hôtel de l’artillerie – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Thu, 07 May 2026 12:23:03 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png hôtel de l’artillerie – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Sciences Po : quel budget pour quelle(s) vision(s) ? https://www.lapeniche.net/sciencespo_budget_vision/ Tue, 27 Mar 2018 15:00:04 +0000 http://lapeniche.net/?p=38240

Un article de Gautier Crépin-Leblond

Avec un montant de dépenses de 192 millions d’euros, le budget prévisionnel de Sciences Po de 2018 adopté en Conseil d’Administration le 20 décembre dernier dessine le modèle financier vers lequel se dirige l’institution pour s’assurer le meilleur des développements. Grossièrement, cela représente environ une enveloppe de 17 000€ par étudiant.e, soit 4 000€ euros de plus que la moyenne nationale.

En mettant en perspective ce chiffre avec d’autres établissements parisiens, Sciences Po a plus d’argent par étudiant.e que Paris-Sorbonne (Paris 4) avec 8 500€ par étudiant.e, mais moins que l’université Panthéon-Sorbonne avec 21 500€ par étudiant.e.

Sciences Po, késako ( juridiquement ) ?

Difficile de comprendre le modèle économique de l’école sans connaître dans les grandes lignes sa structure. Le statut juridique de Sciences Po est basé sur une organisation duale : la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP) est une fondation privée reconnue d’utilité publique chargée de la gestion administrative et financière de Sciences Po. Le Conseil d’Administration (CA) se charge entre autres de voter le budget et de déterminer les grandes orientations. D’autre part, l’Institut d’Études Politiques (IEP) est un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche et se charge entre autres des formations et de la recherche menées à Sciences Po.

Frédéric Mion est à la fois administrateur de la FNSP et directeur de l’IEP. La gouvernance est ainsi parfaitement originale : Sciences Po bénéficie d’une large autonomie pédagogique et financière. Comment cette dernière s’élabore et quelles en sont les principaux piliers ? Une petite équipe de la Péniche est partie explorer les documents financiers et interroger les principaux acteurs, participant de près ou de loin à un modèle dont l’organisation est intimement liée au grand projet de l’Hôtel de l’Artillerie à l’horizon 2022.

Sciences Po, un budget aux multiples controverses malgré une solidité reconnue

Depuis une dizaine d’années, le budget a très fortement augmenté, mais la répartition des recettes comme des dépenses n’a pas évolué en profondeur. De 105 millions d’euros en 2008, il s’élève en 2017 à environ 181 millions, soit une augmentation de plus de 70%, avec des prévisions encore positives pour les années à venir.

François Mitterrand a dit en 1986 : « L’économie, c’est simple. C’est deux colonnes : une colonne pour les dépenses et une colonne pour les recettes. N’importe quelle ménagère vous le dirait ». En d’autres termes, pour faire un budget, il faut d’abord disposer de financements, ces financements, ce sont les fameuses ressources dont dispose Sciences Po. Mais d’où proviennent-elles ?

Des ressources diversifiées

Les ressources de Sciences Po ont trois principales sources : les produits financiers et exceptionnels, les subventions publiques structurelles et les ressources propres. L’originalité de Sciences Po par rapport aux autres établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche est qu’il tire la majorité de ses fonds de ses ressources propres, et non des subventions publiques. Les subventions « structurelles » – c’est-à-dire les subventions publiques de l’Etat –, représentent 37% des ressources. Cette dotation globale de fonctionnement est calculée entre-autre selon le nombre d’étudiants et des besoins de développement de l’établissement. Sciences Po rend alors compte à l’Etat de ses axes de recherche et de gouvernance à travers la communauté d’universités et établissements « Sorbonne Paris Cité » et de son fonctionnement via la Cour des Comptes, afin d’éviter les dérives, comme celles constatées de « l’ère Richard Descoings ». Comme l’explique Charline Avenel, secrétaire générale de Sciences Po et en charge du projet de l’Artillerie :

« Dans un système de finances publiques contraint, nous arrivons à obtenir une stabilité voire une légère augmentation de la participation de l’Etat, à disposer d’enseignants supplémentaires et à bénéficier de moyens pour la recherche, la formation innovante, ou encore l’accompagnement de nos efforts en matière de handicap. La part des dotations de l’Etat diminue tandis que les autres ressources progressent : sous l’effet de la hausse des effectifs et de la hausse du niveau du droit moyen, liée elle-même à la progression du nombre d’internationaux »

Si en absolu, la dotation de l’Etat n’a cessé d’augmenter chaque année depuis 10 ans, l’évolution de la part de dotation est en effet en baisse, en raison de l’augmentation de la part des ressources propres dans le budget. Elles constituent le support le plus important de financement. Ce sont des sources contrôlées par Sciences Po en toute indépendance, une force pour l’institution. On y retrouve à la fois les droits de scolarité – les frais d’inscription –, des partenariats avec des entreprises, des subventions publiques de collectivités ou encore des revenus liés au mécénat.

Origine des ressources budgétaires de Sciences Po en 2017, par Gautier Crépin-Leblond

Les financements locaux et sur projet représentent les partenariats et subventions des collectivités territoriales finançant par exemple des rénovations de bâtiments et des projets de recherche commandés par des acteurs économiques, qu’il s’agisse de la mairie de Paris à l’Union Européenne jusqu’à une entreprise précise. Les revenus liés à la formation continue, l’« executive education », proviennent des enseignements proposés par Sciences Po aux actifs souhaitant obtenir une formation professionnelle dispensée par les écoles de master.

Au centre des débats, les frais de scolarité

Autre financement fondamental, les ressources propres sont constituées également par les droits de scolarité, ou frais d’inscription, qui comptent pour près du tiers des ressources de Sciences Po, à hauteur de 30%. Les étudiants financent donc directement Sciences Po à la hauteur de presque un tiers. Fin 2017, 55 millions d’euros proviennent des droits de scolarités des étudiant.e.s. Sciences Po compte surtout sur une augmentation du nombre total d’inscrits. Pour autant, l’augmentation régulière des droits de scolarité n’est pas sans conséquence. Ainsi, l’UNEF estime, pour sa part, que les frais d’inscription ont connu une augmentation de 650% ces quinze dernières années.

Le syndicat étudiant a entrepris un dialogue avec l’administration au sein d’un groupe de travail dédié. Là encore, l’UNEF a non seulement demandé la baisse de ces frais mais aussi leur linéarisation pour éviter les effets de seuil, c’est-à-dire le paiement de frais plus élevés pour une petite part de revenus supplémentaires. Le syndicat souhaite aussi la diminution des effets de tranche, car les foyers dans le bas d’une tranche payent des droits proportionnellement plus importants par rapport à leur revenu. L’administration semble avoir écouté ces dernières revendications du syndicat majoritaire à Sciences Po en créant une nouvelle tranche intermédiaire pour les foyers les plus défavorisés. Toutefois, le travail continue pour l’UNEF qui souhaite une linéarisation complète par le bas des droits de scolarité.

La part du mécénat en hausse

La part du mécénat – le fonds institutionnel d’entreprises ou de particuliers – augmente quant à elle depuis quelques années. Le mécénat a permis par exemple la récolte de 20 millions d’euros en 2011 par des campagnes de fonds internationales. A ce sujet, l’association Sciences Po Zéro Fossile milite contre les partenariats avec certaines entreprises comme Total en s’opposant au sponsoring et au soutien financier de la firme, en raison de l’empreinte carbone très importante de la première entreprise française. « L’Institut d’Études Politiques de Paris a une responsabilité morale importante dans la lutte contre le dérèglement climatique. » explique l’association. « Nous appelons Sciences Po à rompre tous les liens l’unissant à une industrie qui contribue à compromettre notre futur ».

Une pétition lancée sur internet a déjà recueilli près de 1300 signatures, preuve que la communauté étudiante se préoccupe des questions budgétaires de l’institution. Le mécénat est pourtant considéré par certains comme une alternative aux frais d’inscription : c’est ce qu’a proposé la liste Nova par l’encouragement du mécénat privé, notamment des alumni, sous couvert de l’indépendance pédagogique de l’institution. Ayant obtenue presque un quart des suffrages lors des élections syndicales étudiantes, Nova a désormais les cartes en main pour proposer son projet à l’administration.

