SPE, Cheer Up et Les Engagés
Derrière les noms figés des associations durablement installées ou fraichement débarquées on y découvre les voix, devine les sourires et l’énergie de celles et ceux qui s’engagent pour ce en quoi ils croient. Dans la première partie, Laura nous y parle de Sciences Po Environnement, des projets à venir et y appelle à la collaboration des associations entre elles avant de confier sur un ton plus léger des anecdotes sur l’incroyable expérience qu’elle a pu vivre pendant deux mois cet été sur un bateau au sein d’un équipage pour ramasser les déchets plastiques. Aux rires succède le sérieux lorsqu’Anouk et Ysée viennent présenter Cheer Up qui accompagne les jeunes adultes atteints de cancer. Visites, rencontres, prévention, récoltes de fonds lors d’events, mais aussi aide à la réalisation des projets plus ou moins ambitieux de celles et ceux que l’association accompagne. Vient ensuite la fraichement débarquée Les Engagés, association qui se dit apolitique et pour qui « ça n’est pas incompatible l’engagement apartisan et partisan », tout un programme. Ce sont Rémy et Romane qui en parlent au micro de Radio Germaine, pour qui il s’agit d’un mouvement citoyen national promouvant le débat politique. Les deux étudiants reviennent sur la sélection opaque des thèmes et candidats pour les débats promettant cette année plus de transparence. Tout en évoquant le programme pour l’année à venir –débats au sein des promotions, avec des invités…- ils n’hésitent pas à tacler plus ou moins subtilement ceux qu’on leur oppose parfois comme étant leurs rivaux, Sciences Po TV et Le Parlement des Etudiants. Sur la question d’une potentielle formation à l’art de débattre étant donné que tous et toutes n’ont pas le même bagage culturel et scolaire, l’hypothèse est vite balayée : « être citoyen en France, c’est déjà une compétence » expliquent-ils au micro de Radio Germaine.
BDA, Pop Corn et Chronologie
La deuxième partie est sous le signe de la culture, accueillant l’emblématique BDA, association permanente, avant de donner la voix à deux émissions cultes de Radio Germaine : Pop Corn et Chronologie. Cette année, le thème du BDA est celui de l’intersection, de quoi faire enrager les plus réactionnaires. Mais rassurez-vous, il n’est point question d’intersectionnalité des luttes mais plutôt des arts, s’interrogeant sur le contact que les différentes formes d’expression artistique entretiennent entre elles. Billetteries aux prix imbattables nourries par une vingtaine de partenariats avec les institutions du monde de l’art, concerts gratuits au bar branché l’Alimentation générale situé dans le 11e arrondissement aussi appelés Epopées, organisées chaque mois par le pôle Musique Actuelle, le BDA a de quoi vous faire oublier les heures sombres du confinement ! Pour s’évader aussi, rien de mieux que le cinéma. Ça tombe bien, Pop Corn entame sa 13esaison cette année et discute chaque semaine des derniers films sortis. Pour celles et ceux qui veulent voyager à travers le temps, l’émission Chronologie vous propose d’allier actualité et références historiques.
