La question des bâtiments scolaires a par exemple été évoquée par l’UNL (Union Nationale des Lycéens), interrogeant le rôle des éco-délégués, privés selon le syndicat lycéen d’une participation concrète à la prise de décision relative aux enjeux écologiques. À ce sujet, Julien Bayou a évoqué son souhait de mettre en place un « conseil des éco-délégués », réaffirmant l’importance cruciale de la prise de parole des jeunes au sein des institutions. Concernant les bâtiments scolaires, Julien Bayou a regretté le « peu de rénovations » réalisées par Valérie Pécresse. Selon le candidat, la région aurait investi davantage dans les toilettes d’un établissement situé à Saint-Germain-des Prés (75) que dans l’intégralité d’un autre bâtiment scolaire à Coulommiers (77). À cet égard, Julien Bayou a réaffirmé sa volonté d’accélérer la rénovation de ces bâtiments, souvent sujets à l’amiante, à l’origine de nombreux cancers.
L’UNEF (Union Nationale des Étudiants de France) a également mentionné le cas des transports franciliens, exigeant une gratuité à moyen ou long terme. À ce sujet, Julien Bayou a affirmé souhaiter mettre en place une tarification sociale, une gratuité complète étant pour le moment difficilement envisageable en raison de considérations budgétaires. L’AGEP (Association Générale des Étudiants de Paris), exprimant le même souhait quant à la tarification des transports franciliens, a également évoqué les aides d’urgence, jugées trop difficiles d’accès par le syndicat étudiant. Ce dernier a également mentionné l’ouverture du Revenu de Solidarité Active (RSA) aux jeunes de moins de 25 ans, mesure à laquelle Julien Bayou s’est déclaré favorable. Le secrétaire national d’EELV a par ailleurs annoncé souhaiter expérimenter un revenu universel dans une commune de 5 000 habitants, à destination de mères célibataires et de jeunes adultes, projet qu’il partage avec un Benoît Hamon renouant avec la politique, rallié au candidat écologiste dans les Yvelines (78).
D’autres enjeux tels que les logements étudiants ou l’accès à la santé ont été mentionnés par les syndicats présents. À cet égard, Julien Bayou a déclaré souhaiter mettre en place des centres de santé publics gratuits, à proximité des universités, afin d’assurer un meilleur suivi des étudiants. Le candidat à la présidence de la région a également défendu une logique de soutien au gel des loyers tout au long de la situation sanitaire, puis d’encadrement, afin de permettre aux jeunes de disposer de véritables logements plutôt que d’hébergements d’urgence.
Alors, « fin du monde, fin du mois, même combat » ? La Péniche a interrogé Julien Bayou sur les moyens qu’il souhaitait mettre en place à l’échelle régionale pour soutenir les jeunes, particulièrement engagés dans la lutte contre le changement climatique, mais aussi sujets à une précarité croissante. Une enquête réalisée par Monique Ronzeau, présidente de l’Observatoire national de la vie étudiante, affirmait par exemple qu’un tiers des étudiants français interrogés déclarait avoir rencontré des difficultés financières depuis le début de la crise sanitaire (2).