Et du côté des dépenses ?

Les dépenses de Sciences Po sont aussi en augmentation mais connaissent la même répartition depuis une dizaine d’années. La plus grosse source de dépenses provient du personnel, titulaires et vacataires compris : il s’agit de plus de la moitié des versements. Les locaux représentent le quatrième poste de dépenses. Sciences Po n’étant pas propriétaire de l’ensemble de ses bâtiments, des loyers conséquents sont à régler, d’où le désir d’acquisition de l’Hôtel de l’Artillerie qui retirera à Sciences Po des dépenses qui pourront être réallouées. A constater également que la politique sociale de Sciences Po s’incarne dans le cinquième poste de dépenses, puisqu’une douzaine de millions d’euros y sont chaque année consacrés.

Structure de répartition des dépenses de Sciences Po en 2017, par Gautier Crépin-Leblond

Ainsi Sciences Po réalise depuis une dizaine d’années des résultats positifs de l’ordre de quelques millions d’euros par an. Si cette constance peut paraître positive, en comparaison avec d’autres établissements publics, Marc Josselin, ancien élu UNEF, constate que le « bénéfice » prévu – dans le budget prévisionnel adopté en CA – est pratiquement toujours inférieur au résultat réel. Sciences Po réalise en conséquence un résultat encore plus positif que le résultat positif prévu : un phénomène dénoncé par l’UNEF qui réclame de pouvoir réinvestir directement l’excédent, alors versé aujourd’hui dans un fonds d’« épargne » d’environ 30 millions d’euros. L’UNEF a ainsi réclamé à plusieurs reprises aux Conseils d’Administration un abaissement des frais de scolarité compte tenu des marges réalisées.

Mais cette « épargne » est fondamentale pour le bon fonctionnement de l’institution : non seulement pour prévoir des projets à long terme, dont bien évidemment le projet de l’Artillerie englobe une partie, mais aussi pour se constituer une crédibilité vis-à-vis des donateurs publics et privés et des partenaires internationaux. Ainsi, « il est important pour Sciences Po d’assurer une réelle solidité économique. Les résultats positifs dégagés ces dernières années grâce à une amélioration de la gestion permettent de conforter l’autofinancement dont nous avons besoin pour nos investissements. » explique la secrétaire générale, ce qui permettrait entre autres de projeter la réfection du jardin, la rénovation de salles de cours ou encore la redéfinition du réseau Intranet de Sciences Po.

Un budget adapté pour Sciences Po 2022

Le projet de l’Hôtel de l’Artillerie, dont Sciences Po a présenté les contours à la presse à l’occasion d’une levée de fond, est un enjeu majeur de la construction du budget. Chaque budget annuel est pensé pour les cinq prochaines années. Comment les ressources financières de Sciences Po peuvent assumer un projet estimé à 190 millions d’euros en 4 ans ? Le modèle économique décrit par Charline Avenel s’axe sur deux objectifs. Le premier passe par l’apport en ressources propres de Sciences Po et d’une campagne de mécénat spécialement dédiée.

Le reste du projet est financé par un emprunt de 160 millions d’euros. Comment le supporter ? La secrétaire générale assure que l’opération est neutre : en libérant des bâtiments en location, comme l’école de journalisme et l’école doctorale au boulevard Saint-Germain, les acquittements du prêt remplaceront les loyers. L’avantage tiré sera toutefois conséquent en 2022 : Sciences Po, alors propriétaire de l’ensemble de ses locaux, pourra mener toutes les transformations et investissements qu’il désire. Pour réaliser ce type d’opération financière, il est important pour Sciences Po de prouver sa solidité économique face à ses partenaires. D’où l’intérêt pour Sciences Po de mettre en réserve les bénéfices des années antérieures.

« Le coût total de l’artillerie représente 190 millions d’euros. Sur les 190 millions, nous contra un emprunt de 160 millions d’euros, dont les remboursements sont couverts par les moindres loyers que nous libérons, et qui auraient augmenté dans le temps. C’est donc une opération vertueuse sur le plan économique. » Charline Avenel, secrétaire générale de Sciences Po

Ce modèle peut-il se transposer dans un enseignement supérieur français très disparate et généralement sous- financé ? Si dans les universités anglo-saxonnes, les fortes augmentations des frais d’inscription se fondent sur un système d’emprunt, en France la plupart des universités ont des droits de scolarité faibles et les boursiers sont exonérés. Certaines facultés ont en revanche augmenté leurs frais, comme Paris-Dauphine. La plupart des écoles et grandes écoles sont payantes et s’appuient de plus en plus sur les collectes de fonds. Le système de frais modulés est-il viable pour les autres établissements ?

« En soi, je pense que c’est un très bon modèle qui est juste, exempte les moins favorisés qui reçoivent par ailleurs des bourses et fait payer plus les familles favorisées. L’application à d’autres établissements devrait être soumise à un examen minutieux car la structure sociale et le rapport entre français et étrangers n’est pas la même que la nôtre » répond Charline Avenel. Une nouvelle réflexion semble donc se former autour des frais d’inscriptions, souhaitée à la fois par l’administration et par les syndicats étudiants. Reste à savoir comment les différentes parties sauront s’accorder sur une réforme solide permettant d’allier la sécurité financière et la justice sociale entre les étudiantes et étudiants.

J’ai scrollé tout en bas parce que j’ai la flemme de tout lire. Que dois-je retenir ?

Le budget de Sciences Po a fortement augmenté depuis 10 ans. Aujourd’hui, il s’élève à 192 millions d’euros. Il est financé en majorité par les dotations de l’Etat et les ressources propres qui incluent les droits de scolarité, ce qui permet d’être constamment à l’équilibre et de dégager des excédents de trésorerie. Aujourd’hui, le modèle de financement permet d’assurer une politique sociale via un système de bourse et de maintenir de multiples investissements pour les enseignements ou encore la rénovation des bâtiments. L’achat de l’Hôtel de l’Artillerie vise à mieux organiser les locaux en devenant propriétaire, et à stabiliser, voire diminuer un niveau de dépense important, pour créer un meilleur cadre d’étude pour l’établissement.

Pour en savoir plus, vous retrouverez l’ensemble de nos informations dans les relevés de décisions et les procès-verbaux des Conseil d’Administration de la FNSP.

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L’Artillerie tire Sciences Po vers le haut https://www.lapeniche.net/en-visite-a-lhotel-de-lartillerie/ Thu, 21 Sep 2017 10:00:27 +0000 http://lapeniche.net/?p=37256 Vous avez profité des Journées du Patrimoine pour visiter l’Élysée ou le Crazy Horse ? On vous pardonne. Pendant ce temps, La Péniche s’est rendue place Saint-Thomas d’Aquin pour explorer le célèbre Hôtel de l’Artillerie, siège du futur campus parisien de Sciences Po. Que change l’acquisition du site pour les étudiants ? Comment va-t-il être aménagé ? Réponse dans notre reportage-choc réalisé de l’autre côté du boulevard Saint-Germain.

Un hôtel aux multiples réincarnations

Si l’Artillerie projette d’accueillir notamment les élèves de master et les enseignants-chercheurs, ce sera une véritable transformation pour l’ensemble des locaux de l’école. On ne touche pas au légendaire 27, rue Saint Guillaume, qui continuera d’abriter le Collège Universitaire et le cœur du campus. Cinq autres lieux (dont le 28, rue des Saint-Pères) seront conservés, avec cependant quelques modifications. À titre d’exemple, la bibliothèque du 30, rue Saint-Guillaume pourrait déménager. En revanche, toutes les écoles de master se regrouperont sur le site de l’Artillerie.