Terra Nova, Scub et Micro Vert
« S’affranchir des partis politiques » martèle Terra Nova, décidément rien ni personne n’est politique à Sciences Po. Pour cette troisième partie, Radio Germaine invite à son micro la branche sciencepiste de l’organisation nationale Terra Nova, créé en 2008 par Olivier Ferrand, membre du Parti Socialiste. Le mot d’ordre : réfléchir à des thèmes précis et les penser individuellement pour trouver des solutions politiques concrètes dans l’espoir d’un jour peut-être influencer des décideurs politiques. L’association qui se dit progressiste et indépendante de tout parti politique s’organise en différents pôles dédiés à un thème de réflexion : l’éducation, l’écologie, l’économie ou encore la laïcité. Pas de ligne politique, l’idée est de se confronter à des avis ,parfois divergents, sur des thèmes définis. Succède au micro l’association Scub qui rassemble les élèves en double diplôme BASC dans l’idée de fédérer les promotions. De 40 élèves l’année dernière à 80 aujourd’hui en première année, le double diplôme semble connaître un succès grandissant. Les responsables de l’association y voient le caractère indissociable d’une culture scientifique et du politique, nécessaire pour penser les enjeux d’aujourd’hui, notamment la question écologique. C’est d’ailleurs cette préoccupation qui est au centre du jeune média étudiant Micro Vert créé en septembre 2020 et qui se donne pour objectif de parler de justice écologique et sociale. N’étant affilié ni à une école, ni à une ville, ce média est caractérisé par sa dimension participative et libre. Plusieurs formats sont disponibles sur leur compte Instagram, zooms sur la situation écologique dans un pays, interviews d’associations et de collectifs, micro-trottoirs mais encore débats allant de l’éco féminisme à la désobéissance civile.
Science Roulade, Rhinocéros, Close up
Sur un ton plus léger, la quatrième partie de l’émission inaugurale débute par un dialogue caractérisé par sa spontanéité, entre Aurélien et Violette, deux membres de l’initiative étudiante Science Roulade. Non sans humour, l’association dite « jeune et fun » mais évidemment aussi « ouverte sur le monde et inclusive » parce qu’on reste à Sciences Po, promeut des roulades en tout genre. Rouler dans l’herbe, rouler en cuisine, rouler des pelles, rouler du thé… On reste dans l’ironie avec l’intervention de Lisa, responsable de l’association de théâtre Rhinocéros qui déclame un monologue de George Feydeau critiquant en long et en large… le monologue. « Je n’admets le monologue qu’à plusieurs ». Cette année le théâtre reprend en présentiel, organisé autour de trois projets permanents : un atelier de mise en scène, un atelier d’impro, et enfin le cultissime Festiféros pour lequel un appel à projet a été lancé. Enfin pour clôturer cette avant-dernière partie, Roxane et Charlotte nous parlent de l’association de cinéma Close Up réputée pour ses cinés bière qui -on croise les doigts- nous ferons voyager toute l’année.
La Péniche, Sciences JO, Ondes Politiques, Sur le Feu
Sublime mise en abyme que d’évoquer ici l’interview de la Péniche à laquelle j’ai moi-même participée. En bref, La Péniche c’est le journal étudiant de Sciences Po qui continue à faire le pari de la presse écrite malgré le climat général peu favorable. Parce que faire le choix de l’écrit reste aujourd’hui peut-être encore plus essentiel : c’est s’offrir le luxe du temps long, du recul, de l’analyse en profondeur. Divisée en cinq pôles : culture, politique, vie du campus, photographie et évènements, cette année La Péniche se redynamise. Interrogé sur sa réputation de « la Péniche du love », le journal assume son héritage et entend cette année de nouveau jouer au cupidon à la Saint Valentin, cherchant une alternative plus éco responsable que les roses. Sciences JO et Germaine Sport se succèdent ensuite au micro de Radio Germaine avant de laisser le mot final à deux émissions de la radio de Sciences Po : Ondes Politiques et Sur le Feu.
Crédit Image : ©Carlotta Cellerini, La Péniche
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Dans la dernière étude du Cevipof de mai 2021, 51% des Français estiment que « Les médias traditionnels répandent de fausses informations sur la Covid-19. » En pleine crise sanitaire, ces chiffres ne font que confirmer la crise médiatique profonde que traversent les journaux papiers, mais aussi les émissions télévisées ou encore les chaînes d’information, souvent pointées du doigt.
Comment raviver la soif d’apprendre, de comprendre et de décrypter l’actualité ?
