learning expedition – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 17 Jun 2020 15:30:48 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png learning expedition – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Armée et innovation en Israël https://www.lapeniche.net/armee-et-innovation-en-israel/ Wed, 17 Jun 2020 15:30:46 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40729 Faire son service militaire en Israël, ou comment devenir serial entrepreneur

L’armée peut sembler un colosse immuable, strict, calibré et cadencé. Alors comment pourrait-elle être une source d’innovation ? Comment donc pourrait-elle générer des inventions disruptives ? Difficile d’associer disruption et business avec treillis et képi, non ? Pourtant en Israël, l’armée a un rôle déterminant dans la culture entrepreneuriale du pays : elle  a une capacité à bousculer les règles établies et à susciter l’émancipation. De ce fait, elle est même citée comme l’un des éléments déterminants de la Start-up Nation israélienne. On devrait donc pouvoir l’affirmer : l’armée est moteur de l’innovation, même grand public. Regardons donc cela de plus près. 

Roulez jeunesse !

Replaçons le contexte si vous le voulez bien. En Israël, le service militaire est, on peut le dire, une « affaire d’Etat » : 2 ans et 8 mois pour les jeunes hommes, 2 ans et 5 mois pour les jeunes femmes.. Il concerne tous les jeunes gens de nationalité israélienne, à l’exception des Arabes israéliens (quelle que soit leur confession) et des juifs ultra-orthodoxes ou Haredim. Par ailleurs, le nombre de femmes se présentant au recrutement est en hausse (les femmes religieuses demandent généralement d’être exemptées). Cette armée est donc jeune et plutôt paritaire.

Durant leur service, tous ces jeunes acquièrent des compétences, mais surtout un état d’esprit, clef du succès de tout entrepreneur. Associez cet état d’esprit une nécessité d’innover (due à un contexte particulier), et vous obtiendrez pléthore de start-up et de licornes (ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars, pas les chevaux magiques). En tout cas, c’est ce que les chiffres nous laissent penser. 

Autre élément de contexte, la situation sécuritaire et géographique du pays : les frontières sont toutes fermées, 60% du territoire est constitué de désert, et les ressources en eau douce sont rares. Dans une telle situation, innover est devenu une nécessité de survie pour les israéliens, et par extension, un credo…

Discipline et… insolence !

Reprenons donc, quel premier point commun pouvons-nous trouver au soldat et à l’entrepreneur ? Si je vous dis la discipline, me croirez-vous ? Tout entrepreneur digne de ce nom vous dira combien l’exécution est primordiale pour la réussite : mais derrière le terme de discipline, il n’y a pas uniquement le fait d’obéir aux ordres. La discipline c’est également savoir découper, organiser et diriger une opération, un projet… une start-up. Pas de victoire sans ordre donc, et là, le lien avec l’armée est assez évident. 

Dans cet état d’esprit que les jeunes recrues développent on trouve donc de la discipline, mais également l’esprit d’équipe, le dépassement de soi, la prise de risque, la réactivité, le sang froid…(jusque-là pas de surprise) et enfin (et alors là surprise) l’insolence. Regardons donc de plus près l’organisation – quelque peu surprenante pour un français – de l’armée israélienne. 

La culture israélienne se caractérise par une hiérarchie assez plate (souvenez-vous, on parle d’Israël comme de la « start-up nation », ce n’est pas pour rien !). Cela nous a frappés pendant notre learning expedition : les personnes haut placées étaient très accessibles et, de manière générale, tout le monde nous a semblé un peu “rentre-dedans”. Cet encouragement à l’insolence et à l’audace est très présent au sein des régiments. Les militaires sont bien plus incités à remettre en question leurs aînés, voire à prendre des initiatives d’eux-même, au contraire de chez nous. Avec en prime (et ce qui n’est pas des moindres) un droit à l’erreur respecté qui permet de réellement apprendre et de développer une certaine hargne à vouloir recommencer pour dépasser ses erreurs et ses limites. 

Remettre en question les acquis, oser interroger son environnement… cela sonne comme le credo des start-uppeurs, vous ne trouvez pas ?

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La culture des jeunes sortant du service militaire les rend donc particulièrement pugnaces et créatifs : qualités majeures de l’entrepreneuriat.

Quand networker devient aisé

Mais savez-vous quel autre élément peut également jouer un rôle déterminant ? Si vous êtes à Sciences Po, je mets ma main à couper que vous l’avez déjà entendu. Si vous travaillez déjà, on vous le susurre sans doute quotidiennement… alors, vous l’avez ? Bien sûr, je parle du réseau. 

Non, le réseau ne fait pas tout, déjà, parce que vous pouvez commencer à le construire à tout moment (coucou Baptiste et Jean qui ne connaissaient rien ni personne de la grande distribution et dont la start-up Phénix bats tous les records aujourd’hui !) mais il faut se l’avouer, le réseau ça aide bien (même Ned Stark le dit). 

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Quoi de plus utile me direz-vous qu’un vaste tissu de personnes diverses et disposées à vous aider  ? (plutôt tentant, vous l’accorderez) Eh bien l’armée encourage ces relations, cette « force des liens faibles » dont nous parlait M. Granovetter.. Outre vos camarades de combats, bien évidemment, c’est avec l’ensemble de votre régiment que les liens perdurent dans le temps. C’est ce que le professeur Ezri Tarazi, Directeur de la Chair Industrial Design Graduate Program au Technion, illustre parfaitement en nous présentant le principe de « magic box » qui se développe de plus en plus dans les régiments. L’idée est très simple : un groupe whatsapp, des milliers de membres venant d’un même régiment, formant un espace où chacun peut demander n’importe quel service et sera assuré d’avoir une réponse tant le groupe est large et les liens forts (Eh oui, même s’ils ne se connaissent pas !).

