Les 17, 18 et 19 mars prochains, les représentants étudiants seront renouvelés au sein du Conseil de l’Institut et du Conseil de la vie étudiante et de la formation, chaque Conseil accueillant respectivement huit représentants.
Parce que les élections syndicales étudiantes approchent à grands pas et qu’il n’est pas facile de choisir pour quel syndicat étudiant voter, la Péniche a reconstitué l’historique des organisations en compétition.
Depuis longtemps installée dans le paysage syndical, l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) se revendique aujourd’hui être un syndicat “indépendant des administrations, des partis politiques et des gouvernements.” Cependant, il demeure historiquement situé à gauche, très proche de la gauche socialiste et compte même dans ses rangs des partisans de l’extrême gauche.
L’UNEF est créé en 1907 et est depuis plus d’un siècle une organisation étudiante très influente ; il s’agit aujourd’hui de l’une des premières organisations étudiantes françaises.
À l’origine, l’UNEF est une organisation apolitique et asyndicale dont le seul but est d’être la porte-parole des étudiants dans les organes de décisions. Après 1945, l’organisation se politise, s’organise en syndicat et se rapproche notamment de la Gauche. Une importante scission du syndicat s’opère dans les années 1970. En 2001, deux organisations revendiquent le nom de l’UNEF : l’Union nationale des étudiants de France – Indépendante et démocratique (UNEF-ID), où sont représentés l’essentiel des courants de la gauche sauf ceux liés au Parti Communiste Français, et l’UNEF dite Solidarité Étudiante (UNEF-SE), dirigée notamment par des étudiants issus de l’organisation politique l’Union des Etudiants Communistes (UEC). Si beaucoup des militants sont partisans d’une unification des deux organisations, chez l’UNEF-SE certains y sont totalement opposés. Après plusieurs rapprochements, le 24 juin 2001, une assemblée générale réunissant les deux unions syndicales aboutit à la fusion de l’UNEF-ID et de l’UNEF-SE sous le nom de l’UNEF dont l’ancienne présidente de l’UNEF-ID Carrie Seiler reprend la direction. En mai 2019, 86 militants de l’organisation issus de la Tendance unité et action syndicale (TUAS) quittent l’UNEF pour cause de désaccord. Suite à cette séparation, ces militants fondent la Fédération syndicale étudiante (FSE). Il s’agit de “la première scission [de l’UNEF] sur sa gauche depuis la réunification du mouvement en 2001”.2
L’Union Nationale Inter-universitaire, créée en 1969, est une organisation étudiante traditionnellement proche de la droite.
Elle se présente même comme « le fer de lance de la droite dans le combat des idées et des valeurs. » Avec son slogan « Par l’Éducation, pour la Nation » et son journal L’Action Universitaire, l’UNI revendique vouloir lutter contre “La mainmise de la gauche sur la jeunesse, le monde associatif et l’éducation”
Si nombre des membres de l’UNI sont des membres du parti Les Républicains (LR) et que certains adhèrent même au Rassemblement National (RN), le syndicat revendique son indépendance vis à vis des partis politiques, malgré un appel au vote en faveur du parti LR au moment des élections européennes notamment, et rejette également tout lien avec des organisations d’extrême-droite.
L’organisation est fondée en 1969 sous l’impulsion d’un professeur de Paris IV à la suite des évènements de mai 1968. Selon François Audigier, universitaire spécialiste du gaullisme et auteur d’un ouvrage intitulé Histoire du SAC (Service d’Action Civique) paru en 2003, l’UNI aurait été fondée à la suite d’un entretien dans le bureau de Jacques Foccart à l’Elysée. La réunion fondatrice aurait même eu lieu dans le bureau du patron du SAC, « association ayant pour but de défendre et de faire connaître la pensée et l’action du général de Gaulle » créée à l’origine pour constituer une « garde de fidèles » dévouée au service inconditionnel du général. Selon lui, l’UNI est initialement créée dans le but de « Lutter contre la loi Faure en préparation. Celle-ci multipliait, à leurs yeux, les compromis à l’adversaire (la gauche étudiante) et créait du désordre au lieu de rétablir l’autorité dans les universités».
Le parti gaulliste RPF, puis le RPR de Chirac et enfin l’UMP soutiendront ouvertement l’UNI ce qui permit à l’organisation syndicale de s’imposer rapidement dans les facultés françaises.