Antonin, Jules, Wallerand et Sixtine sont quatre jeunes qui ont décidé de traiter sérieusement cette problématique. Pour ce faire, ils ont choisi de créer Le Crayon, un média indépendant prônant le débat d’idées et l’ouverture d’esprit. Leur chaîne YouTube a pour ambition de réconcilier les jeunes (et les moins jeunes !) avec les sujets d’actualité mais aussi avec des thèmes plus ardus liés à la science, l’économie, la démocratie…
Cet article vise à retracer le parcours de ces quatre jeunes qui se sont lancés dans cette aventure folle et osée, qui vient tout juste de débuter. Derrière ces quatre profils, se cachent des parcours personnels et académiques différents, démontrant ainsi que ce genre d’aventure est à la portée de tous… Alors qu’Antonin, 24 ans, est titulaire d’un bac Scientifique et a effectué une classe préparatoire en MPSI puis MP*, Wallerand est davantage dans l’entrepreneuriat. À 24 ans, il a déjà monté une agence d’événementiel, de community management et de musique (Teddy’s Records). Incroyable chemin parcouru qu’il a décidé de continuer avec Le Crayon, aux côtés de sa sœur, Sixtine. À 19 ans, plongée dans des études de communication marketing, c’est à elle que l’on doit l’idée initiale du Crayon… Enfin, Jules, ancien sciencespiste, est passé par le campus de Nancy avant de rejoindre la capitale. La politique imprègne son quotidien, c’est pourquoi l’engagement dans ce média était l’occasion rêvée pour mettre en application ses connaissances théoriques.
Sixtine : Le Crayon, c’était mon idée ! Depuis toujours, j’ai été passionnée par les sujets politiques et par l’actualité. Il faut dire que j’ai baigné dans cela : aux repas de famille, la discussion déviait rapidement vers la politique… Étant la « petite dernière », j’ai dû m’adapter ! Pourtant, j’étais frappée de voir que les seules personnes avec lesquelles je pouvais discuter de ces thèmes étaient mes professeurs de lycée et non pas les jeunes de mon âge. Alors, en classe de terminale, j’ai parlé de mon projet à mon grand frère Wallerand, qui a immédiatement adhéré !
Antonin : « Trace tes contours », c’est un slogan qui me parle énormément. J’aime l’idée que l’on puisse écrire… mais aussi effacer ! À la manière d’un crayon finalement. Il y a cette idée que rien ne doit être figé, gelé ou tenu pour acquis. C’est la volonté d’affirmer et d’assumer sa jeunesse : oui tu es jeune, oui tu peux te tromper, mais ce n’est pas grave, au contraire ! Tu n’as qu’à gommer et réécrire. Bref, tu traces tes contours !
Jules : Il y a un esprit Charlie dans Le Crayon. C’est le crayon de la liberté d’expression, sans concession.
S : Je pense que la clé, c’est de trouver LES bonnes personnes pour monter le projet. Mais trouver les bonnes personnes, ça veut aussi dire s’ouvrir à la diversité ! Typiquement, nous sommes quatre et complètement différents ce qui permet de nous compléter les uns les autres.
Les premières initiatives, après avoir trouvé le bon pilier, c’est de prévoir le projet au long terme. Quel est le but de ce projet finalement ? Où cela va-t-il nous mener concrètement ? Quelle sera la valeur ajoutée pour notre communauté, pour la société en générale ?
J : En effet, il faut justement tracer les contours du projet que l’on souhaite créer, ce qui revient à faire des rencontres qui vont t’abonder d’expériences et influencer le projet que tu vas faire. Si tu es déterminé à lancer un projet dont tu as déjà une idée précise, alors débrouille-toi pour rencontrer des gens qui peuvent y apporter quelque chose. Si tu ne sais pas où tu vas, alors va en soirée, à des événements (y compris en ligne), parle à des gens : en rencontrant différentes personnalités, tu t’ouvriras des horizons variés.
