Ils ne sont plus que trois candidats à avoir été retenus suite aux auditions des huit candidatures qui se sont déroulées les 18 et 19 octobre devant la Commission de proposition chargée d’établir une liste de candidatures pour la nouvelle direction de Sciences Po. Olivier Faron, administrateur général du Conservatoire national des arts et métiers, Christine Musselin, professeure à Sciences Po, et Matthias Vicherat, secrétaire général de Danone, sont donc les heureux finalistes. Bénédicte Durand, administratrice provisoire de Sciences Po, et Cornélia Woll, professeure en Science politique, ont été évincées.
Selon Laurence Bertrand Dorléac, présidente de la FNSP et Jeanne Lazarus, présidente du Conseil de l’Institut, « la qualité du projet et une vision du modèle de Sciences Po », « les compétences professionnelles » ainsi que « les qualités personnelles, le sens de l’intérêt général (…) et la réputation déontologique » ont permis de distinguer ces trois profils. « Après l’affaire Duhamel nous avons été très attentifs aux questions déontologiques et à la réputation de l’établissement. Nous avons demandé aux chasseurs de tête de travailler là-dessus aussi » tient d’ailleurs à souligner la présidente de la FNSP.
« On aurait aimés être mieux informés »
« Les critères [de sélection] sont publics, mais ils sont très larges. Il n’y a pas d’éléments précis, pas de comité d’appréciation » regrette cependant Titouan Le Bouard, président de l’UNEF Sciences Po et élu au Conseil de l’Institut. Un manque de précision qui reflète plus largement un « manque de transparence », régulièrement pointé du doigt par les élus étudiants.
« On aurait aimés être mieux informés » poursuit le représentant de l’UNEF. « Nous ne connaissions même pas le nom des candidats, leur projet, nous les avons appris dans la presse. C’est la presse qui nous apprend tout », assure-t-il. « Il y a tout un tas de choses sur lesquelles il n’y avait pas de raison de se cacher » concède même Raphael Zaouati, élu Nova et unique représentant étudiant au sein de la Commission de proposition, qui assure avoir « défendu la publication de certains éléments » craignant que « le manque de transparence crée la suspicion » et puisse « jeter un discrédit » sur le processus de désignation.
Le difficile équilibre entre secret professionnel et demande de transparence
Face aux accusations, la présidente du Conseil de l’Institut défend la « nécessité du secret professionnel et de la correspondance ». « La confidentialité est indispensable pour ce type de poste où les candidats prennent des risques en se présentant. Quant à la confidentialité des délibérations, nous avons besoin, à un certain moment de pouvoir discuter librement, hors micro. […] La démocratie nécessite aussi des moments confidentiels, nécessaires pour échanger des arguments, faire évoluer les avis, bref, aller au fond des choses » tient-elle à clarifier. « Les étudiants sont représentés dans les conseils et nous avons été en permanence en dialogue avec les conseils […] avec les élus étudiants pour leur expliquer l’avancement à chacune des étapes ».
« Alors que nous sommes dans un processus de transformation pour plus de démocratie, au fond ça ne suffit jamais » déplore pour sa part Laurence Bertrand Dorléac. « Nous sommes dans une espèce aussi, peut-être, d’ivresse de la transparence qui fait qu’on a l’impression qu’on nous cache toujours quelque chose. Nous sommes tellement habitués à avoir des informations sur tout et n’importe quoi, très vite, en temps réel, que finalement on ne supporte pas le tempo d’une commission qui travaille en conscience, en ouvrant la possibilité d’un dialogue » poursuit l’historienne de l’art.
Une commission représentative ?
Un autre reproche plane sur la Commission de proposition : celui du manque de représentation de la communauté étudiante. Sur ses 12 membres, seul Raphael Zaouati représente cette communauté pourtant majoritaire à Sciences Po. « 1 personne pour représenter 14000 étudiants, c’est assez juste » ironise l’intéressé.