À ce sujet, Julien Bayou a tout d’abord réaffirmé son enthousiasme vis-à-vis de cet engagement croissant de la jeunesse : « Je voudrais ré-insister sur le fait que cet engagement est merveilleux, qu’il nous bouscule. C’est émouvant. Je pense aux générations passées qui [évoquaient des] générations qui aujourd’hui sont dans la rue et dans les urnes. Nous ce qu’on veut, c’est les [inclure] dans les institutions […]. » Le secrétaire national d’EELV a néanmoins insisté sur l’importance de ne pas culpabiliser ceux qui ne sont pas en mesure d’avoir un comportement idéal en matière environnementale : « Côté citoyens et citoyennes, l’action individuelle est importante, mais il faut un continuum, de [cette] action individuelle à l’action des institutions. Parce que si vous et moi [devenons] exemplaires, mais qu’on laisse Total forer au large de la Guyane ou Lafarge rejeter des produits toxiques en toute impunité dans la Seine, on aura raté l’essentiel. Moi, je ne pousse pas et je ne culpabilise pas les gens qui par nécessité ne peuvent pas s’offrir ce qui aujourd’hui malheureusement est un luxe. Par contre, ce sur quoi la région peut intervenir, c’est démocratiser l’excellence ou le bio. Quand on développe le bio dans les cantines, c’est bien sûr d’abord le climat, la lutte contre les pesticides, le soutien aux agriculteurs et à la santé, mais c’est aussi une logique de justice sociale, parce qu’on sait que quand on développe des alternatives végétariennes à 10 centimes, peuvent venir manger des enfants dont les parents n’ont pas les ressources. […] C’est enclencher un cercle vertueux, c’est un peu première classe pour tout le monde si vous voulez. De la même manière, investir dans les détergents les plus propres dans l’entretien des lycées signifie une meilleure santé pour tous. »
Le candidat à la présidence francilienne a enfin réaffirmé l’importance cruciale des institutions dans la lutte contre le changement climatique : « Clairement, je crois qu’il ne faut pas culpabiliser les gens, parce qu’encore une fois, si vous et moi on est exemplaires mais qu’on laisse la pollution dans cet état, du fait du trafic automobile [par exemple], [ça ne suffira pas]. On sait par exemple qu’il n’y a pas une école en Île-de-France qui est dans les clous en termes de normes sanitaires. Si on veut lutter pour le bien-être, le climat, la santé, on doit agir au niveau structurel qu’est la région. »

On, le journal de l’université La Sorbonne, a également interrogé Julien Bayou sur les violences qui ponctuent l’actualité de ces dernières semaines, en Île-de-France notamment. Comment lutter contre le développement de tels affrontements, qui impliquent des individus souvent très jeunes ? « D’abord, il faut regarder les chiffres en face », a affirmé Julien Bayou. « L’Île-de-France concentre la moitié des rixes recensées. » Le candidat à la présidence de la région a ensuite décliné sa réponse en trois parties : le développement de moyens humains, de logiques de prévention et de moyens matériels.
« Nous voulons d’abord des moyens humains, que la police nationale renforce sa présence sur le terrain. Valérie Pécresse a avalisé le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux : sans surprise, ça se traduit par moins de fonctionnaires de police. […] C’est une logique comptable. [Cependant], […] on ne peut pas considérer la sûreté, le bien-être comme une [valeur] marchande. […] Ensuite, il faut développer une logique de prévention. La suppression de la police de proximité était une erreur. Là encore, c’est une logique comptable qui a prévalu. Nous voulons aller vers le plan Borloo avec des correspondants de nuit et une présence apaisante sur le territoire parce qu’on connaît les acteurs de ces lieux. Enfin, il y a une logique de moyens techniques. Pour schématiser, j’ai rencontré un commissaire à qui on a donné une arme de guerre, mais qui n’a pas la voiture qui va avec. Ça ne lui sert à rien d’avoir une arme de guerre s’il n’a pas les talkie walkies ou une voiture en bon état pour circuler. On revient à la question des moyens techniques. Autour de Drancy ou Trappes, vous avez deux à trois voitures la nuit pour patrouiller sur des zones de plus de 100 000 habitants. Des maires de droite le disent également, il y a un manque de moyens humains et techniques. »
Julien Bayou a également souligné la nécessité de revoir l’aménagements de territoires « qu’on a laissés se dégrader », ainsi que d’investir économiquement « là où il y a un désespoir, de la demande d’emploi et beaucoup de discriminations ». Enfin, le candidat à la présidence de la région est revenu sur un sujet de débats, la légalisation du cannabis, à laquelle il s’est déclaré favorable, avant de conclure : « Je pense qu’il faut prendre le temps de développer ces six axes pour prétendre lutter sérieusement contre ces phénomènes de violences. Si on se contente de [ce que] fait Darmanin, qui envoie des gens pendant deux semaines, et puis ensuite, c’est reparti, non seulement on ne traite pas le sujet mais on arnaque les gens. »
Julien Bayou a cependant complété son intervention, en évoquant d’autres types de violences, trop souvent oubliées selon le candidat écologiste : « Quand on parle de sécurité en acception normale, on a tendance à parler des incidents de sécurité publique, tout en occultant les violences domestiques à l’égard des femmes et des enfants. Pour nous ça relève de la sécurité. Si vous parlez de sécurité mais que vous n’adressez pas les transports et la question du harcèlement à l’égard des femmes, n’investissez pas dans les moyens humains pour assurer une présence, vous êtes disqualifiés à parler de sécurité. […] Ensuite on peut aller sur les questions de l’insécurité alimentaire, l’insécurité dans l’accès aux soins… Tout ça oblige à dépasser les simples slogans et à travailler le fonds du sujet ».