A : Les « premiers pas à réaliser » ? Le conseil le plus simple et trivial que je pourrais donner : c’est de les faire ! Ne pas hésiter à tenter, se lancer, et voir ce qu’il advient ! Je dis cela en connaissance de causes… Je me souviens des toutes premières vidéos, la qualité de l’image était vraiment « deg », pas professionnelle et pas soignée… Mais on l’a fait parce que ça nous faisait « kiffer » ! Et c’est le point de départ à tout projet selon moi, c’est comme cela que tu peux progresser ensuite.
Wallerand : Il faut « faire, agir et tester » selon moi. Le risque est de rester dans l’abstrait et le théorique, sans doute par peur… Comme dans le sport, seul le terrain dicte ce qu’il va advenir d’un projet. Il faut tester ses idées, quitte à ce que ce soit un peu brouillon au début… C’est en faisant des erreurs sur les « versions initiales » que les suivantes s’améliorent, puis celles d’après encore, et ainsi de suite…
A : Alors là, je pense que nous pouvons tous les quatre assumer notre amateurisme en la matière ! Nous étions tous novices, et personne ne connaissait véritablement les « codes » à avoir pour ce genre d’aventure. C’est justement en testant que l’on a appris ! On fait parfois des « bides » … Mais on s’en rend compte et on rectifie la ligne de tir. Donc pas de formation pour nous. Ceci dit, on a la chance de vivre à une époque (même si cette époque comporte ses travers aussi…) où tout peut se trouver sur internet. On est jeune et il suffit de faire une recherche, de regarder une ou deux vidéos YouTube pour se faire sa propre formation !
Je pense aussi que le Covid-19 et le confinement nous ont imposé une réflexion et une introspection spécifique sur notre concept du Crayon. Wallerand et moi sommes restés ensemble pour le confinement et on a énormément travaillé sur notre projet. Même s’il faut admettre que le Covid a empêché un grand nombre de nos rencontres avec des invités…
S : Pour Instagram, je pense qu’il faut soigner sa « vitrine », veiller à ce que les couleurs s’accordent bien pour donner envie de cliquer !
W : Je connaissais les codes des réseaux vu mon activité précédente de community management, mais ce qui m’a le plus aidé c’est la passion que j’avais pour le monde de YouTube et d’Instagram. J’aime les formats de « vulgarisation » des sujets d’actualité, les débats politiques et les interviews. Je suis le premier spectateur du Crayon ! Donc on ne fait que façonner le média de la manière dont on aimerait consommer un média. On est des fans inconditionnels de notre industrie et on voulait apporter notre pierre à l’édifice des créateurs de contenus sur les réseaux.
En revanche, entre le moment où on a commencé et aujourd’hui, il y a un fossé. C’est bien le fait d’entreprendre qui nous a formé.
J : Pas de meilleure formation que la pratique !
W : On peut dire qu’il existe trois grands formats dans Le Crayon, et un quatrième qui devrait arriver à la rentrée prochaine. Le premier est l’interview, le second la table ronde et le dernier, le débat (souvent appelé « Ring »). Le format de l’interview couvre différents domaines : celui de la politique, de la culture, de la société, de l’entrepreneuriat.
Arrivent en septembre les vidéos de vulgarisation. Mon format préféré est le Ring car le cœur de notre projet, c’est de permettre des rencontres et des débats entre des personnalités que beaucoup de choses opposent mais dont les thématiques sont les mêmes.
S : C’est vrai que le Ring est le format qui dépeint le mieux les valeurs du Crayon !
J : On peut pousser nos invités dans leurs retranchements : ceux qui défendent la Superligue au foot ou bien ceux ayant une certaine idée de la « culture française » ou encore ceux qui revendiquent les bénéfices de la téléréalité …
Selon moi, le format le plus intéressant est celui de la table ronde, « Au Coeur », parce que j’ai la conviction que réunir autour de la table des personnes différentes est un chemin indispensable vers la vérité.
A : Le plus incroyable… C’est qu’il n’y a pas vraiment de « secret ».
