Alors, qu’est ce que la cérémonie du Bachelor dont on entend finalement si peu parler que certains d’entre vous apprendront son déroulement post évènement ? Il s’agit d’un hybride entre la conférence de rentrée et la remise de diplôme. Il faut savoir qu’à Sciences Po, on ne remet pas à chaque étudiant son diplôme de fin d’études en personne lorsqu’il termine enfin ses trois années de collège universitaire. Ledit diplôme est en fait envoyé par mail au cours de la première année de Master (ne demandez même pas quand, personne ne sait). Diantre, dirons certains, pourquoi nous convier en Boutmy si on ne nous encense même pas sur la place publique durant la fameuse soirée?
Simplement pour marquer le coup! Pour réunir dans la même salle les diplômés des différents campus et leur dire « Congratulation! You did it! Welcome to Hell ! * (*euh i mean Master) ».
C’est le moment de retrouver les grandes figures du Collège Universitaire de Sciences Po Paris mais aussi celle des campus et d’écouter des discours à la pelle. Durant les trois heures de cérémonie, vous entendrez la doyenne ou le doyen des différents campus, des responsables de la scolarité (oui ceux là même que vous n’arrivez jamais à joindre), le directeur (of course) et le secrétaire général de Sciences Po vous dire à quel point vous êtes des survivants et vous exhorter à être une meilleure version d’étudiant, plus impliquée dans la vie de Sciences Po pendant vos deux dernières années.
C’est enfin l’occasion de découvrir qui sont les titans qui ont réussi l’exploit de finir Summa Cum Laude et de se dire que nous aussi on aurait pu le faire si on écrivait pas des articles pour la Péniche, mais chacun ses priorités pas vrai? Au cours de la cérémonie sont récompensés les étudiants les plus brillants mais aussi les étudiants dont l’engagement associatif au sein de leur campus force le respect. Les visages des lauréats de ce prix sont généralement plus familiers, réminiscence d’étudiants toujours assis en péniche ou au bocal et membres de tellement d’associations que la règle du cumul des mandats devrait s’appliquer.
Cette année, c’est à « deux coeurs palpitants et quatre mains » tremblantes sans doute, que Gilles FLEURY et Vincent FERTEY ont assuré l’animation de la soirée. L’édition de 2019 coïncide avec les 20 ans du campus de Nancy et pour l’occasion les campus de Dijon, Le Havre, Menton, Poitiers et Reims sont tous venus fêter ça dans la grande maison de Sciences Po Paris.
En entrées, prise de parole de la célèbre Bénédicte Durand qui nous souhaite la bienvenue dans « la maison du père » et nous encourage à « accompagner les plus jeunes » (on parle de vous les 1A) et English bashing sur son lit de parallèles entre l’histoire politique (et footballistique) mondiale et celle des années de Collègue U par Stéphanie Balme. En plat principal, incitations au cannibalisme et cours de linguistique avec une Astrid Von Busckit passionnante qui invite à « se goûter les uns les autres » (message bien reçu Astrid, le baby boom est amorcé pour 2020) et discours de l’étudiant d’honneur, Raphael Becques, qui n’oubliera pas de remercier la direction de Nancy avant d’enchainer sur le classique mais efficace « Maman ». Pour finir, intervention de Frédéric Mion en guise de thé bien brulant qui nous rappelle que la 3A c’est fini et que c’est fait pour briser les couples. Sacré Frédo qui aura quand même raison sur un point : dans toute séparation il y a un grain de folie.
Difficile de choisir quel aura été le point d’orgue de la soirée : le spectacle de danse indienne présenté par le campus du Havre ou la mention de votre journal préféré par Andreas Roessner lors d’une boutade à laquelle nous n’avons pas souhaité répondre (coeur brisé pour être honnête).
