Militantisme – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Tue, 20 Feb 2018 20:24:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Militantisme – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Qui est Sebastião Salgado, photographe exposé au 27 ? https://www.lapeniche.net/qui-est-sebastiao-salgado-photographe-expose-au-27/ Thu, 31 Aug 2017 09:00:58 +0000 http://lapeniche.net/?p=37108 Le 29 mai 2017, notre école s’est vue recevoir un présent bien particulier : deux massives photographies prises par le (très) engagé artiste brésilien Sebastião Salgado. La première, qui date de 1986, représente une foule de mineurs plongés dans la boue d’une mine d’or à ciel ouvert. La seconde, datant de 2016, est une vue panoramique de la forêt amazonienne. Retour sur son parcours, ses engagements, et ce qu’ils peuvent nous apprendre sur les deux pièces d’art qui font maintenant partie du décor de notre Maison.

Brillant élève promis à tout sauf à une carrière de photographe – il obtient en 1971 une maîtrise d’économétrie et d’économie de la prestigieuse université de Sao Paulo – Sebastião Salgado met brièvement ses connaissances au service de l’Organisation Internationale du Café avant de changer radicalement de trajectoire. En effet, il choisit de se lancer dans la photographie à peine deux ans plus tard. Un choix qu’il ne regrettera jamais : la subtile association de sa sensibilité d’artiste à sa lucidité d’économiste ne tarde pas à lui attirer les distinctions les plus honorables (particulièrement en France, où il a effectué une partie de ses études). Du Infinity Award du photojournalisme (1986) à sa nomination de chevalier de la Légion d’honneur par le ministère français de l’environnement (2016), Salgado obtient aussi -entre autres- le prix Hasselbad (1989), la médaille du centenaire de la Royal Photographic Society (1993), ou encore le privilège d’intégrer l’Académie des Beaux-Arts (2016).

Un aperçu des souffrances humaines

Ce qui explique ce brusque passage du domaine relativement académique et rationnel de l’économie à celui de l’art en 1973, c’est d’abord l’envie inextinguible de Salgado de dénoncer et d’abolir les frontières ethniques, sociales et culturelles (ayant sillonné le planisphère, il les a senties, ces fractures) qui divisent une race humaine qu’il estime pourtant une et indivisible. C’est cette vision profondément humaniste qui structure l’une de ses séries les plus renommées, La Main de l’homme (projet mené de 1986 à 1992), dont est issue la première photo offerte à SciencesPo.

Celle-ci porte plus précisément sur La Mine d’or de Serra Pelada, l’une des plus grandes du Brésil et du monde, et vise à éveiller la compassion chez le spectateur confronté de plein fouet à l’image de cette tragédie humaine dont les milliers de mineurs enfoncés dans la boue sont les tristes acteurs. La « main de l’homme », c’est non seulement celle du petit travailleur qui oeuvre à la production des produits prêts à être livrés en masse à notre société de consommation, mais aussi celle du propriétaire qui impose à ses ouvriers des conditions de travail intenables (Salgado a fréquenté les milieux communistes). Notez que cette exhortation à l’empathie se retrouve aussi dans la série Exodes (2002), qui nous ouvre une fenêtre sur les souffrances qui jalonnent le quotidien des migrants et des réfugiés.

Artiste et activiste environnemental 

Si, pour Sebastião Salgado, le monde idéal se construit donc sur la base de relations apaisées entre les individus où les privilégiés finissent par voir en les plus démunis des égaux avec qui la vie s’est simplement montrée moins clémente, une société assainie repose aussi, à ses yeux, sur un rapport harmonieux entre les humains et la nature. Élevé à Aimorès, une ville regorgeant -du moins, à l’époque- de richesses végétales inestimables, Sebastião Salgado a grandi aux côtés d’arbres centenaires et a appris à les aimer dès sa plus tendre enfance. Désespérés par la déforestation massive subie par leur pays ces dernières années, lui et sa femme sont un jour de l’année 1990 pris d’une idée folle et qu’ils commencent pourtant presque aussitôt à mettre en oeuvre: tout replanter.