Solidaires étudiant.e.s – syndicats de luttes est une fédération de syndicats étudiants français, membre de l’Union syndicale Solidaires (SUD). S’inscrivant dans le syndicalisme de lutte, elle se veut être un outil d’unification du syndicalisme de lutte étudiant. L’organisation est réputée pour être proche de la gauche radicale, mais se dit avant tout attachée à l’indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques.
L’organisation étudiante est née en 2013 de la fusion de deux syndicats. D’une part, la Fédération syndicale étudiante (FSE) fondée 2000 et issue de structures dissidentes de l’UNEF refusant de fusionner avec l’UNEF-ID. Et d’autre part, l’organisation Sud étudiant, appelée SUD (pour « solidaires, unitaires, démocratiques »), créée en 1996 dans le sillage des grèves de 1995 contre le Plan Juppé.
Les deux organisations se disent en lutte pour la reconnaissance des droits de tous et pour la transformation sociale. En 2006 et 2008, SUD Étudiant et la FSE, avant même d’être unifiés, s’étaient engagés ensemble dans les mouvements contre la loi pour l’égalité des chances et contre la loi relative aux libertés et responsabilités des universités. Ainsi les deux organisations coopéraient depuis plusieurs années sur plusieurs domaines, notamment la lutte contre la précarité étudiante.
NOVA était le petit nouveau du paysage syndical de Sciences Po en 2018 et commence à s’affirmer parmi le reste de la cohorte. Seul candidat à n’être présent qu’à Sciences Po, l’organisation étudiante se veut “au-delà des clivages partisans et des étiquettes”. L’orientation idéologique de NOVA peut se résumer par son slogan : “Écologie, Égalité, Pluralisme”. Le syndicat définit revendique aussi une méthode qui lui est propre, à la fois “participative” “constructive” et “transpartisane”.
L’idée de NOVA est celle d’un étudiant de 3A souhaitant “proposer une alternative à l’UNEF et à l’UNI.” Quelques mois avant les élections de 2018, une “équipe de gens de tous horizons” se constitue pour mettre en place le projet avec un programme se voulant notamment novateur et “résolument tourné vers l’écologie”. Ainsi, en 2018, ils présentaient un programme fondé sur quatre piliers “nourrir une ambition d’égalité, c’est notre pilier social ; organiser, enfin, la baisse des frais, c’est notre pilier économique ; vouloir une école durable, c’est notre pilier écologique ; et assurer à chacune et chacun respect et épanouissement, notre pilier sociétal.” Deux ans plus tard, NOVA compterait dans ses rangs, selon son président, “une cinquantaine de personnes mobilisées sur tous les campus et dans toutes les promotions”.
Crédit image : Sciences Po
Sources
1. UNEF, “La démarche de l’UNEF”, 3 mai 2017 consulté le 15/03/2020 http://unef.fr/2017/05/03/la-demarche-de-lunef/
2. “La Fédération syndicale des étudiants fait scission avec l’Unef” de Kim Hullot-Guiot pour Libération, publié le 28 mai 2019, consulté le 15/03/2020 https://www.liberation.fr/france/2019/05/28/la-federation-syndicale-des-etudiants-fait-scission-avec-l-unef_1730123
3. Site internet de l’UNI, https://www.uni.asso.fr/spip.php?rubrique3 consulté le 11/03/2020
4. Loi Faure du 12 novembre 1968 ayant pour but de faire des universités de véritables établissements autonomes et pluridisciplinaires. Avec notamment la création d’un « Conseil universitaire », le CNESER auquel participent notamment des délégués des étudiants.
5. page 142 de l’ouvrage Histoire du S.A.C : La Part de l’Ombre du Gaullisme
6. Le syndicalisme de lutte est une doctrine syndicale qui considère que l’action et la mobilisation (par la grève notamment) priment sur la négociation pour obtenir des avancées sociales. Il s’oppose au syndicalisme réformiste qui privilégie la négociation et le dialogue social.
