloque.

La vérité, c’est que Gilbert a deux chiens. Ses « compagnons de vie » me confie-t-il, ses amis de tous les jours, ceux qu’il n’abandonnerait pour rien au monde, même pas pour sa santé. C’est à ce moment précis que l’importance de la flexibilité du centre prend tout son sens. Le médecin et l’infirmière de la maraude sanitaire lui expliquent qu’il pourra garder ses deux acolytes près de lui, au Centre Spécialisé Covid. Mieux, ils auront un grand terrain à disposition pour profiter du plein air.

Après des moments de discussions, de batailles pour « convaincre », Gilbert accepte enfin la prise en charge ! « C’est pour toutes ces petites récompenses qu’on se lève le matin… » conclut Elodie Merengone, infirmière de l’équipe.

L’addiction… Quelles dispositions ?

Mamuka, originaire de Géorgie, attend devant l’hôpital ce matin. Il réclame de la méthadone. L’équipe « précarité » prend en charge le patient qui s’est déjà évadé hier soir du service des Urgences du CHU de Nice. Vivant à la rue, une équipe mobile l’avait testé et diagnostiqué positif au coronavirus. Mamuka avait refusé le confinement car cela impliquait de perdre « la rue » et « les fournisseurs » qui alimentent ses addictions.

L’équipe interroge le patient avec l’aide d’un traducteur par téléphone. Mamuka ne parle ni Français, ni Anglais. La barrière de la langue est une difficulté récurrente pour l’équipe. Heureusement, des organismes d’interprétariat professionnel permettent des communications et traductions par téléphone et ce 24/24 h et pour plus de 140 langues (ISM Interprétariat).

Le patient, lui, réclame de la méthadone et un kit d’injection. Et après plus d’une heure de négociation sur l’assurance que ses addictions seront écoutées et prises en compte, Mamuka accepte enfin d’être hébergé au Centre du Mont-Chauve. L’association ALC-06 et les infirmières feront intervenir l’équipe d’addiction pour participer  à cette prise en charge coordonnée.

 Le Dr PM Tardieux ne peut retenir son enthousiasme : « C’est une très belle coordination qui est née rapidement et efficacement en pleine période de crise covid ! Comme quoi, dans la crise, les coordinations nécessaires entre le monde Associatif, l’Etat et le Sanitaire (ARS et Hôpitaux) s’opèrent beaucoup plus rapidement… Ils démontrent leurs efficacités et oublient leurs désaccords. »

On ne peut donc que remercier ces personnes qui amènent « l’humain à retrouver sa place » en période de grandes difficultés. Chaque jour, ils viennent en aide à ceux que l’on ne voit pas, ceux à qui l’on ne pense pas mais qui sont pourtant bien là, nos « invisibles » du quotidien.  

Merci Bruno, Martine, Franck, Elodie, Eric, Doris, Isabelle, Stephanne, Pierre-Marie, Nicolas, Karl, Aude, et à tous ceux qui s’engagent courageusement à travers la France en ce moment. Merci à vous tous.

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Sciences Po bloqué – retour sur la journée du 5 mars https://www.lapeniche.net/sciences-po-bloque-retour-sur-la-journee-du-5-mars/ Fri, 06 Mar 2020 16:49:56 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40470 Depuis lundi, les étudiants, doctorants, professeurs titulaires, vacataires et salariés mobilisés s’activent. « Jeudi 5 mars, Sciences Po s’arrête » annonce le tract distribué à tous les passants en Péniche. Promesse tenue ? La Péniche revient sur cette journée de mobilisation, le premier blocage simultané du 27, du 28, du 56 et du 13U depuis plusieurs années.

