hommage national – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 30 Jun 2023 10:08:33 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png hommage national – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Le géant du cinéma français Jean-Paul Belmondo est décédé https://www.lapeniche.net/le-geant-du-cinema-francais-jean-paul-belmondo-est-decede/ Fri, 24 Sep 2021 12:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53536 « Embrasse-moi mec, t’es mes 20 ans ». Lorsque Jean Gabin donne la réplique à Belmondo en 1962, dans Un singe en hiver (Henri Verneuil), l’immense star française du moment reconnaît immédiatement le talent de son jeune collègue, encore à l’aube de sa carrière. L’aîné avait vu juste, puisque celui que l’on surnomme le Magnifique est décédé le 6 septembre dernier sous les honneurs. Annoncé par son avocat dans un communiqué sobre, le départ de Jean-Paul Belmondo à l’âge de 88 ans a immédiatement suscité une vive émotion dans l’hexagone, et même au-delà. 

Politiques, artistes et autres observateurs sont unanimes : le Magnifique n’est pas moins qu’un des plus grands acteurs du cinéma français. Alain Delon, présenté comme son rival devant la caméra, mais indéniablement son ami derrière, s’est dit « anéanti », au point de déclarer : « J’attends moi-même de mourir pour pas m’emmerder tout seul ». Jean Dujardin a également tenu à rendre hommage à son mentor : « Tu vas me manquer… Tu vas tellement nous manquer. Merci Jean-Paul ». « Son talent, son charme, sa tendresse et sa jubilation » sont encore salués par la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, tandis que le Président Macron a célébré son homme en ces termes : « Il restera à jamais le Magnifique. Jean-Paul Belmondo était un trésor national, tout en panache et en éclats de rire, le verbe haut et le corps leste, héros sublime et figure familière, infatigable casse-cou et magicien des mots. Il a fait le tour de l’homme en 80 films. En lui, nous nous retrouvions tous. » En effet, Bébel était une langue universelle. 

Pour les quelques derniers rustres qui ne situent pas trop le personnage, quelques lignes bibliographiques. Né en 1933 à Neuilly-sur-Oise, il bâcle ses études pour commencer la boxe, mais se rend vite compte que c’est dans la comédie que son avenir se jouera. Il commence le cinéma dans les années 1950. En 1960, A bout de souffle (Jean-Luc Godard) est le film de la révélation. Bien installé dans le mouvement de la Nouvelle Vague (moment de grande innovation dans les codes du tournage et du jeu d’acteur), Bébel enchaîne les succès, comme Cent mille dollars au soleil et Un weekend à Zuydcoote (Henri Verneuil). En 1971, au sommet de la gloire et en quête d’indépendance, il fonde sa propre maison de production. Jusque dans les années 1980, il se concentre sur les films commerciaux, avec un succès indéniable. Puis, vieillissant, il cherche à se réinventer. Son retour sur les planches est triomphal, sa nouvelle jeunesse devant la caméra qui tourne Itinéraire d’un enfant gâté lui vaut le César de meilleur acteur. Alors qu’il s’éloigne progressivement du théâtre et du cinéma, le Magnifique subit un AVC en 2001, dont il garde des séquelles à vie. Le XXIe siècle est pour lui le temps de la retraite et des récompenses : Légion d’honneur (2007) et Palme d’honneur (2011), entre autres…

Aussi éloigné des médias qu’il pouvait l’être dans les dernières années, celui qui a passé un demi-siècle aux sommets du box-office français, remplissant 130 millions de sièges de cinéma au long de sa carrière, ne pouvait en aucun cas partir sans bruit. Le 9 septembre, un hommage national dans la cour des Invalides lui est rendu, les pointures artistiques et politiques s’y retrouvent sous les airs de la Marseillaise et de Chi Mai (thème du Professionnel). La cérémonie, empreinte de solennité et d’émotion, réunit plusieurs milliers de fans. Une nuit de veille est organisée sur place, dispositif exceptionnel qui avait déjà accompagné le départ de Jacques Chirac en 2019. Dans l’intimité familiale, il est finalement enterré à l’église Saint-Germain-des-Prés. Experts et amateurs de vieux films s’accordent à dire qu’une page se tourne avec le Magnifique. Les premiers rappelant qu’il était le dernier rescapé de la Nouvelle Vague (Jean Rochefort, Claude Rich, Jean-Pierre Marielle, Jean-Pierre Mocky, Guy Bedos étant décédés ces quatre dernières années), les seconds se remémorant avec nostalgie la France des Trente glorieuses dont leur idole rendait un témoignage si populaire. 

Portant lui-même un regard sur sa future disparition, Bébel confiait il y a quelques années :   « J’ai bientôt 84 ans et j’ai toujours pensé que, le jour de ma mort, les gens parleraient de moi mais qu’après, ils passeraient à autre chose. J’en suis un peu moins sûr, désormais… ».

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Le Mag’ : Et le lion s’en est allé https://www.lapeniche.net/le-mag-et-le-lion-sen-est-alle/ Fri, 22 Dec 2017 09:00:27 +0000 http://lapeniche.net/?p=37927 « Vous savez, c’est très mauvais pour un écrivain de mourir en même temps que Piaf ». Jean d’Ormesson, l’air fringuant sur le plateau de Salut les terriens ! en 2008, ne se doutait pas du potentiel ironique de cette phrase. Le 5 décembre dernier, « Jean d’O » s’est éteint à l’âge de 92 ans, d’une mort qui fut à l’image de son immense carrière littéraire : belle. Plus rien ne pouvait décemment arriver à l’écrivain qui reposerait éternellement dans le calme de la postérité et des hommages. Plus rien sauf le plus grand chamboulement médiatique de l’année, qui a suivi de quelques heures le décès d’Ormesson. Histoire de rappeler une dernière fois à quel point il avait raison, et combien on pouvait, même sans s’appeler Piaf, faire s’arrêter la vie des Français pendant quelques jours. Après le 5, il y eut le 6 décembre.