L’effet de réseau post-service militaire est encore plus puissant pour les anciens des unités d’élite. La plus célèbre d’entre elles (et la plus grande aussi) est l’unité 8200, spécialisée en cybersécurité. On ne compte plus le nombre de start-up à succès lancées par des anciens membres : Gil Shwed (CheckPoint), Uri Levine et Ami Shinar (Waze), Avishai Abrahami (Wix)…

Innovations : l’armée cède ses droits

Et enfin, dernier élément de taille : l’armée agit comme un incubateur géant en quelque sorte car elle pousse les jeune à innover sans revendiquer la propriété intellectuelle des projets développés. Ce qui signifie concrètement qu’après avoir monté un projet technologique pendant son service, un jeune peut le commercialiser à la sortie et créer sa start-up. Beaucoup d’innovations israéliennes ont ainsi d’abord été pensées dans et pour un cadre militaire où l’urgence d’innover se mêle à l’urgence de réussir (militairement et professionnellement) – dont nous font part nombre d’entrepreneurs israéliens. Dans un contexte sécuritaire incertain, tous en effet parlent de cette double urgence qui les pousse à se lancer en faisant abstraction des risques et à optimiser toutes leurs actions : le service militaire peut donc parfois devenir un incubateur, le projet militaire une start-up.

En conclusion, l’armée israélienne forge des personnalités entreprenantes, un réseau fort, et fournit un cadre d’incubation aux innovations. En sortant de leur service obligatoire, la jeunesse israélienne est poussée à mener le prochain tournant technologique : de quoi faire d’une pierre deux coups.

Le service militaire a donc un poids considérable dans la formation de la jeunesse et de ses élites. Il est vécu comme une expérience humaine et professionnelle profonde qui les forge (notamment en entrepreneur de demain). Mais ceci est surtout permis par la culture israélienne bien différente des mentalités européennes, et par la durée importante de ce service militaire. Elément clef de la « start-up Nation », c’est pourtant un aspect difficilement transposable à la France qui devra donc chercher ailleurs les bases pour former sa propre « start-up nation »… 

On ne pourra donc refaire à l’identique, ou s’inspirer des mêmes éléments, mais on conclura en rappelant que d’après le cabinet EY, la France est aujourd’hui la première destination d’Europe pour les investisseurs, preuve que notre Start-up Nation a elle aussi le vent en poupe !

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Cap sur Boston pour la Learning Expedition 2019 ! https://www.lapeniche.net/cap-sur-boston-pour-la-learning-expedition-2019/ Wed, 27 Mar 2019 06:09:28 +0000 http://lapeniche.net/?p=39277 Les 12 étudiants de la Learning Expedition 2018-19 ont rencontré à Boston plus de 30 personnes du secteur de la Deep Tech : chercheurs au M.I.T., étudiants à Harvard, investisseurs, startuppers juniors, entrepreneurs seniors etc.

Cap sur Boston pour la Learning Expedition 2019 !

Douze canetons à l’assaut de la Skyline

On se souvient tous de ce moment hors du temps où on vous annonce une bonne nouvelle. Ce moment où l’on nous dit : Vous avez été sélectionné : vous partez ! Aller s’en mettre plein les yeux pendant plus d’une semaine à Boston, comprendre cet écosystème entrepreneurial et technologique si particulier en rencontrant les femmes et les hommes qui le constituent, s’inspirer, revenir et partager. Et enfin, faire émerger, à partir des sciences sociales, des interrogations souvent ignorées. Voilà ce qui nous attendait.

Mais nous étions prévenus : ce ne seraient pas des vacances, et la semaine à Boston se mérite et se prépare. Première réunion de cadrage début juin 2018, coordination de six fuseaux horaires, connections Skype hasardeuses, le premier contact est établi : « l’Équipe» s’est constituée.

Retour à Sciences Po en septembre, le rendez-vous est pris : durant treize lundis, entre 19 et 21 heures, l’équipe prépare avec enthousiasme cette semaine tant attendue de janvier 2019. Au programme : team building, lecture, exposés, rencontres avec des spécialistes français ayant travaillé longtemps au MIT, afin d’arriver à Boston soudés, avec des connaissances solides, pour pouvoir tirer le plus grand bénéfice des rencontres qui nous seront accordées.

Les fêtes passées, la descente de l’avion et le passage de la douane également, nous nous émerveillons devant la Skyline illuminée. Alors, vous nous suivez ?

« Vous vous rendez compte ? On est à Boston ! »

Du 11 au 20 janvier 2019, nous étions donc à Boston, grâce au Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po, afin de  rencontrer gérants de start-ups et incubateurs, venture capitalists, chercheurs en informatique ou en sciences sociales. Nous avions tous, à partir de notre formation en sciences sociales, économie, finance et même biologie ou informatique, beaucoup de questions à poser. On vous livre ici un certain nombre de réflexions qui ont émergé de nos échanges, aussi bien entre nous qu’avec les intervenants.L’équipe LX 2019 au MIT

Le MIT Medialab, cœur du réacteur

Quel est le point commun entre l’écran tactile de votre téléphone, votre GPS, votre kindle et les legos de votre petit cousin? Tous ces objets sont passés par une phase de développement au MIT Medialab ! Ce laboratoire de recherche unique au monde transcende les frontières et les disciplines connues en adoptant une approche centrée sur l’anti-disciplinarité, et en encourageant le rapprochement de différents domaines de recherche.