Un procès en intention que peine à comprendre Laurence Bertrand Dorléac, qui rappelle que la commission a innové de manière « radicale » – en dehors de ses statuts – en donnant la possibilité à chacun d’adresser ses contributions aux candidats sur le site internet dédié. « Qu’on le veuille ou non, le dialogue a eu lieu entre les gens de Sciences po qui n’étaient pas dans la commission et les candidats. Il y avait la possibilité de ce dialogue par textes interposés ».
Une réponse qui ne semble pas satisfaire les élus étudiants, alors que 4 personnalités « qualifiées » extérieures à Sciences Po ont été désignées par le Conseil de l’Institut et le Conseil d’administration de la FNSP pour compléter la composition de la commission de proposition, dont Benoît Roger-Vasselin, directeur des ressources humaines du Groupe Publicis.
Les « élus étudiants avaient fait leur propre proposition [ NDRL : comme Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde, aux origines des révélations de l’affaire Duhamel ], mais aucune n’avait été retenue, bien évidemment » note -non sans amertume- Titouan Le Brouar. « Nous ne sommes pas opposés à des personnalités extérieures. Sauf quand elles sont un peu trop puissantes et un peu trop majoritaires. Sciences Po, c’est avant tout ceux qui la composent qui devraient dire comment ça fonctionne ».
Des accusations que réfute Jeanne Lazarus, assurant que ces personnalités externes « étaient là pour nous conseiller et non pas prendre des décisions à notre place. D’un côté, on nous dit « vous êtes l’ancien monde, l’entre-soi », d’un autre coté on nous dit qu’on fait venir des gens qui ne sont pas nous » s’étonne la sociologue.
Le conseil de l’IEP et le conseil d’administration de la FNSP voteront respectivement les 9 novembre et 10 novembre pour désigner le successeur de Frédéric Mion. En cas d’accord, les conseils soumettront leur choix à la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Le nouveau directeur ou la nouvelle directrice sera ensuite nommé par décret par le Président de la République.
Crédit image : ©Jastrow at French Wikipedia, CC BY-SA 3.0
]]>Madame Bertrand Dorléac a souhaité répondre à nos questions à l’écrit. Après avoir reçu ses réponses, nous avons souhaité prolonger l’entretien avec des questions d’approfondissement, que nous lui avons posées à l’oral lors d’une entrevue et auxquelles elle a souhaité répondre également à l’écrit. Lesdites questions d’approfondissement ainsi que les réponses correspondantes sont indiquées en italique.
Laurence Bertrand Dorléac : « Procéder à la désignation d’une direction dans les meilleures conditions.
Faire de notre conseil d’administration un lieu d’observation et de délibération vivant et actif. Identifier les sujets qui fâchent et tenter de réparer. Pour les étudiantes et les étudiants, les associer au processus de discussion. De façon générale, encourager la participation des différentes communautés. Faire du lien entre elles. Je pense par exemple aux donateurs et aux donatrices qui ne rencontrent pas forcément celles et ceux dont ils aident les études ou la recherche. Ils ne doivent jamais peser sur le contenu, bien sûr, mais cela n’empêche pas de tisser des liens pour que l’on apprenne à se connaître.