Premier épisode : l’AG. L’Assemblée Générale de « Sciences Po en lutte » (nom du mouvement contestataire contre la loi de programmation pluriannuelle de la recherche – la LPPR) réunie le 4 Mars avait voté à une très large majorité la tenue d’un blocus le lendemain (jeudi 5 Mars). La raison invoquée : la participation au mouvement d’opposition national contre la LPPR, en réclamant à l’administration d’annuler les cours afin de pouvoir se rendre en manifestation. Afin d’éviter que Sciences Po ne prennent des contre-mesures, les détails de l’organisation restent délibérément flous…

Comme prévu, le lendemain, les personnes les plus motivées sont sur le pied de guerre dès 6h45 devant le 27, rue Saint Guillaume et le 56, rue des St Pères, équipés de poubelles municipales et de barrières pour installer leurs fortifications. Le gros des troupes arrive sous les coups de 8 heures pour grossir un cortège entouré de banderoles. Les principaux visés : le gouvernement, la réforme de l’enseignement et celle des retraites. Les premiers élèves arrivant matinaux se retrouvent incrédules face à ce blocage ; certains rentrent chez eux ou se joignent au rassemblement quand d’autres se plaignent de ne pas pouvoir accéder au bâtiment. L’UNI tracte devant le blocage pour manifester son désaccord. Cependant, malgré la pluie, l’ambiance est détendue, et les slogans contre l’action gouvernementale vont bon train.

À 8 heures 20, Sciences Po informe par mail la communauté étudiante qu’elle ferme l’accès au 27 et au 56 « jusqu’à plus amples informations ». Première victoire pour le groupe d’étudiants et de doctorants, les chants reprennent de plus belle. La satisfaction passée ils décident d’étendre leur blocage au site du 28, rue des Saints-Pères. Ce blocage est d’abord filtrant, mais devient plus ferme afin d’exercer davantage de pression sur l’administration. En effet, les manifestants demandent une levée complète d’assiduité sur l’ensemble des cours de la journée, voire une annulation des cours, pour permettre aux étudiants de manifester sans risque d’absence. 

Le 28, rue des Saints-Pères se transforme alors en lieu clef de la journée car c’est ici que se tient, en milieu de matinée, « l’enterrement de l’État social » prévu par les organisateurs. L’atmosphère morne et pluvieuse se prête bien au rite funèbre, symbole selon eux de la perte des acquis sociaux que représentent les réformes conduites par le gouvernement d’Édouard Philippe. 

Vers 9 heures et demie, les manifestants arrivent au 13, rue de l’Université pour tenter de bloquer le bâtiment, où ils trouvent déjà porte close. Reste que les cours de la matinée sont quand même annulés, un sabordage de l’administration en quelque sorte. C’est donc la quasi-totalité du campus parisien de Sciences Po qui est bloqué, et l’on procède alors au début des festivités. Un cercueil est apporté en face du 28, rue des Saints-Pères, et l’on procède à un enterrement fictif de l’État social dans une solennité feinte.

L’heure avançant les négociations aboutissent et il est finalement décidé que l’assiduité est levée pour la journée et que les cours reprendront dès 14h45. L’administration tarde à communiquer. Après une matinée de blocage, la situation revient finalement à la normale : le blocus levé, le cortège s’ébranle vers l’EHESS avant de converger vers l’est parisien, à l’Université Paris-Diderot, où il vient grossir les flancs des manifestants réunis.

C’était donc une journée de toutes les oppositions, à la fois contre la réforme des retraites, la LPPR et contre le gouvernement plus largement. Une mobilisation restée saine et sans violence, menée par des acteurs qui semblaient savoir à quoi s’attendre et se respecter mutuellement.

Source : Page Facebook AG Sciences Po – Crédits : Laurent Gayer

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Sit-in to speak up : la manifestation de Politiqu’elles en Péniche https://www.lapeniche.net/sit-in-to-speak-up-la-manifestation-de-politiquelles-en-peniche/ Thu, 07 Nov 2019 23:01:24 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40181 Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit, ces visages fatigués à la mine aigrie ? Ils vont difficilement s’asseoir en Boutmy, car Politiqu’elles manifeste aujourd’hui!

Mardi 5 Novembre 2019, il est bientôt 17 heures, le joyeux capharnaüm d’usage en Péniche est plus épais et excédé que d’habitude. Des cris percent la foule, des voix scandent « Non aux inégalités salariales » sur un rythme battu grâce à des pancartes édifiantes. En effet, depuis 16h47, les femmes françaises travailleraient gratuitement, un casus belli pour Politiqu’elles, qui est à l’origine de la manifestation. Retour sur cette Révolution express et les raisons qui l’ont motivée.