S : C’est notre boulot ! Plus sérieusement, je pense que le fait d’être très respectueux, rigoureux et bienveillants aide forcément. C’est même la base. Et c’est d’ailleurs le compliment que nous avaient fait Caroline Fourest et Nicolas Dupont-Aignan : on est différent. On s’adresse aux jeunes, on apporte cette fraicheur au monde des médias, et ça fait du bien. Le temps de parole qu’on leur accorde fait également plaisir, c’est plus intéressant que la ridicule minute trente qu’ils ont sur les plateaux télé traditionnels.
A : On envoie des mails, parfois des « DM » sur Instagram, des Tweets… Et puis, on a aussi beaucoup de chance. En réalité, ce sont les « débuts » qui sont complexes… Mais une fois que la machine est lancée, il n’y a plus qu’à ! Najat Vallaud-Belkacem était l’une des premières à apparaître au Crayon, en tant que personnalité politique, après Jordan Bardella. Or une fois que ces premières personnalités ont accepté nos invitations, on a gagné en crédibilité et en notoriété.
W : Oui on se renseigne au préalable sur nos invités, sur leurs livres, sur leurs travaux : c’est ce qui donne de la légitimité à notre travail et permet de faire venir des invités connus et reconnus. Il arrive d’ailleurs que l’on soit recommandé par d’anciens invités.
À côté de cela, je pense que notre particularité fait notre force. Au Crayon, on ne fait pas dans la complaisance, on propose des débats contradictoires, on confronte des opinions totalement opposées…
A : Je ne sais pas si les « débuts » sont toujours plus marquants car il s’agit justement de la découverte… mais ma plus belle rencontre reste Najat Vallaud-Belkacem. Elle m’est apparue assez impressionnante tout en étant accessible. Elle a un véritable charisme selon moi, qui transparaît même lors d’une simple discussion ! Mais je dois avouer que ma rencontre avec Cédric Villani était incroyable, surtout pour un mathématicien dans l’âme comme moi… Enfin, Bob Sinclar reste et restera une légende musicale. D’ailleurs, petite anecdote à propos de cette star des platines : lorsque l’on s’est retrouvé dans le minuscule ascenseur tous les deux, après l’interview, il m’a tout bonnement demandé si sa prestation avait été convaincante, en gros, s’il n’avait pas été « trop mauvais ». Ce n’est qu’après que j’ai réalisé que Bob Sinclar m’avait demandé, à moi, s’il était bien passé à la caméra… J’ai trouvé ça fou et me suis dit que j’avais une chance incroyable !
W : Pour moi, c’est l’interview avec le fondateur de SensCritique, Guillaume Boutin, qui m’a le plus marqué. Les sujets sérieux et d’actualité ne sont pas réservés aux politiques ! Dans cette vidéo, on parle de l’avenir du cinéma, avec l’avènement de plateformes comme Amazon ou Netflix… L’analyse de Guillaume est d’une pertinence que j’ai rarement vu dans ma courte vie et je recommande la vidéo à tous ceux qui s’intéressent au cinéma ou aux plateformes. Je glisse également une de ses phrases mythiques, à retrouver dans l’interview : « les mecs qui vendaient des bougies ont fait faillite quand l’électricité est arrivée car ils ont oublié que leur travail n’était pas simplement de vendre des bougies, mais d’allumer la lumière ».
A : Pour l’instant, nous sommes encore une SAS (Société par Actions Simplifiées) « en formation » mais dans quelques semaines, on aura le statut définitif de SAS.
Contrairement à ce que certains pensent, la « YouTube monnaie » n’est pas ce qui nous fait gagner le plus aujourd’hui… Elle ne nous rapporte qu’une centaine d’euros par mois. Cependant, on peut gagner notre vie en faisant de la production de contenus publicitaires, d’émissions, de contenus d’entreprises ou de contenus média.
Dans dix ans, j’espère que Le Crayon sera un média français reconnu et bien implanté. Un média qui aura plusieurs cordes à son arc, qui produira plusieurs émissions variées et pourquoi pas, qui aura sa propre chaîne de télévision ! Bref, j’aimerais que Le Crayon devienne une marque à part entière, qu’il évoque la diversité d’opinions dans l’esprit des gens.
