La Péniche donne la parole aux syndicats étudiants, aux sections des partis politiques et plus largement aux étudiants souhaitant publier un texte ou une tribune, dans notre rubrique « Tribunes ». La position des auteurs de ces tribunes n’engage pas la rédaction de La Péniche.
A SciencesPo, une centaine de jeunes sur les 13 000 que compte l’établissement occupent depuis lundi l’amphithéâtre Albert-Caquot. En empêchant les enseignants d’enseigner et les étudiants d’étudier, leur principal leitmotiv est de bloquer tout débat démocratique sur la loi Travail.
Tous nés au siècle dernier, mais ayant leur avenir dans le nouveau millénaire, ces étudiants ont des inquiétudes similaires aux nôtres. A l’instar de milliers de jeunes, nous craignons de rejoindre les 26 % de nos amis au chômage, de vivre moins bien que nos parents et de devoir enchaîner les petits boulots année après année. Nous avons aussi, d’une certaine manière, peur de la vie active qui s’offre à nous et d’un monde qui se transforme sans nous.
Face à ces craintes, les manifestants contre la loi Travail ont décidé de ressortir les méthodes du XXe siècle : occupation des bâtiments, assemblée générale censitaire, dégradations des locaux et désormais, ce jeudi, blocage de l’entrée de l’université.
Alors que de nouveaux mouvements sociaux prennent la forme de débats démocratiques en ligne, de forums participatifs, d’échanges ouverts voire de démocratie liquide et citoyenne, ces étudiants préfèrent bloquer plutôt que convaincre. Ils soulignent le manque de légitimité du gouvernement, défendent le peuple, mais refusent de dialoguer.
S’il est évident que nous respectons la liberté d’expression et les droits politiques de tous les étudiants, leur méthode est similaire à la société qu’ils défendent : complètement surannée et rétrograde. Leur attitude est très éloignée des exigences d’un débat démocratique respectueux et constructif, dans une école qui a fait du débat d’idées le cœur de son enseignement.
Statuts et contrats à vie. Alors que de nouveaux mouvements sociaux prennent la forme de débats démocratiques en ligne, de forums participatifs, d’échanges ouverts voire de démocratie liquide et citoyenne, ces étudiants préfèrent bloquer plutôt que convaincre. Ils soulignent le manque de légitimité du gouvernement, défendent le peuple, mais refusent de dialoguer. Force est de constater qu’ils rejettent toute évolution du monde du travail. Ils analysent notre environnement à travers le prisme fossilisé des années d’après-guerre où les règles nationales étaient indépassables, où l’Etat pouvait tout entreprendre et où la démocratie n’était pas le régime commun en Europe.
Ces méthodes de lutte sociale excluent tout débat populaire. Elles cachent mal un intérêt de classe dépassé et éloigné de l’intérêt commun. Nantis de la République, ces étudiants de SciencesPo rêvent de statuts et de contrats à vie. Eloignés des problématiques des NEES (« ni étudiant, ni employé, ni stagiaire »), ils préfèrent défendre le statu quo plutôt que l’indépendance financière de tous les jeunes. Ils accusent le chef d’entreprise de « dévaliser » le travail, ils oublient que ce dernier préfère réduire son activité plutôt que de prendre le risque d’embaucher un jeune Français.
En soi, et sans tomber dans le piège de la généralisation trop souvent adoptée par les représentants des jeunes, il nous semble que la plupart des moins de 25 ans ne demandent rien de plus que la possibilité de faire leurs preuves. A 20 ans au XXIe siècle, on ne recherche pas un contrat ultra-sécurisé, des avantages sociaux multiples et des belles perspectives de retraite. Dans le nouveau millénaire, les jeunes souhaitent trouver une opportunité d’avenir, une perspective d’emploi rémunéré à sa juste valeur, épanouissant et formateur – nous ne l’obtiendrons certainement pas en exigeant un « droit de grève pour les étudiants ». Le renouveau des pratiques démocratiques doit également s’imposer aux jeunes.