Pour certains, la cérémonie du Bachelor reste quand même très importante, c’est le moment de dire au revoir au bac à sable pour les uns, le moment de dire au revoir à Sciences Po définitivement pour d’autres, les valeureux soldats qui partent guerroyer vers d’autres horizons. Pour beaucoup c’est juste le moment pré Bal du Bachelor, une représentation accessoire qui ne justifie pas de louper un cours ou de révéler sa tenue de soirée avant l’instant T…
]]>Après une gorgée de café au lait, Samer entame son récit le premier. Originaire de Damas, il a commencé à travailler à Dubaï à partir de 2009, en tant que chef de projet dans le transport public. C’est en 2012, à l’aube du conflit syrien, qu’il pénètre dans son pays pour la dernière fois. Mais déjà, le retour est déconseillé. Le danger est là. Samer retourne à Dubaï et, lorsque son contrat prend fin au terme de l’année 2014, il obtient un visa et se rend en France. Il me confie que la déchirure n’a pas été aussi vive que pour certains de ses concitoyens eux-aussi expatriés, parce qu’il n’a pas eu à s’arracher directement à la Syrie pour venir en France. Pour Rana, l’histoire est différente. Ancienne professeure d’anglais à Alep, elle y reste jusqu’à la fin de l’année 2015, moment où la situation devient critique. Des groupes armés violents s’emparent de son quartier. L’horreur au pas de la porte. Malgré la douleur immense à l’idée de quitter le pays dans lequel ils ont construit leur vie, Rana et sa famille viennent trouver refuge en France.
« Quand je leur demande si l’obtention du statut de réfugié a été difficile, Samer et Rana échangent un rire complice. »
Quand je leur demande si l’obtention du statut de réfugié a été difficile, Samer et Rana échangent un rire complice. « Comment te dire… » commence Samer. En reprenant son sérieux, il m’explique que ce n’est pas tant la procédure de l’OFPRA (Office Français de Protection des Apatrides) qui pose problème que celle qui la précède. Une fois arrivés en France, et dans l’attente d’une prise en charge et d’une réponse de l’OFPRA, les demandeurs d’asile sont théoriquement pris en charge par l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration), qui est supposé les aiguiller dans la gestion de la paperasse administrative et des informations pratiques pour séjourner en France -sur leurs droits en ce qui concerne, par exemple, la Sécurité Sociale, la recherche d’un travail, d’un logement, etc-. En théorie seulement: en réalité, les demandeurs d’asile ont surtout accès à des renseignements basiques, insuffisants pour se frayer un chemin dans les méandres de l’administration.
Des associations comme France Terre d’Asile tentent de renforcer cette formation. Cependant, dans la majorité des cas, c’est aux immigrés de se débrouiller pour connaître leurs droits et parvenir à vivre décemment (par exemple trouver une activité professionnelle ou universitaire), ce qui peut être problématique pour les plus fragiles d’entre eux. En ce qui concerne la demande du statut de réfugié à l’OFPRA, en revanche, Rana et Samer sont unanimes. Le plus difficile, c’est l’attente : ce dernier a attendu un an avant de connaître la décision. En revanche, l’entretien en lui-même n’est pas une épreuve. Au contraire, en ce qui les concerne, l’officier de protection ( la personne en charge de l’instruction, ndlr ) s’est montré attentif et humain. C’est un moment certes crucial et donc forcément stressant, d’autant plus que le demandeur d’asile se trouve non pas face à une mais trois personnes: l’officier de protection, un traducteur, et un surveillant chargé, selon Samer, de décrypter le « body language » et de garantir la neutralité de la procédure; mais il ne s’agit néanmoins pas tant d’un interrogatoire que d’un dialogue.
Après une longue discussion sur les conditions d’arrivée des demandeurs d’asile, je pose à Rana et à Samer une question qu’ils ont déjà du entendre une bonne centaine de fois: qu’est-ce qui les a frappés en découvrant le mode de vie français, et comment ont-ils vécu ce choc culturel ? Rana me répond que ce qui change, c’est qu’elle se sent en sécurité en France, alors qu’en Syrie, la violence a peu à peu redessiné les contours de la vie quotidienne. C’est aussi ce qui ressort de la comparaison que me fait Samer de l’État français avec l’État syrien: le premier s’occupe de ses citoyens, le second les laisse mourir, voire les tue.
« En Syrie, c’est naturel de connaître la vie de tous ceux qui habitent dans ton quartier ! »
Même avant la guerre, les destructions, la menace quotidienne de la mort, et les fuites hors du pays, il m’explique que les droits des Syriens étaient bafoués et leurs rêves, leurs projets en étaient le plus souvent rendus impossibles. Samer souligne également la différence entre la manière de penser en Syrie et en Occident. Ici , à Paris, il constate que les gens sont beaucoup plus individualistes. « En Syrie, ajoute-t-il en riant, c’est naturel de connaître la vie de tous ceux qui habitent ton quartier ! ». En revanche, ce que n’ont pas changé les plus de 4000 kilomètres qui séparent Paris de la Syrie, c’est l’architecture: avec les traces de la colonisation française, de nombreux boulevards et bâtiments que l’on peut (pouvait?) voir dans certaines grandes villes syriennes pourraient tout aussi bien se trouver à Paris sans pour autant détonner dans le paysage.