Ses chercheurs misent sur la recherche fondamentale pour radicalement améliorer la façon dont les gens vivent, apprennent, s’expriment, travaillent et jouent. Faire un tel pari n’était pas gagné d’avance, d’autant plus que le laboratoire est financé par le secteur privé. Il n’y a aucune contrepartie évidente pour les partenaires industriels à sponsoriser la recherche du MIT Medialab. Aucun sponsor ne peut imposer un thème de recherche, ni exiger l’exclusivité des résultats produits. Et c’est un modèle qui fonctionne : une recherche libre et ouverte dont les aboutissements ne se limitent pas à une seule application.Un SuperSciencesPo au MIT MediaLab

« Education Education Education »

Harvard, MIT, Northeastern : vous l’aurez compris, il y a de la matière grise sur la côte Est ! L’essentiel de nos rencontres s’est d’ailleurs effectué dans le cadre d’universités ou centres de recherches issues de celles-ci.

Ce n’est pas exagéré de dire que nous nous trouvions au cœur dans la production intellectuelle américaine. Avec près de 65 universities and colleges, on surnomme Boston l’Athènes de l’Amérique. Si l’on considère l’agglomération (dont Cambridge, où se trouvent Harvard et le MIT) il en existe une centaine. Pour ne donner qu’un exemple, les publications médicales de Boston sont deux fois plus nombreuses que celles de la France entière. On prend la mesure de cette démesure en visitant les campus des différentes écoles, véritables œuvres d’art et lieux touristiques.

Car Boston doit en grande partie son développement à l’augmentation des dépenses de santé et de l’éducation qui deviennent des postes majeurs de dépense avec l’enrichissement du pays dans les années 70. Hôpitaux et universités captent les retombées de ces investissements, aidés par des politiques publiques volontaristes de l’Etat fédéral (principalement l’US Army) et fédéré (sur la santé) dans la recherche.

On retient principalement deux caractéristiques des acteurs éducatifs que l’on souhaiterait voir se développer encore plus en France. Tout d’abord, un plus grand partage dans la diffusion des données et la logiciels (le MIT est pionnier en terme d’Open Source / Open Access), ainsi qu’une plus grande disposition à la transmission. Voir des chercheurs s’impliquer dans la formation des professeurs du secondaire est particulièrement inspirant.

De Scratch, une application qui initie les enfants de 5 à 7 ans au code informatique, jusqu’aux très nombreux MOOCs, dont le MIT s’est fait le champion toutes catégories confondues, tout le monde peut être concerné par les initiatives menées et c’est ce qui nous séduit. Des efforts sont faits afin d’atteindre les quartiers prioritaires des politiques de la ville, même s’ils restent contraint par un système éducatif américain particulièrement conservateur (les établissements étant notés quasiment exclusivement selon leur performance aux tests standardisés).

Finalement, c’est aussi une affaire de politiques publiques. Le Boston des années 70 ne ressemblait en rien à celui que l’on connaît aujourd’hui car l’immense majorité des emplois qui s’y sont développés n’existaient pas. À ce titre, la transformation de Kendall Square (lien vers article de Marion) fait figure d’exemple.

« Leading from behind »

Une caractéristique que nous avons notée chez la majorité des personnes rencontrées est l’humilité et le sens de de l’intérêt général. Des initiatives dont ils sont les visages mais dont ils préfèreraient n’être que les cerveaux les propulsent sur le devant de la scène médiatique, les exposant parfois et restreignant leur travail de laboratoire par exemple. Parmi l’échantillon de personnes rencontré, nous nous sommes trouvés face à des passionnés qui investissent leur temps et leurs ressources dans des projets rarement orientés vers la quête de gloire individuelle. En ce sens, il est intéressant de mettre en exergue la différence d’ethos entre les personnalités rencontrées à Boston et celles rencontrées dans la Silicon Valley un an plus tôt par nos prédécesseurs.

Un exemple avec Natalie Kuldell, qui a quitté son poste de professeure au MIT pour fonder la non-profit Biobuilder, avec l’aide d’une bourse de la NSF (l’équivalent du CNRS américain). L’association oeuvre pour la promotion de l’enseignement des sciences naturelles dans les écoles, collèges et lycées américains, particulièrement de la biologie de synthèse. De nombreux enseignants sont ainsi formés chaque année afin de donner le goût de leur discipline à leurs élèves. Elle nous explique que se mettre en avant en devenant le visage de cette initiative lui a pesé. Elle a vécu cette étape comme une contrainte complètement étrangère à sa culture professionnelle. Elle préfèrerait se trouver face à un panel d’enseignants et ne pas avoir à gérer la communication, les finances, répondre aux appels à projet, convaincre les financeurs. Une autre différence de poids avec les startuppers de la Silicon Valley !  

« We are Solvers »

Cette phrase, inlassablement répétée telle un credo tout notre séjour durant, traduit de la perception que les chercheurs et entrepreneurs de Boston ont de leurs métiers.

Il est certain que, dans nos sociétés, la technique a permis de résoudre de très nombreux problèmes. Du lave-linge à l’e-mail en passant par le GPS, nos préoccupations du quotidien ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’il y a cinquante ans.

Nous sommes, de toute façon, enfants du progrès technique. On reconnaît d’ailleurs une réelle envie de bien faire et un sens de l’intérêt général dans de nombreux groupes de recherches, notamment ceux qui œuvrent pour la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement.