Au XVIIème siècle, l’Hôtel de l’Artillerie était un noviciat. Crédits photo : Sciences Po

Cet ancien noviciat du 17ème siècle a d’abord eu une fonction militaire, suite à la Révolution française. En 1982, l’édifice a été protégé. Si la porte d’entrée baroque aux larges colonnades peut paraître quelque peu tape-à-l’oeil, le reste du site dégage une certaine élégance. Les bâtiments de la cour Sébastopol, soutenus par des arcades harmonieuses, entourent le jardin. Les escaliers en marbre aux rampes d’appui ouvragées dessinent des courbes végétales. Aux étages, le Salon Rouge et le Salon Jaune de style Empire ne rompent pas avec la sobriété. De l’autre côté du cloître, la cour Treuille de Beaulieu est dénudée, et celle de Gribeauval occupée par un bâtiment militaire à l’aspect vétuste.

Un projet architectural et éducatif bien précis 

L’Artillerie n’est pas que de la poudre… aux yeux. Elle se veut un lieu complètement décloisonné, où les étudiants seront en contact direct avec les chercheurs. Les idées principales : raser les locaux militaires, relier la cour Gribeauval avec le 13, rue de l’Université, créer de vastes espaces végétalisés et souterrains illuminés par des verrières, ainsi que des salles alvéolaires. Le principal lieu de vie commune occupera la cour Gribeauval. On y trouvera une bibliothèque, un learning center de 1000 m2, une cafétéria à côté des centres de recherche en science politique, histoire, économie. Des fablabs, salles des marchés et autres salles de coworking seront également conçues, dans la logique d’incubation d’entreprises développée par Sciences Po.

Futurs aménagements de la Cour Gribeauval. Crédits photo : Sciences Po

La cour Treuille de Beaulieu sera principalement destinée à l’École de Journalisme et accueillera des salles de montage et plateaux collaboratifs.  Le cloître et les monuments classés seront préservés. L’Hôtel de l’Artillerie veut se différencier du 27, rue Saint Guillaume et de ses amphithéâtres traditionnels, et ce grâce à une nouvelle pédagogie numérique et entrepreneuriale. Quatre équipes d’experts architectes sont en concurrence, dont Eiffage (Snohetta et François Châtillon) et l’équipe Moreau-Kusonoki, qui a déjà remporté le projet du Guggenheim à Helsinki. Parmi leurs projets, un seul sera retenu début 2018. Ils sont pour l’instant examinés étape par étape par des architectes du patrimoine, des enseignants, et modélisés par réalité virtuelle pour se mettre dans la peau de l’étudiant.

Des visiteurs enthousiastes

Certains se verraient déjà travailler sur le nouveau site, à l’instar de Clémentine et Valentin, étudiants en master. « L’hôtel de l’Artillerie est calme et lumineux » affirment-ils, ajoutant que « les bâtiments des écoles ( ceux d’aujourd’hui, ndlr ) sont excentrés et demandent constamment des trajets ». À cela s’ajoute parfois le manque d ‘équipements et la taille restreinte des bibliothèques des locaux de master.

Certes, l’Artillerie pèse lourd dans le budget de l’établissement. Elle a été rachetée pour la somme de 93 millions d’euros, et le coût de sa rénovation est estimé à 107 millions d’euros. La rénovation sera  en partie autofinancée par l’arrêt des locations. On peut cependant penser que le jeu en vaut la chandelle. En effet, un campus à l’anglo-saxonne donnera une image plus attractive de Sciences Po. Les étudiants internationaux, parfois surpris par la rue Saint Guillaume un peu exiguë et très affairée, ne devraient pas rester insensibles lors de la découverte des futurs bâtiments.

Finalement, c’est sans doute pour les voisins de l’Hôtel de l’Artillerie que l’adaptation sera la plus difficile. Ces derniers, qui se plaignaient déjà du temps des essais militaires et de physique atomique, devront désormais côtoyer le flot frénétique des sciences pistes.

En attendant, pour la visite guidée ( partielle ), c’est par ici :

 

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ELECTIONS SYNDICALES – Quels programmes ? https://www.lapeniche.net/syndicales_programmes/ Mon, 14 Mar 2016 11:00:50 +0000 http://lapeniche.net/?p=33551 Du mardi 15 mars 2016, dès 9:00 du matin, au jeudi 17 mars, 17:00, aura lieu le premier tour des élections syndicales à Sciences Po. Pour la première fois, le vote se fera exclusivement par voie électronique. Vous devriez, d’ailleurs, avoir déjà reçu vos identifiants de connexion par mail. En attendant, si vous n’avez pas encore fait vos choix, nous vous proposons de faire le tour des programmes des quatre syndicats en lice autour de 11 grandes questions.

Propos recueillis par Gabrielle Radet, Claire Guillemin et Marin de La Rochefordière. 

 

La hausse frais d’inscription. Est-elle justifiée ? Est-elle soutenable ? Êtes-vous pour la linéarité ?

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Nous sommes contre la hausse des frais de scolarité mais pour une hausse du budget de Sciences Po par davantage de financements privés (apprentissage, financements de la FNSP, sponsors). Nous défendons la linéarisation des frais de scolarité, les effets de seuil créant bien trop d’inégalités. De plus nous voulons que Sciences Po prenne en compte le quotient familial dans le calcul des frais. Nous voulons que les étudiants soient sélectionnés au mérite et non par des barrières financières.

Elle est injustifiée, nous sommes les seuls à s’être opposés à cette hausse en conseil. Sciences Po réalise un excédent de plus de 10M€ entre 2012 et 2014, plus de 6 fois le total de l’augmentation des FI. Une note technique a été envoyée à l’administration pour présenter une réforme. Nous avons rencontré l’administration et E. Wasmer pour exposer nos arguments en faveur d’un lissage.

The Alliance défend l’inclusion et l’intégration de tous les étudiants, car nous croyons qu’il est essentiel d’offrir à chacun la même chance d’étudier à Sciences Po. The Alliance lutte pour un système équitable et transparent de calcul des frais de scolarité pour tous les étudiants, français comme étrangers. L’administration doit s’investir de façon constante dans l’analyse de chacun des dossiers fiscaux afin d’assurer l’égalité des étudiants.

 

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Elle n’est ni justifiée, ni soutenable, et on ne veut pas d’une quelconque linéarité : notre mot d’ordre c’est gratuité totale de l’enseignement supérieur. C’est là l’enjeu principal d’une université égalitaire et démocratique.

 

 

 

Quel est votre avis sur le transfert d’une grande partie des activités du Collège universitaire sur le campus de Reims ?

Sciences Po est une école de la République, et pas seulement de l’élite parisienne. Nous pensons qu’il est intelligent d’être fortement implantés en régions. Par ailleurs, le choix de la déconcentration est un choix pertinent dans la bonne gestion du budget de Sciences Po, tant qu’il ne se traduit pas par de la décentralisation. Nous voulons néanmoins des garanties pour maintenir la vie associative dans son dynamisme actuel.

Le rôle de l’UNEF, c’est de veiller aux conditions de vie et d’études des étudiant-e-s : faire en sorte que tout le monde réussisse à obtenir son diplôme dans les meilleures conditions. Donc nous n’avons pas d’opposition de principe. Mais nous avons des craintes quand à la capacité de transférer l’ensemble du CU et des services (pôle stages, bibliothèque, restauration, associations) sur Reims.

Nous sommes d’avis que le projet de transition du campus de Reims pourrait permettre le renforcement des liens entre les campus régionaux et celui de Paris. Lorsque ce projet sera entièrement établi, The Alliance compte fournir tous les efforts nécessaires afin d’assurer que ces transitions améliorent réellement la qualité de l’expérience académique des étudiants au niveau collégial. De plus, nous pensons qu’il est primordial que les associations soient soutenues dans ce processus de transition, le temps de s’ajuster.

10710256_722973401116477_5120311456893493161_oD’un côté cela brise un peu le parisianisme de l’IEP, et c’est bien que les « futures élites » mettent les pieds en province… D’un autre côté, on refuse quand même ce modèle de grande école, et on pense que la séparation des masters et de l’essentiel du collège u est triste, et va casser les logiques associatives et syndicales qui existent. Il faudrait trouver un juste milieu !

 

Pour ou contre le retour de la LV3 ?