C’est en mars 2016 que Rana et Samer commencent le « Welcome refugees program » ( fruit de l’association de SciencesPo avec deux associations, Kiron et Wintergreat, ndlr ) avec dix-huit autres réfugiés, une mise à niveau intensive de deux mois pour leur permettre de parler français correctement. À la suite de quoi ils sont tous deux sélectionnés avec une poignée d’autres participants du Welcome Refugees Program pour faire la Summer School en juillet et aout 2016, cette fois ouverte non pas exclusivement aux réfugiés mais aux étudiants du monde entier intéressés par les cursus de SciencesPo. En septembre 2016, ils sont finalement acceptés en tant qu’étudiants en échange.
« Des exposés… Beaucoup d’exposés »
Ils trouvent une certaine difficulté à s’intégrer dans le système pédagogique français, car le rythme est assez intensif et les professeurs sont sévères sur la rigueur de l’argumentation. Il y a aussi beaucoup de devoirs à rendre: notamment « Des exposés… Beaucoup d’exposés… » me précise Samer en souriant. Cependant, cette charge de travail importante a aussi un versant positif: occuper l’esprit et éviter la désagréable sensation du « homesick ». En cette année 2017, lui et Rana font enfin partie des étudiants classiques (et non plus en échange) et entament leur deuxième année de master. Ce qui n’est pas le cas de tous leurs camarades: sur dix-huit réfugiés ayant participé au « Welcome refugees program » en mars 2016, moins de la moitié est parvenue à intégrer le cursus classique de SciencesPo (deux au collège universitaire, et cinq en master).
En ce qui concerne l’intégration sociale, elle semble plutôt réussie -ne serait-ce que parce qu’aucun d’eux ne se départira de son sourire au cours de notre entretien. Ils m’assurent que la très grande majorité des étudiants et des professeurs avec qui ils ont pu parler jusqu’à maintenant ont été chaleureux, et que les rencontres se font naturellement, et ce même avec la barrière de la langue. Selon Samer, cet enthousiasme est probablement dû au fait qu’à SciencesPo, la plupart des élèves sont ouverts d’esprit -d’autant plus qu’il y a de nombreux étudiants internationaux-, cultivés et, surtout, ils ne se bornent pas à une réflexion purement académique.
« Nous ne serions pas ici sans tous leurs efforts et leur engagement, à lui et à l’administration. »
En outre, l’administration et les enseignants sont extrêmement présents, tant dans le cadre scolaire que pour le reste. Rana évoque notamment la gentillesse de son « academic advisor », qui lui a fait visiter la ville et plusieurs musées, ou encore de sa professeure de français, qui l’a aidée à trouver un petit boulot en été. Samer, lui, a même rencontré LA personnalité que tout SciencesPiste rêve d’approcher (Frédéric Mion, vous l’avez deviné): « Il est très engagé, affirme t-il. Nous ne serions pas ici sans tous leurs efforts et leur engagement, à lui et à l’administration ». Néanmoins, ils n’oublient pas que SciencesPo est aussi une sorte de « bulle » et dans la vie de tous les jours, hors de la rue Saint Guillaume, le contact avec les autres n’est pas toujours aussi aisé.
Pour Samer, le plus important actuellement est de maîtriser parfaitement la langue française, parce que c’est indispensable pour réaliser son projet professionnel, lequel est ambitieux: développer l’entreprenariat social. L’enthousiasme avec lequel il me déploie ses idées lorsque je lui demande des précisions me fait sentir à quel point cela lui tient à coeur: il s’agirait de remettre en cause le modèle économique traditionnel qui est selon lui défaillant car il est source de chômage, de précarité, voire de conflits armés pour innover dans l’économie alternative afin d’y développer le dialogue et d’en faire un pacte social dont le coeur serait l’humain.