Cependant, considérer qu’à chaque problème répond une solution technique ne nous semble pas satisfaisant. Et dans le pire des cas, correspond à traiter le symptôme au lieu de guérir la maladie. Développer une application indiquant le centre de recyclage le plus proche permettra effectivement de recycler plus, mais ne doit pas détourner les efforts pour réduire la production de déchets et la recherche d’alternatives. C’est le risque de la puissance de l’algorithmie et de l’intelligence artificielle : avec des solutions “clefs en main” et efficaces immédiatement, elles séduisent le politique alors que les plans de long terme qui sont ambitieux en matière de traitement de fond du problème ne proposent pas d’amélioration immédiate.

De nombreux projets font ainsi la part belle à l’entreprise individuelle, la capacité d’action de la personne, ses possibilités apparemment infinies qui, à force de travail, viendront à bout des problèmes du monde. En se persuadant que l’individu peut tout faire par le biais de la technique, on s’interdit de penser sur un autre mode que l’efficacité de court terme. C’est la promotion d’un système politique individualiste, par ailleurs, qui ne pense plus les institutions capables de servir l’intérêt général mais cherche au contraire à s’en affranchir dans l’optique de faire le bien.

Deux autres questions nous apparaissent aussi largement évacuées  : celles de l’éthique et celle de la justice sociale. Ainsi, lors d’une présentation d’un projet de capteurs déposés dans les égouts de Boston indiquant les zones de consommation de drogue, notre scepticisme n’a pas été compris par nos interlocuteurs. Certes, les travailleurs sociaux de la ville disposeront de données plus fines afin de mieux adapter leur politique de prévention, mais on peut aussi craindre que ces données soient utilisées à des fins de répression de l’usage de stupéfiants. On renforcerait de ce fait la surveillance et la stigmatisation de telles pratiques alors même qu’on sait très bien que ces approches ne contribuent pas à résoudre la question mais plutôt participent à la création d’un problème social. Tout comme les algorithmes de prédiction criminelle, on peut finalement être plus inquiet du renforcement des discriminations de l’appareil répressif plutôt que de louer de meilleurs (fallacieux) résultats.

Un message d’optimisme

Même s’il faut rester conscient des limites de la technologie, et plus encore du manque de réflexion sur ses usages, on ne peut qu’être admiratifs devant la capacité des personnes rencontrées à trouver des solutions et donner un sens à leur travail. Nous avons rencontré des passionnés, et ce fut un vrai plaisir que d’échanger avec eux. Inspirés par ce que nous avons vu, nous tenterons d’en restituer l’intensité le mieux possible dans les prochains jours par des événements, des rencontres, des vidéos et beaucoup d’autres articles !L’équipe avec Biz the Beaver au Babson College

Alors … Restez connectés ! 🙂

Découvrez d’autres analyses de l’équipe de la Learning Expedition Boston 2019 :

  • En articles : https://urlz.fr/9eC0
  • En courtes vidéos : https://urlz.fr/9eC0
  • Et ils vous invitent à les rencontrer : https://urlz.fr/9eC0

A NOTER : Les candidatures pour la prochaine Learning Expedition sont ouvertes jusqu’au 18 avril : destination la Startup Nation à Tel Aviv ! Infos pour postuler : https://urlz.fr/9eC0.

Equipe LX 2019

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Chroniques de la Silicon Valley, épisode final https://www.lapeniche.net/chroniques-de-la-silicon-valley-episode-final/ Thu, 01 Feb 2018 09:00:16 +0000 http://lapeniche.net/?p=37979

Au cours des vacances de la Toussaint, plusieurs élèves se sont rendus en Californie dans le cadre d’une learning expedition organisée par le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po Paris. À cette occasion, les participant.e.s ont découvert le monde si particulier de la Silicon Valley. Nous publions chaque jeudi une chronique rédigée par eux, chronique au sujet de cette expérience aux multiples facettes. 

Épisode 4 : San Francisco, la ville qui accompagne la tech

Avant de partir pour la Learning Expedition, à la découverte de l’écosystème fleurissant de la Silicon Valley, nous avions en tête cette image de San Francisco, de son pont, de son tramway et ses rues iconiques que nous avions pu voir à la télévision ou au cinéma. Pourtant, la Silicon Valley, c’est un vaste territoire de 40km de long au sud-est de San Francisco, qui démarre d’Oakland et s’étend jusqu’à San Jose. D’ailleurs, pendant notre voyage, nous sommes allés aussi bien à Berkeley qu’à Palo Alto, Mountain View et parfois dans San Francisco même… En fait, en tant que scène tech, la ville de San Francisco est entrée dans la danse relativement tard dans le développement de la région. Pour nous, c’était donc intéressant d’interroger l’organisation de cette ville qui pourtant symbolise l’écosystème, et voir comment elle a évolué à l’aune du développement économique et technologique de la région.

Une ville qui s’adapte à la technologie

Lors de notre expédition, nous avons eu la chance de voir des lieux très différents : entre rencontres avec des start-ups au cœur de San Francisco ou dans les villes périphériques, et la visite des désormais célèbres campus de Facebook et Google, nous avons pu percevoir comment la ville s’organise et change en fonction de ces vagues de développement économique. San Francisco semble s’imposer à la fois comme le centre névralgique de cet écosystème économique, et comme un espace de vie à distance d’un univers tourné vers le travail. Pourtant, très peu de grosses entreprises, “Unicorns” et autres grandes startups sont véritablement implantées à San Francisco. En fait, les entreprises et les start-ups ne s’y sont intéressées que depuis la fin des années 2010.

