littérature française – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 30 Jun 2023 13:12:43 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png littérature française – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Rencontre avec Monica Sabolo : « L’écriture surgit comme un rêve. » https://www.lapeniche.net/rencontre-avec-monica-sabolo-lecriture-surgit-comme-un-reve/ Wed, 23 Sep 2020 11:53:45 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=52803 Auteure de romans empreints de poésie et de noirceur, Monica Sabolo impose une voix singulière sur la scène littéraire contemporaine. Rencontre à Saint-Germain-des-Prés.

Depuis le succès critique de Tout cela n’a rien à voir avec moi, couronné du Prix de Flore en 2013, Monica Sabolo s’est entièrement consacrée à l’écriture. Après ce roman conceptuel qui décortique avec humour et tendresse le chagrin d’amour, ses textes ont gagné en ambition. Les thématiques du secret de famille, de la disparition et des traumatismes sont centrales dans son œuvre. Mais l’écriture de Monica Sabolo, nourrie d’un réseau métaphorique puissant, parvient à saisir et creuser ces sujets lourds avec grâce.

LPN : Avez-vous eu l’impression d’accéder à une légitimité d’auteure à partir de votre troisième livre, Tout cela n’a rien à voir avec moi, pour lequel vous avez reçu le Prix de Flore en 2013 ? Pourquoi cette longue parenthèse sans écriture entre 2005 et 2013 ?

Monica Sabolo : Cela a été plus qu’une parenthèse. Je pensais que je n’écrirai plus jamais. J’ai écrit Jungle avec beaucoup de difficulté. J’avais la sensation de ne pas être à la hauteur de ce que j’imaginais être la littérature. Je le vivais comme un échec. Mon éditrice a continué à m’encourager. Au moment où j’ai commencé à écrire Tout cela n’a rien à voir avec moi, j’étais rédactrice en chef de la rubrique culture à Grazia. C’était une période géniale, avec une équipe incroyable, quelque chose de l’ordre de la liberté, de la créativité… J’ai eu un chagrin d’amour qui m’a mise à plat avec l’impression de perdre complètement deux années de ma vie. J’ai commencé à prendre des photos et j’ai eu l’idée d’un livre qui raconterait un chagrin d’amour à travers des images et de petites légendes. Je ne voulais pas écrire. En disant à mon éditrice que j’avais une idée de livre, il y avait une sorte d’espoir en elle. Mais quand je lui ai expliqué qu’il s’agissait d’un livre de photos, l’espoir s’est éteint ! (rires). Evidemment, elle a été beaucoup plus fine que moi : elle se doutait bien que l’écriture reviendrait. J’ai commencé par les photos et le texte est venu, même s’il est fragmentaire et contenu. On sent que j’y vais sur la pointe des pieds : au niveau de l’écriture, il y a quelque chose de verrouillé. Mais c’est un livre dont je ne reviens pas encore de m’être autorisée à écrire et à publier. Il est d’une grande liberté, d’une grande mise à nu. Obtenir le prix de Flore a été quelque chose de fondamental, comme une clé dans une serrure, une reconnaissance. Le fait qu’on ne parle pas de mes deux premiers livres allait assez bien avec la façon dont je me sentais intérieurement. J’avais vraiment l’impression que c’était un nouveau pas, un nouveau départ, un nouveau travail littéraire. Il y a eu une grande bienveillance autour de ce texte dans sa réception. Depuis, j’ai sorti un livre tous les deux ans, j’ai quitté ma place à Grazia et je me suis consacrée à l’écriture.

Pourquoi privilégier l’écriture métaphorique, l’abondance d’images (parfois à l’excès selon certaines critiques) pour évoquer des sujets lourds ? Est-ce que les écritures plus sèches, incisives et frontales vous touchent ?

La métaphore est mon penchant naturel. Je suppose que cela vient d’une volonté de ne pas jeter la violence dans le visage du lecteur. C’est aussi une forme de pudeur, une voie de transformation de tout ce qui peut être sombre, douloureux et agressif en quelque chose de beau. Pour moi ça pourrait être la définition de ce qu’est la littérature.

L’écriture frontale d’Annie Ernaux, une écriture qui refuse le romanesque, me touche beaucoup. Ce sont des textes d’une extrême beauté qui me touchent et me travaillent longuement. Mais ils restent très mystérieux pour moi dans l’approche. Quand j’essaye d’écrire d’une façon plus dénuée d’effets, j’ai la sensation que ça ne prend pas. Dans le livre que j’écris en ce moment, j’essaye d’aller vers quelque chose de moins baroque. J’ai envie d’aller plus loin, de travailler autrement. Mais il est évident pour moi que l’image, la poésie, l’évocation, la sensation sont mes façons d’essayer de toucher à la vérité.