Il ajoute que c’est un projet certes un peu trop idéal à première vue, mais qu’il s’inscrit dans le long terme et qu’il souhaite surtout apporter sa pierre à l’édifice et proposer sa propre vision du monde du travail en travaillant dans la gestion au sein d’une entreprise sociale. Les aspirations de Rana sont très différentes, mais pas moins ambitieuses: en master en International Security et passionnée par ce sujet autant que par la pédagogie (c’est une ancienne professeure d’anglais!), elle aimerait faire une thèse puis devenir enseignante-chercheuse. Tous deux souhaitent pour le moment rester en France, tout en n’excluant pas la potentialité de travailler éventuellement dans un autre pays plus tard.
Avant que nous nous quittions, je demande à Samer et à Rana quels conseils ils donneraient aux personnes qui, comme eux, ont du quitter leur patrie pour s’installer dans un pays plus sûr. Pour cette dernière, le plus important tient en deux mots: « keep going ». La première étape est la plus difficile, parce que l’on doit débuter une nouvelle vie et s’arracher à ce qui appartient au passé sans regarder en arrière, mais même si l’adaptation est difficile la première année, il faut à tout prix s’accrocher. Une fois que l’on commence à apprendre le français et à s’habituer à la vie en France, les choses deviennent moins ardues. Le conseil que donne Samer ne tient, lui, pas en deux mots mais en un proverbe: « Petit à petit, l’oiseau fait son nid » me répond t-il en souriant. Il ajoute qu’au-delà de l’adaptation, il est absolument nécessaire de rester aux aguets et de ne jamais rester dans l’attente et que s’il y a des d’opportunités, il faut néanmoins savoir les chercher.
Au moment de terminer notre entretien, mes deux interlocuteurs tiennent à faire passer un dernier message: « Merci à SciencesPo. Et merci à tous ceux qui nous ont accompagnés (notamment à madame Myriam Dubois-Monkachi, responsable du Welcome Refugees Program) ».
Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, seuls 1% d’entre eux parviennent à accéder à l’enseignement supérieur. Pour une personne qui avait déjà donné les preuves de sa capacité et de sa motivation à apprendre dans son pays d’origine (beaucoup de réfugiés faisaient de hautes études ou occupaient de hauts postes avant d’être chassés de leur pays) et qui, par ailleurs, y a probablement vécu des expériences traumatisantes comme la guerre, n’est-il pas juste de lui offrir, au moins la possibilité de s’accomplir pleinement intellectuellement ?
De fait, Sciences Po a affirmé sa volonté de favoriser l’intégration des réfugiés dans la société française en nouant deux partenariats dans le cadre du Welcome Refugees program depuis mars 2016: un avec l’association Kiron Open Education, et un avec l’association Wintegreat.
Kiron est une startup allemande dont la branche française permet aux réfugiés et demandeurs d’asile vivant en France de reprendre, voire de commencer des études universitaires gratuitement. Le modèle d’apprentissage est hybride, et consiste en deux étapes: une première où les cours sont dispensés sur une plateforme numérique, et un second temps où les étudiants intègrent l’une des universités partenaires en Licence 2, formation qu’ils poursuivront ensuite pendant deux ans.
Cette solution hybride permet de pallier à certaines des principales difficultés auxquelles sont généralement confrontés les expatriés en apprentissage supérieur, telles que le coût financier élevé, le nombre de places limitées au sein des établissements universitaires ou encore la difficulté de se déplacer. SciencesPo propose en plus de compléter les cours dispensés sur la plateforme numérique pendant la première phase de la formation par des enseignements fondamentaux en français et en anglais dans le domaine des sciences sociales. Outre SciencesPo, le premier partenaire de Kiron, cinq autres partenariats ont été conclus en France avec Kiron: avec le CNAM (Conservatoire National des Arts et des Métiers), l’INP de Grenoble; SciencesPo Grenoble, l’université Grenoble-Alpes et l’université Savoie Mont-Blanc; et quinze autres partenariats sont en cours de négociation.
Wintegreat est fondée en 2015 par deux étudiants à l’ESCP Europe, dont le but est d’insérer des réfugiés ayant effectué des études supérieures dans leur pays d’origine et ayant du les arrêter à cause de la situation politique dans leur pays. Les grandes écoles parisiennes mettent à disposition leurs locaux pour que les réfugiés suivent un semestre de cours « tremplin » afin de s’insérer dans des vraies études ou dans la vie professionnelle en France. L’accent est notamment mis sur l’apprentissage du français, mais aussi de l’anglais, ainsi que des cours de repères culturels et pratiques sur la vie en France. Wintegreat a déjà noué des partenariats avec plusieurs écoles prestigieuses: ESCP Europe bien sûr, mais aussi SciencesPo Paris, SciencesPo Bordeaux de Paris et l’ESSEC -la première promotion a SciencesPo a été intégrée en mars 2016-. Le choix de s’allier avec de grandes écoles s’explique par la nécessité de donner au certificat acquis par les réfugiés grâce au programme d’insertion une réelle crédibilité.