Un texte d’Antoine Vermorel, Alexandre Fongaro (étudiants à Sciences Po) et Paul Guyot-Sionnest (jeune diplômé).
]]>Ceux qui en profitent
Ceux qui veulent VRAIMENT aller travailler
Ceux qui font de la récupération politique
Ceux qui ont d’autres propositions de manifestations
Ceux qui veulent soutenir les manifestants
Ceux qui se moquent
]]>Et la Palme d’Or !
Un article écrit avec Ulysse Bellier.
La décision a été prise hier mercredi 23 mars 2016, à l’occasion d’une nouvelle assemblée générale du mouvement contestataire « Sciences Po contre la Loi Travail ». Dès six heures ce matin, une cinquantaine d’étudiants ont bloqué l’accès aux deux bâtiments principaux de Sciences Po, au 27 rue Saint Guillaume et au 56 rue des Saints-Pères. Tous les cours qui devaient y être tenus ont été annulés.

Une quinzaine de policiers ont été dépêchés pour assurer la sécurité de la manifestation. En milieu de matinée, deux des trois minibus de police sont partis, laissant moins de dix agents. Ils resteront en place jusqu’à 13:00.
L’administration de Sciences Po a, quant à elle, « émis des hypothèses sur la base desquelles les différents parties peuvent potentiellement discuter » à l’instar d’une liste des étudiants-manifestants qui pourrait être utilisée par le jury de fin d’année pour lever certaines défaillances. Cette proposition a été rejetée par les étudiants, par crainte « d’être listés ».
Ceux-ci réclamaient une dispense d’assiduité pour les journées de manifestation et pour la durée des AG. Cette demande est la même depuis lundi soir, début de l’occupation de l’amphithéâtre Caquot. L’administration a refusé car il s’agirait d’un « traitement inégalitaire ». Les manifestants ont libéré cet amphithéâtre mercredi soir, avec de petites dégradations aux abords de l’amphi.
Un tel blocage, une première à Sciences Po, est loin de faire l’unanimité parmi les étudiants. C’est ainsi que de nombreuses réactions plus ou moins hostiles ont été exprimées sur Twitter et Facebook, au travers du hashtag #OccupyScPo.
Honte aux #OccupyScPo qui empêchent étudiants d’accéder aux cours. Soutien aux forces de sécurité mobilisées malgré état urgence
— LesRépublicains ScPo (@LesRep_ScPo) 24 mars 2016
Le syndicat UNI-MET Sciences Po est même allé plus loin en déclarant que « Notre établissement ne doit pas céder aux méthodes violentes de groupuscules d’extrême gauche qui veulent importer à Sciences Po les violences récemment à Tolbiac et à Nanterre. »
Séraphin Elie, secrétaire de section du PS Sciences Po juge « qu’ils ont changé le clivage. On est passé de pour ou contre la Loi Travail à pour ou contre le blocage de Sciences Po. Or, dans une école qui défend le débat, ils sont voués à l’échec. »
Du côté de l’UNEF Sciences Po, enfin, son président Josselin Marc précise : « Force est de constater que si une majorité écrasante d’étudiants est contre cette loi et cette même majorité ne se reconnaît pas necessairement dans ce mode de mobilisation à l’heure actuelle. La réussite de ce mouvement, le retrait de la loi travail, ne peut passer que par l’implication du plus grand nombre. Nous nous efforceront en conséquence de faire vivre le cadre de l’assemblée générale comme moyen d’expression et de décision de tous les étudiants »
Pour beaucoup la lisibilité et le bien fondé d’un tel blocage exaspèrent. Différentes revendications se confondent au sein de cet embryon contestataire : retrait de la loi, critique de certains enseignements à Sciences Po jugés « trop libéraux », des obligations d’assiduité en cours…
Vers 12:30, la cinquantaine de manifestants a majoritairement voté le départ à la manifestation, sous les applaudissements d’autant d’étudiants opposés au blocage. Alors qu’en début de matinée, les slogans « On ne lâchera pas » allaient bon train, vers 13:15 les poubelles, les pancartes et les affiches ont été retirés des grilles du 27 rue Saint Guillaume, par les manifestants eux-mêmes et d’autres étudiants opposés à ce blocage.