On sent l’influence de la romancière Laura Kasischke dans vos livres, avec l’attention portée à l’environnement naturel, le sens de la métaphore… De plus, le début de Crans Montana rappelle Virgin suicides de Jeffrey Eugenides… Comment prendre du recul sur ces références, pour proposer un texte singulier et trouver sa propre voix ?

Je ne le vis pas tellement comme une influence, mais comme une résonance très puissante avec quelque chose qui m’est propre. Ces textes sont comme des textes d’appui qui me permettent de croire que je suis capable de faire quelque chose, comme s’ils réveillaient une flamme à l’intérieur. Avec le temps, la flamme ne s’allume pas forcément avec les mêmes textes. C’est peut-être ma tendance à ne pas croire en moi ou à l’aspect fantomatique, inaccessible de l’écriture à l’intérieur de mon corps. C’est comme une voie de passage. Je n’ai pas la sensation de me dire “il faut que je m’écarte de ces références”, mais plus l’ouverture d’une porte et quelque chose qui peut ensuite déferler.

Tout en restant singulier, Summer rappelle beaucoup Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke (la thématique de la disparition, la métaphore déployée en boucle : le froid, la glace chez L.K. et l’eau dans Summer)…

Je dirais que dans l’œuvre de Laura Kasischke il y a quelques livres qui sont là en permanence. “Un oiseau blanc dans le blizzard” en fait partie. Mais ce n’est jamais quelque chose pensé de cette façon-là. Plus largement, ce qui me relie aux romans de L.K. c’est son rapport à la nature, au temps, aux saisons. C’est le point de départ de tous mes livres : le lac pour Summer, la montagne, l’air coupant pour Crans Montana et Eden c’était la forêt. C’est comme une usine intérieure où tout part de ça. Le parallèle est juste et ce sont de belles filiations, quand on me parle de Sofia Coppola, David Lynch… Mais depuis quelque temps, j’ai l’impression que c’est de moins en moins le cas. Je pense que ma voix a sa singularité.

J’ai l’impression que votre dernier livre, Eden, s’émancipe plus de ces références et gagne en ambition, avec un plus grand mélange des univers, des registres, des incises d’humour…

C’est vrai. Ce qui est bizarre pour moi, c’est qu’écrire de façon drôle est le plus naturel. Cela peut paraître étrange quand on lit Crans Montana et Summer, mais mon premier roman, qui n’est pas du tout littéraire, dégage une sorte d’énergie et de comique. C’est aussi peut-être ma façon de me déguiser. Ce n’est pas toujours simple de mêler souffle et verve comique. Le livre que j’écris en ce moment commence de façon assez burlesque. D’ailleurs, je suis en train de lire Yoga d’Emmanuel Carrère, qui est une vraie réussite mécanique du mélange du désespoir absolu et d’une écriture extrêmement drôle.

Peut-on considérer Tout cela n’a rien à voir avec moi, Crans Montana et Summer comme une trilogie ? Il y a en effet beaucoup d’échos entre ces livres (le secret de famille, la disparition, des scènes similaires). Petit à petit, vos livres ont une architecture romanesque plus construite, avec une intrigue et une résolution…

C’est en effet pour moi une sorte de trilogie. À la fin de Tout cela n’a rien à voir avec moi, j’ai toute suite su qu’il y en aurait deux autres. J’ai eu l’impression de boucler un cycle. Avec Eden, j’ai pu m’éloigner de certains thèmes, de ces milieux favorisés de la bourgeoisie suisse. Je voulais jouer avec les codes du roman américain, avec un scénario un peu plus vissé et une incarnation de mes personnages. Au début, mes personnages étaient fantomatiques, dans l’inaccomplissement d’eux-mêmes ; des spectres qui vivent à côté de leur enveloppe. Il y a ensuite une mise en route, quelque chose qui tend plus à être dans le réel et dans l’action. Eden n’est peut-être pas si éloigné des autres, il y a une progression. Les garçons de Crans Montana sont spectateurs de leur vie, qu’ils regardent passer comme un bateau au large. Dans Summer, Benjamin prend en main sa propre existence. J’avais envie de scènes d’action, même si les scènes évanescentes sont plus simples à écrire pour moi. Le mélange de la poésie, de l’image avec de l’action pure peut être intéressant.

Pour évoquer Eden, certains ont parlé de « fable éco-féministe ». Est-ce votre livre le plus politique ? Le génocide des autochtones au Canada a été le point de départ de l’écriture de ce livre, mais vous semblez pourtant privilégier le filtre du romanesque, de l’intemporel…

C’est compliqué d’aborder un sujet d’une telle douleur et qui m’appartient tellement peu. J’avais vraiment une problématique morale qui m’empêchait de dormir au début de l’écriture du livre : comment puis-je évoquer cela, alors que je suis une femme européenne, blanche ? Mais ça résonnait d’une telle façon en moi que c’était impossible d’y renoncer.