Du point de vue des grands sujets majeurs à encourager, outre les questions déontologiques déjà abordées, je voudrais encourager les recherches et la diffusion de la recherche en matière d’environnement et de ce qui touche aux nouvelles technologies et à Intelligence artificielle. Ils concernent au plus haut point nos conditions d’existence en démocratie. »
« Hors de son contexte, cette déclaration sonne faux. En fait, je voulais parler d’un Sciences Po qui n’existe plus depuis longtemps et auquel les médias nous renvoient, tout particulièrement lorsque nous vivons une crise. Il faudrait que les journalistes qui simplifient parfois croisent davantage les sources et viennent s’installer 48h à Sciences Po. Quel que soit le campus, la réalité que nous habitons n’a rien à voir avec la fiction à laquelle on nous associe. L’image que je voudrais voir s’imposer est tout simplement plus réaliste. »
« Pour le conseil de l’Institut, j’ai assisté à une séance où les étudiants et les étudiantes m’ont semblé s’exprimer et voter pleinement. J’ajoute qu’une réforme des statuts — qui a permis aux étudiantes et aux étudiants d’être représentés —, est une entreprise longue, lourde, complexe, dont nous sortons à peine (2016) et que nombre d’améliorations et de progrès peuvent être accomplis à moins grands frais et avec souvent plus d’efficacité, sans en passer par un décret. Il n’empêche, j’étais récemment invitée par le conseil de la vie étudiante et de la formation et je constate que la revendication existe d’une plus grande participation à la prise de décision. Il faut donc étudier ce qui laisse à désirer car à première vue, les étudiantes et les étudiantes sont très respectés par la direction et les instances même si les conseils sont des lieux paritaires où toutes les communautés de Sciences Po sont également présentes, aucune n’ayant la majorité à elle seule. »
« J’ai bon espoir que ces mesures changeront la donne considérablement. Le droit impose de la précision dans les bonnes intentions. Nous avions déjà des dispositifs qui allaient dans le bon sens mais il reste à les rendre mieux connus, plus accessibles et finalement plus opérationnels. »
« J’en suis sûre et nous y travaillons déjà activement avec notre administratrice provisoire. En matière de déontologie et de représentation étudiante, je vais proposer dès la prochaine séance du CA que l’on élargisse la commission dédiée pour qu’elle passe de trois à huit membres au moins. Nous intégrerons un ou une étudiante et des membres extérieurs à Sciences Po. »
« Toutes ces recommandations ne sont pas de la même nature et ne réclament pas toutes des mesures concrètes. Nous allons commencer par l’essentiel et observer attentivement les effets de ces mesures. Si cela ne fonctionne pas bien, nous rectifierons vite pour que cela marche. »
« Il est encore tôt pour dresser le bilan de cette nouvelle procédure mais d’ores et déjà, nous avons reçu deux fois plus de candidatures que l’année dernière. Cette hausse considérable laisse présager une forte diversité des profils des candidats. Ce qui est déjà remarqué, c’est l’excellence des candidates et des candidats. La note moyenne des admis est de 71 sur 80. Quatre épreuves ont été la garantie d’une évaluation poussée. Les 15 000 candidatures ont fait l’objet d’une double évaluation, 800 évaluateurs ont été formés en amont. Les critères avaient été travaillés lors de réunions auxquelles j’ai pu assister et ce long travail contribue à l’équilibre de la procédure. La nouvelle épreuve sur image à laquelle je suis attachée a donné de très bons résultats. Commenter une représentation visuelle permet de convoquer des savoirs, une sensibilité et une intelligence différemment d’un texte. Elle ne se substitue pas au reste, elle le complète. »
« Comme toutes les institutions vivantes et qui ne se reposent jamais sur leurs lauriers, Sciences Po n’a guère le temps de se pencher sur son histoire. Cet anniversaire avait le mérite de revenir sur cette politique mise en œuvre par Richard Descoings en 2001. Cette révolution n’avait alors rien d’évident. Il s’est battu avec quelques-uns et quelques-unes. Il a gagné, nous sommes enviés, copiés.
Dans cet esprit, nous préparons le 150e anniversaire de Sciences Po avec un livre qui retracera les grandes étapes de cette aventure et, plus généralement de son histoire. Il y aura des surprises car on ne se connait jamais bien soi-même. Toutes les équipes y contribueront et j’espère aussi les étudiantes et les étudiants. Si vous avez des propositions à faire, elles sont les bienvenues. »
« Il s’agissait déjà d’ouverture, de rassemblement et de transformation permanente au profit d’une plus grande diversité. Les CEP sont nées de cela aussi mais aussi l’internationalisation dans le respect des différentes cultures. »
Propos recueillis par Elise Ceyral et Sarah Miansoni.
Crédit image : Philippe Chancel, droits réservés.
[i] FRANCE INTER, Laurence Bertrand Dorléac : à Sciences Po, « il faut aller vers une culture du respect entre les personnes », interview de Léa Salamé dans “L’invité de 7h50”. France Inter, 12/05/2021, [en ligne], URL : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-12-mai-2021
]]>Madame Bertrand Dorléac a souhaité répondre à nos questions à l’écrit. Après avoir reçu ses réponses, nous avons souhaité prolonger l’entretien avec des questions d’approfondissement, que nous lui avons posées à l’oral lors d’une entrevue et auxquelles elle a souhaité répondre également à l’écrit. Lesdites questions d’approfondissement ainsi que les réponses correspondantes sont indiquées en italique.