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« Puisque l’administration refuse de nous laisser nous mobiliser, nous manifesterons au sein de nos locaux jusqu’à nouvel ordre », ont affirmé les étudiants de l’assemblée générale dans un communiqué publié lundi. Ils accusent Sciences Po de « chercher à empêcher la mobilisation » en n’assouplissant pas les règles d’assiduité. « Contrairement à de nombreuses universités et IEP », peut-on d’ailleurs lire dans ce document.
« Il faut que l’administration comprenne que le milieu Science-Piste n’est pas hermétique au reste de la société », a déclaré Laura Cazalot-Duquesne, une responsable de l’UNEF. Elle dit ne pas vouloir prédire jusqu’à quand l’occupation de l’amphithéâtre continuera, et que « tout dépend de la direction. »
« Demain, à 12h30, une nouvelle Assemblée Générale se réunira pour décider de la suite immédiate de la mobilisation », a écrit le collectif « Sciences Po contre la Loi Travail » sur Facebook. « Des ateliers de lecture de la loi travail seront organisés dans la journée », a-t-il ajouté.
L’action est connue sous « #OccupyScPo » sur Twitter, où le hashtag est entré aux Trending Topics lundi soir.
Les étudiants, réunis à partir de 19h, n’ont pas quitté les locaux à 21h15, heure de fermeture du bâtiment, ont indiqué des employés de l’IEP. L’assemblée générale a voté l’occupation de l’amphithéâtre pour toute la nuit, et la journée de mardi.
150 étudiants étaient présents en début de l’assemblée, selon les syndicats ; « une centaine » était encore dans l’amphithéâtre vers 1h du matin, selon plusieurs étudiants sortant du bâtiment. Une cinquantaine de personnes est restée toute la nuit, a affirmé mardi matin l’UNEF à La Péniche.
Dans un communiqué envoyé aux étudiants aujourd’hui mardi 22 mars vers midi, la direction des études et de la scolarité de Sciences Po a notamment considéré que « décréter la banalisation d’un créneau alors que le semestre est déjà entamé est inenvisageable » et a par ailleurs condamné « avec la plus grande fermeté l’occupation des lieux et la dégradation des équipements ».
« Quand il n’y a plus personne à l’intérieur du bâtiment, normalement [les appariteurs] rentrent chez eux », a déclaré un employé de Sciences Po à La Péniche, ajoutant que lundi soir, le personnel était resté pour « assurer la sécurité des étudiants. »
Vers 23h20, une quinzaine d’étudiants a forcé l’entrée dans l’amphithéâtre malgré l’interdiction, ont rapporté des étudiants présents. Après cette heure, seules les sorties étaient possibles, alors que quelques étudiants étaient encore devant la porte d’entrée. La police était brièvement sur place vers 23h45 et a relevé l’identité d’une étudiante ainsi que d’un journaliste sur place.
L’administration a refusé, lundi soir vers 23h45, l’accès au bâtiment à un photographe de La Péniche.
Un employé de Sciences Po a enlevé les autocollants sur la porte d’entrée du bâtiment vers 1h30 du matin mardi. « Je vous comprends, mais j’ai mes consignes », a lâché cet employé envers plusieurs étudiants.
En 2013, un an après la mort de Richard Descoings, des dizaines d’étudiants avaient passé deux nuit dans l’amphithéâtre Boutmy pour demander plus de transparence dans le processus de sélection du nouveau directeur de Sciences Po. Le mouvement était alors baptisé « #OccupyBoutmy ».
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