L’écriture sur le réel est quelque chose que je trouve passionnant. Mais le romanesque a été mon pas de côté pour m’autoriser toute liberté.

C’est effectivement mon livre le plus politique. J’ai la sensation que c’est aussi ma manière d’aborder tous les sujets. L’écologie, le féminisme sont des mots que j’utilise peu, mais ils sont au cœur de toutes mes émotions, ma construction en tant que personne au fil du temps. J’ai essayé de l’aborder de la façon qui m’est propre, toujours par la voie de la littérature et du romanesque. J’y crois profondément. On dit parfois que le roman est mort mais ma construction s’est faite et se fait encore à travers la littérature.

Le souvenir traumatisant de l’agression sexuelle revient au cœur de vos livres, avec des scènes similaires et des effets d’échos. Comment réussir à poser des mots sur l’indicible ?

Cela a commencé avec Tout cela n’a rien à voir avec moi, où ça apparaît subrepticement, jusqu’à prendre de plus en plus de place dans mes autres livres. Ce sont des scènes avec lesquelles je pensais en avoir fini. Mais j’ai commencé un livre qui parle des années 80, de sujets complètement autres, et elles sont revenues. Elles seront là d’une façon ou d’une autre dans presque tous mes livres. On n’en a jamais fini avec cette chose qui cloche, qui est presque le générateur de tout le reste, de cette envie, de cette nécessité d’écrire. Ce qui a changé, c’est que mon écriture est beaucoup moins douloureuse. Elle est plus proche de la joie. La joie d’écrire. Ce moment où les enfants sont à l’école et que je me jette sur mon ordinateur. Comme je suis encore dans quelque chose qui n’est pas très maîtrisé intellectuellement, l’écriture surgit comme un rêve. C’est un moment de bonheur absolu. Ce n’était vraiment pas le cas avant.

Vous parlez souvent de l’écriture comme d’une “extraterritorialité”. Pouvez-vous en dire plus sur votre processus d’écriture ?

Ça me rassure d’avoir un cadre. Je me dis que je veux écrire 30 000 signes par mois. En écrivant très peu mais avec une grande régularité, on y arrive. J’ai toujours l’impression de faire une grande tenture murale avec une toute petite aiguille, comme une micro-brodie. Je ne m’autorise pas beaucoup de liberté tant que je n’ai pas fait ce que j’avais à faire. Avec mes copains écrivains, la première question qu’on se pose c’est « t’as écrit combien de signes ? » (rires). Avoir ce cadre nous rassure. Mon truc pour l’écriture, c’est la régularité.  Écrire tous les jours, même très peu. Mais il faut toujours que j’écrive au même endroit : dans mon lit. J’ai beaucoup de mal à écrire en voyage, dans un café. Je dois avoir l’illusion d’avoir un temps immense. Si je sais que dans une heure j’ai un rendez-vous ou que je dois aller au supermarché, je suis complètement bloquée.

Quel est votre dernier coup de cœur littéraire ?

L’empreinte de Alex Marzano-Lesnevich: l’histoire d’une femme américaine qui mélange un traumatisme personnel avec l’histoire d’un procès d’un meurtrier. C’est remarquable dans l’écriture, la construction, la sensibilité.

Propos recueillis par Ismaël El Bou-Cotterau

Photo par Ismaël El Bou-Cotterau

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« Le roman est peut-être l’un des derniers lieux où s’exprime la vitalité démocratique » https://www.lapeniche.net/le-roman-est-peut-etre-lun-des-derniers-lieux-ou-sexprime-la-vitalite-democratique/ Fri, 11 Oct 2019 09:21:57 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40054 Avec “Les choses humaines”, Karine Tuil signe un roman brillant et percutant qui interroge les grandes questions de notre temps, à commencer par les rapports hommes-femmes à l’ère de “Metoo”. Rencontre.

Depuis 2001, Karine Tuil construit une œuvre littéraire à la fois ample et ambitieuse. Son onzième roman intitulé “Les choses humaines” déploie encore une réflexion pleine d’acuité sur les troubles de notre société. Ce roman est structuré autour du procès d’Alexandre Farel, étudiant accusé de viol. Le lecteur est emporté dans un tourbillon romanesque d’une redoutable efficacité et découvre un récit aux multiples stratifications, porté par des personnages incarnés. Ce texte est surtout une réflexion remarquable sur les rouages de la culture du viol et la notion de consentement. Rencontre avec une auteure qui compte dans le paysage littéraire français.