« Certains étaient médecins, étudiants dans de grandes écoles, avocats… Aujourd’hui, ils sont réfugiés. »
Il est très difficile et aliénant pour ces réfugiés, brillants dans leur pays d’origine, d’en être chassé par des conditions politiques indépendantes de leur volonté et de se retrouver en France dépossédés de tout ce qu’ils avaient pu acquérir dans leur vie d’avant: certains étaient médecins, étudiants dans de grandes écoles, avocats… Aujourd’hui, ils sont réfugiés. Alors certes, les dommages psychologiques survenus avec la déchirure du pays d’origine sont irréversibles, mais ils peuvent être atténués par une meilleure insertion des étrangers dans le pays d’accueil. Même en bénéficiant du droit d’asile, évoluer dans un pays quotidiennement sans en connaître la langue peut s’avérer un véritable calvaire, car alors la solitude et le sentiment insistant de n’appartenir ni au pays d’accueil ni au pays d’origine dont on a été chassé s’installe. Pour diminuer ce sentiment d’aliénation, les programmes d’accueil des réfugiés dans les études supérieures font quelque chose d’essentiel: ils leur confèrent un statut, celui d’étudiant, ce qui permet de mettre de l’ordre dans leur vie et d’éviter la perte totale de repères. L’insertion que veulent initier de telles structures n’est donc pas uniquement éducative et professionnelle, elle est aussi sociale.
On peut voir l’aide apportée aux réfugiés comme un geste purement altruiste et philanthropique mais il y a, selon moi, un apport qui ne transite pas seulement des nationaux aux réfugiés mais aussi en sens inverse. Leurs expériences, leur propre culture et leur manière d’appréhender le monde ont probablement beaucoup à nous apprendre.
On entend beaucoup dans la bouche de certains politiques que la France est et restera une terre d’asile. Pour ancrer cette phrase dans la réalité, augmenter le budget de l’OFPRA ne suffit pas: nous devons, tous, tout faire pour non pas seulement accepter mais aussi accueillir les réfugiés; et ce dans la plus grande dignité possible.
]]>Anne Lesegretain, directrice de la Direction des Admissions et Farzad Khodabandehlou, chargé de mission responsable de la procédure française d’entrée en master, ont accordé un entretien à La Péniche afin de mieux comprendre ce changement et ses enjeux. Nous les remercions pour leur disponibilité et leur éclairage.
Très concrètement, que va changer cette réforme pour les candidats ?
Plus que le processus d’admission dans son ensemble, c’est en fait la première phase, celle de l’admissibilité, qui est bouleversée. En effet, pour la trentaine de masters compris au sein des sept écoles de Sciences Po, l’épreuve écrite que constituait la note de synthèse est supprimée. C’est donc sur le dossier uniquement que sera désormais fondée l’admissibilité. Madame Lesegretain explique que si « l’évaluation du dossier était d’ores et déjà constitutive de la phase d’admissibilité, son appréciation est aujourd’hui renforcée, d’où l’intérêt de la double appréciation ». En effet, le dossier du candidat sera examiné par deux évaluateurs afin de garantir l’évaluation « la plus précise et la plus exigeante possible ».
Mais qu’examineront les évaluateurs dans ce dossier ?
L’excellence du parcours universitaire du candidat bien sûr, mais aussi la « richesse de son parcours » et l’ « adéquation entre son projet professionnel et la formation ». La Direction des Admissions souligne en effet la place qu’accorde Sciences Po, au-delà de l’excellence académique à « la maturité du projet, aux passions concrètes et engagements divers, aux perspectives d’avenir et au projet professionnel qui s’est affiné, au-delà de la curiosité et de l’appétence pour les matières dans la mesure où les candidats s’engagent dans un parcours professionnalisant ».
