Avant d’être homme politique, Stéphane Le Foll a passé de longues années à défendre les couleurs du MUC, Le Mans Union Club. Le ministre occupait le poste de milieu défensif au sein du club de football sarthois, qui évoluait alors en Division d’Honneur, l’équivalent français de la sixième division. S’il n’affirme « n’avoir jamais été un pied carré », sa carrière sportive n’a pas décollé pour autant. Elle aurait néanmoins pu connaître un second souffle en 2014, lorsque fut créée l’Equipe de France de Football des Députés. Une équipe nationale que Le Foll n’eut pas le loisir de rejoindre, déclarant : « L’ancien joueur de foot aimerait bien. Mais le ministre a peu de temps malheureusement. »
Natif du Mans, Stéphane Le Foll était naturellement amené à briguer un mandat de député dans la 4ème circonscription de la Sarthe, sa circonscription natale. Mais lorsqu’il se présente aux élections législatives de 2002, ladite circonscription, historiquement acquise à la droite, est occupée depuis 14 ans par un autre sarthois renommé : François Fillon. Il est battu au premier tour par le candidat de l’UMP, et retente sa chance en 2007, s’inclinant à nouveau au premier tour, face à ce même François Fillon. Stéphane Le Foll finit par obtenir le siège tant convoité en 2012, à sa troisième tentative, alors que Fillon se retrouve parachuté dans une circonscription parisienne. Mais son expérience de député sera de courte durée : un mois après son élection, sa nomination au gouvernement l’oblige à céder sa place.
Loin du faste des immeubles de la capitale, le Ministre de l’Agriculture possède toujours une ferme familiale dans la périphérie du Mans. La propriété de Stéphane Le Foll est d’ailleurs devenue un point de ralliement lors des conflits opposant le Ministère aux agriculteurs en colère. Ainsi, en février dernier, plusieurs d’entre eux s’étaient présentés au domicile du Ministre, exigeant des explications au sujet de sa politique agricole. Un échange musclé de près d’heure s’en était ensuivi. Celui-ci était suivi de près par les journalistes qui s’étaient invités à ce rassemblement, et qui en rapportèrent une photo qui amusa de nombreux internautes.
« Il est l’un des meilleurs spécialistes de l’agriculture, en France et en Europe », déclarait François Hollande en 2012, au sujet du Ministre. Et pour cause : Stéphane Le Foll fonde en 2006 un groupe de réflexion européen sur le sujet, le groupe Saint-Germain. L’objectif ambitieux de ce groupe, qui rassemble des chercheurs et des universitaires renommés, est de « redéfinir les politiques agricoles en Europe ». L’idée principale du projet porté par Le Foll, alors eurodéputé et membre de la Commission Agriculture du Parlement Européen, est de penser une agriculture nouvelle, qui s’allie efficacement avec l’écologie tout en prenant en compte l’évolution des dynamiques rurales. Ce groupe existe toujours aujourd’hui, même si ses détracteurs estiment qu’il s’est éloigné des préoccupations réelles des agriculteurs.
Le quinquennat de Stéphane Le Foll en tant que Ministre est perturbé par une succession de crises agricoles majeures. Il y a d’abord la très médiatisée révolte des Bonnets Rouges, fin 2013. Ensuite, début 2015, la montée des prix du lait et de la viande causent la colère des éleveurs de bovins. La crise s’étend peu à peu à d’autres secteurs de l’agriculture française ; en avril 2015, une dérégulation de la production laitière à l’échelle européenne entraîne une baisse du niveau de vie des producteurs de lait français. Ces derniers s’en prennent à Stéphane Le Foll, qui fait bientôt l’objet d’une véritable fronde de la part des éleveurs et agriculteurs, et ce en dépit des multiples tentatives d’accord. La gestion de la crise par le Porte-Parole du Gouvernement est vivement critiquée par l’opposition, mais Le Foll est maintenu à son poste. Il est aujourd’hui l’homme ayant passé le plus de temps à la tête du Ministère de l’Agriculture depuis sa création, en 1836.
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C’est un homme du sud au sang chaud, plus connu pour ses emportements sur les plateaux de télévision que sa longue carrière administrative, dont Pierre Chellet dresse, en guise d’introduction, le portait au pupitre de l’amphithéâtre Boutmy. Invité à réagir sur son comportement, Henri Guaino se justifie tant bien que mal et c’est sur un air d’Edith Piaf qu’il ne cessera alors de répéter tout au long des deux heures qui suivront, ne rien regretter. Décrit comme un homme de lettres par Pierre Chellet, Henri Guaino, ancienne plume de Nicolas Sarkozy, en a profité pour réciter quelques célèbres vers de Paul Valéry, tirés du Cimetière marin.