Pourquoi le réel s’impose-t-il comme l’un des principaux matériaux romanesques de vos livres ? 

C’est avant tout une démarche inspirée de mon parcours et dictée par mes goûts littéraires. Mon parcours d’abord : je suis juriste de formation, j’ai fait l’institut français de presse, j’ai toujours été passionnée par les grandes problématiques politiques, éthiques, contemporaines ; j’ai besoin de comprendre la société pour y trouver ma place. La littérature est l’espace du questionnement. Le roman m’aide à penser – et à comprendre parfois – ce qui, dans la société, m’interpelle, me dérange, me choque. On vit dans une société fracturée, en pleine mutation, tout semble mouvant – c’est cette instabilité que je veux raconter dans mes romans, précisément parce qu’il me semble qu’elle est de plus en plus difficile à appréhender ailleurs. Le roman est peut-être l’un des derniers lieux où s’exprime la vitalité démocratique : tout peut être écrit, y compris le réel dans sa forme la plus brute. L’autre raison, c’est mon goût pour l’actualité, le reportage, le documentaire. Quand Joan Didion écrit : « vois ce qu’il faut voir et écris-le », je me reconnais dans cette démarche littéraire. Truman Capote, Joseph Kessel, Michel Houellebecq, Emmanuel Carrère, Maggie Nelson – j’aime leur univers. La question est : où place-t-on le curseur du réel ? La fiction offre une liberté inégalée, il y a de la place pour une littérature fictionnelle qui aurait pour source d’inspiration le réel – précisément, la violence du réel.

Aviez-vous des doutes au moment de l’écriture de votre dernier livre ? Comment prendre du recul sur ce tourbillon d’actualités (#Metoo, libération de la parole des femmes), sans céder à une vision simpliste des choses ? 

J’ai commencé ce livre en juin 2016, bien avant #MeToo, en m’inspirant d’un fait divers, que l’on a appelé aux Etats-Unis « L’affaire de Stanford ». Un procès opposait un étudiant de Stanford, sportif émérite, et une jeune femme qui l’accusait de l’avoir agressée sexuellement lors d’une soirée organisée sur le campus. L’étudiant avait écopé d’une peine de six mois de prison dont trois ferme, un verdict jugé clément qui avait entraîné une vague d’indignation. La réaction du père de l’accusé, notamment, m’avait profondément choquée. Il avait dit : on ne va pas détruire la vie de mon fils, un jeune homme qui a tout réussi, pour « vingt minutes d’action ». J’étais révoltée. Au même moment, j’ai rencontré deux jeunes et brillants avocats, Maîtres Julie Fabreguettes et Archibald Celeyron qui ont accepté de m’aider, de me parler de leur métier. A partir de là, j’ai commencé à assister à des procès pour viol aux Assises de Paris. Quand l’affaire Weinstein a été révélée, j’avais déjà bien avancé sur mon roman. Il m’était alors impossible de ne pas intégrer les effets de MeToo dans mon roman. C’était d’autant plus évident que l’un de mes personnages principaux, Claire, est une essayiste reconnue pour ses engagements féministes dont le fils est accusé de viol. Il fallait qu’elle s’exprime en tant que femme, intellectuelle – et mère. Par ailleurs, on traversait alors une période très importante : les femmes osaient raconter les violences qu’elles avaient subies et on sentait une prise de conscience du côté des hommes. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter les dysfonctionnements de la société dans toute leur complexité. Et puis, n’oublions pas une chose, #MeToo n’est que la suite d’un long combat mené avant nous par des femmes comme Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, et tant d’autres – Gisèle Halimi qui écrivait déjà, dans Le crime, au lendemain du procès d’Aix de 1978 : « Le viol, comme le racisme, comme le sexisme dont il relève d’ailleurs, est le signe grave d’une pathologie socioculturelle. La société malade du viol ne peut guérir que si, en ayant fait le diagnostic, elle accepte de remettre radicalement en question les grands rouages de sa machine culturelle, et son contenu. »

Le fait de se placer du point de vue de l’agresseur, est-ce une manière de déjouer la facilité et d’introduire plus de complexité ? 

Les questions du Mal, du passage à l’acte, m’intéressent. J’avais envie de tenter de savoir ce qu’il y avait dans la tête d’un homme accusé de viol et, pour cela, il fallait se rendre au Palais de justice, aux Assises. Il n’y avait pas de témoignage. Au Palais, à travers les auditions des témoins, des experts et de l’accusé lui-même, une vérité humaine se dessine.

Votre écriture est très rythmée et portée par un vrai souffle. Êtes-vous influencée par l’efficacité du cinéma et des séries ? 

