Le mercredi 11 mars dernier, nous avons participé à l’une des distributions hebdomadaires organisées par le pôle « Material Needs » de l’association Sciences Po Refugee Help. Créée en septembre 2015 par des étudiants de la PSIA, cette dernière a pour objectif l’aide aux personnes réfugiées et demandeuses d’asile séjournant en région parisienne. L’approvisionnement en biens de première nécessité des camps situés aux environs de la capitale est l’une de ses multiples activités.
En cette soirée de mars, un vent glacial balaie les alentours de la station de métro Front Populaire. Nous y retrouvons les bénévoles de l’association Sciences Po Refugee Help. Ce soir, ils sont une dizaine à s’être déplacés – moins que d’habitude, selon les responsables du pôle. Alertés par la propagation du COVID-19, certains ont renoncé à faire le déplacement.
Une dizaine de stations séparent Sèvres-Babylone de Front Populaire, le terminus de la ligne 12. Ce sont pourtant deux univers sensiblement différents qui caractérisent l’un et l’autre de ces lieux. La station Front Populaire se trouve à Aubervilliers, dans le nord de Paris. Elle est située à proximité de l’un des principaux camps de réfugiés de la région parisienne (récemment évacué du fait de la menace sanitaire, ndlr). À l’issue d’un court briefing, nous le rejoignons. Il se trouve au bord d’un canal, à dix minutes de marche de la station de métro. L’espace est entouré de palissades. À première vue, on pourrait croire avoir affaire à un chantier désert. Ce n’est que lorsqu’on se retrouve face à l’entrée que l’on réalise que des gens vivent ici.
Selon Raphaël, environ « 200 à 300 personnes »résident au sein du camp d’Aubervilliers. Cette installation se caractérise par son extrême précarité, mais aussi par son impermanence : le camp de ce soir est le quatrième que le pôle « Material Needs »visite depuis le début de l’année scolaire. Ici, il n’y a que des hommes. La majorité d’entre eux vient d’Afghanistan ou de Somalie. À l’intérieur, les tentes sont regroupées suivant des « quartiers » dont chacun correspond à une nationalité précise. Un élément frappe quiconque se rend sur les lieux : le silence. En ce mercredi soir, rares sont les sons qui s’échappent du camp. Seule résonne la brise qui s’engouffre dans le quartier. À notre arrivée, les réfugiés viennent à notre rencontre. Un petit groupe se forme bientôt devant les palissades.

Ce soir, les membres du pôle « Material Needs » de Sciences Po Refugee Help ont apporté des brosses à dents, des rasoirs jetables, mais aussi des cache-cols et des paires de chaussures. Ils ont, enfin, quelques tentes et sacs de couchage. Ces derniers sont plus rares, et il est de fait difficile de les répartir entre les occupants du camp. Sur le chemin du retour, Benjamin Treves, responsable du pôle, nous explique que ces biens de première nécessité proviennent pour l’essentiel de collectes réalisées devant les magasins Décathlon. « Il est marquant de voir à quel point beaucoup de clients font l’effort d’acheter ne serait-ce qu’un bonnet ou une paire de gants, et nous les tendent avec le sourire. C’est encourageant. » constatent Benjamin et Raphaël Lemarchand, tous deux étudiants en 2ème année.
Le rôle de SPRH est également préventif. À cette fin, les bénévoles ont imprimé des fiches résumant les bons gestes pour se prémunir contre la propagation du COVID-19. Malgré les enjeux, la distribution se déroule dans le calme. Les résidents du camp sont, dans l’ensemble, avenants et flegmatiques. Benjamin nous explique que la « bonne attitude » vis-à-vis d’euxest« d’être à l’écoute, amical, de prendre le temps de parler en évitant de poser des questions trop indiscrètes, notamment relatives aux raisons du départ, à la traversée en mer… ».
Durant la distribution, nous pouvons échanger avec deux d’entre eux. Ces derniers viennent spontanément à notre rencontre, alors que nous étions à l’écart de la distribution, pour ne pas gêner les bénévoles en pleine effervescence. En effet, les demandes se multiplient et il est difficile de maintenir une file ordonnée. Les deux hommes, dont l’un serre contre lui un sac de couchage, nous demandent si nous parlons allemand. Par chance, c’est notre cas à tous les deux. Disons plutôt, nous avons quelques bases, comme ils nous le feront remarquer avec humour à plusieurs reprises. Les deux hommes se présentent : Samir et Fawad*. Tous deux sont d’origine afghane et parlent couramment allemand, ayant passé les années précédentes en Autriche. Ils ne sont arrivés en France que récemment et ont déposé leur demande d’asile le matin-même. Au vu du règlement Dublin – selon lequel la demande d’asile ne peut être examinée que par le premier pays d’accueil – la probabilité que celle-ci soit rejetée est grande, mais nous ignorons s’ils ont effectué une demande dans un autre pays européen, probablement en Autriche. Nous savons assez peu de choses sur leur vie passée, avant l’Europe, qu’ils évoquent à peine. Il est probable qu’ils aient fui un Afghanistan en proie aux difficultés économiques, face à la menace du développement de l’État islamique dans un pays où l’emprise des talibans est toujours palpable. Fawad nous confie cependant avoir rencontré une femme en Autriche, avec qui il avait entrepris de reconstruire sa vie.