Concernant le harcèlement scolaire, Julien Bayou a exprimé la volonté de développer des correspondants dans les lycées, pour former à l’usage des réseaux sociaux, soulignant l’importance de la « formation de cette jeunesse à l’exposition et à la mémoire qui survit sur les réseaux sociaux, quand les générations précédentes y échappaient », mais aussi du corps enseignant et des forces de police. « Là encore on retombe sur des questions de harcèlement et de violences sexistes et sexuelles, parce que pour porter plainte, il faut pouvoir être accueilli et cru et ça n’est pas le cas. Donc il y a une logique que nous expliquent les associations féministes de terrain de former non seulement les lycéens et les lycéennes, mais aussi tout le corps enseignant et les agents à repérer des signaux de fragilité, de détresse… »
Finalement, cette rencontre entre Julien Bayou et les syndicats présents s’est articulée autour d’enjeux divers, écologiques bien sûr, mais aussi sociaux et politiques. À cet égard, la critique du candidat écologiste envers le gouvernement s’est animée dans la dénonciation régulière d’une jeunesse « abandonnée », menée par une Ministre de l’Enseignement Supérieur à « l’emploi fictif ».
Crédit images : Elise Ceyral
Image de couverture : Julien Bayou entouré des représentants syndicaux présents (de gauche à droite : Bérangère Poncet, Vice-Présidente de l’AGEP, Adrien Lienard, Vice-Président de l’UNEF et Mathieu Devlaminck, Président de l’UNL).
(1) Liste L’Écologie
(2) PAIRO-VASSEUR, Alice. « Précarité étudiante : une crise ‘sans précédent’ ». Le Point, [en ligne], 26/02/2012. URL : https://www.lepoint.fr/societe/precarite-etudiante-une-crise-sans-precedent-26-02-2021-2415544_23.php
]]>Être de droite aujourd’hui
« Être rebelle à 20 ans, ce n’est pas être de gauche, c’est être de droite. » En introduction, et pour remercier la femme politique d’être venue, le président actuel de la branche du parti, Alexandre Freu, ne manque pas de rappeler la Valérie bloqueuse qui occupait autrefois les locaux de Sciences Po avec ses camarades pour lutter contre le transfert de l’ENA à Strasbourg. Amusée, elle propose alors une définition de son sentiment d’appartenance à la droite : valoriser avant toute chose « la responsabilité, la liberté et l’Europe » et préférer une droite « de l’innovation sociale » à « celle de l’assistanat ».
À l’heure où le macronisme a fait quitter le navire à certaines têtes du parti traditionnel, elle revendique d’être restée à LR, et ce malgré les discours alarmistes de certains « comme Xavier Bertrand ». Elle justifie son choix en comparant le parti à une famille : « Dans une famille, on n’est pas toujours tous d’accord, et on a le droit de le dire. » En bonne grande sœur, elle n’oublie donc pas de tacler gentiment le groupe de députés constructifs « Agir », le benjamin, en déclarant que son soutien au gouvernement le classe de facto dans la majorité. C’est aussi ça les avantages d’une famille : si on veut faire mal à ses pairs, on sait où appuyer.
Macron
Mais la femme politique ne se définit pas comme partisane d’une opposition absolue au gouvernement, et invite à soutenir les réformes de Macron « si elles sont cohérentes avec les idées de la droite. » Elle souligne entre autres son soutien à la réforme du travail, et à la fin du numerus clausus, non sans pointer rapidement les « angles morts » de la politique menée, auxquels elle reste farouchement opposée. Pour elle, Macron n’est pas le représentant d’une nouvelle manière inédite de faire de la politique comme il s’en revendique, mais se définit très clairement comme un libéral de gauche. « Il a supprimé l’ISF – quelque chose que nous même n’avions pas osé faire – et fait des réformes d’essence très libérale. Mais il est en même temps de gauche, cela se voit sur les thèmes du régalien, de la laïcité, et de la nation. » Sur ces thèmes, elle propose une vision radicalement différente, et présente ses valeurs et son projet en opposition avec celui de l’actuel Président.