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Il faut permettre à chacun d’étudier ce qui correspond le mieux à ses aspirations : le choix de la LV3 se présente pour de nombreux étudiants comme un plaisir, une ouverture ou une nécessité. Néanmoins, dans l’optique de la professionnalisation des étudiants, il est plus utile de maitriser 2 langues parfaitement que 3 moyennement, donc nous sommes pour un niveau minimum d’acquis en LV1 et LV2 au préalable d’une inscription en LV3.

 

Depuis deux ans, nous sommes les seuls à essayer de rétablir la LV3. Nous avons réussi un rétablissement partiel l’an dernier. Mais avec la réforme du CU, la LV3 risque d’être encore plus compromise. Or, développer les langues à Paris comme sur les campus est une priorité.

 

The Alliance considère que les débats politiques sont essentiels, et chacun de nos candidats possède sa propre opinion sur la LV3. Cependant, nous préférons éviter de mettre l’emphase sur nos positions politiques, car nous soutenons, avant tout, une amélioration concrète de notre institution, et aspirons à une expérience étudiante de haute qualité pour tous.

 

10710256_722973401116477_5120311456893493161_o Pour, bien sur ! Tout-e étudiant-e qui souhaite apprendre une langue doit pouvoir le faire, quelque soit la langue et quelque soit son niveau. Qu’on arrête de prétendre un « manque de moyens » qui justifie toujours plus la dérive « école de commerce » de l’IEP (et de l’enseignement supérieur en général) au détriment des sciences humaines et sociales, des humanités, des langues, etc. Cessons de nous soumettre à la volonté des patrons et des gouvernements successifs : notre pensée n’est pas faite pour être convertie en capitaux.

 

Pour ou contre le balisage du jeudi pour le sport ?

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Le sport ne doit pas être rendu obligatoire. Par conséquent, nous ne souhaitons pas que les étudiants n’ayant souscrit à aucune activité sportive soient lésés d’un trou dans leur emploi du temps en milieu de semaine. Le balisage du vendredi nous semble moins critiquable.

 

Nous avons réussi à l’obtenir sur Dijon. Pourquoi ne pas l’étendre partout tout en laissant la possibilité de prendre des électifs le jeudi ? (pour les étudiant-e-s qui auraient des contraintes particulières et préféreraient avoir moins de cours un autre jour).

 

Réponse non communiquée.

 

 

 

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On n’a pas de position précise, si ce n’est : demander aux étudiant.e.s elles/eux mêmes, et leur laisser la liberté et l’autonomie de décider.

 

 

Suivez-vous le projet d’achat de l’Hôtel de l’Artillerie ?

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Il s’agit là d’une bonne gestion financière à moyen-long terme de la part du directeur. Il permettra la résiliation de 14 contrats de bail qui financeront 75% de l’acquisition. Par ailleurs, nous sommes très satisfaits de la volonté de faire du « campus de Paris » davantage un campus. Être dans Paris est un atout qui peut se révéler hasardeux quant à l’esprit de communauté de l’école : cette acquisition va dans le bon sens.

 

Bien entendu, nous avons visité l’Hôtel de l’Artillerie avec l’administration et les associations permanentes. Le projet est colossal, donc nous avons fait plusieurs propositions avec les associations permanentes, afin que l’Artillerie réponde pleinement aux besoins de la vie étudiante.

 

The Alliance a suivi les derniers progrès et nous avons hâte de connaître le déroulement final du projet. Nous croyons que l’objectif central de cette campagne devrait être axé sur l’amélioration de l’expérience étudiante dans son ensemble, au niveau individuel et communautaire.

 

10710256_722973401116477_5120311456893493161_oC’est très difficile de suivre ce projet vu la façon obscure dont c’est géré par la FNSP et l’IEP. D’autant qu’on n’avait pas de siège en conseil pour avoir plus d’infos la dessus auparavant, mais si tu votes pour nous, ça va changer… De toute manière, on considère que ce n’est pas malin d’acheter des immeubles dans ce quartier qui est le plus cher de Paris, alors que l’IEP se plaint d’être fauché (même si c’est faux), et que le manque de place pousse à éclater les étudiant-e-s dans de nombreux campus.

 

Pour ou contre la procédure par examen pour entrer au Collège universitaire ?

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Nous sommes pour une procédure par examen car, contrairement à un concours, tout lycéen qui mérite sa place peut rejoindre la communauté des Sciences Po. La procédure de l’examen met en avant la motivation des terminales qui veulent intégrer Sciences Po. Enfin, il est nécessaire d’acquérir des fondamentaux qui permettent de suivre le programme pédagogique chargé de 1A sans lacune : à ce titre, la procédure de l’examen est une bonne préparation.

Il suffirait d’aller en conseil pour savoir que ce débat n’a pas lieu. Mais nous savons tous que la société est traversée par des déterminismes sociaux, économiques et culturels. A l’UNEF Sciences Po, notre mission est de veiller à l’ouverture sociale de l’école, en s’assurant que le concours soit le moins discriminant possible.

The Alliance estime qu’il est nécessaire de procéder à une admission qui tienne compte de tous les éléments reflétant la qualité des candidats, autant au niveau de l’expérience académique qu’au niveau personnel. Les candidats se doivent d’être prêts à suivre le programme académique exigeant de Sciences Po. Toutefois, la vie étudiante ne concerne pas uniquement ce qui se passe en salle de classe. The Alliance imagine un système académique tenant davantage compte des intérêts et des activités extracurriculaires. Nous considérons qu’il est également nécessaire de travailler pour un processus de sélection universelle des candidats, indépendamment de l’origine et de la nationalité.

10710256_722973401116477_5120311456893493161_oContre, évidemment. Aujourd’hui, 84% des étudiant-e-s qui intègrent l’IEP par l’examen proviennent des classes supérieures. Après avoir placé leurs enfants dans les collèges puis lycées privés, les familles possédant un fort capital financier et/ou culturel leur font intégrer des prépas privées pour préparer le concours et connaissent les ficelles de ces procédures antidémocratiques. Toute sélection n’est en vérité que sélection sociale. Et ce n’est pas qu’une lutte à mener à Sciences Po : tout-e étudiant-e, quelque soit son origine sociale, doit intégrer l’université – publique et gratuite – et le cursus de son choix, et avoir les memes chances d’études que tou-te-s les autres.

 

Que pensez de la baisse des subventions aux associations ?

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Nous sommes opposés à toute baisse des moyens alloués aux étudiants. Nous voulons que les étudiants soient soutenus dans leurs aspirations et leurs projets, et qu’ils soient prêts pour affronter le monde de demain. Les activités associatives font partie intégrante de l’esprit Sciences Po et de la liberté de chacun d’entreprendre ce qu’il souhaite. Toute association ayant un but sérieux doit se voir allouer un budget adapté. Cela suppose aussi en conséquence une formation associative plus adaptée et plus développée que celle mise en place au printemps 2014, et une meilleure reconnaissance des fonctions associatives.

En 2014, l’UNEF est le seul syndicat à s’opposer au budget qui acte la baisse des subventions. Nous avons tenté de récupérer le budget associatif, sans résultat. Dès septembre, nous nous sommes mobilisés avec les associations permanentes et les étudiant-e-s. En rendez-vous, F. Mion a accepté de signer des conventions avec l’AS et le BdA, afin de garantir le budget de la CVE aux associations reconnues.

Les associations sont au cœur même de la vie sur le campus. The Alliance se positionne contre toute mesure qui pourrait potentiellement nuire à notre vie associative. Nous estimons que toutes associations offrent l’opportunité de promouvoir efficacement des causes. Chaque subvention universitaire se doit toutefois d’être dépensée à bon escient.

 

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C’est véritablement scandaleux, surtout quand on voit les résultats financiers de la FNSP & Co, l’augmentation des frais de scolarité, et leur destination… L’administration devrait plutôt favoriser la vie associative à sciences po, puisqu’elle a les sous pour le faire.

 

Faut-il une sélection en master pour les étudiants du Collège universitaire ?

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Si certains masters offrent des débouchés limités, il n’est pas responsable que de trop nombreux étudiants puissent les intégrer. En revanche, concernant la grande majorité des masters, la non sélection ne s’est jamais avérée problématique. Bien au contraire, laisser les étudiants libres de leurs choix, c’est les encourager à réussir.