Aujourd’hui, cependant, l’enjeu majeur est l’adaptation à un nouveau pays étranger. Les deux hommes souhaitent apprendre le français et nous proposent de les revoir afin que nous les aidions à progresser, contre quelques conseils en allemand dont nous aurions bien besoin. Le nombre de langues maîtrisé par ces hommes qui ont souvent séjourné dans plusieurs pays européens est impressionnant : allemand, anglais, français, suédois, swahili, arabe s’entremêlent dans une joyeuse cacophonie au sein du petit groupe qui s’est formé devant la table de distribution. Tous semblent vivre dans une entente cordiale, malgré les tensions qui, nous le savons, ont parcouru le camp la semaine précédente et contraint les bénévoles à reporter la distribution. Raphaël nous dépeint la situation dont ils ont été témoins : « En arrivant aux abords du campement, nous avons réalisé qu’une violente dispute était en train d’avoir lieu ; nous entendions des cris, des coups contre la tôle et certaines personnes avaient dans leurs mains de gros bâtons, qu’elles avaient sans aucun doute utilisés pendant l’affrontement. En demandant à l’un des occupants ce qu’il se passait, il nous a répondu qu’une bagarre avait éclaté à cause de couvertures (il n’y en avait pas pour tout le monde, ce qui a conduit à des tensions). Nous nous sommes alors mis en retrait, nous sommes concertés et avons décidé de ne pas entrer, par peur de rajouter de l’huile sur le feu mais aussi afin d’assurer notre propre sécurité, car tout peut dégénérer extrêmement vite une fois à l’intérieur du camp ». Un homme tente de prendre le sac de couchage des mains de Samir, qui le repousse sans violence. « Vous voyez, nous devons vivre avec eux », nous dit-il. La cohabitation n’est pas si évidente dans ces conditions difficiles.

Sur le chemin du retour, nous discutons avec des bénévoles de l’association. Pour l’une d’entre eux, Emma, chaque distribution a un goût d’inachevé. « On ne peut pas être sûr d’avoir fait quelque chose de juste. On peut par exemple donner à ceux qui ont déjà pendant que les personnes en plus grande difficulté dorment dans le camp. » Elle nous explique de plus qu’ils n’ont pas l’autorisation de distribuer de la nourriture car des normes très strictes encadrent ces pratiques. Emma se souvient de la frustration qu’elle a ressentie lorsque la police leur a interdit de distribuer de quoi manger aux résidents d’un camp qui allait être démantelé le lendemain. Ces normes lui semblent absurdes, alors que les exilés se chauffent en brûlant du plastique, respirent des fumées nocives, et vivent dans l’inhumanité de telles conditions. « Quand je rentre sur Paris, je vois une vraie différence ». Difficile de se douter, en effet, que le 7e arrondissement que nous sillonnons tous les jours ne se trouve qu’à quelques stations de métro de ces camps, dans lesquels des êtres humains vivent de telles situations de détresse. En ces temps troublés par la pandémie, nos pensées sont tournées vers ces hommes, femmes et enfants qui n’ont d’autre lieu où s’établir que ces campements insalubres en bordure des villes.
Sciences Po Refugee Help, comme de nombreuses structures d’aide, a interrompu ses activités pour les semaines à venir, suite aux mesures de confinement mises en place récemment par le gouvernement. À Aubervilliers cependant, comme dans de nombreux camps, les risques sanitaires sont immenses. Benjamin nous explique que les migrants du camp d’Aubervilliers souffrent de la faim, de la fatigue et souvent de maladies telles que la pneumonie, et sont par conséquent particulièrement vulnérables. D’autres associations, les plus importantes, parviennent à maintenir leurs activités de distributions, alimentaires notamment, dans ce contexte difficile et malgré le manque de bénévoles. Celles-ci demandent une mise à l’abri de ces personnes particulièrement exposées pendant la durée de la crise. Le camp d’Aubervilliers a ainsi été évacué mardi matin et les demandeurs d’asile sont désormais logés dans des gymnases ou hôtels de la région parisienne et ont été examinés par des membres de Médecins sans Frontières.
*Les prénoms ont été modifiés.
]]>L’Union Européenne doit-elle accueillir différemment les « migrants » et les « réfugiés » ? Cette distinction sémantique est-elle justifiée ?