Laurence Bertrand Dorléac : « J’ai pris cette décision à la demande de toutes celles et de tous ceux qui m’entouraient et en concertation avec la candidate que nous soutenions, Nonna Mayer. J’ai été la dernière à vouloir être candidate. Pourquoi? Disons que je me dirige constamment vers les domaines où j’ai l’impression de pouvoir offrir une expertise et un désir d’action particuliers que peu de personnes pourraient avoir.
J’ai refusé longtemps d’être commissaire d’exposition au motif que ce n’était pas mon métier. Quand un ancien étudiant m’a reproché en 2011 de refuser de l’être pour l’exposition qui se préparait au Musée d’art moderne de la ville de Paris, L’art en guerre. France 1938-1947, sur un sujet que j’étais la seule à connaître aussi bien et j’ai finalement accepté et je n’ai plus jamais arrêté depuis tant cet exercice me convient en offrant l’avantage de déplier la recherche fondamentale pour des centaines de milliers de personnes. Cet épisode m’a permis de réfléchir à toute nouveauté qui se présente à moi. Cela dit, j’ai toujours été attentive au choix des personnes idoines pour tel ou tel poste de responsabilités dont je n’avais pas l’envie farouche dont bien d’ autres étaient animés. Dans la crise à Sciences Po, nous sommes arrivés à ce stade où je ne pouvais pas me dérober sauf à faire preuve d’un égoïsme coupable. Quand je suis restée seule à dire NON sans même étudier le problème, j’ai procédé avec honnêteté à l’examen de la situation et j’ai accepté de remplir cette fonction. »
« Si vous regardez attentivement les événements, vous verrez que la procédure est née de la crise profonde déclenchée par l’affaire Duhamel. Les élus enseignants, permanents et vacataires, dont je faisais partie, ont réclamé une commission d’instruction élargie pour ne pas rester dans le seul cadre de cooptation par les anciens représentants des fondateurs. Le principe de cette commission informelle a été voté en CA [Conseil d’administration de la FNSP, ndlr] et il a obtenu une très large majorité. Cette commission des dix a fait son travail. Dans un premier temps, Nonna Mayer a été la seule à obtenir le plus de voix mais elle n’a pas eu les deux tiers nécessaires au CA pour être proposée à la présidence. C’est à ce moment-là, alors qu’aucun autre candidat n’avait réussi à s’imposer, que les membres de la commission, élus comme représentants et représentante des fondateurs mais aussi collègues de Sciences po, enseignants et salariés m’ont demandé de me présenter en affirmant que j’étais la seule personne susceptible de recueillir les deux tiers au CA et, plus largement, de faire consensus dans Sciences Po et au dehors. Nous avons rarement vu une concertation aussi large dans la communauté académique. Par ailleurs, un texte, signé par toutes les directions des unités de recherche et des départements a été publié dans Le Monde. Il dénonçait les attaques contre Nonna Mayer et soutenait ma candidature.
Alors que la crise est derrière nous, le processus de désignation de la prochaine direction devra montrer que nous sommes capables de procéder à une élection dans la sérénité. »
« Pour ce qui est de la procédure de désignation de la prochaine direction, Raphaël Zaouati, qui est l’un des vice-présidents du conseil de l’Institut, siège dans la commission de proposition et travaille déjà avec nous. Quant au choix des personnalités extérieures, qui participent à cette commission, les conseils ont préféré désigner des personnalités d’expérience qui seront très utiles car elles ont davantage l’habitude que certains et certaines d’entre nous de ce genre de recrutement. Il faut avoir la modestie de reconnaître que nous n’avons pas forcément toute l’expérience nécessaire pour procéder sans avis extérieur à cette désignation. Enfin, rappelons-nous que ce sont bien les membres des conseils d’administration et de l’Institut qui, In fine, par leurs votes, feront, aux autorités de nomination, la proposition de la prochaine directrice ou du prochain directeur de Sciences Po. Or, il y a 8 élus étudiants et étudiantes au CI [Conseil de l’Institut, ndlr], 2 au CA.