 

De quel droit pourrait on sélectionner un étudiant qui a obtenu son bachelor ? L’étudiant-e qui remplit toutes les obligations de scolarité doit pouvoir aller, s’il le souhaite, en master à Sciences Po, et celui qu’il désire. L’immense majorité des sciencespistes ont choisi d’entrer à Sciences Po parce que l’école garantit l’accès à un large choix de masters.

Nos étudiants du Collège Universitaire travaillent dur pour maintenir leur niveau d’excellence académique tout au long de leurs trois années d’étude. The Alliance estime que ces étudiants méritent le droit de poursuivre leurs études à Sciences Po, compte tenu des efforts fournis. The Alliance souhaite continuer à supporter et à motiver les étudiants à rester au sein de notre institution, notamment grâce à des sessions informelles d’échanges entre les étudiants du Collège Universitaire et des masters.

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1) il y a déjà une sélection dans beaucoup de masters 2) même réponse qu’à la question sur l’examen à l’entrée du CU

 

 

Que faut-il faire de plus pour la protection de l’environnement à Sciences Po ?

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Tout ce qui sera proposé en faveur de la protection de l’environnement sera soutenu par l’UNI-MET dans la mesure où cela ne se fait pas au détriment du projet éducatif et professionnel des étudiants de Sciences Po. La protection de l’environnement est une nécessité politique, mais pas une priorité syndicale.

 

Aujourd’hui la question climatique est urgente, l’environnement doit être un axe stratégique de Sciences Po. Pour cela nous souhaitons un nouveau bilan carbone et définir une nouvelle feuille de route afin de faire de Sciences Po un modèle d’université verte, en incluant les étudiant-e-s et les associations. Le Student Climate Day, lors de la COP 21, n’était qu’un début !

Lors de nos journées portes ouvertes, The Alliance a écouté et pris en note les suggestions et préoccupations soulevées par nos étudiants, de la promotion des droits des femmes à la protection de l’environnement. Nous nous devons de nous investir dans la création d’un campus plus vert. Nous estimons que la sensibilisation est cruciale. Grâce à son travail de coopération avec l’association de l’énergie de Paris School of International Affairs, The Alliance s’engagera dans des actions concrètes et immédiates pour l’avancement de ce projet.

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Des poubelles recyclables, c’est mignon, et d’ailleurs pas bête dans l’absolu. Mais c’est pas ça qui va arrêter le changement climatique… Le problème de l’environnement est systémique, nous ne pourrons rien faire tant que nous n’admettrons pas deux choses : 1) mettre fin au changement climatique et consommer toujours plus, toujours plus, toujours plus, c’est pas compatible. 2) le capitalisme repose pourtant sur la croissance infinie de la production et de la consommation. Ainsi, outre un changement global de système économique et social, nous proposons pour sciences po qu’on interdise les fumisteries néolibérales professées par les Wasmer et autres Algan et qu’on enseigne aux étudiant-e-s les clefs pour dénoncer leurs impostures Nous devons nous réapproprier l’enseignement et soustraire nos gestes, nos corps et nos pensées au chaudron de l’édification capitaliste que représentent ces cours (parmi tant d’autres…)

 

L’intégration des étudiants internationaux est-elle satisfaisante ?

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Non, et c’est un grand manque à gagner pour Sciences Po. Les intégrer aux stages de pré-rentrée avec les étudiants issus de la « procédure française » est une idée à mettre en avant. Il faudrait aussi les encourager davantage à intégrer les associations étudiantes qui, pour la plupart, seraient ravies de monter des projets avec eux. Encourager les liens inter-associatifs avec nos universités partenaires serait également bienvenu.

Beaucoup d’étudiant-e-s venu-e-s de nombreux pays suivent un parcours diplômant au CU et au Master. Ces étudiant-e-s sont là pour 3 ou 2 ans et arrivent à s’intégrer. Les étudiant-e-s en échange pour 1 an ou 1 semestre connaissent plus de difficultés, il faut donc mieux les accueillir en améliorant le welcome program et en le rendant gratuit, multiplier les cours en commun (et ne pas se contenir aux électifs)…

The Alliance estime que l’intégration des étudiants internationaux doit être considérablement améliorée. Nous sommes une institution académique de niveau mondial. Tout en respectant la renommée de Sciences Po au sein du système académique français, The Alliance continuera à promouvoir l’intégration de tous les étudiants, français comme étrangers. Les étudiants internationaux forment 46 % du corps étudiant et nous considérons que l’investissement dans ce projet d’inclusion est nécessaire et sera bénéfique à tous. La diversité est un outil précieux à Sciences Po, qui lui permet de rivaliser avec les meilleures universités à travers le globe

10710256_722973401116477_5120311456893493161_o Comme le montre la création de The Alliance, les étudiant-e-s internationales-aux ont toujours été en marge des combats et des revendications syndicales. Si ponctuellement elles et ils s’engagent dans des projets concrets comme on en mène, il y a beaucoup d’entre-soi et finalement pas tant de perméabilité entre les groupes à Paris par rapport aux campus de province. Par ailleurs, c’est un scandale que beaucoup d’entre-elles et eux doivent payer les frais d’inscriptions maximum systématiquement : les facs doivent accueillir tou-te-s les étudiant-e-s gratuitement et sans distinction !

 

 

 

Un syndicat étudiant a-t-il à s’engager pour ou contre le projet de loi El Khomri ?

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Il est trop tôt pour se prononcer sur ce projet de loi alors qu’il n’a pas été rendu public dans son intégralité. Il semblerait néanmoins que ce projet n’a pas pour but premier d’intégrer les étudiants sur le marché de l’emploi. Nous demandons plus de lien entre les mondes universitaire et professionnel pour répondre à ce problème. Il nous semble que se mobiliser pour ou contre ce projet spécifique est une question qui revient aux partis politiques. Par ailleurs, nous ne pensons pas que manquer des cours pour manifester soit le meilleur exemple à suivre pour encourager l’emploi des jeunes.

Étant les travailleurs de demain, ce sont nos futures conditions de travail qui sont en jeu. Nous sommes engagés contre ce projet de loi car il est un vecteur supplémentaire de la précarisation des jeunes. Travailler plus (jusqu’à 60h selon les branches), gagner moins et être plus facilement viré avec des indemnités prud’hommales plafonnées selon l’ancienneté. Les jeunes sont particulièrement touchés, contrairement à ceux qui insinuent qu’il n’y a pas raison de se mobiliser.

Réponse non communiquée.

 

 

 

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Cette question est hasbeen depuis mai 68… Le projet de loi travail est devenu le symbole de l’absurdité capitaliste de la politique menée par Hollande et Valls. Nous devons nous engager contre ce projet de loi si cet engagement correspond aux luttes auxquelles nous croyons et nous participons ; plus généralement c’est le cas de tout-e étudiant-e qui se sent concerné-e par la précarisation toujours croissante des jeunes, des femmes, des personnes racisées. Mais il ne s’agit pas que de ce projet de loi, il s’agit aussi de lutter pour changer le système dans son intégralité ! Prendre notre futur en main, c’est ça la démocratie !

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Sciences Po en 2022 vu par Frédéric Mion : « une formation de même niveau que les plus grandes universités américaines » https://www.lapeniche.net/sciences-po-en-2022-vu-par-frederic-mion-une-formation-de-meme-niveau-que-les-plus-grandes-universites-americaines-ou-britanniques/ https://www.lapeniche.net/sciences-po-en-2022-vu-par-frederic-mion-une-formation-de-meme-niveau-que-les-plus-grandes-universites-americaines-ou-britanniques/#comments Wed, 15 Oct 2014 23:12:05 +0000 http://lapeniche.net/?p=20492

Suite à la publication début mai du documentation d’orientation stratégique Sciences Po 2022 (voir notre article et notre infographie), Frédéric Mion a accepté de nous recevoir pour évoquer plus précisément les objectifs et la philosophie des perspectives dressées dans le document pour l’avenir de notre école.