Dès lors, le combat d’une vie est engagé et ne s’arrêtera jamais. Du reboisement de près de 700ha des leurs terres natales à la création de l’ONG « Instituto Terra » en avril 1998, lequel a trouvé des financements pour planter près de 4 millions d’arbres et propose également des programmes d’éducation à l’environnement, les deux époux font preuve d’un activisme acharné en faveur de la préservation de l’écosystème brésilien. Cet enjeu environnemental est l’objet de la deuxième oeuvre qui nous est offerte par Salgado et qui est un travail très récent, réalisé en 2016. Il s’agit d’une vue panoramique de la forêt Amazonienne que l’on sait mise en danger par le productivisme intensif, comme l’a souligné le photographe qui a affirmé lors de son accrochage que « La capacité de destruction de l’homme est immense ».

Grâce à ces deux photographies monumentales, Salgado veut responsabiliser les étudiants de l’école « économique et sociologique » qu’est SciencesPo sur les dangers d’une société qui ne se préoccuperait plus de préserver ni les droits de tous les individus qui la composent, ni l’environnement naturel dans lequel elle s’établit.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur ce photographe qui, comme Baudelaire, magnifie par son art ce qu’il y a de pire en ce monde, n’hésitez pas à regarder le très beau documentaire de Juliano Ribeiro Salgado (son fils) et Tim Wenders, The Salt of the Earth (2014).

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LE MAG – Harvey Milk, Hunger & No : le militantisme politique au cinéma https://www.lapeniche.net/harvey-milk-hunger-no-le-militantisme-politique-au-cinema/ Sun, 23 Nov 2014 11:02:14 +0000 http://lapeniche.net/?p=24631 Après trois avis sur un même film , un avis sur trois films! Désormais,  La Péniche vous propose le coup de coeur de la rubrique ciné. Qu’il s’agisse d’un film, d’un thème ou d’une personnalité du 7ème art (ou plus encore!), vous pourrez retrouver chaque semaine une sélection des critiques de la rédac.

Aujourd’hui, Claire Schmid vous présente le militantisme politique en choisissant trois films primés de réalisateurs contemporains, qui relatent trois périodes historiques différentes et mettent en avant deux personnages historiques (Harvey Milk et Bobby Sands) et un personnage fictionnel (René Saavedra) inspiré de publicitaires chiliens lors du référendum de 1988 au Chili.

 

Harvey Milk, de Gus Van Sant (2008)

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1978, San Francisco. Harvey Milk relate sa vie sur un magnétophone, envisageant la possibilité de son assassinat. Il en restera cette phrase demeurée célèbre : « Si une balle devait traverser mon cerveau, laissez-la briser aussi toutes les portes du placard. » Premier homme politique affichant ouvertement son homosexualité à être élu à des fonctions officielles, c’est sa lutte pour l’égalité des droits des homosexuels qui a défini son existence. Lorsqu’il part s’installer à San Francisco pour vivre ouvertement son amour avec son partenaire, il devient le mentor de jeunes militants, son activisme pour la cause gay le rend de plus en plus populaire, il se lance dans la politique en se présentant aux élections municipales de la ville…

Harvey Milk rompt totalement avec certains longs métrages de Gus Van Sant, tels que les impressionnants mais moins accessibles Elephant ou Paranoid Park. Harvey Milk est un film à Oscars. La réalisation est parfaite, d’un académisme presque froid par moment, la musique de Danny Elfman porte magnifiquement le film et la performance des acteurs est un des atouts majeurs de cette œuvre. Outre celle de l’acteur principal, on retient des seconds rôles remarquablement interprétés par Emile Hirsch, James Franco ou Josh Brolin.

«  Je m’appelle Harvey Milk et je suis là pour vous mobiliser ». Performance vibrante de Sean Penn, qui impressionne à la fois par son mimétisme et par le charisme et la force qu’il inculque à son personnage. Harvey Milk nous dépeint à l’aide d’une grande documentation l’Amérique des années 1970, et marque par sa portée didactique : toute la démarche de Milk pour faire échouer la proposition qui visait à interdire le métier d’enseignant aux homosexuels est décrite avec une grande précision.

Son destin personnel est porté par l’énergie collective retentissante dépeinte dans ce long métrage, notamment dans la scène finale exposant une marche dans San Francisco, qui mélange fiction et reportages de l’époque, dégageant une force et une émotion incroyables. Harvey Milk est bien plus qu’un film sur la cause homosexuelle, c’est un film sur la lutte politique, c’est aussi bien plus qu’un biopic, c’est un hommage bouleversant.