Nous sommes partis à la rencontre de l’exécutif de l’association afin de vous donner un nouvel éclairage sur le problème; Ginevra Bersani et Annabelle Artus, co-présidentes, ont accepté de répondre à nos questions.

Politiqu’elles était donc en Péniche mardi soir, pourquoi ?

Ginevra Bersani: Il s’agissait de réclamer l’égalité des salaires au sens large à une date et une heure symboliques pour les femmes actives en France car c’est un fait, le 5 Novembre à partir de 16h47, les femmes françaises ne sont plus rémunérées et travaillent gratuitement pour leurs employeurs.

Vous étiez un petit groupe, combien d’étudiant.e.s ont participé au sit-in express ?

Annabelle Artus: Nous étions une quinzaine, étudiantes et étudiants confondus. Beaucoup d’entre nous n’ont pas pu être présents notamment parce que nous avions cours. Nous avons eu la chance d’être soutenus par des membres de Atalante avec qui nous partageons le même point de vue sur le sujet.

Il est vrai que le sit-in n’a duré que 15-20 minutes mais il faut considérer qu’il s’agissait surtout d’une action symbolique, le but n’étant pas d’incommoder les autres étudiants.

Alors je suis un peu surprise par cette histoire de travail gratuit… il me semble que tout le monde continue à recevoir son salaire normalement, non ?

C’est plus complexe que ça. En fait, il existe un écart salarial de plus de 15% entre les hommes et les femmes selon Eurostat. Les 15,4% représentent l’écart de salaire des Hommes et des Femmes en général, c’est à dire la distinction entre le prix d’une heure travaillée par une femme et par un homme (sinon de manière générale c’est 25% d’écart en général à cause des temps partiels et à poste et qualifications égales, on est autour de 10% d’écart)

Du coup, avec ces 15,4% en moins lorsqu’on rapporte au taux horaire, les femmes travaillent gratuitement depuis hier 16h47.

HeForShe, le pole égalité hommes/femmes, Sciences Po ne semble pas à la traine sur la question de l’égalité… Savez-vous si nous retrouvons les inégalités salariales que nous évoquions précédemment au sein du corps des employés de Sciences Po ?

Ginevra Bersani : C’est difficile à dire, nous n’avons pas vraiment de données sur le sujet… Ce que nous savons, c’est que cette inégalité salariale les étudiants et étudiantes la retrouve une fois diplomé.e.s de cette école. Selon une étude menée par Sciences Po, l’écart était de 30% en 2015.

Une dernière chose à ajouter ?

Annabelle Artus: Je pense que c’est bien la preuve que, n’en déplaise aux détracteurs du féminismes qui considèrent que l’on s’excite pour rien, oui, il est encore nécessaire de se battre pour l’égalité, ici en France, en 2019.

Ginevra Bersani: Je voudrais juste souligner que les femmes travaillent et étudient de plus en plus, qu’il n’y a jamais eu autant de femmes dans la population active et que pourtant l’écart salarial ne se réduit pas proportionnellement…

Les co-présidentes de Politiqu’elles ne croient pas si bien dire… Car bien que 193 Etats aient signé les Objectifs du développement durable qui contiennent des objectifs relatifs à l’égalité hommes-femmes en 2015, Equal Measures 2030, qui a pour mission d’analyser spécifiquement les efforts et stratégies déployés par les Etats en matière d’égalité de genre, il a été révélé cet été qu’à ce rythme, aucun pays sur la planète n’offrira en 2030 – date butoir fixée par l’ONU pour la réalisation des SDG – les mêmes droits, opportunités et ressources aux femmes et aux hommes. A 11 ans de la date butoir, La France n’occupe d’ailleurs que la quatorzième place de ce classement dominé par les pays nordiques…

Crédit image : Alienor de Thoisy

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Loi Travail : Des étudiants bloquent un amphi de Sciences Po https://www.lapeniche.net/loitravail_amphi/ https://www.lapeniche.net/loitravail_amphi/#comments Tue, 22 Mar 2016 08:30:52 +0000 http://lapeniche.net/?p=33728 Une centaine d’étudiants a bloqué et occupé, dans la nuit de lundi à mardi, l’amphithéâtre Caquot de Sciences Po au 28 rue des Saints-Pères pour la tenue d’une assemblée générale. Y étaient notamment demandés le retrait pur et simple du projet de loi El Khomri ainsi que des dispenses d’assiduité pour les étudiants s’étant mobilisés.