Merci de nous recevoir dans votre bureau monsieur le Directeur pour aborder avec vous le projet « Sciences Po 2022 ». Mais avant cela, pourriez-vous nous faire un rapide bilan de votre première année complète en tant que directeur de Sciences Po ? 

Ce fut une riche année, une année assez passionnante, une année de découverte pour moi. Je connaissais bien sûr Sciences Po, mais un Sciences Po d’avant, un Sciences Po qui a beaucoup changé au cours des quinze dernières années. Sciences Po avait traversé une période troublée avant mon arrivée, une période qui avait duré un peu plus d’un an.

Une partie importante de mon travail a consisté à essayer de restaurer à Sciences Po les bases d’un fonctionnement serein apaisé ; de le faire auprès des personnels de notre maison, de nos enseignants et chercheurs, et auprès de nos étudiants.

Dans votre documentation d’orientation stratégique  « Sciences Po 2022 », vous annoncez un redéploiement des programmes du Collège Universitaire pour que chaque campus accueille un nombre égal d’étudiants, notamment grâce à l’expansion du campus de Reims. A moyen-terme, le campus de Paris sera-t-il amené à ne plus accueillir d’étudiants du Collège Universitaire ?

Ce projet, Sciences Po 2022, vous l’avez noté, c’est un projet qui regarde vers l’avenir et se projette huit ans en avant. Notre rôle à l’international nous a amenés à nous interroger sur le découpage des études à Sciences Po. Nous avons constaté que nous avons une formation qui se décompose en deux temps : le collège universitaire en trois ans suivi des deux années de Master.

Or, ce que je constate, c’est que notre proposition « 3+2 », en réalité, pour la plupart des élèves qui nous rejoignent aujourd’hui en première année, c’est une proposition de 5 ans. Très peu d’élèves considèrent que l’on vient à Sciences Po pour acquérir une formation de trois ans. La majorité considère qu’il est naturel de poursuivre un Master à Sciences Po.

C’est là le cœur de la réflexion : comment  faire en sorte que notre proposition éducative soit de même niveau que celle des plus grandes universités américaines et britanniques. Dans cette réflexion, il y a effectivement une interrogation sur ce que va devenir le programme général de Paris : n’avons-nous pas un programme si gros que les élèves se trouvent plongés dans une entité un peu trop grande pour chacun d’entre eux ? Le modèle des campus en régions, dans lesquels les promotions n’excèdent pas deux cents personnes, doit nous inspirer pour réfléchir à l’évolution du Collège.

Pour achever de répondre à votre question, l’idée n’est pas à terme d’avoir des campus qui soient tous de taille égale, ce ne sera pas le cas en réalité : il y a un campus qui va connaître un essor particulier, c’est celui de Reims qui accueillera à terme 1600 étudiants. Pour autant, nous n’allons pas vider complètement le campus de Paris de ses élèves du Collège, mais nous allons effectivement nous interroger sur la bonne localisation de chacun des programmes de Collège que nous serons amenés à créer ou à revisiter.

Cela signifie que la non-spécialisation géographique du campus de Paris sera amenée à disparaître ?

Non, parce que, quand je parle de spécialisation, il se trouve que dans les campus en région, la spécialisation a été géographique au moment de leur création.

Quand nous réfléchirons à une évolution du programme général parisien l’idée ne sera pas d’inventer de nouvelles zones , mais peut-être des thématiques qui pourraient regrouper 200-250 étudiants, sur des modèles qui existent déjà hors de nos frontières.

En effet, il y a dans les très bonnes universités britanniques des programmes philosophie-économie-politique, des programmes de relations internationales… On peut sans doute, sur ces bases-là, avancer quelques propositions pour Sciences Po.

Photographie : Amal Ibraymi
Photographie : Amal Ibraymi

Vous souhaitez donc renforcer l’autonomie du Collège Universitaire par rapport au deuxième cycle. Concrètement, comment faire pour que des élèves du Collège Universitaire aillent faire un master ailleurs ? Sera-t-il question de créer des passerelles ou des équivalences entre les diplômes ?

Le projet, c’est moins de rechercher une autonomie, qui n’aurait pas beaucoup d’intérêt par elle-même, que de chercher à donner aux diplômes de Bachelor une valeur qui lui soit propre, en faire quelque chose qui soit un peu autoportant. Il faut qu’avec le Bachelor de Sciences Po on se voie ouvrir des possibilités plus nombreuses que ce n’est le cas aujourd’hui.

Dans le programme Sciences Po 2022, il y a aussi la volonté de mener dès le Collège une orientation active de nos élèves, de les aider à maîtriser un certain nombre d’outils importants pour demander un premier stage, pour envisager leurs premières expériences en entreprise, etc.

Tout cela doit contribuer in fine à ce que, arrivés au stade de BAC +3, à la fin du Collège universitaire, nos élèves aient une palette de choix beaucoup plus grande que n’est le cas aujourd’hui, que leur univers ne soit pas nécessairement confiné aux très bons Masters que l’on propose à Sciences Po. 

Ce que nous n’allons pas faire, en revanche, c’est essayer d’obtenir un système d’équivalences qui dirait que le Bachelor de Sciences Po vaut une licence au sens universitaire du terme, parce que là on entrerait dans des complexités administratives et des contraintes beaucoup plus fortes que celles que nous souhaitons subir.

 

mion argumentationLe projet phare de Sciences Po 2022 en somme, c’est de renforcer le collège universitaire, d’intensifier la formation initiale : est-ce qu’au fond la grande idée ce n’est pas de prendre modèle sur les prépas ?

Il n’y a pas de similitude entre ce que nous comptons faire pour le collège universitaire et les prépas. Nous sommes dans deux registres absolument différents parce que le collège universitaire doit conserver quelques-unes des caractéristiques fondamentales qui sont les siennes aujourd’hui, c’est à dire son caractère pluridisciplinaire mais surtout, leur permettre demain de mieux comprendre et d’agir sur le monde.

On ne retrouve pas cela dans les prépas : vous avez j’imagine suivi avec passion les ateliers artistiques cette année, vous avez suivi des cours d’humanités littéraires, vous avez eu la possibilité de vous investir dans les très nombreuses activités associatives que notre campus propose. Toutes ces dimensions-là demeurent fondamentales dans le collège de demain ainsi que l’année à l’étranger, qu’on ne trouve hélas pour elles dans aucune autre prépa au monde. Donc la prépa, c’est très bien, mais n’est pas notre modèle non.

 

Le projet de rachat de l’Hôtel de l’Artillerie également évoqué dans le document vise à rassembler dans un même local des centres de recherches, des bibliothèques, mais aussi des logements étudiants. Le projet d’une cité étudiante est-il réellement envisagé par l’administration ? Si oui,combien d’étudiants pourraient en profiter?

C’est un projet très important pour notre maison parce que vous savez que Sciences Po a fait le choix il y a déjà quelques dizaines d’années de conserver un campus urbain au cœur de Paris et qu’il s’agissait d’un choix assez audacieux : beaucoup d’écoles ont, elles, décidé de quitter les frontières de la capitale et de s’installer en banlieue. Nous avons décidé de rester au cœur de Paris, c’est-à-dire principalement dans le 7e arrondissement.

Si nous voulons pouvoir conserver cette caractéristique très forte de notre campus, son caractère urbain, qui est un élément décisif d’attractivité pour Sciences Po, dans des conditions qui soient économiquement soutenables, nous avons une opportunité unique qui se présente à nous : l’Hôtel de l’Artillerie, qui se trouve Place Saint-Thomas-d’Aquin. C’est aujourd’hui un ensemble de bâtiments qui appartient au Ministère de la Défense, qui couvre environ 14 000 mètres carrés et qui nous permettrait de renoncer à toutes les locations que nous avons dans le 6ème, le 7ème et le 13ème arrondissement, abritant des services administratifs, des sites de formation, ou des centres de recherche.