« Le dossier devra aussi comporter une copie rédigée par le candidat au cours de son cursus. »
De plus, pour permettre l’évaluation des compétences rédactionnelles du candidat malgré l’absence d’une épreuve écrite, le dossier devra aussi comporter une copie rédigée par le candidat au cours de son cursus. Cependant, Anne Lesegretain explique que cette copie est « un élément parmi d’autres dont l’importance ne doit pas en être exagérée ». Il s’agit plus d’un élément qui vient en appui du dossier pour témoigner de l’attention qu’accorde Sciences Po à la rédaction et comme appui de la richesse du parcours du candidat, « traduisant par son choix quelque chose de lui-même », plutôt que d’un élément déterminant qui prendrait la place de la note de synthèse.
Le reste du parcours demeure inchangé pour les candidats puisque, comme les années précédentes, les admissibles seront invités à passer dans un second temps un entretien d’admission.
Par ailleurs, les conditions pour candidater restent identiques : il faut soit avoir validé un cursus d’études supérieures comprenant 180 crédits ECTS obtenus dans un établissement d’enseignement supérieur français , soit être titulaire d’un diplôme obtenu dans un établissement d’enseignement supérieur français validant au moins trois années d’études supérieures, soit bénéficier d’une validation d’acquis d’expérience pour les candidats professionnels. Enfin pour les étudiants issus d’un établissement disposant d’une convention avec Sciences Po, il est possible d’être dispensé de la phase d’admissibilité à condition d’avoir une autorisation de l’établissement partenaire.
Marie*, étudiante en troisième année de classe préparatoire littéraire exprime sa satisfaction quant à la réforme de la procédure. « Cela nous permet d’avoir une épreuve écrite en moins quand on passe l’ENS en même temps » déclare-t-elle. Par ailleurs, pour elle la suppression de l’épreuve écrite et le fait de se baser sur un dossier permet aussi une évaluation « plus précise », dans la durée, qui évite « l’aspect aléatoire d’un concours écrit ». Ces remarques font écho à certaines des trois raisons majeures invoquées par l’école comme explication de cette évolution.
« Cela nous permet d’avoir une épreuve écrite en moins quand on passe l’ENS en même temps »
Tout d’abord, Sciences Po souhaite renforcer la diversité des parcours antérieurs de ses élèves. Farzad Khodabandehlou, responsable de la procédure française d’entrée en master, rappelle en effet qu’au sein des masters de Sciences Po se rencontrent des étudiants « venant d’horizons divers, faisant de Sciences Po un lieu de convergence et de confrontation à d’autres parcours et d’autres idées, et ce au sein d’un même master, le filtre de la sélection n’entamant en rien la diversité ». Cette grande diversité des parcours est donc déjà une réalité et doit être aussi encouragée par cette réforme, puisque cette dernière doit permettre à des candidats issus de parcours moins littéraires, par exemple, de candidater.
Cette diversification passe aussi par la possibilité donnée à des étudiants qui ne seraient pas disponibles le jour de l’épreuve écrite de candidater. En effet, Anne Lesegretain souligne que depuis quelques années, les parcours ont évolué et se sont internationalisés. Pour elle, ce serait donc « une situation ubuesque de demander à des étudiants en stage à Shanghai d’être présent à un instant t pour une procédure qui finalement ne leur correspond plus ». Cette plus grande ouverture de la procédure d’admission entraînée par la suppression de l’épreuve écrite contribue donc à la diversification des profils et permet également de lever des barrières financières pour les candidats.
Enfin le troisième enjeu de la réforme, et non des moindres, est la volonté de se rapprocher plus grandement du système des grandes universités internationales afin d’offrir une plus grande lisibilité aux candidats. Pour Madame Lesegretain en effet, « Sciences Po, qui entend être une université de rang mondial, doit pouvoir être « située » par rapport à ses partenaires par les candidats ».
Camille*, elle aussi étudiante en classe préparatoire littéraire, se dit plus perplexe. Elle pense que le recrutement à Sciences Po ne serait plus assez rigoureux et désavantagerait les élèves des classes préparatoires, qui ne peuvent pas autant diversifier leurs engagements que d’autres étudiants.
Sur ces points, l’administration de Sciences Po se veut rassurante et explique que « dans l’immense majorité des cas, la note de synthèse confirmait la note de dossier ». Ainsi la qualité du recrutement « reste la préoccupation numéro 1 de Sciences Po ». La Direction des Admissions souligne enfin que ce mode d’évaluation « est déjà utilisé sur les procédures internationales pour l’admission en master et au Collège universitaire » et que pour un recrutement en master, le dossier est plus significatif qu’une épreuve écrite dans la mesure où il permet une appréciation plus globale du parcours du candidat et de son adéquation avec le projet professionnel.