Par ailleurs, les étudiants et les étudiantes qui sont représentées au conseil d’administration devraient être plus à l’aise lors de séances qui seront plus longues et où la parole circulera d’autant mieux que la présidente se donne pour objectif d’en faire un organisme vivant, de dialogue et de délibérations fondées. La séance récente, du 19 mai, a duré trois heures et non plus deux et la discussion fut instructive. »
« Commençons par la FNSP. Selon les statuts de 2015, elle a pour objet de favoriser « le progrès » et « la diffusion » en France et à l’étranger, de sciences politiques, économiques et sociales. Elle fixe le cadre général de l’action de l’établissement. Elle assure la gestion administrative et financière de l’Institut et détermine ses moyens de fonctionnement, notamment les droits de scolarité pour les diplômes propres à l’institut, ainsi que les moyens consacrés à l’enseignement et à la recherche. Elle peut aussi assurer l’organisation de bibliothèques, de centres de documentation, d’études et de recherches, elle peut mettre en place des chaires, des bourses d’études et de voyages, l’édition et la diffusion de publications dans les matières qui relèvent de son objet.
Quant à l’Institut d’études politiques, c’est un établissement public d’enseignement supérieur qui a les mêmes missions que n’importe quelle université. Je sais que cette singularité statutaire est un peu difficile à lire mais elle nous permet de bénéficier, depuis plus de soixante-quinze ans, d’une grande autonomie en matière d’enseignement et de recherche. C’est ainsi que nous avons pu acquérir la réputation et l’attractivité nationale et internationale qui sont les nôtres aujourd’hui. »
« Nous travaillons en bonne intelligence et d’autant mieux que nous nous connaissons. J’ai fait partie de celles qui soutenaient les réformes utiles conduites par Bénédicte Durand. Elle a toutes les qualités pour mener à bien sa mission dans ces temps difficiles. »
« La procédure est organisée par nos statuts. Nous y avons ajouté, Jeanne Lazarus, la présidente du conseil de l’Institut et moi qui co-dirigeons le processus, deux éléments qui nous semblent la renforcer : des personnes et des communautés de Sciences Po qui le veulent pourront rédiger et diffuser, sur une page web dédiée, des contributions à l’attention des candidates et candidats mais aussi des différentes communautés dont la commission. En outre, pour sélectionner les candidats aux différentes étapes du processus, la commission de proposition bénéficiera de l’accompagnement du cabinet Russell-Reynolds dont le métier est le recrutement.
Ce qui est prévu par nos statuts est d’abord de constituer une commission chargée de préparer la proposition qui sera faite aux deux conseils en vue de la nomination du prochain directeur ou de la prochaine directrice de Sciences Po. Cette commission de proposition est composée de douze membres : les quatre membres du bureau du conseil d’administration (présidente et vice-présidents), les quatre membres du bureau du conseil de l’Institut, et quatre personnalités qualifiées qui ont été élues par ces deux conseils. À l’issue de l’examen des dossiers et des auditions, la commission sélectionnera un ou plusieurs candidats. Elle transmettra sa proposition au conseil d’administration de la FNSP et au conseil de l’IEP. Les deux conseils auditionneront le ou les candidat(es) et candidat(s) sélectionné(s). Chaque conseil se réunira et votera. En cas d’accord des conseils, ils transmettront leur proposition aux autorités de nomination (le président de la République et la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation). En cas de désaccord, les bureaux des deux conseils se réuniront conjointement, discuteront et voteront à nouveau avant de proposer une nouvelle liste aux conseils. Si le désaccord persiste, un nouvel appel à candidatures sera lancé.
Lorsque les deux conseils parviendront à un vote concordant, la nomination du directeur ou de la directrice et de l’administrateur ou de l’administratrice fera l’objet, respectivement, d’un décret du président de la République et d’un arrêté de la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.
Si tout va bien, nous devrions avoir une direction à l’automne. »
Propos recueillis par Elise Ceyral et Sarah Miansoni.