L’Artillerie nous permettra en plus de mobiliser des espaces nouveaux pour le travail des étudiants -nous savons tous à l’heure actuelle que ce qui fait le plus défaut à nos étudiants, ce sont les espaces de travail- ; d’organiser des lieux adaptés à des pédagogies un peu différentes que celle que nous déployons ailleurs, plus interactives, des groupes plus petits ; et, effectivement, de prévoir pour la première fois dans l’histoire de Sciences Po, de mettre à la disposition de nos étudiants quelques logements étudiants. Il s’agira là de quelques dizaines de logements, pas beaucoup plus, parce que nous sommes dans le cœur de Paris, parce que cet espace ne permet pas non plus de bâtir une véritable cité universitaire.

Mais il nous est apparu essentiel, dès lors que nous créions ce nouveau lieu, d’en faire un lieu où toutes les facettes de la vie de Sciences Po soient présentes : l’enseignement, la recherche, les administrations qui leur permettent d’exister, mais également la vie étudiante dans toutes ses dimensions, y compris le logement étudiant.

 

Pour le financement du projet de l’Artillerie, ce sera en partie financé par le report des frais de location des anciens bâtiments : quels locaux seront fermés ?

Nous avons pour l’instant des esquisses financières qui sont encore en train d’être peaufinées, mais ce que nous mesurons dans les grandes masses, c’est que le remboursement de l’emprunt que nous devrons contracter pour réaliser cette opération d’acquisition de l’Artillerie sera couvert aux ¾ par les loyers que nous n’aurons plus à payer.

C’est une opération de rationalisation : plutôt que de continuer année après années à verser des sommes à des bailleurs à l’extérieur pour des bâtiments dont nous ne serons jamais propriétaires, nous investissons dans un bâtiment qui va intégrer le patrimoine de Sciences Po : la visée patrimoniale est très importante.

 

Donc, mis à part le 27 Rue Saint-Guillaume, tous les autres bâtiments seront fermés ?

Non, parce que nous sommes propriétaires d’autres bâtiments : le 56 rue des Saints-Pères, le 9 rue de la Chaise, le 13 rue de l’Université, et le 28 rue des Saint-Pères.

 

Vous parlez d’une « consolidation du programme CEP » : qu’est-ce qui va changer concrètement pour les procédures CEP à horizon huit ans ?

Les procédures CEP ont été lancées en 2001 à titre expérimental : on pourrait considérer que l’expérience se prolonge depuis 13 ou 14 ans sans que l’on se soit demandé si ce dispositif est satisfaisant ou non, si nous souhaitons le conserver, l’améliorer, le modifier. J’ai pour ma part une conviction très forte sur ce sujet : les conventions éducation prioritaire ont réussi leurs objectifs, elles ont même réussi au-delà de l’objectif qui pouvait leur être assigné au démarrage.

Nous accompagnons dans leur formation les premières années car il y a une différence de situation objective entre les lycées dont ils sont issus et ceux dont viennent nos autres candidats : mais lorsque ces élèves se retrouvent en master et sur le marché du travail ils se comportent de manière équivalente aux autres élèves. C’est le signe que la procédure fonctionne mieux que ce qu’on pouvait imaginer il y a 13 ou 14 ans.

Et puis je crois que les CEP ont créé auprès de l’ensemble des publics qui peuvent se destiner à Sciences Po une sorte de choc psychologique. Des élèves qui il y a dix ou quinze ans n’auraient jamais connu Sciences Po ont entendu parler de Sciences Po car dans le lycée voisin ou dans le lycée du département d’à côté  il y avait une convention éducation prioritaire : elles ont donc permis de diversifier énormément les milieux sociaux dont sont issus nos élèves. Nous avons aujourd’hui 30% d’élèves boursiers à Sciences Po et cela n’aurait sans doute pas été possible sil n’y avait pas eu ce dispositif emblématique des conventions éducation prioritaire. 

 Nous allons donc continuer de soutenir ces CEP et élargir les zones de territoire qu’elles couvrent : nous avons notamment engagé avec le ministère de l’éducation une réflexion sur la définition d’un critère de “ruralité” qui pourrait nous permettre de définir objectivement des lycées enclavés, éloignés de centres urbains importants, et pour lesquels on constate des taux anormalement bas d’insertion dans l’enseignement supérieur.

Nous songeons également à la possibilité d’instaurer au niveau de l’entrée en master des dispositifs spécifiques pour des élèves de formations qui traditionnellement n’envoient pas d’élèves à Sciences Po, parce que considérées comme des formations qui n’ont pas le niveau d’excellence requis.

Photographie : Amal Ibraymi
Photographie : Amal Ibraymi

 

L’école des métiers de l’entreprise de Sciences Po qui est évoquée dans le document peut-elle vraiment viser l’excellence face à la concurrence des grandes écoles de commerce ?

Mais l’excellence nous l’avons déjà atteinte ! Nous avons d’excellents masters de finance et stratégie ou de communication : dans un grand nombre de métiers de l’entreprise nous avons des formations d’excellence reconnues par les recruteurs. Donc notre projet d’école des métiers de l’entreprise consiste avant tout à capitaliser sur nos forces, à regrouper sous un même toit des masters aujourd’hui dispersés pour leur donner une meilleur visibilité sur le marché du travail.

 

Autre question sur le projet de « doctorants professionnels » : comment faire pour que les doctorants puissent accéder au marché de l’emploi aussi bien que les fameux masters des métiers de l’entreprise ?

La plupart des diplômés du doctorat rejoignent aujourd’hui un métier autre que ceux de l’enseignement et de la recherche. Déjà aujourd’hui, la formation doctorale est une formation  qui débouche pour la grande majorité sur un emploi extra académique.

Notre document d’orientation évoque deux choses : nous visons un meilleur accompagnement des élèves qui s’engagent à l’école doctorale, pour les aider à avoir une conscience plus grande et plus complète des possibilités qui leur sont ouvertes en matière d’insertion professionnelle.

La seconde chose qu’on évoque c’est de répondre à une demande qui existe dans les entreprises de formation de troisième cycle adaptées à des gens déjà engagés dans un parcours professionnel. Par exemple, nous visons un juriste chez Total ou chez Canal+ -pour prendre une entreprise que je connais un peu- qui a acquis une expérience déjà solide dans le droit de l’énergie, dans le droit de la propriété industrielle et qui a envie de creuser cette compétence dans un cadre de recherche universitaire et qui pourrait se tourner vers Sciences Po. Nous avons vocation à répondre à ce type de demande.

Vous parlez énormément de la révolution numérique que vous considérez comme une révolution pédagogique parce qu’elle change le rapport au savoir, transforme la relation entre étudiants et professeurs  : or justement, une étude de la National Academy of Sciences sortie au printemps montre que les cours magistraux ne permettent pas d’obtenir d’aussi bons résultats que d’autres méthodes d’enseignements plus actives comme les MOOCS. Est-ce que justement d’après vous,  le cours magistral est une méthode d’enseignement dépassée ?

Je pense que le cours magistral est une forme d’enseignement qui nous rattache à une grande tradition de l’enseignement à la française. Je ne me hasarderais pas à considérer qu’il a fait son temps ou qu’il est mort parce que je constate quand je parle à des élèves en activité comme vous ou d’anciens élèves, leurs souvenirs forts de Sciences Po sont souvent attachés à des figures d’enseignement en cours magistral. Cela prouve qu’il doit quand même se passer quelque chose dans un amphithéâtre avec un professeur en chair et des étudiants qui l’écoutent, même s’ils pianotent maintenant sur leurs ordinateurs. Il doit se passer quelque chose qui n’est pas tout à fait neutre sur le plan de la pédagogie.

Ce que je crois en revanche c’est que nous avons vraiment besoin de passer en revue tous nos dispositifs pédagogiques pour nous demander comment faire mieux. Les possibilités offertes par le numérique doivent nous interroger sur notre manière d’enseigner.

Sciences Po, depuis sa création, a toujours été pionnière en matière d’innovation et de réflexion pédagogique. Boutmy était lui-même un passionné des questions de pédagogie et c’est de manière consciente qu’il a imaginé cette alliance entre les cours magistraux et les conférences de méthode ; alliance féconde qui a formé des générations de très bons à Sciences Po depuis bientôt 150 ans. Nous avons maintenant des outils nouveaux, que nous avons commencé à mobiliser avec les MOOCS. C’est une forme d’enseignement qui s’adresse en priorité à des gens qui sont hors les murs de Sciences Po, des gens extrêmement éloignés de Sciences Po : nous devons maintenant voir comment tirer des leçons de ces MOOCS en termes de techniques, de technologies qui puissent nous être utiles pour repenser la pédagogie.