Le régalien
Si elle lui concède d’avoir une certaine autorité, elle critique son rapport à la sanction : « Son plan prison est un contre-sens : alors que nos prisons sont bondées, le sujet ce n’est pas de lutter contre la surpopulation des prisons en elle-même, mais plutôt sur la montée de la délinquance. » Pour l’ancienne ministre, cette délinquance, qu’elle relie à la montée des extrêmes, est une conséquence directe du fait que les gouvernements ne parviennent pas à faire respecter la loi. Elle souhaite donc valoriser, en opposition au projet de peines alternatives de Macron, la privation de libertés comme « une peine efficace » pour rééduquer et réinsérer. « Sur la prison il faut briser beaucoup de tabous. » déclare-t-elle avant de se justifier classiquement : « (…) en Seine-Saint-Denis, la réalité que je vois tous les jours de ma fenêtre est que dans les quartiers politiques de la ville il y a des zones de non-droit. »
La laïcité
À ce sujet, la femme politique qualifie Emmanuel Macron, fil conducteur de sa diatribe, de « terranovien ». Il s’agit là selon elle de « (…) la conception d’une certaine gauche de la société française moderne, où nous sommes tous des communautés, à titre de femmes, de gays, de beurs, de juifs (…) », et considère en effet que le problème majeur est que les membres de ces sociétés ne dialoguent qu’entre cercles réduits, et n’écoutent plus leurs pairs : « Un socialiste ne lira jamais un tweet de Valérie Pécresse ». Elle invite à observer la manière dont le Président s’adresse aux catégories sociales – elle cite les chasseurs et les catholiques comme exemples de l’actualité récente – et les séduit avec les mots qu’elles ont envie d’entendre. « Macron est profondément communautariste. Mais la France n’est pas une addition de communautés. On peut en avoir plusieurs, ou n’en avoir rien à faire. »
À cette « loi de la communauté » elle invite donc à préférer la « loi de la République », différente de celle des lobbys, de la famille ou de « la loi du quartier ». « J’aimerais entendre une phrase : la loi est au-dessus de tout. » La capacité à faire respecter une loi commune serait alors la marque de l’échec ou de la réussite d’un mandat. Elle souligne l’importance de parler à la France, « au seul peuple français », et de la nécessité de « faire société » quand bien même l’on peut être fier de ses origines.
Nation et mondialisation
Face à ces crispations identitaires, la politicienne compte sur la droite pour porter espoir, et lutter contre les craintes de la mondialisation. Elle lance un appel à la jeune génération assise devant elle, qu’elle sait destinée à devenir « plus commercia(le), et plus mondialisé(e) » : « Vous devez porter l’espoir, et construire le rêve français dans la France de demain ». Cette phrase d’aspect banal cache une conception de la mondialisation qu’elle juge nécessaire de redéfinir.
Cette ambition d’un rêve américain à la française démontre sa volonté d’augmenter la compétitivité du pays en matière d’économie. Pour elle, les gagnants et les perdants de la mondialisation ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Elle cite l’exemple de la ville de Cognac, qu’elle dit avoir découverte cet été. Exportée à 98% de sa production, l’eau-de-vie produite dans cette ville « de la France très profonde » est devenue la première boisson « des rappeurs afro-américains, des chinois, des japonais et des russes » – s’il est vrai que le Cognac jouit d’une popularité croissante, et surtout aux États-Unis et en Chine, cette déclaration reste à nuancer selon les chiffres présentés par Le Figaro cet été. Mais le but de cette exagération est de contredire les plus sceptiques, et prouver par cette « success story » que « la réussite dans la mondialisation est un état d’esprit », et, pour conclure sa gradation à l’américaine, que « (l’) on peut réussir dans la mondialisation parce qu’on est meilleur ».