Certes, d’un point de vue juridique, il convient de distinguer la notion de réfugié de celle de migrant. Des textes très précis organisent le statut de réfugié, devenu une notion de droit international depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Néanmoins, cette distinction est inadmissible sur le plan sociologique, politique et moral. Un réfugié est un être humain qui souffre de persécutions dans son pays et qui est menacé de mort politique. Le migrant, quant à lui, souffre des insuffisances des ressources économiques de son pays et est menacé de mort économique. Est-ce plus grave de mourir de mort politique que de mort économique ? Doit-on sélectionner à nos frontières les personnes qui recherchent notre assistance en fonction du type de trépas auquel elles sont exposées ?
Cette distinction sémantique est dangereuse. Elle amène à considérer que le migrant économique n’est pas digne d’assistance, et que les arguments qui décident du rejet à nos frontières s’en trouvent fondés. Or la racine de ces deux phénomènes est la même. L’effet de mondialisation rend la mobilité de plus en plus normale, et crée un imaginaire conduisant à penser que la situation ailleurs est meilleure que chez soi. Ce genre de raisonnement, quelles qu’en soient les motivations et les origines profondes, ne peut être aboli. C’est la raison pour laquelle cette distinction au fond ne tient pas.
Dans un siècle où les flux s’intensifient, la « politique des barbelés » est-elle dépassée ?
La grande erreur de l’Europe est de croire que la meilleure réponse à l’immigration est la répression. On dépense des sommes considérables dans cette politique répressive, on crée des malheurs supplémentaires…. Et malgré cela, on constate que les flux ne régressent pas. Cette politique n’a aucun effet sur le comportement des personnes concernées !
Le recours aux politiques répressives révèle une violence terrible, mais aussi une ignorance profonde de ce qu’est notre monde, et de ce qu’il est en train de devenir. On ne peut que déplorer leur absurdité et leur inanité face à des phénomènes migratoires aujourd’hui inscrits dans l’évolution des sociétés. Au lieu de poursuivre cette politique chimérique, on devrait penser notre monde tel qu’il est aujourd’hui et définir un modèle de gouvernance des flux mondiaux de populations, qui soit adapté à notre temps.
La répression est enfin une façon scandaleusement facile de faire écho à une certaine opinion publique en vue de gagner des votes. Je regrette que le marketing électoral l’emporte sur la responsabilité d’Etat.
L’espace Schengen sous sa forme actuelle est-il en mesure de répondre à la crise migratoire ou faut-il le réformer ?
Il s’agit là d’un épiphénomène. L’espace Schengen n’est pas en soi responsable de la situation dans laquelle nous nous trouvons. C’est le défaut de politique migratoire cohérente qui est à l’origine de la crise que nous connaissons actuellement. On peut tout à fait adapter Schengen à une vraie politique commune d’immigration. Mais cette réflexion doit être menée à un niveau global, par l’Union Européenne toute entière. Se battre pour savoir s’il faut arrêter ou modifier Schengen est assez dérisoire…
Que pensez-vous du système de quota ?
Ce système peut être conçu comme un palliatif, une façon de traiter la crise dans l’urgence. Mais le véritable problème est d’une toute autre ampleur. Nous devons redéfinir nos sociétés en fonction d’un besoin d’ouverture vers l’extérieur.
Ce besoin est lié, d’une part, à l’état du système international, qui ne peut plus fonctionner aujourd’hui dans le contexte d’étanchéité des frontières. D’autre part, ce besoin de perméabilité doit aussi tenir compte des nécessités propres de chacun de nos Etats, car nous avons besoin de migrants ! Nous avons besoin de migrants parce que notre situation démographique n’est pas bonne, parce que nous avons chez nous des emplois non-pourvus, et parce que les migrants, contrairement à la légende, rééquilibrent nos budgets sociaux.
Face à ce phénomène irréversible, il faut penser au profit qu’on peut en tirer plutôt que de se réfugier dans des images qui font peur. La question des quotas, est une partie tout à fait secondaire du débat. Les questions accessoires ne doivent pas empêcher de regarder en face les questions essentielles.
Faut-il intégrer les réfugiés politiques de manière durable, quand certains d’entre eux souhaitent rentrer chez eux dès qu’ils le pourront ?
Nous ne sommes plus dans un univers westphalien avec une juxtaposition d’Etats souverains, marqués par des identités nationales étanches. Nous sommes dans un monde de plus grande mobilité, où les nations ne meurent pas mais où elles se recomposent. Et cela à des rythmes qui ne peuvent être décrétés. On ne peut pas estimer si telle population de migrant restera ou ne restera pas dans un pays. Il faut avoir le courage de penser la manière dont notre espace national vient s’enrichir, se recomposer, prendre des profils nouveaux en tenant compte de l’autre.