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Frédéric Mion dans l’amphithéâtre Boutmy. Photographie : Amal Ibraymi

 Mais est-ce que concrètement, le 1er septembre 2022, les étudiants de première année iront suivre un cours d’histoire, d’économie, dans l’amphi Boutmy ou pas ?

Je suis incapable de vous le dire. Ce que j’espère c’est que s’il y a encore des grands cours d’amphi à cette époque-là ce sera avec des professeurs aussi brillants que ceux que vous avez eu en première année, comme M.Chanet, M.Wasmer ou M.Tusseau que vous avez interviewés au cours de l’année pour La Péniche.

Plus sérieusement, je pense que contrairement à ce que beaucoup ont pu écrire, les technologies ne rendront pas obsolètes la relation très singulière qui se noue entre un étudiant et un enseignant car il se passe quelque chose quand on est physiquement présent dans un même lieu, quand on est plusieurs élèves à interagir et cela ne peut pas trouver de substitution simple, totale et immédiate dans le numérique.

Mais est-ce que le cours magistral tel que l’on pratique aujourd’hui aura sa place dans le Sciences Po de 2022, je ne sais pas le dire.

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croiseSur un tout autre sujet, le document d’orientation témoigne d’une volonté de modifier les statuts de Sciences Po afin de prendre en considération les remarques de la Cour des Comptes qui avait dénoncé l’ « absence de contrôle interne des instances délibérantes de Sciences Po ». Ses auteurs critiquaient notamment le fait que le conseil d’administration ne soit pas une réelle opposition à la direction de Sciences Po, ce qui avait conduit à un certain nombre de dérives à l’image du financement de la rénovation de la bibli du 27 qu’avait critiqué la cour des comptes : comment y remédier ? 

Nous avons pris déjà des décisions importantes : une réflexion a été menée sur les statuts de Sciences Po par une commission réunissant des représentants des différentes catégories de gens présents à Sciences Po, avec des étudiants, des enseignants, des salariés, et puis des gens extérieurs à la maison sous la présidence du secrétaire général du conseil constitutionnel Marc Guillaume. Ces gens ont auditionné beaucoup de monde, ils ont réfléchi, ils ont remis leurs conclusions en octobre dernier, après quoi j’ai sur la base de ces propositions élaboré ma propre proposition de réforme des statuts de Sciences Po.

S’agissant de la question des contrôles au Conseil d’administration, nous voulons un organe plus resserré, un organe plus représentatif de la diversité de ce qu’est Sciences Po aujourd’hui. Nous avons désormais, dans ce nouveau Conseil d’Administration qui verra le jour, des représentants des étudiants, ce qui n’était pas le cas par le passé, des représentants de la faculté permanente de Sciences Po, et nous y avons une proportion toujours significative de membres dits « indépendants », c’est-à-dire qu’ils sont là du fait de leurs qualités personnelles mais qui ne représentent qu’eux-mêmes, qui ont vocation à asseoir l’indépendance de la FNSP par rapport à tous les pouvoirs publics et économiques.

La vocation de ce conseil resserré en nombre, c’est justement d’exercer une fonction de contrôle plus étroite de l’action de l’administrateur et de ses équipes. C’est également de tracer avec l’administrateur les orientations stratégiques de la maison. Cet organe repensé, c’est vraiment le lieu où doit par excellence s’exercer l’action de contrôle de l’administration de Sciences Po : cela se traduira par l’existence au sein du conseil de comités financiers, de comités de rémunération, de comités de nomination, d’une commission de déontologie créée par les statuts, et de tout un tas de dispositifs qui vont conduire Sciences Po à être dotée en termes de gouvernance d’organes aussi transparents, aussi performants, aussi efficaces que ceux d’institutions comparables ailleurs dans le monde.

Le projet en cours renforce toutefois le poids des auteurs de libéralités dans le conseil d’administration. Or le rapport de la Cour des comptes critiquait justement la prépondérance de ces  acteurs cooptés dans le conseil. Pourquoi alors faire le choix de renforcer leur poids ?

Vous avez probablement vu un texte inexact sur les statuts, parce qu’au Conseil d’Administration, le poids relatif des auteurs de libéralités décroît par rapport à la situation actuelle. Les auteurs de libéralités, ce sont les héritiers spirituels de ceux qui, en 1945, ont créé la FNSP avec l’Etat, c’est-à-dire ceux qui étaient les propriétaires de l’Ecole libre des Sciences politiques et qui ont été en quelque sorte expropriés puis associés à la gestion de la Maison pour les années qui allaient venir.

Ces gens-là ont une place absolument essentielle pour asseoir l’indépendance de la FNSP dans le temps. Il était donc vital à mes yeux que cette partie-là de notre Conseil demeure significative en nombre, même si sa part a décru. Je crois que chacun a conscience que, si Sciences Po a pu, au cours des décennies, évoluer comme elle l’a fait, se transformer à la vitesse à laquelle elle l’a fait, c’est notamment grâce à l’indépendance qu’elle tire de la présence à son conseil de gens qui ne doivent rien à personne.

Le projet « Sciences Po 2022 » insiste sur le soutien des pouvoirs publics. Quels sont les retours que vous avez eu de la part du ministère de l’Enseignement supérieur sur le projet ?

Pour l’instant, ils sont très limités parce que nous n’avons pas eu l’occasion de parler du projet directement avec les équipes concernées au sein du ministère. Le soutien que nous souhaitons obtenir du ministère porte principalement sur un point, qui est le développement de l’emploi scientifique à Sciences Po.

Nous avons la chance à Sciences Po d’avoir une communauté scientifique permanente d’environ 220 personnes. Mais nous savons que, si nous voulons progresser en termes de reconnaissance internationale, cela passe nécessairement par le fait d’accroître le nombre de nos chercheurs et de nos enseignants permanents, parce qu’une institution d’enseignement supérieur désormais est appréciée en termes de qualité à l’aune de ce qu’elle produit en termes de recherches, c’est-à-dire le nombre d’articles qu’elle publie chaque année.

 

mion3Vous parlez dans le projet d’un nouveau processus de désignation du directeur de Sciences Po, qu’est-ce qui sera amené à changer ?

Le dispositif vise à une chose : faire en sorte que les deux instances (l’IEP et la FNSP) qui sont appelées à désigner, chacune pour ce qui la concerne, un patron puissent dialoguer de la manière la plus fructueuse possible et que soient créés les conditions d’un consensus entre elles pour désigner la personne qui sera Directeur de l’IEP et Administrateur de la FNSP, avec l’idée qu’il est préférable que ce soit la même personne qui cumule les deux casquettes.

Un système d’organes conjoint entre les deux conseils se réunira pour soumettre des propositions aux deux Conseils. In fine, nous avons considéré qu’il était impossible de donner la prééminence à l’un des Conseils sur l’autre. Si, au bout de deux tentatives, les deux Conseils n’arrivent pas à s’entendre sur une même personne, les deux fonctions seront dissociées.

Et en 2022, Monsieur Mion, serez-vous encore directeur de Sciences Po Paris ?

Ça n’est pas à moi d’en décider, puisque précisément il y a un nouveau processus pour la désignation de l’Administrateur et du Directeur, un processus qui va être rendu à la fois plus transparent et plus exigeant par les nouveaux statuts évoqués. Ce processus prévoit qu’un appel à candidature sera réalisé même lorsque le directeur sortant souhaite se représenter pour un nouveau mandat.

Les statuts prévoient aussi une limitation du nombre de mandats qu’un même directeur peut effectuer successivement, limitation à deux mandats, pouvant être exceptionnellement portée à trois. Donc ça n’est absolument pas à moi qu’appartient de décider si, en 2022, j’aurai vocation à être là ou pas. C’est très loin, 2022, et il m’est difficile de me projeter à cet horizon.

 

Avec la participation de :


 

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