Je crois que je suis simplement fidèle à la tradition du roman réaliste français, je suis sensible aux détails, au point de vue, aux descriptions du monde social. J’aime la liberté que le roman nous offre. J’aime beaucoup le cinéma, c’est vrai, certains univers cinématographiques comme ceux de Scorsese, James Gray, Kathryn Bigelow, Jacques Audiard, Sidney Lumet, m’inspirent. Je regarde quelques séries, celles qui ont une charge politique et sociale m’intéressent le plus.

Claire est très certainement le personnage le plus passionnant de votre roman. Elle défend une position équilibrée sur les agressions de Cologne mais elle est tout de suite victime d’un procès médiatique pour « islamophobie ». Pensez-vous qu’il est aujourd’hui impossible de tenir des positions nuancées à l’ère du buzz permanent ? 

Après les agressions de Cologne, Claire s’exprime dans la presse et dans la radio. Elle considère qu’on a fait passer l’antiracisme avant l’antisexisme. Très vite, elle est attaquée sur les réseaux sociaux. Il est effectivement de plus en plus difficile de tenir des positions nuancées, d’avoir du temps dans les médias pour développer une pensée complexe. Or, c’est le propre de la démocratie de débattre, d’émettre des opinions divergentes. Je ne vois pas l’intérêt de discuter avec quelqu’un qui pense comme moi. Au contraire, j’aime la contradiction, elle seule permet d’évoluer.

La question religieuse traverse tous vos livres. Dans Les choses humaines , Mila tente de s’extraire du conservatisme religieux. Peut-on parler d’un combat pour l’émancipation qui fait d’elle autre chose qu’une victime ? 

Mila est une jeune fille écrasée : par le drame qu’elle a vécu d’abord – elle était présente dans l’école juive de Toulouse en 2012 quand a eu lieu la tuerie visant un professeur et trois enfants -, par le divorce brutal de ses parents puis par le viol. Mais on la voit, au cours du roman, tenter de s’imposer. Elle refuse dans un premier temps le conservatisme religieux de sa mère, une femme juive qui, au lendemain de l’attentat, a sombré dans une forme de rigorisme, cherchant à imposer sa propre pratique à sa fille, lui imposant une certaine tenue vestimentaire, l’enfermant dans un carcan. Puis, au moment du procès, Mila, en s’adressant à l’accusé dans un blog, reprend le pouvoir, s’impose et donne sa version des faits. Elle a besoin d’être entendue, d’être crue et d’exister enfin par elle-même. Le viol est une affaire de prédation, de domination et, pour la première fois, Mila trouve le courage de s’opposer à son agresseur, de s’opposer également à sa famille, le courage de vivre comme elle l’entend.

Voyez-vous l’espace intime, sexuel, comme le miroir de notre société ? 

Oui, tout à fait. A travers l’histoire des Farel, on décrypte le fonctionnement d’une société clanique, fracturée et vulnérable où la violence s’exerce contre les êtres les plus exposés. Dans l’intimité, les êtres se révèlent, les rapports sociaux tendent à s’effacer, les masques tombent. A l’inverse, le sexe peut aussi devenir un instrument de pouvoir et de violence.

Comment se passe votre processus d’écriture ?

Il n’est jamais fixe. Parfois, je pars d’un fait divers, un sujet, un thème, une histoire et à d’autres moments, c’est un texte, un fragment littéraire. Il y a souvent un contraste très fort entre le projet initial, ce que vous vouliez faire, et le résultat obtenu. On avance dans le noir, sans savoir où l’on va…

Votre dernier coup de cœur littéraire ?

Mon dernier très grand coup de cœur a été « Le lambeau » de Philippe Lançon, aux éditions Gallimard.

Les choses humaines, aux éditions Gallimard, 340 pages.

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Ecriture, Méditerranée et langue française – la rentrée littéraire de Daoud et Darrieussecq https://www.lapeniche.net/ecriture-mediterranee-et-langue-francaise-la-rentree-litteraire-de-daoud-et-darrieussecq/ Wed, 18 Sep 2019 08:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=39906 Auteure et psychanalyste, lauréate du prix Médicis pour Il faut beaucoup aimer les hommes, Marie Darrieussecq anime cette année un cours d’écriture à SciencesPo. Elle succède à Kamel Daoud comme titulaire de la chaire d’écrivain en résidence. Ce lundi 16 septembre, la rentrée littéraire était l’occasion d’une rencontre entre les deux auteurs.

Écrire, traduire, rêver

Marie Darrieussecq a intitulé son propos inaugural “Écrire, traduire, rêver”.

Rêver, car pour écrire, “il faut une solide confiance dans les rêves”, affirme-t-elle.  “Il s’agit de devenir un attrape-rêves. Les siens, ceux des autres. Il faut laisser venir les rêves et les possibles. Être ouvert et poreux au monde.” Savoir s’ouvrir, mais savoir se protéger aussi. “Écouter le monde battre en soi, et réguler ce grand battement. J’essaie de transmettre comment construire cette bulle de l’écriture. Apprendre à construire son scaphandre.”