Crédit image : Le Crayon. De gauche à droite : Jules, Wallerand, Antonin et Sixtine
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L’erreur de la gratuité
Alors que l’indépendance des médias est souvent remise en question, Julia Cagé et Luc Bronner considèrent que l’explication est à chercher dans la gratuité de l’information. L’économiste rappelle en effet que « l’information est un bien public, ce qui suppose que tout le monde doit y avoir accès », donc qu’elle doit être gratuite. Toutefois, elle ajoute que « l’information coûte cher à produire ». Face à cette tension, les médias n’ont vu d’autre solution que d’être financés par des annonceurs et de riches actionnaires. Or, l’entrée de ces milliardaires dans la presse joue sur l’indépendance journalistique. Julia Cagé ne manque d’ailleurs pas de rappeler la censure d’un documentaire sur des manifestations contre le président togolais en décembre 2017 par Vincent Bolloré, à la tête du groupe Canal+. Elle ajoute également que le rachat d’une partie des parts de Matthieu Pigasse par Daniel Kretinsky au Monde permettra au milliardaire tchèque de lui ouvrir des portes en France.
Toutefois, Luc Bronner a tenu à nuancer ce discours. Depuis que Le Monde a vu arriver Pierre Bergé, Xavier Niel et Pierre Pigasse en 2010, il affirme ne jamais avoir subi de pressions de leur part. En outre, le rachat des parts de M. Pigasse par D. Kretinsky n’a pas empêché la rédaction de mener une enquête sur le parcours économique et financier de ce dernier et de révéler l’acquisition d’une propriété de 23 millions d’euros à Londres en 2015 via un paradis fiscal basé à Jersey. Le directeur des rédactions du Monde explique aussi que de nouveaux droits ont été obtenus au journal, à savoir « une forme de droit de véto » pour les décisions impliquant un profond changement du capital.
Pour les trois invités, la solution au problème réside dans une information payante, où la présence de milliardaires ne serait plus nécessaire, à l’image de Mediapart. Julia Cagé évoque également le cas du Guardian qui propose une information gratuite à tous mais qui demande à ceux qui en ont les moyens de faire des dons pour financer le journal. A noter que l’économiste milite pour un système de financement total des médias par les dons de citoyens, auquel Luc Bronner reste sceptique s’il devait être appliqué au Monde, en raison de la taille du journal.
Donald Trump, Jair Bolsonaro, Jean-Luc Mélenchon, ou encore François Fillon, sont tous, pour Julia Cagé, représentatifs, à différents degrés, de la violence verbale exercée par les politiciens à l’encontre des médias. En référence à la gestuelle qu’il adopte lorsqu’il blâme les journalistes, elle considère que dans le cas du Président américain, cette violence est presque physique. Cette problématique interroge selon elle le comportement que devraient adopter les journalistes face à ce mépris permanent. Si Luc Bronner estime qu’un mouvement journaliste collectif aurait pu être mené lors de la revue de presse durant laquelle Donald Trump a été particulièrement virulent à l’encontre d’un journaliste de CNN le 7 novembre dernier, Thomas Huchon se demande si un boycott ne laisserait pas le champ libre aux fake news. Néanmoins, le directeur des rédactions du Monde temporise sur cette relation tendue entre médias et politiques et déclare qu’« aux Etats-Unis, Donald Trump marque une forme de réveil des grands médias américains qui font leur travail, réalisent des enquêtes judiciaires et trouvent un public prêt à payer pour l’information ». En outre, il affirme qu’une relation rugueuse avec le pouvoir « est une très bonne nouvelle » puisqu’elle est synonyme de contre-pouvoir effectif.