L’ancienne ministre du Budget souhaite pour cela que les responsables politiques de demain aient un « tempérament économique », qualité qui d’après elle leur fait défaut, afin de « défendre le label France ». Pour illustrer son propos, non sans un certain agacement, elle critique le fait que la promotion à l’international du tourisme en Île-de-France a été négligée ces dix dernières années. S’étant questionnée sur le sujet, elle raconte avoir découvert avec stupéfaction que le taux de tourisme avait stagné dans sa région alors qu’il avait triplé dans le reste du monde, et que les précédents responsables ne s’en étaient pas même inquiétés.
L’Europe
« L’Union Européenne est folle. » Encore un slogan, et qui démontre cette fois l’ambiguïté de ses ambitions en matière de projet européen. Revenant sur la déclaration de Donald Trump du 15 juillet dernier : « L’UE est l’ennemie des USA. », elle se dit choquée du fait que les États-Unis assument ouvertement nous mener une « guerre économique », et que l’UE ne cesse de prendre du retard. Mais alors qu’elle semble vouloir une solidarité plus importante entre les Etats pour lutter contre le géant américain à la parole décomplexée, elle centre son discours sur l’image d’une France forte et en opposition à ses partenaires, ayant « gagné la bataille du Brexit contre Francfort. » Dans cette Europe de demain qu’elle rêve pourtant « protectrice et conquérante », la coopération ne semble donc pas être la première nécessité.
Point technique
Sur la question de la fiscalité cependant, Valérie Pécresse ne centre pas son discours sur la critique de Macron. C’est donc François Hollande qui en prend pour son grade. Il serait responsable d’une « overdose fiscale », ayant conduit à réduire le pouvoir d’achat des Français, et donc à peser sur la vitalité économique en France. À ce sujet elle reconnaît que le programme de Fillon aux élections présidentielles n’était pas le modèle à suivre car jugé trop dur, et ne parlant pas assez à l’ensemble des Français. « (…) Il ne parlait que de la baisse des droits acquis, seuls les retraités étaient contents. »
En opposition à cela, elle conseille aux aspirants politiciens présents dans la salle de « rendre la réforme désirable », et rejette l’option de la baisse des minimas sociaux. Pour l’avenir, elle pense que le rôle que la droite a à jouer est d’apporter de la fermeté tant sur le régalien que sur le plan social. « Les Français ont besoin d’être aimés, on a sûrement manqué d’un peu d’empathie par le passé. » Pour elle, apprendre de ses erreurs passe d’abord par « montrer qu’on fait de la politique parce que on aime les gens. » N’oubliant pas son auditoire, elle déclare que la solution serait une hausse des salaires nets. « Il n’est pas normal aujourd’hui que des jeunes ne puissent pas devenir propriétaires de leur logement. » Un clin d’œil un peu grossier aux jeunes présents mais qui ne manque pas de plaire, à en juger par le silence concentré et admiratif qui règne depuis quarante minutes dans la salle aux trois-quarts pleine.
Au moment où le discours de lancement de l’année à Sciences Po prend un tournant de déclaration de début de campagne, elle prend le temps de préciser la raison pour laquelle elle fait ces propositions : « Je vais produire des idées à la place qui est la mienne pour populariser les réformes et aiguiller le gouvernement. Il faut qu’on soit porteur de réformes, si le gouvernement nous les pique il nous les piquera. » Si elle critique la politique du gouvernement actuel elle lui reconnait en effet une « audace réformatrice », mais craint que celle-ci ne s’essouffle avec la baisse de popularité de l’exécutif dans les sondages.