Cependant, en termes de vie et de culture, San Francisco attire de plus en plus les individus qui travaillent dans la Valley. La ville demeure, de manière incontestable, le pôle d’attractivité principal. Tout est fait pour que San Francisco soit le centre de ce qui se passe dans la Valley. Chaque jour, des milliers de personnes “commute” — entre une et deux heures par trajet — pour se rendre dans les locaux des grandes entreprises ou des start-ups, généralement situées dans les villes proches des deux pôles universitaires que sont Stanford et Berkeley. Ces pôles sont eux-mêmes organisés en “villes campus” dans lesquelles vivent la majorité des étudiants. Loin de refroidir ceux qui arrivent dans la Silicon Valley pour y travailler, ces distances font partie des concessions du job.

La ville au coeur de l’attractivité de la région

Malgré cette organisation assez disparate entre les centres Berkeley/Stanford et les villes environnantes, l’attractivité de la ville de San Francisco reste incomparable. Le premier résultat : l’emballement du marché immobilier, et les prix des loyers qui ne cessent d’augmenter à cause de cette sur-demande. Tout le monde veut continuer de vivre à San Francisco ; la ville jouit du statut de pôle central de la Valley en termes de vie culturelle, ce que les autres métropoles de la Valley n’ont pas réussi à recréer. Dans les mentalités, la ville est historiquement liée à la culture hippie, très marquée dans le Mission District, ou encore à l’histoire nationale de la conquête des droits LGBT, et à toutes les sous-cultures liées à ces mouvements.

Cette histoire attire le public qui vient s’installer à San Francisco, et a pour conséquence — comme dans de nombreuses grandes métropoles américaines — un phénomène de gentrification ; les classes moyennes et populaires sont poussées vers le sud profond de la ville, et la misère reste concentrée au centre, dans les rues de San Francisco. Comme nous avons pu l’évoquer dans l’épisode 1 de cette chronique, toute la richesse que produit la Silicon Valley et toute cette inventivité n’empêchent pas San Francisco d’abriter une extrême misère dans les rues. Et nous étions d’autant plus frappés, lors de nos différentes visites, par la forte concentration de tous les SDF dans l’ultracentre de San Francisco et Oakland, alors qu’elle nous apparaissait bien plus faible dans les “nouvelles villes” qui se sont créées et développées avec les entreprises de la tech comme Palo Alto ou Menlo Park.

Inclusivité, innovation, durabilité, créativité

Ce phénomène de gentrification se retrouve dans les mots que l’on a pu entendre pour décrire la ville, et à San Francisco, ce qui est mis en avant c’est l’inclusivité, l’innovation, la durabilité et la créativité, notamment par le biais des technologies qui y sont développées. Les “bons sentiments” d’ouverture en termes de mixité de race, de genre, de sexualité sont affichés partout dans la ville. Le discours est très présent dans la bouche des habitants, notamment des nouveaux venus ; ils évoquent souvent la capacité innovante de la métropole à gérer les problèmes comme l’extrême pauvreté. C’est un discours que l’on a pu rencontrer dans nos échanges avec Palantir, où l’on nous a longuement expliqué les actions et partenariats avec la municipalité et les institutions du comté pour traiter le “problème des SDF“. 

Au coeur même de la ville se reflète cette culture et ses concepts, jusque dans les devantures des cafés et dans la diversité des scènes qui sont exposées, et qui participent à attirer ceux qui in fine font aussi la richesse de la région. Et les entreprises répondent à ce désir de mode de vie urbain, connecté et proche. C’est notamment le cas de deux entreprises que nous avons pu visiter, Airbnb et Uber, dont les campus sont tous deux situées en plein centre-ville, et qui ont justement fait le choix de cette proximité pour leurs employés. La ville est alors présentée comme un argument de confort et de modernité, qui  se révèle finalement être un atout de compétitivité avec les autres métropoles tech du continent.

En fin de compte, vue d’une perspective française, cette vision de la ville qui concentre toutes les activités économiques, sportives et culturelles avec son phénomène de gentrification n’est pas totalement étrangère, ni cet effort des métropoles pour être attractives pour les employés de cette nouvelle économie. L’exemple de cette organisation spatiale peut notamment nous alerter et donner des clés de réflexion pour s’organiser dans notre pays et même en Europe, qui cherche aussi à devenir un pôle européen attractif pour le développement de l’économie tech.

À l’origine de cet article, il y a une rédactrice. Voici son histoire. 

Sophie Tsotridis : Sophie, originaire de Lille, est arrivée à Sciences Po Paris en Master de Communication, après trois ans de classes prépa Lettres et Sciences sociales (BL). Finissant actuellement son M2, elle travaille en production de documentaires et de films institutionnels.

À propos de la Learning Expedition : Le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po apporte une expertise sur l’entrepreneuriat et l’innovation aux étudiants, aux start-ups et aux chercheurs.

Dans le cadre de leur cursus académique, la Learning Expedition dans la Silicon Valley est l’occasion pour ces étudiants et pour d’autres étudiants sélectionnés parmi les meilleures écoles scientifiques françaises, d’être immergés pendant 5 jours au cœur de l’innovation et d’apprendre auprès des entrepreneurs les plus inspirants.

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Chroniques de la Silicon Valley, épisode 3 https://www.lapeniche.net/chroniques-de-la-silicon-valley-episode-3/ Thu, 07 Dec 2017 18:00:52 +0000 http://lapeniche.net/?p=37869

Au cours des vacances de la Toussaint, plusieurs élèves se sont rendus en Californie dans le cadre d’une learning expedition organisée par le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po Paris. À cette occasion, les participant.e.s ont découvert le monde si particulier de la Silicon Valley. Jusqu’au 14 décembre prochain, nous publions chaque jeudi une chronique rédigée par eux, chronique au sujet de cette expérience aux multiples facettes. 