Au-delà de la défiance des politiques à l’égard des médias, les invités ont tenu à rappeler la perte du lien entre médias et public ainsi que la violence des citoyens envers les journalistes. De sa propre expérience, Thomas Huchon raconte qu’auparavant, les manifestants étaient beaucoup plus calmes envers les journalistes. Désormais, et le mouvement des gilets jaunes en est illustratif, ils sont davantage agressifs. Ce spécialiste des fake news explique ce phénomène par un décalage entre les citoyens et les journalistes, mais également « par le résultat d’un mauvais journalisme, d’un mauvais traitement de l’information qui ne fait pas appel à l’intelligence et qui ne donne pas les moyens de se faire sa propre opinion sur les questions ». Thomas Huchon pointe du doigt la rapidité dans laquelle se fait l’information, sans même parfois être vérifiée, notamment sur les chaînes d’information en continu. Pour répondre à ce problème, il s’agit selon les invités de reprendre le temps de faire une information et de la rendre payante pour qu’elle soit de qualité.
A nouveau dans un rôle temporisateur, Luc Bronner a souhaité souligner que le lien avec le public n’était pas totalement perdu puisqu’à titre d’exemple, le Monde atteignait désormais plus de 250 000 abonnés, un record dans l’Histoire du journal. De plus, le grand quotidien a su attirer les plus jeunes grâce au lancement des Décodeurs et aux stories Snapchat.
Le phénomène des fake news n’est pas récent mais les outils numériques actuels lui donnent davantage d’importance et d’audience. Luc Bronner déclare d’ailleurs que « la manipulation démocratique est aussi vieille que la démocratie elle-même, mais ce qui a changé ce sont les outils, notamment liés à Internet et à la circulation de l’information via les réseaux sociaux ». Si Julia Cagé affirme qu’il est très difficile de vérifier à quel point les fake news impactent une campagne électorale, il est très certain qu’elles en modifient le bon déroulement démocratique.
Face à ce risque, le Parlement français a adopté la loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information, dite « fake news », le 20 novembre dernier. Ce texte permettra désormais aux candidats, partis ou associations de citoyens de saisir le juge des référés, dans les trois mois précédant une élection nationale, qui décidera, dans un délai de 48 heures, de faire retirer ou non une fausse nouvelle circulant sur les réseaux sociaux. Les invités de la conférence sont cependant partagés sur cette disposition. Luc Bronner considère qu’il s’agit d’un « effet d’affichage, une façon pour le gouvernement de dire qu’il agit ». De plus, Julia Cagé et Thomas Huchon remettent en cause le caractère réalisable d’une telle disposition : comment un juge pourrait-il décider en 48 heures de la suppression d’une information alors même que des chercheurs et experts rencontrent de grandes difficultés à reconnaître une fake news ? Toutefois, le réalisateur de Trumping Democracy tient à rappeler que « même si cette loi n’est pas parfaite, elle n’est pas liberticide et a le mérite d’exister ». Outre l’action juridique, les invités considèrent que la lutte contre les fake news doit passer par l’éducation aux médias afin de développer un esprit critique de l’information des citoyens et futurs citoyens. A ce propos, Thomas Huchon est d’ores et déjà intervenu dans une centaine de collèges et lycées pour sensibiliser à la question et souhaite que cette initiative se généralise.
Lucie Dupressoir
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Depuis le 20 mars, le CSA chronomètre scrupuleusement le temps de parole de chaque candidat à la présidentielle ; tous doivent bénéficier, à la minute près – quitte à les faire commenter l’actualité sportive – de la même couverture médiatique, et ce malgré les pressions, les casse-têtes des rédactions et les requêtes envoyées au Conseil Constitutionnel. Cette décision est ridicule pour deux raisons : d’une part, ce que l’on ne gagne pas en égalité (en effet, personne ne saurait douter de l’ingéniosité des chaînes de télévision pour glisser l’allocution de Philippe Poutou à une heure avancée de la nuit, entre deux rediffusions de New-York, section criminelle, quand seul reste éveillé l’archétype pipiste terminant son exposé de droit constit) on le perd en offre politique (les problèmes d’organisation sont tels que disparaitront les grandes émissions politiques, les débats enfiévrés, les savoureuses joutes mélencho-lepenistes au profit de mornes discussions AFP-isées pré-enregistrées), comme si l’on pouvait se permettre compte tenu des records d’abstention une telle économie de communication à cinq semaines de la grande messe républicaine.