Traduire, car la traduction constitue une autre façon d’écrire, puisqu’il s’agit de trouver les mots justes. Comme l’écriture, elle part d’un désir et demande de l’obstination.  “Une pelote de laine à retricoter dans sa propre langue” décrit celle qui est l’auteur de nombreux travaux de traduction dont Tristes Pontiques, d’Ovide, ainsi que des oeuvres de James Joyce et de Virginia Woolf.

Écrire enfin, comme un impératif. “On n’a pas le choix d’écrire” assure-t-elle. “Je ne crois pas qu’on puisse enseigner l’écriture. Aucun enseignement ne fera de vous un écrivain ou une écrivaine”, prévient-elle d’emblée. Cependant, l’atelier d’écriture révélera les écrivains, ceux qui n’osent pas écrire, pense l’auteure. Car dans l’écriture réside une énorme part de confiance en soi.

La Méditerranée

Kamel Daoud et Marie Darrieussecq ont un point commun : la Méditerranée. Pour elle, c’est une obsession. Cette mer, à la fois berceau et tombeau, est présente dans son dernier roman La mer à l’envers.

“La Méditerranée. Pour une fille de l’Atlantique. C’est plat. Une mer petite. Les côtes sont rapprochées. On a l’impression que l’Afrique pousse de tout son crâne contre l’Europe, d’ailleurs c’est peut-être vrai. Une mer tectonique, appelée à se fermer.”

Narrant la rencontre de Rose, parisienne, avec Younès, jeune Nigérien naufragé en Méditerranée, l’oeuvre évoque l’absurdité des politiques migratoires.

Marie Darrieussecq raconte qu’enfant, elle était fascinée par les papiers d’identité. Ce petit bout de papier avec notre photo. Certains l’ont, d’autres non. “Comment nous a-t-on fait accepter une chose si bizarre ?”. Pour l’auteure, le rôle de la littérature se situe précisément ici : interroger l’évidence. Dénoncer l’absurdité de ce qui nous paraît établi, à la manière de Kafka, son auteur fétiche.

La langue française

Plus que les deux auteurs, l’invité d’honneur de cette rencontre était la langue. Le français, en l’occurrence. Pour Marie Darrieussecq comme pour Kamel Daoud, elle est une langue d’adoption, leurs langues maternelles étant respectivement le basque et l’arabe. Une chance selon eux, car voir le français comme une autre langue permet de la “triturer”, de se l’approprier. 

Dans le cas des réfugiés,  la langue est une question sensible et importante, souligne-t-elle, puisqu’utilisée pour décrire l’expérience vécue. “Les mots façonnent la réalité”. Quant à Kamel Daoud, il voit la langue française comme une femme, qui lui a fait découvrir cette sensualité que l’arabe interdisait.

“Une langue se boit et se parle, et un jour elle vous possède; alors, elle prend l’habitude de saisir les choses à votre placent elle s’empare de la bouche comme le fait le couple dans le baiser vorace.” écrit-il dans Meursault, contre-enquête.

Sa relecture de l’oeuvre de Camus lui avait valu le prix François Mauriac et le prix Goncourt du premier roman en 2015.En Algérie, le français, toujours associé à la colonisation, est une langue “que l’on pousse à la clandestinité” décrit-il. “Pour moi c’est une langue qui est vivante. Elle est là, elle m’appartient…et on essaie de vivre heureux.”

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Le Mag’ : Rentrée littéraire 2018 – S’il ne devait en rester que trois… https://www.lapeniche.net/le-mag-rentree-litteraire-2018-sil-ne-devait-en-rester-que-trois/ Wed, 07 Nov 2018 09:00:41 +0000 http://lapeniche.net/?p=38917 Chaque année, c’est la même chose. Ce déballage de couvertures crème et écarlate, de bandeaux tapageurs et outranciers, d’ouvrages bardés de noms qui se veulent mémorables, de libraires les yeux rivés sur les chiffres de vente et de lecteurs déboussolés par l’offre pléthorique de titres tous plus alléchants les uns que les autres.

La rentrée littéraire.

C’est un peu stérile, sans doute, tous ces prix et ces romans dont beaucoup ne se vendront qu’à quelques centaines d’exemplaires, ces grands noms qui se bousculent et ces jurys qui se réunissent dans des salles coupées du monde.

Et pourtant. C’est aussi et surtout assez magique.