La politique des villes
Pour la présidente du conseil régional d’Île-de-France, le sujet de la ville est d’ailleurs l’un de ceux qui doivent être traités en premier. « Sur les quartiers populaires, il faut un Big Bang. On a acheté la paix sociale, et les banlieues sont devenues des lieux d’enfermement. Pendant plusieurs années, on s’est fait dominer par la gauche sur la question du logement social ». Elle pense en effet qu’il faut une politique du logement se basant sur un nouvel « équilibre », avec un plafond maximal à 30% de logements sociaux dans les villes, dans le but « d’éradiquer les grands ensembles ». Elle s’inspire pour cela de la politique ferme des Danois de centre droit, qui « ont la même logique [qu’elle] », et donnent la preuve de la possibilité de réaliser un tel projet dans la pratique. Leur programme consiste en effet à ne pas excéder les 30% de logements sociaux dans les villes, et à limiter également à 30% le quota d’enfants issus de l’immigration de la première génération dans les écoles. Et Valérie Pécresse de rajouter à ces idées qu’elle soutient le projet de doubler les peines dans les quartiers les plus criminogènes. « On devrait taper plus fort là où il y a plus de crime. » explique la femme de droite. Sur le thème de l’immigration, qu’elle relie directement à cela, là aussi le message est clair : « Aujourd’hui nous faisons face à une vague migratoire colossale face à laquelle nous sommes d’une grande lâcheté. Il faut être clair : nous sommes une terre d’asile, et les persécutés ont le droit de demander l’asile, à condition de prouver la persécution qu’ils subissent. Il faut donc des centres d’asiles fermés pour traiter les demandes. Mais s’ils sont dégoûtés ils peuvent repartir ! On a le droit d’accueillir les persécutés comme on a le droit de restreindre l’immigration économique. Ce type d’immigration est destiné à des personnes pour lesquelles on peut trouver de l’emploi, qui sont intégrables, cela s’appelle la loi de la République. » Selon elle, la solution à l’immigration se trouve ainsi dans la création d’un « grand plan Marshall », afin de créer de l’emploi en Afrique. « Il va falloir les faire revenir. » déclare la femme politique. Qui et où, la question reste en suspens.
Ambition
Si toutes ces mesures n’ont pas été mises en place en France enfin, c’est d’après elle que le pays n’a pas encore trouvé la figure politique capable de les incarner. Mais là encore elle ne nous laisse pas en reste et propose sa solution : « Il manque une Margareth Thatcher à la politique française. » En précisant qu’elle ne parle pas d’elle, la blonde à la main de fer déclare sur un ton qu’elle revendique féministe, citant l’ancienne première ministre britannique : « Quand vous voulez que quelque chose soit dit, demandez à un homme, si vous voulez que quelque chose soit fait, demandez à une femme. »
Ainsi, même si le modèle politique de Valérie Pécresse date des années 80, on se souviendra de cette Assemblée Générale LR 2018 à Sciences Po comme celle d’un appel à repenser la politique différemment et à sortir des sentiers battus de « la politique à la papa ». Si son murmure à la jeunesse du 27 rue Saint-Guillaume se dessine en opposition au gouvernement actuel, sa volonté rebelle de quitter « l’ancien monde » n’est pourtant pas inédite. La promotion des avantages de la mondialisation et du libéralisme économique rapproche celle qui se définit elle-même comme « pro-entreprises » du Président actuel, quand ses déclarations au sujet des banlieues et de l’immigration inscrivent définitivement son discours dans une tradition chiraquienne.
À la veille des élections européennes, ce regard critique et ces propositions aux allures de programme peuvent donner l’impression que la marraine de la section LR cherche à fournir une ligne pour la jeunesse militante à Sciences Po. Comme le rappellent les principaux responsables des pôles de l’association, l’objectif de cette année est de trouver des idées nouvelles en vue des élections. Cependant la section s’en défend : « Cette année nous avons choisi de ne pas donner de ligne spécifique à la section LR Sciences Po. » déclare Madeleine Graveleine, responsable de l’argumentation. « Toutes les tendances y sont représentées. Celle de Valérie Pécresse est présente mais elle n’est pas suivie par tous, un peu comme au sein du parti national. Si nous l’invitons c’est surtout pour qu’elle partage sa vision de la politique actuelle, les enjeux de sa mission mais pas vraiment pour nous présenter une ligne à suivre. »
L’appel est donc lancé. Pour participer à la campagne, nul besoin d’être fédéraliste ou eurosceptique, rappellent les militants avec dérision, et dans la mesure où même un bloqueur a des chances de finir Valérie Pécresse, sauf si vous êtes migrant, de gauche ou macroniste, l’heure est à l’ouverture et non à l’exclusion.
Alice Bergoënd
Alice Bergoënd
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