Pendant une nuit, Garance, l’interne en pharmacie de garde de l’hôpital Robert Debré, nous a ouvert les portes de son service pour nous faire découvrir les coulisses de cet hôpital parisien.
21H30. La période de “rush” touche à sa fin. Les appels s’espacent, et les enveloppes de médicaments accumulées sur le comptoir de l’accueil ont disparu, récupérées par les infirmières. Il est temps pour Garance de s’octroyer une pause et de dîner. Son DECT ne la quitte pas, il sonne de temps en temps, mais rien de grave ni de pressant. En plus de son plateau-repas fourni par la cafétéria, elle sort du frigo un tupperware rempli de couscous préparé par une de ses collègues. C’est pour elle l’occasion de s’étendre sur la solidarité et l’esprit bon enfant qui règne dans ce service malgré parfois les tensions qui planent autour des attributions de garde : “C’est surtout que j’adore les gens”. Elle raconte que le midi même, une pharmacienne a préparé un couscous pour l’équipe et c’est ensemble, attablés autour de la longue table de la salle commune qu’ils ont déjeuné. Dans les couloirs et les différentes pièces, on retrouve les vestiges de blagues que se jouent entre eux les pharmaciens. Le nom sur la porte de la cheffe de service est tourné en dérision, les ampoules électriques de son bureau sont colorées en rouge, et des photos sont accrochées sur les murs. Garance, armée de son film plastique, est, elle aussi sur le coup. Elle recouvre l’entrée du bureau de ses collègues et y emprisonne leur fauteuils et mugs à café, riant de
sa propre plaisanterie. La nuit quand le chat n’est pas là, les souris blaguent.
01H30. Cela ne l’empêche pas de répondre aux appels des infirmières tout au long de la soirée. Quand ceux-ci cessent, elle peut enfin aller se coucher dans la chambre de garde située un étage au-dessus. Pendant certaines gardes, les infirmières ne cessent de la solliciter; dans ce cas elle sort un lit de camp et s’installe directement dans le service pour être au plus proche de son bureau et du “stocker”, précieuse machine qui délivre les médicaments de la réserve. Cette nuit est calme, le travail a été fait, elle peut donc voler quelques heures de sommeil. Dans la chambre de garde, elle n’est pas tout à fait seule, elle
peut compter sur les mots de ses congénères écrits à même le mur avec des marqueurs. Internes après internes, chacun a laissé sa trace en y rédigeant des blagues, des mots d’encouragement, ou tout simplement des dessins de plus ou moins bon goût. Les étudiants en santé ont une réputation à tenir.
03H00. Alors que Garance a fini par s’endormir, une infirmière l’appelle pour une prescription de mélatonine – un somnifère. En tant qu’interne, Garance a le droit de refuser quand une demande ne se justifie pas : la mélatonine prend deux heures à faire effet et le soleil se lève dans trois. Il lui a fallu un peu de temps pour asseoir son autorité, surtout auprès des infirmières qui ont parfois plus du double de son âge. La couleur rouge de son badge, contrairement au bleu des infirmières, l’y a aidé. Comme une hiérarchie militaire, il indique son rang et donc son autorité. Parfois, elle regrette la dureté de cette hiérarchie qui, par exemple, interdit aux infirmières de manger en salle de garde. Elle entretient avec elles une bonne relation, sans se laisser pour autant marcher sur les pieds : “Je suis toujours très souriante mais si on me fait chier …”. Elle sait aussi qu’il faut savoir se protéger dans ce métier. Elle garde toutes ses interactions par écrit, notamment dans ses comptes-rendus de garde, car les erreurs dans le monde hospitalier peuvent être fatales. Ses responsabilités sont considérables mais elle a su dompter le stress qui les accompagne : “J’ai appris à me faire confiance et à ne pas douter de moi à chaque fois que je fais quelque chose, sinon je n’avance pas”.