Cette étroite surveillance du CSA souligne la défiance envers des médias accusés de manipuler l’opinion. Qu’en est-il vraiment ? Le mardi 20 mars, SciencesPo accueillait deux chercheurs, Emiliano Grossman et Ruben Durante, du LIEPP (laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques), LABEX créé avec le Grand Emprunt, pour exposer leurs travaux sur cette question, dans le cadre de la semaine de la recherche.
Ruben Durante, qui, à défaut d’adopter la vision de l’indépendance des médias de Silvio Berlusconi, partage son anglais enrobé et chantant, expliqua dans la lignée des travaux de Paul Lazarsfeld, que l’influence des médias était plutôt mince aujourd’hui : en réalité, les médias ne déterminent pas notre vote, c’est nous qui choisissons nos médias compte tenu de nos opinions. Nous lisons ce que nous voulons lire, nous écoutons ce que nous voulons entendre. Ainsi, la position monopolistique de Libé sur les bancs boutmystes ne s’expliquerait pas par la volonté directoriale de subrepticement imposer une idéologie socialo-démocratico-écologico-magnifico-néocapitaliste à de jeunes lycéens politiquement vierges mais consacrerait plutôt le triomphe d’une jeunesse éduquée dans l’ascèse socialiste. Cette logique de la sélection informative se retrouve sans que nous en soyons vraiment conscients sur Internet, avec des moteurs de recherche qui vont au moyen d’algorithmes puissants hiérarchiser les sites en fonction de notre historique et de nos préférences. De plus, la diversification des sources d’information (apparition d’Internet et des journaux gratuits, libéralisation du secteur audiovisuel) et l’atténuation des clivages partisans dans le secteur de la presse et de la télévision, du fait du nombre réduit de journalistes et de la nécessité de coller le plus possible à l’actualité au détriment des articles de fond ont réduit l’empreinte des médias sur les décisions électorales.
Mais les médias ont encore un impact important sur le vote via ce que les chercheurs appellent l’effet de priming, c’est-à-dire l’émergence d’enjeux qui deviennent des critères majeurs de l’élection après une salve furieuse et passionnée de «20h» emphatiques et de Unes grandiloquentes. À ce titre l’exemple de 2002 est probant : le traitement médiatique de la hausse de l’insécurité en France avait fait le jeu du FN (d’où le jeu de mot TFN pour la contraction de la célèbre chaîne et du parti d’extrême droite) ; aussi, on peut légitimement se questionner sur les répercussions politiques que pourraient avoir les tragédies de Toulouse et Montauban. Emiliano Grossman montra, à travers toute une batterie d’indices sophistiqués, les sujets qui profitaient aux divers candidats : par exemple, aborder le thème de l’immigration sert François Hollande et Nicolas Sarkozy, tandis que Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou voient leurs intentions de vote baisser et que Marine Le Pen stagne ; ceci est dû au caractère clivant du sujet qui pousse les électeurs au vote utile aux dépens des candidats dont ils se sentaient d’habitude plus proches.
La conférence se termina par toute une série de questions-réponses autour du contrôle des «politiques» et des annonceurs sur la ligne éditoriale des médias et sur les instituts de sondages. Intéressante, elle n’apprit surement pas grand-chose aux 1A de Pascal Perrineau ; les deux chercheurs reconnurent d’ailleurs le manque d’originalité de leurs résultats qui s’expliquerait notamment par la faible intensité de la campagne (3 fois moins de sondages qu’en 2007 à la même période), campagne qui ne devait se lancer véritablement que la semaine suivante. Heureusement, le CSA veille.
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