Crédit image : Philippe Chancel, droits réservés.
]]>Madame Bertrand Dorléac a souhaité répondre à nos questions à l’écrit. Après avoir reçu ses réponses, nous avons souhaité prolonger l’entretien avec des questions d’approfondissement, que nous lui avons posées à l’oral lors d’une entrevue et auxquelles elle a souhaité répondre également à l’écrit. Lesdites questions d’approfondissement ainsi que les réponses correspondantes sont indiquées en italique.
Laurence Bertrand Dorléac : « Je voudrais bien mais je n’y arrive pas. Désolée. »
« Je ne suis pas sûre d’être « avant tout » universitaire car j’ai toujours pratiqué plusieurs activités sinon plusieurs métiers à la fois. Aujourd’hui encore, je suis chercheuse, professeure, écrivaine mais aussi directrice de collection et commissaire d’expositions. Tout cela me semble complémentaire et nullement contradictoire.
Sciences Po convient mieux à ma formation transdisciplinaire que n’importe quelle université spécialisée. En outre, j’aime diffuser la pensée auprès de publics variés : c’est plus difficile mais plus exaltant. Quand j’étais étudiante, je suivais dès que je le pouvais les cours au Collège de France où j’aimais déjà l’auditoire bigarré et le mélange des générations. »
« Beaucoup m’intéressent mais tant de choses et d’êtres m’inspirent selon les moments et les circonstances. Depuis un certain temps, j’essaie d’approcher la vie politique par d’autres moyens que le contenu des discours qui deviennent en bien des cas de moins en moins cohérents et de plus en plus pauvres.
J’observe Greta Thunberg pour les formes qu’elle a données à son combat politique en faveur de l’écologie. Elle vient d’une famille d’artistes et sa façon d’agir me relève d’une esthétique de la politique qui surprend et qui défait les codes traditionnels, depuis sa grève scolaire devant le parlement suédois, à partir de l’été 2018. Elle a mobilisé à l’échelle planétaire, bien au-delà de sa génération, elle a influencé jusqu’aux déclarations sinon l’action des dirigeants politiques, économiques, religieux. Beaucoup d’entre eux lui ont rendu hommage : Barack Obama, Christine Lagarde, le Pape, Angela Merkel ou Desmond Tutu. Avec elle, nous sommes largement dans l’univers des formes : des apparitions, des gestes, du langage, de la voix, du visage, des vêtements, des coiffures. Elle entraîne, elle convertit, elle ennuie ou elle exaspère par les formes qu’elle donne à son engagement à travers ses actions reprises dans les médias : réseaux sociaux, vidéos, photographies, caricatures, BD, série télévisuelle, logos, les mèmes, les produits dérivés. Les mots qu’elle emploie, qu’elle répète, qu’elle combine, finissent par agir comme des images mentales contagieuses et ces mots ont la forme de la rébellion, de l’espoir et du désespoir, mais aussi d’une nouvelle raison écologique anxieuse qui s’impose de plus en plus largement. Son combat est sans doute né de la vision d’un documentaire sur le réchauffement climatique et la disparition des animaux polaires qu’il suppose. Elle dit qu’un ours privé de sa banquise est resté bloqué dans sa tête.
Avec un style bien à elle, cette très jeune femme fait partie des personnalités qui ont changé les règles admises de la vie politique internationale en se servant de techniques nouvelles aussi, des réseaux sociaux en particulier. »
« Mon autre grand chantier de recherche est lié à l’exposition que je prépare pour le Louvre à l’automne 2022 sur Les choses. Une histoire de la nature morte depuis la Préhistoire. Ce sujet que j’étudie depuis 2015 a donné lieu à des cours, à des séminaires, à un livre qui est paru chez Gallimard cet automne : Pour en finir avec la nature morte. L’idée, c’est que les choses sont des actrices à part entière de notre monde, elles agissent sur nous autant que nous agissons sur elles. Or, les artistes les ont toujours pris au sérieux comme des muettes qui en disent long sur nos relations avec le vivant et le non-vivant, le matérialisme et la spiritualité, l’abondance et la rareté. Ils les font parler en leur donnant une forme depuis que les représentations existent. Puis, les choses nous survivent, elles sont les traces sensibles après la disparition des êtres. On peut écrire leur biographie comme on écrit la biographie de personnes. Je ne suis pas animiste mais je crois en leur action, à leur agency pour reprendre le terme de l’anthropologue anglais, Alfred Gell. Disons qu’en tout cela, je m’inscris dans une lignée philosophique mais aussi littéraire contemporaine qui pense les choses : de Francis Ponge à Georges Perec et de Bruno Latour à Quentin Meillassoux. »
« Je voudrais aussi faire de ma mission à Sciences Po un terrain d’observation attentive. J’apprends déjà beaucoup de toutes celles et ceux qui habitent cette institution variée. Je suis heureuse de rencontrer les conseils, les commissions et les personnes.