Il n’y pas de cité possible sans prise en compte de l’altérité. C’est là la règle la plus évidente de la science politique. Si on veut faire de l’assimilationnisme total et absolu, on entre dans un monde figé, empli de tensions, d’intolérance et de haine, alors qu’à la base même de la cité se trouve l’idée de faire coexister des groupes et des individus différents. Avec la mondialisation ce phénomène a pris une importance considérable, et à une vitesse que les vieux regards ne parviennent pas à soutenir.
Quel niveau est le plus approprié pour permettre cette coexistence de la meilleure façon qu’il soit?
Cette question a fait l’objet d’un grand débat par le passé, mais je pense qu’il est aujourd’hui quelque peu dépassé. La tectonique des sociétés, c’est-à-dire leur dynamique, a pris une importance que l’Etat a du mal à suivre, et encore plus à régenter.
L’époque où l’Etat pouvait organiser le changement est terminée. L’Etat est là pour garantir le contrat social, à travers le droit, les institutions, éventuellement la répression. Ce rôle de garant du contrat social est d’ailleurs trop souvent oublié, y compris sous les assauts du néolibéralisme. Mais l’Etat n’est pas là pour définir, produire le contrat social. Cette distinction est importante. La production du contrat social se fait sous l’effet des dynamiques sociales, et de la volonté exprimé des individus qui y concourent. Si certains individus sont exclus du contrat social, ils risquent de devenir des déviants, des délinquants et peut-être ce que l’on appelle aujourd’hui des « terroristes ». Nous avons tout intérêt, au contraire, à associer tous les acteurs à la redéfinition permanente du contrat social. Ensuite, c’est à l’Etat de garantir cette définition.
Assiste-on à une division au sein de l’espace européen entre les pays de l’est, plus réticents à l’accueil des migrants, et les pays de l’Ouest, plus favorables?
Cette distinction apparaît d’ailleurs sur beaucoup d’autres sujets internationaux. Elle est, pour moi, symptomatique d’un élargissement à l’est bâclé et mal pensé. Cette intégration faisait et fait toujours sens.
En revanche, il est coupable de ne pas avoir pensé les effets qu’une histoire et une socialisation bien différentes pouvaient avoir sur le mode d’intégration européenne à venir. Celle-ci n’est pas un jeu mécanique. C’est une stratégie, une transaction entre différentes exigences. Je me souviens qu’à l’époque où on négociait cet élargissement, le problème n’avait pas été sérieusement abordé. On voit aujourd’hui ce qu’il en est.
Néanmoins, au-delà d’une réalité qui est celle de l’intégration manquée, il y a certains régimes politiques d’Europe centrale et orientale qui posent problème. Leurs orientations fortement populistes, qui parfois avoisinent le fascisme, posent un problème de fond face à une Europe qui s’est construite contre cette sensibilité.
Ces divergences des Etats européens à propos de l’accueil des migrants remettent-elles en cause la solidarité européenne ?
Il n’y a jamais eu de solidarité européenne ! Au mieux, peut-on parler d’une association d’Etats européens, mais la logique associative est aujourd’hui insuffisante pour faire face aux défis auxquels l’Europe est confrontée. L’exemple grec, parmi de nombreux autres, a prouvé que la solidarité européenne n’existait pas.
Cette pratique solidariste semble pourtant être la seule solution dans un monde mondialisé. La solidarité n’est pas seulement un effet éthique et moral. C’est aussi une opportunité et une utilité sociale, que personne ne sait aujourd’hui réellement exploiter.
Malheureusement, le constat d’échec de l’Union Européenne en la matière est total. La solidarité fait quasiment l’unanimité contre elle chez les dirigeants, parmi les élites économiques mais aussi dans les opinions publiques.
Il est clair que celles-ci se structurent en fonction d’une offre politique qui tend aujourd’hui à faire du migrant, et plus généralement de l’autre, le bouc-émissaire facile de toutes les souffrances endurées aujourd’hui par les populations européennes. Dans un tel contexte, où la responsabilité des acteurs politique est considérable, il ne faut pas s’étonner du peu de cas que fait l’opinion publique de cette obligation de solidarité avec les populations immigrées !
Quel va être l’impact de cette crise migratoire sur les relations internationales des Etats européens ?
En vérité, les Etats européens ne savent pas quoi faire. A un moment, on a pensé que la meilleure façon d’arrêter la crise des réfugiés était de mettre un terme aux conflits qui en alimentent le flux, via l’intervention des Etats occidentaux. Cette vision est véritablement pavée d’illusions : il n’est pas sûr du tout qu’une action de ce genre provoque la fin des migrations et ne vienne pas au contraire l’amplifier, suite au désordre qu’elle causerait. C’est une mauvaise manie des Occidentaux de penser qu’ils peuvent résoudre les problèmes en intervenant partout et par l’usage de la force. Nous ne sommes pas les gendarmes du monde.
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