7. Interview de NOVA pour l’article “Élections syndicales : que proposent les listes candidates ?” de Alice Bergoënd, publié par La Péniche le 8 mars 2018
8. Programme de NOVA pour les élections des 17, 18 et 19 mars 2020.
9. Les propos cités sont ceux du fondateur de NOVA, recueillis par La Péniche.
10. “Élections syndicales : que proposent les listes candidates ?” de Alice Bergoënd, La Péniche, 8 mars 2018
Si vous prenez l’excellente et avisée décision de découvrir cet ouvrage, vous ferez ainsi la connaissance d’une jeune étudiante roumaine nommée Eugenia – sans blague -, dont l’histoire commence le jour où elle rencontre l’écrivain juif Milhail Sebastian. Encore toute gauche et immature, elle va tisser une relation complexe mais incroyablement enrichissante avec cette figure torturée de la littérature roumaine – dont elle va évidemment tomber passionnément amoureuse – et aux côtés duquel elle va vivre une décennie de guerre, d’occupation, et surtout de violences physiques comme idéologiques. Le lecteur vit les désillusions d’Eugenia en même temps qu’elle, se heurte petit à petit à la réalité d’une société où la haine s’est répandue comme une pandémie, et l’on ne peut que se passionner pour ce véritable cheminement intérieur d’une jeune femme issue d’une famille conservatrice qui va petit à petit parvenir à son émancipation intellectuelle.
Mais Eugenia ne raconte pas vraiment l’histoire d’Eugenia. Enfin, pas que. Le roman veut aller au-delà. On a en effet vite l’impression que ces personnages ne sont que des prétextes pour cette formidable reconstitution historique, des prétextes de qualité, certes, mais des prétextes, dans le sens où l’auteur ne s’attarde guère sur leurs destins particuliers. Eugenia, Milhail et les autres ne sont jamais négligés, mais ils n’ont pas non plus la part belle du récit, et en refermant ces 504 pages, on se sent capable de faire le récit complet de la Roumanie sous la Seconde Guerre Mondiale, mais beaucoup moins de dresser le portrait psychologique d’Eugenia…
Et ce n’est pas mal en soi, il y avait un choix à faire, et Duroy a fait celui du contexte. Il faut donc s’attendre à un roman plus historique qu’intimiste, à visée plus « universelle » que personnelle. Le fait que l’on connaisse dès les toutes premières pages l’issue de l’histoire entre Milhail et Eugenia y est aussi pour quelque chose : le ton est donné, l’essentiel n’est pas dans cette fiction mais bien dans le cadre dans lequel elle s’ancre, avec ses enjeux historiques et surtout moraux. Duroy parvient à transmettre une quantité assez monumentale de savoirs et de réflexions sur l’histoire de la Roumanie entre 1938 et 1945, et ce sans trop de lourdeurs. Certes, certains passages se retrouvent assez « désincarnés », et relèvent surtout du récit historique, mais le tout se lit avec fluidité et intérêt, d’autant plus que demeure malgré tout en arrière-plan l’intrigue plus romanesque d’Eugenia, qui vient rythmer et faire respirer le récit.
Mais le véritable intérêt de ce roman, en plus de sa solide documentation historique, reste la façon dont il titille la réflexion du lecteur. Il y a bien sûr la double lecture évidente qu’il crée entre l’exclusion des Juifs et celles d’autres minorités d’aujourd’hui, notamment les réfugiés, mais c’est, à vrai dire, un double sens un peu galvaudé qui manque parfois de subtilité. Mais l’essentiel est ailleurs, dans la façon dont l’histoire d’Eugenia nous interroge sur la diffusion virale de l’intolérance, sur le cheminement des idéologies dans l’esprit des hommes, sur la mécanique de la haine. Eugenia est celle qui se dresse à sa toute petite échelle contre la barbarie, ramenant le lecteur à cette interrogation perpétuelle sur l’origine du mal, la possibilité du bien et de l’acte de révolte.
Duroy, enfin, incorpore toute une dimension assez unique sur le rôle particulier que peuvent jouer le journaliste et l’écrivain dans ce genre de crises. Quel équilibre trouver entre compromission et engagement, comment s’engager sans menacer sa survie ou celle des siens, comment convaincre, comment changer le cours des choses par la seule force de sa plume et de la volonté d’éditeurs frileux ? Autant de questions qui travaillent nos sociétés actuelles, et qui me donnent envie de vous pousser à découvrir les réponses que propose Eugenia.
]]>Le roman Eugenia, écrit par Lionel Duroy ( 504 pages, éditions Grasset ) est actuellement disponible en librairie !