Chaque année, c’est un enthousiasme renouvelé pour la magie des mots, pour le dynamisme de toute une littérature, pour la diversité, une réaffirmation du fait qu’on a besoin d’histoires réelles ou inventées pour s’interroger, rêver le monde, reconstruire la société.

Et au milieu de tout ça, quelques romans se distinguent. Récits intimistes, épopées à travers le monde ou bien fresques historiques, peu importe, ces grands textes ne se restreignent à aucun genre. Alors, pour celles et ceux qui veulent aller droit au but et savourer le meilleur de la littérature française de cet automne, voici un petit florilège partial et partiel :Dix-sept ans d’Eric Fottorino : c’est, comme dans beaucoup de romans, une histoire de secret de famille. Le narrateur redécouvre la vie de sa mère, et à travers l’histoire tout juste révélée de cette femme qui l’a toujours évité, il va pouvoir enfin se confronter à ses propres failles.

(Attendez, je vous vois déjà repartir en fuyant. Restez, promis, vous allez aimer.)

C’est donc l’histoire d’un secret de famille. Certes. Mais c’est surtout, comme si peu de romans savent le faire, une plongée poignante dans les pensées d’un narrateur perdu, en proie au regret de ce qui n’a jamais été et n’a plus aucune chance d’être, une quête absurde et perdue d’avance pour tenter de dénicher quelque part les fantômes du passé et les faire parler. Le narrateur-écrivain erre. Il médite. Il comprend, et ce n’est peut-être pas une vérité absolue, mais ça sonne vrai à ses yeux, à son cœur, et ça le fait avancer. C’est un texte splendide, empreint de nostalgie, d’un amour déchirant et malmené par les non-dits, d’une quête de soi entreprise bien trop tard mais qui n’en est pas moins réparatrice. Bien loin de tout essai prétentieux ou de toute réflexion qui se prend au sérieux, Dix-sept ans est un témoignage brut, puissant, vrai, qui frappe en plein cœur avec sa plume simple, évidente, et même aux accents de poésie. (Et promis, c’est tout sauf snob et inaccessible. Au contraire.)Leurs Enfants après eux de Nicolas Mathieu : années 90. Un moment qui restera à jamais inaccessible pour certains, des souvenirs de jeunesse pour d’autres. Pour Nicolas Mathieu, ce sera le cadre de son très beau roman choral, divisé en quatre parties, chacune dédiée à une période de la vie de ses personnages. A deux années d’intervalle à chaque reprise, il saisit leurs aspirations, leurs doutes, leurs errances, les confronte à leurs propres contradictions et les dépeint dans le contexte dans lequel ils évoluent. Le tout est terriblement touchant, envoûtant même – ce qui est tout de même remarquable dans la mesure où toute l’action se déroule dans un petit village perdu dans la campagne –, et se dévore avec un intérêt non dissimulé. Quel que soit son âge, sa sensibilité, son passé, le lecteur sera touché par l’envie de ces personnages, leurs désarrois, et la façon si pertinente avec laquelle l’auteur transcrit leur soif d’excès et de grandeur. On dévore ces quelques centaines de pages avec une facilité folle, un attachement croissant pour ces figures imparfaites et un peu écorchées par la vie, et surtout une fascination pour l’atmosphère très particulière que Mathieu parvient à instiller à son texte, à la fois douce-amère, dynamique, nostalgique et pleine d’espoir.La Vraie vie d’Adeline Dieudonné : curieuse histoire que celle de ce drôle de petit livre coloré, premier roman d’une autrice belge, dont le nom a circulé de bouche à oreille pour enfin devenir un incroyable succès en librairies. Critiques, lecteurs assidus comme bouquineurs du dimanche, tout le monde s’accorde sur ce fait : Adeline Dieudonné sait ce qu’elle fait. Avec ce roman intrépide, insolent et exaltant, elle donne voix à une jeune héroïne marquante et volontaire, qui parvient à force de détermination et d’imagination à réinventer une vie lugubre à plus d’un égard. La plume est vive, enlevée, l’atmosphère faussement légère, l’équilibre parfait entre ironie, innocence et gravité. Difficile de ne pas se laisser entraîner par la volonté féroce du petit prodige qui mène l’aventure, et surtout, de ne pas refermer le roman un peu chamboulé, perdu et convaincu. Le ton est excessif, épique et tendre à la fois, virevoltant entre des scènes d’une gravité terrible et d’autres qui relèvent de la plus pétillante des comédies. Le tout, loin d’être déséquilibré, constitue au contraire un récit solide, porté par un personnage principal si bien incarné qu’on n’a même pas besoin de connaître son prénom pour s’attacher à elle. Alors n’hésitez pas un seul instant, et jetez-vous sur cet appel vibrant et exaltant à se réapproprier le cours de sa propre existence. Vous serez conquis.e.s, promis.