Un dessin d’Albane Miressou-Got

 

Retrait de la loi et dispense d’assiduité

« Puisque l’administration refuse de nous laisser nous mobiliser, nous manifesterons au sein de nos locaux jusqu’à nouvel ordre », ont affirmé les étudiants de l’assemblée générale dans un communiqué publié lundi. Ils accusent Sciences Po de « chercher à empêcher la mobilisation » en n’assouplissant pas les règles d’assiduité. « Contrairement à de nombreuses universités et IEP », peut-on d’ailleurs lire dans ce document.

« Il faut que l’administration comprenne que le milieu Science-Piste n’est pas hermétique au reste de la société », a déclaré Laura Cazalot-Duquesne, une responsable de l’UNEF. Elle dit ne pas vouloir prédire jusqu’à quand l’occupation de l’amphithéâtre continuera, et que « tout dépend de la direction. »

© Yann Schreiber

« Demain, à 12h30, une nouvelle Assemblée Générale se réunira pour décider de la suite immédiate de la mobilisation », a écrit le collectif « Sciences Po contre la Loi Travail » sur Facebook. « Des ateliers de lecture de la loi travail seront organisés dans la journée », a-t-il ajouté.

L’action est connue sous « #OccupyScPo » sur Twitter, où le hashtag est entré aux Trending Topics lundi soir.

Les étudiants, réunis à partir de 19h, n’ont pas quitté les locaux à 21h15, heure de fermeture du bâtiment, ont indiqué des employés de l’IEP. L’assemblée générale a voté l’occupation de l’amphithéâtre pour toute la nuit, et la journée de mardi.

150 étudiants étaient présents en début de l’assemblée, selon les syndicats ; « une centaine » était encore dans l’amphithéâtre vers 1h du matin, selon plusieurs étudiants sortant du bâtiment. Une cinquantaine de personnes est restée toute la nuit, a affirmé mardi matin l’UNEF à La Péniche.

Dans un communiqué envoyé aux étudiants aujourd’hui mardi 22 mars vers midi, la direction des études et de la scolarité de Sciences Po a notamment considéré que « décréter la banalisation d’un créneau alors que le semestre est déjà entamé est inenvisageable » et a par ailleurs condamné « avec la plus grande fermeté l’occupation des lieux et la dégradation des équipements ».

 

De légers incidents

« Quand il n’y a plus personne à l’intérieur du bâtiment, normalement [les appariteurs] rentrent chez eux », a déclaré un employé de Sciences Po à La Péniche, ajoutant que lundi soir, le personnel était resté pour « assurer la sécurité des étudiants. » 

© Yann Schreiber

Vers 23h20, une quinzaine d’étudiants a forcé l’entrée dans l’amphithéâtre malgré l’interdiction, ont rapporté des étudiants présents. Après cette heure, seules les sorties étaient possibles, alors que quelques étudiants étaient encore devant la porte d’entrée. La police était brièvement sur place vers 23h45 et a relevé l’identité d’une étudiante ainsi que d’un journaliste sur place.

L’administration a refusé, lundi soir vers 23h45, l’accès au bâtiment à un photographe de La Péniche.

Un employé de Sciences Po a enlevé les autocollants sur la porte d’entrée du bâtiment vers 1h30 du matin mardi. « Je vous comprends, mais j’ai mes consignes », a lâché cet employé envers plusieurs étudiants.

En 2013, un an après la mort de Richard Descoings, des dizaines d’étudiants avaient passé deux nuit dans l’amphithéâtre Boutmy pour demander plus de transparence dans le processus de sélection du nouveau directeur de Sciences Po. Le mouvement était alors baptisé « #OccupyBoutmy ».

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