Épisode 3 : L’intelligence artificielle : démystifier, comprendre, politiser

« Artificial Intelligence  is the new electricity » – Andrew Ng, Co-Fondateur de Coursera

Changer le monde par la technologie, voilà le mantra de l’entrepreneur californien. Après une semaine passée à rencontrer des acteurs de la Silicon Valley, nous avons pu comprendre cela. Cette philosophie, analysée par Yaël et Thomas dans l’Episode 1, met hors du champ du politique tout sujet qui peut être réglé par une compagnie de la tech, par un nouvel algorithme, une nouvelle application.

Anti-démocratique, direz-vous ? Cette conception dérive surtout d’un partage dichotomique du peuple, entre les élus ingénieurs d’une part, et les profanes individus de l’autre : comment peut-on avoir un débat démocratique sur des sujets nécessitant un PhD en statistiques ? Que peut bien apporter la société civile à un complexe économico-universitaire développant et offrant, voire imposant, ses progrès au reste de la société ?

Il convient alors de démystifier et de comprendre le fonctionnement de ces technologies, afin d’en saisir les impacts futurs sur notre société et de leur offrir une place dans le débat public. Nous essaierons donc ici d’expliquer, à la lumière des rencontres effectuées lors de notre voyage, le fonctionnement et les enjeux de la technologie majeure qu’est le Machine Learning.

Machine Learning, Intelligence Artificielle ou Data Science ?

« Tu fais des maths ? Tu sais en data science ça embauche bien ! », « Bah, avec l’intelligence artificielle, ces boulots-là n’existeront plus », « On pourrait faire du machine learning pour prédire les cours de bourse ! ».

Utilisés indifféremment, ces trois termes désignent en général les pratiques du Machine Learning, c’est-à-dire l’utilisation de statistiques, de probabilités et d’informatique avancé pour construire des modèles de prédiction d’information. La data science est quant à elle une discipline plus large, incluant les problématiques de stockage et de traitement de données, tandis que l’intelligence artificielle est un terme totalement générique, incluant tout comportement d’un programme effectuant des tâches traditionnellement considérées comme propres à l’être humain.  Le terme Machine Learning vient de la notion d’apprentissage statistique. Qu’est-ce que cela signifie réellement ?

L’apprentissage statistique : savoir classifier

Le but de l’apprentissage statistique est de construire un modèle permettant d’affecter de manière prédictive un individu statistique à une classe donnée : est-ce que tel étudiant est susceptible de valider son cours de microéconomie ? est-ce que telle personne fait partie des gens susceptibles de voter pour tel candidat ? De manière plus précise, quelle est la probabilité que cela arrive ?

Après avoir étudié des dizaines de milliers de cas, selon une méthode statistique choisie par le programmeur, le modèle « apprend » et ainsi « reconnaît » des cas similaires.  Développée depuis les années 1980, cette pratique est donc loin des fantasmes générés par le terme intelligence artificielle, bien qu’elle représente la grande majorité des utilisations lucratives, à l’image de celles des sociétés que nous avons rencontrées.

Le risque de la sur-personnalisation

La plateforme d’e-learning Coursera s’en sert ainsi pour déterminer les cours les plus adaptés à votre profil (après vous avoir demandé diverses informations), tandis que Critéo détermine, par votre historique et vos cookies de navigation, quelles sont les publicités qui sont les plus susceptibles de vous plaire sur internet. Enfin, Facebook se sert naturellement de ces techniques pour déterminer le contenu de notre fil d‘actualité.

Le groupe devant les locaux de l’entreprise Coursera. Crédits photo : Arlène Botokro

Cette pratique pose une question très sérieuse, celle de la sur-personnalisation : que dire d’une société où chaque individu a accès en écrasante majorité à des contenus susceptibles de lui plaire ? D’un point de vue culturel, le « flow » de Deezer ou Spotify nous offre la musique que l’on connaît et que l’on aime, sans nécessairement valoriser l’ouverture. D’un point de vue politique, cela revient à se nourrir essentiellement d’opinions similaires aux siennes, à tel point que l’existence d’opinions contraires aux siennes apparaisse comme irréelle : « Comment est-il réellement possible de voter Donald Trump ? » se demandent encore bon nombre de démocrates !

Finalement, on comprend que la sur-personnalisation est un danger moins relatif à  la technologie elle-même  qu’à  l’utilisation  qu’on en a. La diversification du contenu proposé à un lecteur est tout aussi programmable que son uniformité. Comment alors contraindre les entreprises dont l’approche reste d’abord commerciale à développer une “éthique technologique” ? Si la réponse ne vient pas du politique, alors elle réside certainement dans une veille et une vigilance quotidienne du consommateur vis-à-vis de ces sociétés.

Une menace pour l’emploi et les intérêts publics ?  

La capacité qu’a cette technologie à provoquer une augmentation de la productivité est aujourd’hui débattue : Gregory Renard, fondateur de la société X-Brain, évoque par exemple une possibilité de multiplication par 10, voire 100, de la productivité moyenne des secteurs concernés – à remettre en perspective de la hausse de productivité moyenne de quelques pourcents par an dans les pays développés. Cette société développe par exemple une solution de reconnaissance vocale et de traitement automatisé des standards téléphoniques, en particulier à destination des hotlines après-ventes. L’objectif est clair : relocaliser les centrales téléphoniques, avec des employés qualifiés capables de gérer plusieurs dizaines d’appels en simultané grâce à la technologie.