9H00. La relève arrive. Un nouvel interne, les mains pleines de pains au chocolat, se voit confier à son tour la pharmacie de l’hôpital. Il passera lui aussi la journée du dimanche seul en attendant l’équipe qui lui succédera lundi matin. Autour d’un petit déjeuner, Garance lui passe le relai : elle lui transmet toutes les informations et lui narre les aventures de la nuit. Elle finit enfin par abandonner sa blouse blanche qu’elle range dans son casier.
Lundi, elle la revêtira à nouveau pour reprendre une nouvelle garde de nuit qu’elle enchaînera après sa journée de travail, mais, pour le moment, elle peut profiter de ce dimanche pour vaquer à ses occupations et reprendre des forces.
Crédits illustrations : Téo Manisier
]]>Frédéric Mion, directeur de l’école, puis le Dr Pascal Maurel, président du groupe santé des Alumni, ont ouvert la conférence avec des traditionnels discours d’introduction. Ils ont rappelé l’objectif de la conférence du soir : s’interroger sur la question directrice, « la santé peut-elle recoudre le social ? ». Pour y répondre, un jeu de questions / réponses entre la salle et Madame la Ministre.
Les questions, en effet, ont fusé. Questions d’étudiant-e-s, mais surtout de professionnel-le-s de la santé. Des médecins, directeur-ice-s d’établissements de soin, des patient-e-s aussi. Venant des secteurs privés comme publics, de la ville ou de zones rurales, longuement installé-e-s ou débutant tout juste dans le métier. Autant dire que les intérêts représentés étaient très divers, parfois contradictoires.
La ministre des solidarités et de la santé ne se laisse pas emporter par le flot de questions et répond, méthodologiquement, à chacun-e. Elle rappelle la centralité des questions de santé et d’accès aux soins dans les revendications concernant les services publics, qui sont même des « services au public » selon sa formule. Dans le même temps, elle déplore le fait que les réformes ne soient pas suffisamment expliquées, menant à des réclamations inutiles selon elle. Et c’est ce qu’elle s’emploiera à faire, tout au long de l’heure et demie de dialogue avec le public : répondre aux inquiétudes, aux interrogations voire aux critiques par un point de programme politique, par une réforme déjà mise en œuvre ou sur le point de l’être.
La ministre a su démontrer une connaissance précise des dossiers, comme l’attestent ses réponses à certaines questions portant sur des situations géographiquement déterminées par exemple, mais elle a dans le même temps veillé à maintenir une vision de grande échelle, revenant toujours à un cap global, presque martelé tout au long de la conférence. Ainsi, lorsque les déserts médicaux ou les problèmes récurrents de manque de temps dans les hôpitaux sont pointés, Agnès Buzyn répond télémédecine, et justifie les fermetures par une volonté de qualité des soins plutôt que de quantité.
Mais surtout, la ministre prône le décloisonnement, qu’elle fait apparaître comme la première des solutions à tous les maux dont souffrent les acteurs du secteur de la santé : décloisonnement entre le public et le privé, décloisonnement des différentes formations professionnelles puis des différentes professions, et enfin décloisonnement entre la médecine de ville et l’hôpital.
On aurait aimé que le débat dure encore des heures, pour permettre au public de poser plus de questions. En effet, malgré une quinzaine de questions posées, nombreuses sont les personnes qui sont reparties sans avoir pu prendre la parole. On aurait voulu quelques minutes supplémentaires, pour que cette directrice d’EHPAD puisse détailler plus longuement les chiffres de l’enquête réalisée auprès de 200 établissements similaires au sien, chiffres accablants quant au manque de soignants. On aurait souhaité, surtout, que cet exercice soit, plus qu’un jeu de questions / réponses, soit un dialogue. Quelques soupirs et haussements d’épaules laissent à penser que les réponses de la ministre appelaient, à leur tour, des mises au point et corrections de l’audience, pas toujours convaincue par la confiance de la ministre envers son projet.
Céleste Relave
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