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Hunger, de Steve McQueen (2008)

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1981, Irlande du Nord. A la prison de Maze, les séparatistes de l’IRA entament une grève de l’hygiène. Ces détenus souhaitent faire reconnaître au gouvernement britannique un statut politique à leur détention. Radicalisation, émeutes, meurtres…la violence se répand peu à peu dans la prison, le personnel n’est plus en sécurité. Bobby Sands, leader de ce mouvement, décide de commencer une grève de la faim pour accentuer cette opposition.

Hunger est une claque visuelle, esthétique, scénaristique, une claque cinématographique. Les caractéristiques inhérentes à la réalisation de ce grand artiste, en particulier son affection pour les plans fixes longs voire interminables, y sont pour beaucoup. C’est dans un état de contemplation étrange que le spectateur se plonge à de nombreuses reprises : plans sur les cellules souillées suite à la grève de l’hygiène des détenus, plan sur les mains du gardien ensanglantées et plongées dans l’eau, plan sur le corps méconnaissable de Michael Fassbender qui interprète un Bobby Sands après des semaines de grève de la faim… Autant d’images esthétiquement parfaites mais ignobles par ce qu’elles représentent.

Le tour de force a véritablement lieu au milieu du film, à la suite d’une scène d’une intensité rare dépeignant les émeutes menées par les membres de l’IRA au sein de la prison, Steve McQueen intègre un plan séquence d’une vingtaine de minutes : Bobby Sands et un prêtre sont accoudés à une table, noyés dans les volutes de fumées de cigarettes et s’entretiennent sur le fait de savoir si la cause justifie qu’on meure pour elle. Dans ce moment où le temps semble se dilater complètement, dans des dialogues d’une grande profondeur, on perçoit combien la position de Sands semble extrême.

L’atmosphère de Hunger est indéfinissable, on se retrouve plongés dans cette prison, où plane la voix de Tchatcher rappelant ses positions sur la question des militants séparatistes, alors qu’elle n’apparaît jamais à l’écran. McQueen s’approprie tous les outils cinématographiques imaginables, en appelle sans cesse à l’interprétation du spectateur. Hunger est un film qui prend au cœur et qui reste en mémoire.

 

No, de Pablo Larrain (2012)

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1988, Chili. Augusto Pinochet au pouvoir depuis son coup d’Etat de 1973 est contraint de consulter le peuple chilien au sujet de son maintien au pouvoir. L’opposition a le droit de s’exprimer quotidiennement à la télévision, les partisans du « No(n) » font appel au service de René Saavedra pour monter leur campagne. Il choisit d’axer celle-ci sous le signe de la joie, de l’espoir, de l’humour, qui surprendra à la foie ceux attachés au régime et ceux voulant mettre fin à la dictature. Il décide de conserver ce parti-pris qui s’avèrera d’une grande efficacité, tout en étant confronté à des pressions et à des intimidations de plus en plus importantes.

C’est la réalisation particulière de No qui marque immédiatement le spectateur : caméra « à l’épaule », gros grain, rendu VHS, on a l’impression de visionner un reportage de l’époque. Après quelques minutes, on s’habitue à ce format déroutant, qui donne finalement un grand charme à ce long métrage et qui permet une fusion pertinente entre des images d’archive et le travail du réalisateur.

Ce qui charme dans No, c’est aussi l’originalité de son sujet, c’est cette façon de parler du militantisme politique. Histoire vraie, bien que certaines personnes à la sortie du film aient souligné le fait que cette campagne était sans doute trop mise en avant, qu’elle semblait être traitée comme le véritable déclencheur de la remise en question du régime alors que cela peut être discutable historiquement.

Mais ce parti-pris permet de faire de ce publicitaire (excellent Gael Garcia Bernal) la figure centrale du film, personnage passionné et passionnant par ses contradictions, son ambivalence et son engagement : il est chargé de la campagne du « non » en étant apolitique et finit par être totalement impliqué dans cette opposition. No est un film enthousiasmant, souvent drôle qui met en avant la manière dont la communauté peut être raisonnée, non pas seulement en la martelant des chiffres sur la violence du régime et ses victimes, mais en la galvanisant.

On en sort le sourire aux lèvres, après cette mise en lumière de la réappropriation progressive de la démocratie par un peuple, après cette mise en scène étrange mais dont émane une immense douceur, en fredonnant les chants festifs qui rythment ce film original et lumineux.

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