Néanmoins, la vigilance n’est possible que si l’on a conscience d’être l’objet d’un programme d’intelligence artificielle. En particulier, qu’en est-il lorsque l’individu n’est plus ciblé en tant que consommateur mais en tant que citoyen ? Le machine learning peut en effet servir à des fins sociales à l’image du programme de Palantir permettant à partir de données collectées dans les centres hospitaliers d’optimiser, selon des critères sanitaires, le relogement des sans-abris sans que ces derniers n’en  soient informés. On substitue donc ici un système de décision qui relève initialement du politique par un outil technologique que seules les entreprises ont la capacité de développer. Cela amène donc la question de la politisation de ces entreprises, et de la nature des partenariats qu’elles établissent avec le secteur public, dont le nombre va a priori croître considérablement dans les années à venir.

Loin d’offrir la conscience aux machines et de précipiter l’humanité vers sa fin, le Machine Learning vise à établir, par l’apprentissage statistique, des modèles utiles à notre société dans les domaines allant de la médecine à l’économie. Pour autant, son potentiel de disruption politique, économique et sociétal réclame notre vigilance et notre apport démocratique : ne laissons pas l’évolution de ces technologies entre les mains des seuls experts. Démystifions, étudions, comprenons les enjeux : seulement alors nous pourrons pleinement profiter des merveilles que la technologie nous réserve.

À l’origine de cet article, il y a deux rédacteurs. Voici leur histoire.

Alex Sala : Originaire d’Auxerre, Alex détient une double licence Sciences Po/Paris 1 Sorbonne en mathématiques appliquées aux sciences sociales. Il effectue actuellement un Master 2 de Mathématiques financières à Paris VII avant de retourner à Sciences Po à la rentrée prochaine en Master 2 de finance et stratégie. Il est co-fondateur de Nexia BS, projet proposant une solution d’investissement basée sur la blockchain.

Alexandre de la Roche : Alexandre de la Roche est actuellement étudiant en double diplôme à Centrale-Supélec et à l’ESCP Europe. Passionné de musique et de nouvelles technologies, il est l’autre co-fondateur de Nexia BS.

À propos de la Learning Expedition : Le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po apporte une expertise sur l’entrepreneuriat et l’innovation aux étudiants, aux start-ups et aux chercheurs.

Dans le cadre de leur cursus académique, la Learning Expedition dans la Silicon Valley est l’occasion pour ces étudiants et pour d’autres étudiants sélectionnés parmi les meilleures écoles scientifiques françaises, d’être immergés pendant 5 jours au cœur de l’innovation et d’apprendre auprès des entrepreneurs les plus inspirants.

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Chroniques de la Silicon Valley, épisode 2 https://www.lapeniche.net/chroniques-de-la-silicon-valley-episode-2/ Thu, 30 Nov 2017 09:30:41 +0000 http://lapeniche.net/?p=37844

Au cours des vacances de la Toussaint, plusieurs élèves se sont rendus en Californie dans le cadre d’une learning expedition organisée par le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po Paris. À cette occasion, les participant.e.s ont découvert le monde si particulier de la Silicon Valley. Jusqu’au 14 décembre prochain, nous publions chaque jeudi une chronique rédigée par eux, chronique au sujet de cette expérience aux multiples facettes. 

Une semaine dans la Silicon Valley, à la rencontre de celles et ceux qui façonnent l’écosystème le plus dynamique de notre temps. Une expérience extraordinaire pour qui s’intéresse à l’entrepreneuriat, et ne peut, comme moi, s’empêcher d’avoir une certaine fascination pour la célèbre vallée qui compte actuellement près de 32 000 start-ups, nombre qui ne peut a priori que recouvrir la réalité d’une population hyper créatrice, à la pointe du progrès technologique… Mais qui sont réellement ces forces vives de la Silicon Valley ? Quels sont les facteurs de cette production exceptionnelle d’innovation ? Telles sont les questions qui se sont imposées à moi lors de notre séjour à San Francisco, organisé par le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po.

Une allée du campus de l’université de Stanford. Crédits photo : Lola Meunier

Dans cet écosystème, trois figures s’imposent : l’ingénieur, l’entrepreneur et l’investisseur.

1/ L’ingénieur, roi de la Silicon Valley

La première chose qui m’a marquée dans la plupart des rencontres que nous avons faites, c’est le statut royal qu’occupe l’ingénieur dans cet écosystème. Qu’il code des logiciels ou décode de l’ADN, l’ingénieur trouvera sa place dans le monde entrepreneurial de la Bay Area. Ceci s’explique par un mode de pensée très répandu : les start-ups ont pour but de résoudre un problème. Et tout problème est soluble par l’ingénieur.

Ce statut privilégié de l’ingénieur m’est apparu à son paroxysme lors de nos visites chez Facebook et Google. Ces deux géants du numérique ont fait de leur campus des “Disneyland” de l’entreprise. Ce sont de petites villes fermées où les nombreux employés restent entre eux. Jeux, nourriture, salles de sport… Tout y est, et tout est gratuit. Les gens y semblent heureux, jeunes, en harmonie :  Disneyland, vous dis-je !

Dans la même journée, nous avons rencontré Fred Turner, chercheur au Département de Communication de Stanford, et Jeff Nagy, l’un de ses doctorants, qui ont partagé leur point de vue avec nous. Afin de stimuler la créativité, les grandes entreprises technologiques s’attachent à promouvoir les ingénieurs au statut d’artiste-ingénieur. L’ingénieur n’est pas seulement technicien, il est esprit créateur, résolvant des énigmes de notre époque. L’ingénieur doit se percevoir lui-même comme source créatrice à l’origine des innovations du futur. Si tout est pensé pour son plus grand confort, celui-ci n’a plus qu’à se préoccuper d’inventer.