Dans la deuxième séquence de ce Grand Oral, L’interview politique menée par Benjamin Duhamel, Henri Guaino a été invité à commenter sa désaffection affichée pour la magistrature. Le 28 octobre dernier, lors des questions au gouvernement, le député des Yvelines n’avait pas hésité à taxer les magistrats de « pervers », « psychopathes » ou encore de « militants aveuglés par leur idéologie ». Henri Guaino explique que le problème n’est pas tant qu’il y ait effectivement de tels individus parmi les magistrats. Ce serait, d’après lui, leur responsabilité au regard de « pouvoirs exorbitants » qui ferait défaut.
Quelques heures à peine avant son Grand Oral, Henri Guaino avait déclaré sur BFM-TV ne pas être opposé à une éventuelle collaboration avec la benjamine de l’Assemblée, Marion Maréchal-Le Pen, sur un rapport ou une mission. Invité par Benjamin Duhamel à réagir sur ces propos qui ont fait le bonheur de frontistes comme Robert Ménard, Henri Guaino se défend pourtant de tout rapprochement avec le FN. Interdire le FN serait d’après lui faire du parti de Marine le Pen un parti différent, or « le FN est un parti comme les autres », assène-t-il.
Henri Guaino et Twitter, c’est toute une histoire. Ceux qui étaient présents jeudi l’auront bien compris. Interrogé sur son absence du réseau social pourtant chéri des politiques par Siane de Camas, Henri Guaino explique ne pas ressentir le besoin de s’exprimer en 140 caractères. C’est, pour lui, le « niveau zéro de la pensée ». Regards dans l’assistance, alors même qu’une partie du public était en train de commenter ses paroles sur ledit réseau social à l’aide du hashtag créé pour l’occasion (#LGOGuaino). Accusé de ringardise lors des Questions du public, Henri Guaino lance alors vivement au public : « C’est ringard d’être gaulliste en 2015, mais j’assume, et je l’assume très bien ».
Invité à réagir à la victoire de la droite conservatrice aux élections législatives du 25 octobre dernier en Pologne, Henri Guaino s’est dit en faveur d’une Europe gouvernementale. « Essayez de construire l’Europe, le monde contre les nations. Vous aurez le monde des tribus ou le pire nationalisme », justifie-t-il. En faveur de la suppression de la Commission Européenne, c’est selon lui au Conseil Européen d’assumer aujourd’hui ses responsabilités. Sur le plan plus économique, si l’euro a été selon Henri Guaino une « erreur grave aux conséquences lourdes », tout n’est pas réversible facilement et il s’agit aujourd’hui de composer avec.

Henri Guaino n’était décidemment par bavard jeudi dernier. Toujours dans la séquence Le point de vue, il a été demandé à Henri Guaino de commenter un dérapage du candidat aux primaires des Républicains, François Fillon. Invité sur RMC le 12 octobre dernier, François Fillon avait explicitement dit « le sentiment que la France c’est un pays à prendre, c’est comme une femme au fond, et faut vraiment en avoir envie ». A ce propos, Henri Guaino n’a pas hésité à répéter son agacement non dissimulé pour une certaine tendance du journalisme « à la déformation et à la sélection… » C’est noté Monsieur Guaino !
Le Grand Oral de Henri Guaino a également été l’occasion d’une confrontation entre le député et l’imam Abdelali Mamoun. M. Mamoun lance le débat. Pour lui, jamais en France il n’a été observée une telle recrudescence d’actes islamophobes et de propos à caractère raciste, y compris de la part de membres de la même famille politique que M. Guaino. Vaste sujet, quelques semaines seulement après le tollé de Nadine Morano chez Laurent Ruquier. Si Henri Guaino ne soutient pas les propos de la député européenne, les propos qu’elle a tenus et le racisme restent deux choses différentes, affirme-t-il. Sur le sujet du voile, Henri Guaino déclare que « c’est une erreur de tout placer sur la question de la laïcité. ». A le croire, la casquette ou le voile, comme la kippa, sont des sujets à classer dans le chapitre du savoir vivre, et non du religieux.

Face aux interrogations de l’imam Abdelali Mamoun, Henri Guaino a rappelé avec ferveur son attachement au principe d’assimilation. Transformer la France en pays multiculturel, c’est, selon lui, aller à la catastrophe. Il s’agit au contraire de faire progresser notre capacité d’assimilation. Et à ce titre, il se déclare favorable à un rétablissement du service militaire pour les filles et les garçons, pour une durée de 6 mois ou 1 an. Henri Guaino clame haut et fort qu’« Il y a une forme de civilisation française en mutation permanente, mais la faire exploser, non ! »
A l’aise dans une maison qu’il ne connaissait déjà que trop bien, c’est donc un Henri Guaino serein, « blasé », diront certains, qui a répondu aux questions des étudiants. Ringard peut être, mais fier, Henri Guaino n’a cessé de le répéter : non, rien de rien, il ne regrette rien !
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