« Dans l’immense majorité des cas, la note de synthèse confirmait la note de dossier. »
De plus, Farzad Khodabandehlou rappelle que les évaluateurs des dossiers tiendront compte de chaque parcours et de ses caractéristiques dans leur évaluation. Ainsi, ce ne sont pas les mêmes aspects du parcours du candidat sur lesquels sera portée attention selon la trajectoire antérieure du candidat et Sciences Po souhaite une diversité des profils qui n’induit pas une dépréciation des profils de classes préparatoires littéraires.
On l’aura donc compris, la réforme de la procédure d’admission en master est motivée par une convergence d’éléments la justifiant et qui rappellent le projet pédagogique de Sciences Po. Ces éléments sont résumés en ces termes par Anne Lesegretain : « La réforme découle de notre certitude de pouvoir bien évaluer les dossiers, mais aussi de la volonté de valoriser des expériences diverses, d’être lisible dans le système international et de porter une responsabilité sociale en faisant tomber certaines barrières financières ».
]]>Cette réforme concerne les candidats ayant suivi un cursus universitaire français, la seconde procédure d’admission, la procédure internationale, ne connaît pas de refonte.
La procédure de recrutement pour les double-diplômes avec des institutions partenaires reste spécifique et n’est pas modifiée, toujours fondée sur le regard concomitant de Sciences Po et de l’autre institution sur le dossier.
« Et où étudiez-vous exactement ? »
« A Sciences Po, Paris ! »
« Ahhh ! Je me tiens donc face à un futur Président ! »
Qui n’a jamais eu ce type d’échange avec un ami/un grand-oncle/un chauffeur de Heetch ?
La réputation de l’Ecole n’est plus à faire en ce qui concerne les carrières politiques. Quatre des sept présidents de la Ve République sont passés par ses portes ; neuf premiers ministres ont foulé ses bancs ; plus d’une centaine de hauts fonctionnaires en ont apprécié le café dans le jardin du 27.
Et si pourtant, Sciences Po, ce n’était pas que ça ?
L’Ecole libre des Sciences Politiques a été fondée dans le but de former des Hommes capables de répondre aux enjeux de demain. C’était le cas en 1870 ; c’est encore le cas aujourd’hui.
L’objectif de l’Ecole reste donc le même : seuls ces enjeux ont changé. Ou plutôt, ils se sont multipliés. Il est toujours nécessaire de former des Hommes d’Etat compétents – peut être même plus que jamais – mais il aussi nécessaire de former ceux qui font bouger les lignes.
On ne peut négliger le contexte économique et social dans lequel le pays se trouve embourbé depuis plusieurs années : les politiques, chacun à leur tour, ont fait preuve de leur échec à remédier à cette situation.
Chômage de masse, croissance inerte, précarité de l’emploi : qui d’autre que les innovateurs et les chefs d’entreprise peuvent remédier à cette situation économique ?
C’est en effet ce à quoi l’Ecole du Management et de l’Innovation ambitionne : former les acteurs et les entrepreneurs du changement.
En effet, les acteurs politiques ne sont plus les seuls acteurs à détenir le pouvoir au sein de la société. Marie-Laure Djelic et Benoît Thieulin, doyens de cette nouveau Ecole, s’accordent tout deux sur ce point : le pouvoir est un jeu à acteurs multiples aujourd’hui.
Il faut donc s’assurer de former des leaders capables d’être à la hauteur des mutations sociétales ; qui passent certes par la révolution numérique – et le co-doyen Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique, sait de quoi il parle – mais surtout à son impact sur la société : il faut, comme le précise Marie-Laure Djelic, être capable de les imbriquer au champ économique et politique.
La formation proposée par cette Ecole est tout simplement en adéquation avec les enjeux actuels. Les enjeux sont pluriels, aussi l’est la formation. Transmission des clefs de compréhension de la mondialisation, incitation à l’innovation ; apprentissage des techniques ; sensibilisation à la responsabilité sociale des entreprises : tous ces enseignements s’imbriquent afin de dispenser une formation riche capable de répondre aux défis du monde de demain.