« Johnny est mort », ou le temps qui s’arrête

Le 6 décembre, Johnny Halliday est mort. Chacun a sa propre anecdote sur la façon dont on a appris ce type d’évènements. Pour moi, l’annonce de ma mère a été précédée par trois bonnes minutes pendant lesquelles je me suis étonné du fait que Bourdin n’asticotait pas un élu LR mais discutait du goût pour les Harley Davidson d’un certain Johnny. Je me suis quand même dit, avec une certaine faculté de déduction, que tout ne tournait pas parfaitement rond, et qu’il devait bien y avoir une (o)raison funèbre qui conduisait Bourdin à délaisser ses bonnes habitudes de la sorte. Et ainsi, confirmation. Il est bien mort.

La déferlante ne se fait pas trop attendre. Je vais chercher quelques précisions à la télé. Hugues Auffray témoigne de son affection pour la Rockstar, Jean-Pierre Pernaud ne perd pas une seconde pour aller « sur les traces de Johnny à Marnes-la-Coquette, où l’émotion est très vive », Cstar diffuse une intégrale Johnny, ce qui crée un certain contraste quand on s’attend innocemment à tomber sur M. Pokora. Les médias s’enflamment, Le Monde imprime un numéro spécial, histoire de se plonger dans l’histoire du chanteur. Toute cette ébullition ne fait qu’annoncer le spectacle de l’hommage national.

Les premières personnalités politiques à réagir avec spontanéité et émotion à la mort de l’idole nationale sont assez attachantes. Ils chantent faux, ce qui n’est tout de même pas un crime, mais arborent une mine défaite après leur petite interprétation de « L’envie » et n’ont pas l’air de faire trop de cinéma. Peut-on en dire autant du reste de nos représentants ? Car l’unanimisme politique et médiatique autour de la mort d’Halliday a de quoi surprendre, étant donné la disproportion des hommages et la dimension remarquable mais tout de même fondamentalement humaine de la carrière du chanteur. Tout le monde raconte des anecdotes plus ou moins intéressantes, chaque élu se cherche un possible rapport amical avec Johnny, et le cas échéant un vieux quarante-cinq tours faisant preuve de l’appartenance à la sphère des fans, conglomérat électoral non-négligeable. Jean-Luc Mélenchon semble se démarquer un peu, en arborant un « je n’ai rien à dire » discret, mais un « rien à dire » qui sonne un peu bizarre quand il précède un hommage long comme le bras…

L’hommage populaire : entre émotions et excès médiatiques

Puis vient le bouquet final : l’« hommage populaire à Johnny » samedi, soit la bonne occasion pour BFM, les Champs-Elysées et Emmanuel Macron de meubler leur journée. Les chaînes d’info ressortent des cartons les éditions spéciales, avec une grosse vignette permanente avec le chanteur faisant coucou avec la main, à moins que ce ne soit un adieu… Le cirque dure une bonne journée, et BFM fait les choses bien en programmant une édition spéciale jusqu’à minuit, ce qui donne un paquet de temps à des spécialistes de près ou de loin de la vie du chanteur qui, entre deux chansons, énumèrent la liste des people présents pour s’émouvoir et rendre hommage à leur idole ou ami.

Il faut dire que l’Eglise de la Madeleine accueille une panoplie de célébrités qui permettent de s’occuper pendant les recueillements un peu longuets. Le jeu du « qui est qui » marche à fond la caisse, et le téléspectateur a tout loisir de scruter les couples présidentiels entre deux sanglots. Il peut aussi s’étonner de la religiosité de la cérémonie, ne considérant pas Johnny comme une allégorie de l’orthodoxie religieuse. Portant il faut croire que Dieu se montre arrangeant et qu’il accorde dérogation aux fidèles qui, bien que rigoureux selon un angle assez original, remplissent les zéniths et les églises.

Pour certains connaisseurs, l’hommage rappelle celui fait à Victor Hugo. On peut s’interroger sur l’équivalence des mérites et des œuvres. Des arguments de l’acabit de celui que je viens de faire ont été entendus, comparant d’Ormesson et Hallyday. Très justes aussi, mais l’aura d’Halliday valait largement les mots de l’auteur, et il n’est peut-être pas temps de juger des goûts des Français, qui ont aussi choisi d’honorer le chanteur plutôt que l’écrivain.

L’édition spéciale finie, il semblerait que la vie continue. Les fans sanglotent, et on les comprend bien. Loin du boucan national un brin excessif, la mort de Johnny Halliday a été l’occasion d’en parler à table le soir, et de se rendre compte qu’il était effectivement quelqu’un d’unique. Chacun fait ses propres investigations, mais tout le monde échoue au moins une fois sur Deezer pour écouter « Je te promets », sur YouTube pour constater que ses concerts étaient au-delà du dingue. Tout le monde rend hommage à sa manière, ou profite tout simplement de ce qu’il avait à nous offrir, certainement mieux que le spectacle ultra médiatique de la cérémonie.

Il y a des individus qui nous donnent l’occasion de figer le temps dans notre cerveau. Nous nous souviendrons toujours de ce que nous faisions pendant les attentats de Charlie Hebdo, ou lorsque Michael Jackson est mort. Lors de la leçon inaugurale du collège universitaire, Edouard Philippe et Frédéric Mion se souvenaient ensemble de la chute du mur de Berlin et de la façon dont ils l’avaient apprise. Johnny restera aussi pour ça. Et aussi car il a donné une dernière fois raison à Jean d’Ormesson : il ne faut décidément pas mourir en même temps que Piaf.

 

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