Nous sommes potentiellement en mode recherche dans toutes les activités humaines. Il suffit d’avoir le goût de l’exploration et de l’analyse. Je continuerai à chercher dans mon domaine de compétence pour me renouveler et diffuser de nouveaux savoirs autour de moi. Je vais exercer mon métier auprès des étudiantes des étudiants qui sont la raison d’être de cette institution. Arrêter de faire cours serait me couper du cœur de Sciences Po. »
« Je ne serai pas seulement une observatrice ou plutôt, j’observerai pour mieux penser les actions à mener. À cet égard, la première mission que je dois remplir, c’est d’assurer un processus de nomination de la prochaine direction dans les meilleures conditions possibles aux côtés de la présidente du CI [Conseil de l’Institut, ndlr], Jeanne Lazarus. Nous nous y employons activement.
Par ailleurs, je vais encourager un socle commun de projets et de valeurs partagées à Sciences po. Ce ne sera pas seulement une mise en chiffres mais un projet fédérateur qui contiendra nos grandes orientations passées, présentes et futures. C’est dans cet esprit que j’aimerais faire du conseil d’administration une instance qui sera force de propositions et de discussion.
Au chapitre des sujets qui seront abordés dès la rentrée : la déontologie et le programme Welcome refugees qui a besoin d’être consolidé. Prenons cet exemple : sa responsable viendra en faire un premier bilan au prochain CA [Conseil d’administration de la FNSP, ndlr]. Autour de la table se trouveront des dirigeants d’entreprises qui ont forcément des idées sur la politique de donations et de stages possibles pour renforcer cette action. »
« J’ai trouvé à Sciences Po un climat de liberté de penser et d’agir que je n’avais rencontré dans aucun autre lieu d’enseignement à un moment où l’Université n’était pas aussi ouverte qu’aujourd’hui. Sans cette institution bien particulière, il n’est pas certain que je serais restée dans le monde de l’enseignement et de la recherche qui peut me sembler à bien des égards trop fermé. J’ai besoin d’ouvrir des fenêtres sur différents mondes avec un auditoire qui se destine à une pluralité de métiers et de secteurs. »
« Le champ de l’enseignement supérieur et de l’enseignement en général est en voie de redéfinition par la force des choses depuis la pandémie mais aussi, plus durablement parce que les conditions technologiques de diffusion des savoirs ont changé. On trouve rapidement toutes les informations factuelles que l’on veut mais on n’a jamais autant eu besoin d’outils intellectuels pour penser intelligemment l’immense banque de données dont nous disposons. Nous devons faire preuve d’imagination. Toutes les universités y réfléchissent, tous les enseignants et les enseignantes du monde y réfléchissent.
Sciences Po me semble être un lieu pour essayer d’autres formes d’enseignement, de travail, d’enquête, de recherche en commun sur des sujets neufs. L’examen d’entrée montre que même le mode d’évaluation peut évoluer rapidement. Puis, à Sciences Po, de plus en plus d’enseignantes et d’enseignants font de la recherche de haut niveau et c’est la garantie que leurs savoirs se renouvellent aussi. Les étudiantes et les étudiants en profitent forcément. »
Propos recueillis par Elise Ceyral et Sarah Miansoni.
Crédit image : Philippe Chancel, droits réservés.
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