Cela relève en effet de notre responsabilité selon Marie-Laure Djelic. Responsabilité qui doit s’ancrer d’une profonde dimension sociale selon la Doyenne, auparavant Directrice du Centre de Recherche sur le Capitalisme, la Mondialisation et la Gouvernance : il faut apprendre aux leaders de demain à prendre en compte la problématique du bien commun pour assurer un développement viable, vivable, et équitable.
L’objectif est donc de former des entrepreneurs créatifs & responsables : mais l’entreprenariat n’est pas un métier, c’est un état d’esprit. Il s’agit de transmettre aux futurs leaders la détermination nécessaire à l’accomplissement de projets, à l’investissement responsable, à l’innovation – et ce aussi bien dans le monde de la finance que celui de la communication.
Une formation sciencepiste qui risque de subir les indéfectibles critiques de formatage des élites ? Que nenni : c’est justement en « déformatant » les étudiants et en les faisant sortir de leur zone de confort que l’Ecole du Management et de l’Innovation entend former les leaders de demain.
Crédit photo : Camille Stromboni pour L’Etudiant
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En octobre 2010, Richard Descoings évoque, dans un entretien accordé aux médias étudiants de l’école, l’amélioration dans un avenir proche du Master d’affaires publiques. Celui-ci devrait intégrer la nouvelle dimension multinationale des politiques publiques qui se décident désormais non plus à niveau purement français, mais à une échelle européenne voire mondiale. Après la disparition de Richard Descoings et une année de vacance du poste de directeur de l’école, Frédéric Mion décide de « remettre la maison en mouvement et, à l’occasion, de repenser le Master d’affaires publiques dans la continuité de la stratégie de l’établissement à organiser le second cycle en « écoles » thématiques.
Ainsi, à la rentrée 2015 ouvre l’Ecole d’affaires publiques de Sciences Po qui entend devenir, selon les mots du doyen Yann Algan, « la grande école d’affaires publiques en Europe ». Les 100 étudiants internationaux, qui représentent pas moins de 40 nationalités, permettent à leurs semblables de se confronter à l’ailleurs et à des expériences diverses, idée centrale du projet Sciences Po. L’école s’est en effet donné pour mission de s’ouvrir davantage à l’international, en particulier sur l’Afrique est le Maghreb, l’Asie ou l’Amérique latine. Cette dimension internationale de l’école s’observe également par l’enseignement en anglais des cours fondamentaux, ce qui prouve, confie Yann Algan, « la rupture avec l’enseignement traditionnel » ; rupture amplifiée par une pédagogie renouvelée.
L’école d’affaires publiques de Sciences Po regroupe désormais plusieurs formations prenant en compte l’évolution des politiques publiques des 15 dernières années. Au-delà du Master politiques publiques, dont la spécialité « administration publique » constitue la voie rêvée pour beaucoup de sciencespistes ou aspirants sciencespistes vers « l’antichambre du pouvoir » qu’est l’ENA, ou du Master affaires européennes, l’école d’affaires publiques propose un ensemble d’exécutive programmes destinés à de jeunes professionnels ayant au minimum cinq années d’expérience professionnelle. Savoir-faire historique de Sciences Po, la préparation aux concours administratifs français comme européens complète l’offre de formation de l’école d’affaires publiques. 30 des 43 admis 2015 de l’ENA sont passés par le 27. Et Yann Algan de confirmer : « La préparation aux concours, c’est notre force, pas question d’y renoncer ».
Le doyen de l’école d’affaires publiques considère qu’il peut exister trois types de grands débouchés. Le premier concerne l’administration publique et la formation des professionnels de l’État évoluant au sein de ses institutions. Le second regroupe les organisations de la société civile quand le dernier est le secteur privé dans la mesure où les politiques publiques influencent les actions du privé.
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Après un an d’existence, il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de la création de l’école vis-à-vis du monde professionnel publique ou privé. Pour autant, le regroupement des différentes formations de Sciences-po ayant trait aux politiques publiques a permis d’amplifier le caractère international de l’école en accueillant davantage d’étudiants étrangers. Preuve de son augmentation de visibilité à perpétuer, l’Ecole d’affaires publiques entend bien continuer de « former des acteurs du bien » commun, selon les termes de Yann Algan.
Pour plus de renseignements sur l’Ecole d’affaires publiques, vous pouvez consulter son site internet.
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