Sur ce, très belles lectures à vous !

Capucine Delattre

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Le Mag’ : Bernanos, un « homme qui n’est pas à vendre » https://www.lapeniche.net/bernanos_homme_vendre/ Wed, 13 Sep 2017 09:00:17 +0000 http://lapeniche.net/?p=37192 Il serait tentant d’enterrer Georges Bernanos au Panthéon des écrivains salauds, en sa qualité d’auteur catholique, royaliste et antidémocrate. Cependant, la ligne directrice de l’œuvre de Bernanos, qu’elle soit romanesque ou philosophique, c’est son amour inconditionnel de la liberté. Voilà comment les vieux de la vieille garde maoïste, néo-maurrassiens, hussards et orwelliens, se retrouvent chez cet auteur.

Antidémocrate, antitotalitaire, Bernanos dénonce et combat tous régimes qui, selon lui met à mal son idéal romantique et proprement français de la Liberté.

Bernanos et la démocratie

Lors de son exil brésilien, Bernanos espère créer une « Petite France ». Celle-ci est celle des français de l’ancien régime qu’il considère comme élevés avec le goût de la liberté, chose dont l’homme né en démocratie est totalement dénué. Selon lui, La nouvelle France, plongée dans l’égalitarisme, a tué la liberté. La démocratie, ou la loi du nombre, promeut une  » civilisation de la quantité «  et le  » règne des imbéciles «  (terme cher à l’auteur).

Par lui-même :« Un monde dominé par la force est un monde abominable, mais le nombre dominé par le nombre est ignoble. La force fait tôt ou tard surgir des révoltés, elle engendre l’esprit de révolte, elle fait des héros et des martyrs. La tyrannie abjecte du nombre est une infection lente qui n’a jamais provoqué de fièvre. Le nombre crée une société à son image, une société d’êtres « non pas égaux mais pareils, seulement reconnaissables à leurs empreintes digitales. »

Anti-totalitaire et anti-américaniste

Bernanos est profondément antitotalitaire dans la mesure où l’Homme nouveau est selon lui une sottise absolue. La modernité ne l’intéresse pas. D’après l’auteur, elle est nocive car asservit les hommes. Voilà pourquoi, dès la fin de la guerre, Bernanos dénonce la complaisance des Occidentaux envers le régime stalinien. Il affiche également un anti-américanisme précoce, considérant que les deux régimes sont des régimes capitalistiques, recherchant la production de masse.

Non content de critiquer les fins, Bernanos critique également les moyens. La machinerie fait l’objet d’un essai entier de Bernanos « La France contre les robots » où il critique les nouveaux moyens de production où l’homme n’est plus créateur mais esclave de la machine. Elle intéresse les cinéastes des deux blocs, en URSS chez Eisenstein, aux Etats-Unis chez Chaplin. Enfin, par les actes, Bernanos montre son courage politique en quittant l’Espagne dès 1936 après avoir assisté aux massacres commis par les franquistes qu’il dénoncera en 1938 dans un pamphlet intitulé « Les grands cimetières sous la lune ». Durant la Seconde Guerre Mondiale, il présidera par ailleurs le Comité de la France Libre de Rio.

Face aux dogmes, un homme incorruptible

Le jeune Bernanos, catholique fervent, monarchiste passionné, participait jusqu’à la fin de la guerre aux différents colloques et activités culturelles de l’Action Française.  C’est sous l’influence morale du vieux maître de Martigues que Bernanos, fait ses premières armes dans le politique. Sa foi et son passage parmi les Camelots, ont fait de Bernanos un véritable réactionnaire. Le terme de réactionnaire est si souvent galvaudé, qu’il mérite que l’on s’y intéresse.

Le réactionnaire n’est pas un révolutionnaire, mais un révolté. La réaction ne doit s’envisager, non pas comme une révolution qui change un système politique et social du tout au tout, avec l’idée sous-jacente que l’Homme nouveau est envisageable et potentiellement créable, mais comme une révolte prônant le retour à la loi naturelle. La réaction se conçoit comme la supériorité de la loi naturelle sur la loi des hommes. Finalement, Antigone est la figure même, l’idéal type de la révolte réactionnaire. Cet amour pour l’ancienne France, son attachement aux campagnes et sa foi inébranlable inspirent ainsi largement les personnages du « Journal d’un curé de campagne » et de « Sous le soleil de Satan ».

L’œuvre de Bernanos survit à son époque par la modernité des sujets qui y sont traités. Sa pensée singulière est susceptible de rassembler de nombreuses figures antagonistes tels que Boutang, Pasolini ou Adorno, faisant de lui le plus énigmatique des anarchistes de droite, en sa qualité d’antidémocrate, de catholique, et de fervent défenseur de la liberté.

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