2/ L’entrepreneur aventurier

Mais alors… aucune chance pour nous autres, non-ingénieurs, de nous faire une place dans la Bay Area ? Ai-je manqué ma voie si je n’ai pas appris les dessous du fonctionnement d’un ordinateur ou d’une nanoparticule ? Que nenni, rassurons-nous. Si les ingénieurs ont un statut royal, ils n’ont pas pour autant le monopole de l’entrepreneuriat.

L’équipe à l’intérieur des locaux de Facebook. Crédits photo : Gaspard Velten

La Learning Expedition nous a permis de rencontrer de nombreux entrepreneurs, américains ou français, qui nous ont raconté leur histoire. Ces entrepreneurs, tels que Matt Lhoumeau, Frenchy co–fondateur et PDG de Concord ou Tenzin Seldon, américaine-tibétaine fondatrice et PDG de Kinstep, ont en commun de n’être en rien des ingénieurs et d’avoir des histoires surprenantes de détermination et de persévérance. Ces entrepreneurs et entrepreneuses que personne n’attendait nous ont prouvé que le rêve américain n’est pas qu’un mythe : divers profils peuvent parvenir au statut d’entrepreneur à succès. Il suffit de le vouloir… et de bien s’entourer.

3/ Venture Capitalists, incubateurs, CIA, GAFA… la bataille des investisseurs

La fertilité de la Silicon Valley en termes de start-ups n’est pas un pur hasard. A travers son histoire (cf. l’épisode 1 : Quand l’individu veut rendre le monde meilleur) et sa construction, elle est devenue un environnement parfaitement propice au processus perpétuel de création-destruction de start-ups. Elle nous est apparue comme le point de jonction de plusieurs acteurs dont la réunion permet d’engendrer ces processus de création-destruction. D’un côté les universités, telles que Stanford et Berkeley, subventionnent les recherches internes de leurs professeurs et étudiants et produisent des chercheurs et ingénieurs à la pointe de leur domaine.

Ces recherches et individus sont à la sortie de l’université récupérés par tous les combattants en quête de “licornes”, ces start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars. Mentionnons notamment les fonds de Venture Capital, les GAFA ou les incubateurs. A ces acteurs propulseurs de projets entrepreneuriaux s’ajoutent un quasi-unique protagoniste public, le US Department of Defense, et toutes ses institutions subalternes et dérivées.

Le financement comme prérequis indispensable à l’innovation 

Cette course à l’innovation apporte un élément essentiel à la Silicon Valley : l’absence d’aversion au risque. Une start-up est une entreprise qui repose sur la promesse d’une innovation. Beaucoup sont au stade de la recherche scientifique ou du prototypage, sans revenus. Le financement public ou privé leur permet de survivre et de se développer jusqu’à ce qu’elles soient rachetées, génèrent des revenus, ou meurent. Finalement, le succès du lancement d’une start-up tient en sa capacité à obtenir suffisamment de financements, jusqu’à cette dernière étape.

Une représentation en Lego du premier serveur de Google. Crédits photo : Lola Meunier

Dans la Bay Area, l’argent coule à flot et les portes peuvent s’ouvrir rapidement. Comme nous l’a dit Matt Lhoumeau, si vous avez un produit, beaucoup seront prêts à vous écouter. Car vous venez peut-être de créer quelque chose qu’ils ont intérêt à acquérir les premiers. Face à ce potentiel, les fonds de venture capitalists sont nombreux à la recherche de la start-up dont le succès financier compensera les échecs d’autres paris perdus. Ainsi tout entrepreneur peut-il financer son idée. L’ascension peut être véritablement rapide, mais la chute peut être tout aussi brutale. Il semble qu’il n’y ait pas de limite à l’itération. Pour savoir il faut essayer, et si l’idée ne fonctionne pas et s’écroule, il faut recommencer.

L’ingénieur apparaît finalement comme l’enfant-roi de la Silicon Valley et l’entrepreneur comme la potentielle « cash cow » recyclable. Mais ce modèle est-il véritablement durable ? On est surpris par la moyenne d’âge peu élevée des ingénieurs-artistes des campus que nous avons visités, ainsi que la rapidité avec laquelle les start-ups se lancent… et s’écroulent. L’énergie, le cash et les ressources humaines sont brûlés à la vitesse de la lumière. Finalement, la Silicon Valley ne serait-elle pas le lieu de l’hyperconsommation à l’américaine de l’être humain ?

À l’origine de cet article, il y a une rédactrice. Voici son histoire.

Lola Meunier : Récemment diplômée du Master Economics & Business de l’école du management et de l’innovation de Sciences Po, Lola se destine aux financements des start-ups et PME dans les pays émergents, dans l’optique finale de se lancer à son tour dans l’entrepreneuriat un jour.

À propos de la Learning Expedition : Le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po apporte une expertise sur l’entrepreneuriat et l’innovation aux étudiants, aux start-ups et aux chercheurs.

Dans le cadre de leur cursus académique, la Learning Expedition dans la Silicon Valley est l’occasion pour ces étudiants et pour d’autres étudiants sélectionnés parmi les meilleures écoles scientifiques françaises, d’être immergés pendant 5 jours au cœur de l’innovation et d’apprendre auprès des entrepreneurs les plus inspirants.

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